Dès le mois de mai 1848 la Révolution entra en agonie. Elle ne mourait
pas comme le croyait Philippe de l'erreur de Lamartine et d'une
élection prématurée. Elle mourait parce qu'une bourgeoisie encore
vigoureuse n'hésitait pas à descendre dans la rue pour apporter à ses
lois l'appui de ses baïonnettes, et parce que la province écrasait
l'émeute de tout le poids de sa saine et puissante médiocrité.
«Le cardomnel avait raison, disait Bertrand d'Ouville, la propriété
n'est pas un droit de l'homme; c'est un droit de la Garde nationale:
elles vivent et périssent ensemble.»
Cependant le peuple de Paris, justement déçu, frémissait encore à
tout appel. Dans les Ateliers Nationaux, que nul n'essayait d'organiser,
quatre-vingt mille ouvriers vivaient dans une paresse qui leur était
odieuse. Des provinces arrivaient par chaque train des compagnons
nouveaux qui venaient s'y enrôler. Le gouvernement, inquiet, les
traitait avec une bienveillance sournoise et songeait à s'en
débarrasser.
Philippe, énervé et anxieux, tenait aux ouvriers des Clubs des
discours dont la violence étonnait leur placidité et les engageait à
se rendre à Paris pour y défendre la République.
Un matin il reçut à son bureau une lettre urgente du sous-préfet.
ARRONDISSEMENT RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
d'ABBEVILLE
CABINET Liberté--Égalité--Fraternité
DU SOUS-PRÉFET