Nous avons essayé de montrer les origines diverses de cet art, ses

transformations, la persistance de certaines théories; il faut dégager

les conditions de sa vitalité.

En effet, un art n'est jamais le produit du hasard, la conséquence d'un

choix capricieux entre des éléments divers, mais bien, le résultat

logique de certaines conditions, les unes purement physiques, les autres

morales.

Parmi les conditions physiques, en première ligne il faut placer le

climat, les matériaux et la nature des besoins, s'il s'agit de

l'architecture; et parmi les conditions morales, les traditions de la

main d'oeuvre, les sentiments religieux, les usages civils et

militaires, les goûts propres aux races.

D'ailleurs, les peuples dont nous connaissons l'histoire n'ont pas

inventé un art tout d'une pièce, mais n'ont fait que se servir

d'éléments mis à leur disposition pur des civilisations antérieures,

pour les approprier à leurs besoins et à leur génie. Parfois la

transformation est si complète qu'on a grand'peine à démêler ses

origines; parfois aussi les retrouve-t-on facilement. C'est le cas de

l'art russe. Les origines de cet art sont aisément découvertes, grâce

à la lenteur avec laquelle le peuple russe s'est avancé dans les voies

de la civilisation et à son peu de penchant pour les changements

brusques.

Parmi les diverses origines de l'art russe, l'art byzantin tient

certainement la place principale; mais dès une époque déjà reculée, on

entrevoit d'autres éléments qui appartiennent à l'Asie, principalement

dans l'ornementation. Ces éléments asiatiques prennent plus d'importance

lorsque Constantinople n'est plus le siège de l'empire d'Orient et

lorsque les Mongols dominent sur la Russie, sans cependant se substituer

au principe de la structure byzantine dans l'architecture et à

l'hiératisme dans la peinture religieuse.

Sans parler des éléments secondaires qui apparaissent dans la formation

de l'art russe, les deux origines que nous venons d'indiquer, l'une

purement byzantine et l'autre asiatique, dominent dans des proportions

différentes, il est vrai, mais constituent le fond de cet art russe. Ces

proportions peuvent être modifiées et l'ont été souvent, sans détruire

l'unité, par la raison que nous avons déjà donnée, savoir: que l'art

byzantin lui-même est un composé dans lequel l'élément asiatique entre

pour une forte part. Un tableau expliquera mieux qu'un texte la valeur

de ces divers éléments.

|Asiatique, Aryen

|Scythes--|

| |Grec

|

| |Asiatique iranien

| |Grec Hellénique-|Pélasgique

| | |Ionien

| |

| | |Etrusque

Russes|Byzantin-|Romain----------|Grec

| | |Asiatique iranien

| |

| | |Hindou Aryen

| |Asiatique-------|Persique iranien

| | |Sémitique

|

| |Asiatique Aryen-|Inde

|Mongols--|

|Asiatique jaune-|Mongolie, Chine

On le voit, l'art russe, soit qu'il dérive de traditions locales

scythiques, soit qu'il emprunte à Byzance, soit qu'il reçoive une

influence de la domination tatare, va toujours puiser aux mêmes sources

asiatiques et, quelle que soit la proportion des différents apports,

l'unité ne saurait être rompue. L'Orient lui fournit les neuf dixièmes

de ses éléments au moins, et les quelques traditions occidentales et

sémitiques qu'il trouve à Byzance ne sont pas assez puissantes pour

détruire cette unité. D'ailleurs, l'art russe les néglige, et, de l'art

byzantin, ce qu'il prend de préférence, c'est le caractère oriental.

* * * * *

Est-ce à dire que le peuple russe appartienne exclusivement à l'Asie

telle que les siècles nous l'ont laissée?

Non, certes.

Les Russes ne sont ni des Hindous, ni des Mongols, ni des Jaunes, ni des

Sémites, ni des Iraniens, tels que ceux qui peuplent aujourd'hui la

Perse, et si parmi eux on rencontre des traces de ces races diverses, et

notamment des Finnois et des Tatars, l'immense majorité de la nation,

occupant la Russie d'Europe, est slave, c'est-à-dire aryenne; mais le

contact constant de cette population avec l'Orient, son berceau, a

permis à son génie de se développer en dehors des influences

occidentales jusqu'au XVIIe siècle.

Les tentatives faites depuis lors pour le plier aux expressions de cet

art occidental, et notamment pour lui faire adopter les arts latins,

n'ont produit qu'un avortement et n'ont abouti qu'à une mystification

trop prolongée.

C'est en se pénétrant de ses origines, en puisant dans son propre fonds,

que l'art russe retrouvera la voie qu'il a perdue. Le moment est

singulièrement opportun, car l'opinion, en Russie, se prononce chaque

jour avec plus d'énergie en faveur de l'autonomie, et l'émancipation des

serfs est un pas immense vers l'établissement d'une nationalité russe

indépendante des influences étrangères, vivant de sa propre vie,

possédant son génie propre.

La littérature russe, depuis un certain nombre d'années, a, non sans

éclat, pris les devants; les arts plastiques suivront ce mouvement

national.

Ils sauront retrouver ces traditions soigneusement conservées dans l'âme

du peuple et luire d'un éclat tout nouveau entre l'Europe occidentale,

qui tâtonne dans la voie des arts, et l'Orient qui s'affaisse.

CHAPITRE IV

L'AVENIR DE L'ART RUSSE

* * * * *

L'ARCHITECTURE

Le climat du centre de la Russie est excessif: très-chaud en été,

très-froid en hiver, il exige donc des précautions particulières

lorsqu'il s'agit d'élever des édifices publics ou des habitations, et

les formes adoptées dans l'architecture de nos climats tempérés de

l'Occident ne sauraient convenir dans des contrées où il est aussi

nécessaire de se garantir contre l'excessive chaleur que contre

l'intensité du froid et la longueur des hivers.

Les maçonneries doivent être épaisses, voûtées et parfaitement

recouvertes par des combles qui mettent leurs parements à l'abri de

l'humidité et de la gelée aussi bien que de la chaleur. La tuile ou le

métal peuvent seuls composer ces couvertures d'une manière efficace, et

ces matières se prêtent à la décoration.

Sous un ciel souvent sombre, les couronnements des édifices doivent

présenter des silhouettes très-découpées, et leurs surfaces externes,

des oppositions très-vives d'ombres et de couleurs, afin d'obtenir de

grands effets pendant les longs et beaux jours d'été.

Les architectes russes anciens ont tenu compte de ces deux conditions.

Non-seulement ils aimaient ces silhouettes hardiment détachées sur le

ciel mais ils savaient leur donner une allure aussi gracieuse que

pittoresque. Sous ces couronnements, de grands murs percés de rares

fenêtres, mais bien abrités, et dans lesquels la peinture trouvait des

places habilement ménagées; puis souvent, des portiques bas, larges,

trapus, préservaient efficacement les personnes qui circulaient autour

de l'édifice.

Tout cela ne rappelle en rien l'architecture classique occidentale, mais

était parfaitement approprié aux besoins et au climat de la Russie. Les

matériaux le plus habituellement employés, la brique, se prêtaient à

cette architecture concrète composée de masses, et dans laquelle les

détails ne prennent qu'une minime importance.

A l'instar des Orientaux, lorsque les édifices sont voûtés, les

couvertures métalliques ou de tuiles reposent directement sur les

voûtes, disposées de telle sorte que les eaux s'écoulent entre les

reins.

Le programme touchant la structure est aussi simple que rationnel, car

ces voûtes pénétrant les murs se tracent à l'extérieur et forment l'abri

des parements.

Les combinaisons de voûtes en briques ou tuf peuvent constituer un

système alvéolaire facile à construire, très-solide et exerçant peu de

poussée. Les arcs chevauchés, encorbellés à l'intérieur, produisent un

grand effet sans imposer des difficultés sérieuses de main-d'oeuvre.

Ce système de voûte permet de porter des couronnements élevés, ainsi que

le démontre la figure 42, et d'obtenir des combinaisons hardies que les

Byzantins n'ont fait qu'entrevoir, mais que les connaissances modernes

permettent de développer à l'infini, tout en restant fidèle au

principe.

L'architecture russe, au point qu'elle avait atteint au XVIIe siècle,

est un excellent instrument en ce que la largeur des principes ne

saurait entraver la liberté de l'artiste, et que tout en demeurant

fidèle à ces principes on peut concevoir les combinaisons les plus

hardies.

Déjà l'architecture byzantine ouvrait aux artistes un champ plus vaste

que ne le faisait l'architecture romaine; mais cet art, après ses

premiers efforts, semblait s'être confiné dans un formalisme étroit. Dès

le XVIe siècle, les artistes russes reprennent cet art abandonné et lui

ouvrent une carrière nouvelle. Ils sont arrêtés au XVIIe siècle. C'est

au XIXe siècle à reprendre l'oeuvre interrompue.

Mais, pour mener cette tâche à bonne fin, on doit se pénétrer de

l'esprit qui dirigeait ces artistes pendant le cours des XVIe et XVIIe

siècles, et _oublier_ cet enseignement prétendu classique qui,

non-seulement en Russie, mais sur tout le continent européen, a fait

dévier l'art de sa marche logique, conforme au génie des races et des

nationalités.

Essayons donc de montrer les méthodes propres à assurer de nouveau cette

marche.

Prenons d'abord les voûtes, qui sont, dans l'architecture byzantine

aussi bien que dans l'architecture française du moyen âge, les premiers

éléments constitutifs de l'édifice. Et, en effet, la voûte abrite les

surfaces à occuper, c'est donc à elle à imposer les piliers, les

supports, les points d'appui.

Une surface étant à couvrir, par quelle combinaison la peut-on couvrir?

Cela posé, il s'agit de chercher un système de voûte, puis les moyens de

soutenir celle-ci à la hauteur voulue. Rien n'est plus conforme à la

logique que cette manière de procéder employée par les architectes

byzantins et par ceux de la France du moyen âge avec une grande liberté

dans l'application, sans que cependant les deux systèmes soient

identiques dans les moyens d'exécution ou dans la pratique.

Évidemment, quand on considère les constructions moscovites, les

architectes russes ont cherché à développer le système de voûtage

appliqué par les byzantins; et s'ils ont été arrêtés dans leurs

tentatives par le faux goût classique occidental, au XVIIe siècle, rien

ne les empêcherait de reprendre aujourd'hui les applications de ce

système, en profitant des perfectionnements que les procédés de

structure et la nature des éléments dont on dispose aujourd'hui

permettent d'apporter à ce genre de construction.

Ce qui distingue la voûte byzantine de la voûte romaine occidentale,

c'est une extrême liberté dans l'emploi des moyens et une facilité

d'exécution,--ainsi que nous l'avons démontré dans le chapitre Ier,

figures 2 et suivantes--facilité d'exécution donnée par la longue

pratique acquise par les Orientaux dans ce genre de structure. Mais au

XVIe siècle les Russes n'étaient pas sans avoir quelques notions de la

voûte gothique inventée en France à la fin du XIIe siècle et dont le

principe s'était répandu sur toute la surface de l'Europe dès la fin du

XIIIe siècle.

Si l'emploi des arcs-cintres permanents permettait d'étendre encore le

champ des applications de la voûte byzantine, cet emploi présenterait, à

plus forte raison aujourd'hui, des ressources nombreuses et dont les

constructeurs tireraient grand profit.

Il suffira de fournir quelques exemples pour démontrer les avantages

qu'offrirait la reprise des moyens tentés pendant les XVe et XVIe

siècles, en Russie.

Soit (pl. XXII) une salle, dont en A, nous donnons le plan, à l'une de

ses extrémités.

[Illustration]

Salle vaste, dont le dans-oeuvre, entre les colonnes, présente une

ouverture de 23 mètres. Il s'agit de la voûter et de l'éclairer

largement, suivant le système de structure russe. Sur les colonnes,

supposées, dans le cas présent, de métal, et sur les contre-forts

formant niches intérieures, à rez-de-chaussée on élèvera les berceaux

qui, pénétrant la clôture, au premier étage, suivant la méthode

byzantine, composeront la puissante buttée destinée à maintenir le

voûtage. Des clefs de tête de ces berceaux partiront les arcs-doubleaux

plein-cintre qui formeront l'ossature de la grande voûte.

D'une clef à l'autre, seront bandées les archivoltes des baies

demi-circulaires supérieures, destinées à éclairer largement cette

voûte.

D'un arc-doubleau à l'autre, cinq arcs-pannes: un à la clef suivant

l'axe et deux de chaque côté sur les reins, permettront de fermer les

intervalles entre les arcs-doubleaux, par des berceaux annulaires dont

nous décrirons la structure tout à l'heure.

[Illustration: Fig. 58.]

[Illustration: Fig. 59.]

Le plan A indique comment les arcs sont disposés à l'extrémité de la

salle, afin de donner des croupes intérieurement et extérieurement.

En B, nous donnons la coupe de cette salle sur _ab_ et en C sur _de_.

Grâce à ce système de chevauchement des arcs (système entièrement

russe), la construction présente un ensemble cellulaire très-bien

contrebutté en tout sens et qui permet l'établissement facile des

couvertures métalliques et de l'écoulement des eaux pluviales, ainsi que

le démontre la figure 58 présentant la projection horizontale de ces

couvertures.

[Illustration: Fig. 60.]

Une construction de ce genre se prête parfaitement à l'emploi de la

brique ou de très-petits matériaux, avec enduits peints à l'intérieur.

La figure 59 permet d'apprécier ce système de structure et les moyens

décoratifs qui ne contrarient en rien cette structure, conformément à la

donnée byzantine, ainsi que l'aspect intérieur de ce vaisseau.

Les remplissages annulaires entre les arcs-doubleaux faits de brique ou

de tuf peuvent être fermés sans cintres, car les briques peuvent être

posées suivant une faible inclinaison. Soit, figure 60, un des

compartiments de cette voûte en projection horizontale, AB et CD étant

des portions d'arcs-doubleaux, et AC, BD, les arcs-pannes, traçant la

voûte annulaire; puis F, la coupe sur IE. Les rangs de brique seront

posés ainsi que l'indiquent les lignes courbes diagonales en projection

horizontale, et, si nous faisons une section sur AE (voyez en G), ces

rangs de brique n'ayant qu'une très-faible inclinaison pourront être

posés sans cintres, et leur poussée sera nulle. Les saillies d'intrados

formées par les arêtes de ces briques gripperont l'enduit.

Il parait inutile d'insister sur les avantages de cette structure de

voûtes qui dérive des éléments byzantins et orientaux mahométans et qui

se prête si bien à la décoration.

Quant à l'aspect extérieur de cette salle, la figure 61, qui donne

l'élévation d'un angle, permettra de s'en faire une idée.

Cet exemple montre quelles ressources possède cet art russe quant à ce

qui touche proprement à la structure des voûtes.

Mais on a vu déjà comment les architectes russes ont su tirer parti de

la coupole dans leurs églises. Il est bon d'insister sur les systèmes de

constructions appliqués ou pouvant être appliqués conformément à la

donnée admise.

[Illustration: Fig. 61.]

Soit (pl. XXIII), en A, la projection horizontale d'une moitié de

coupole portée sur quatre arcs-doubleaux. Au-dessus des reins de ces

arcs-doubleaux, dans les angles, des trompillons B seront établis, sur

lesquels d'autres arcs-doubleaux de plus faible diamètre seront bandés;

puis encore des trompillons d'angle C recevant quatre arcs-doubleaux

plus petits. Ainsi le carré sera réduit de EF en GH (voyez la coupe).

Dans ce dernier carré sera inscrit un octogone, puis dans celui-ci un

deuxième octogone contrarié; puis un troisième, également contrarié,

lequel recevra la tour circulaire ou lanterne supérieure.

[Illustration: Fig. 62.]

[Illustration: COUPOLE AVEC ENCORBELLEMENT ET TOURS]

Cette structure apparaîtra franchement à l'extérieur et com-posera

la décoration, ainsi que le montre la planche XXIV, AB traçant la coupe

de la voûte de la nef.

Si l'on admet que cet extérieur soit revêtu en partie de briques ou de

faïences émaillées, et que l'intérieur soit décoré de peintures, que le

comble de la tourelle soit doré, on peut imaginer l'effet de cette

construction, du dehors et du dedans.

Mais ce système d'arcs chevauchés permet des applications diverses et se

prête à couvrir de larges espaces.

Soit, par exemple, figure 62, le plan d'une coupole à élever sur quatre

piles ABCD. On tracera d'abord les quatre grands arcs-doubleaux AB, BD,

CD, AC, que nous supposons avoir 13 mètres de diamètre. On inscrira dans

le carré un octogone _abcde_, etc., et des arcs seront bandés de _c_ en

_a_, de _c_ en _e_, brisés à la clef en _b_ et _d_ conformément au tracé

de l'octogone, puis pour buter ces brisures, des portions d'arcs seront

également bandées de A en _b_, de B en _d_, etc. Les points _b_ et _d_

seront ainsi parfaitement fixes. Dans cet octogone, on tracera les arcs

_fg, gh, hi_, etc., puis les arcs chevauchés _kl, lm, mn, no,_ etc., sur

lesquels pourra être fermée la coupole.

Pour bien faire comprendre cette structure, nous en donnons la vue

perspective intérieure, planche XXV.

Il est évident que ces combinaisons d'arcs se prêtent singulièrement à

la décoration en donnant des jeux d'ombres et de lumière d'un grand

effet; les surfaces verticales recevant le jour d'en haut et les arcs

projetant des ombres assez fermes pour faire ressortir l'éclat des

parties éclairées.

Chacun a pu constater combien les pendentifs supportant les coupoles,

depuis la construction de l'église de Sainte-Sophie de Constantinople,

sont d'un aspect lourd, mou, et comme la lumière se répand mal sur leurs

surfaces gauches.

S'ils paraissent lourds, aussi le sont-ils en effet. On ne peut faire le

même reproche à la structure dont nous donnons ici un spécimen. Les

forces et les pesanteurs sont parfaitement équilibrées, les poussées

aussi réduites que possible.

Les architectes russes, en chevauchant les arcs, avaient donc appliqué

un des principes de la structure des voûtes byzantines et ouvert un

champ étendu aux combinaisons des constructeurs.

Le système d'arcs chevauchés est très-soutenable en théorie, les

branches d'arcs étant et devant être considérées comme des lignes de

transmission des pesanteurs. Car, en supposant un plan vertical de

constructions élevé conformément au tracé, figure 63, il est clair que

toutes les pressions passent par les lignes AB, CD, EF, GH, et se

résolvent aux points BFHD, suivant un équilibre parfait.

[Illustration: Fig. 63.]

Les Romains avaient déjà adopté ce système dans quelques-unes de leurs

constructions et notamment au Panthéon de Rome; les Byzantins le

développèrent et plus encore les Russes dans leurs édifices des XVe,

XVIe et XVIIe siècles. Rien n'empêche qu'on ne continue à en tirer

tout le parti possible.

Pour les coupoles, par exemple, en combinant les encorbellements avec

les arcs chevauchés, on peut obtenir des jours dans les tympans de ces

arcs, lesquels seraient d'un effet saisissant.

[Illustration]

[Illustration]

[Illustration: Fig. 64.]

Soit, figure 64, en A, le plan du quart d'une coupole posée sur quatre

arcs-doubleaux. On obtiendra d'abord un octogone au moyen de quatre arcs

en gousset; puis, suivant la méthode indiquée précédemment, on

chevauchera un deuxième octogone au moyen d'arcs, sur le premier; puis

un troisième également chevauché. Mais, pour éviter les angles rentrants

dans les tympans des arcs, sur l'extrados de ceux-ci,--on procédera par

encorbellement, de telle sorte que ces tympans, sous les cintres, soient

parallèles aux faces des arcs. Dès lors, il sera possible d'ouvrir des

jours dans ces tympans, ainsi que le fait voir la perspective

intérieure, figure 65.

[Illustration: Fig. 65.]

La coupe B (fig. 64), faite sur _ab_, indique la construction, et la

moitié de l'élévation géométrale C montre comme ces arcs se

manifestent à l'extérieur et forment la décoration naturelle du

soubassement de la tour cylindrique, percée elle-même de baies et fermée

par une calotte hémisphérique.

Nous n'avons pas là prétention de montrer toutes les ressources que l'on

peut tirer de ce système de voûtage des coupoles, car elles se

présentent à l'infini; nous avons voulu seulement démontrer comment, ce

système admis, les constructeurs ont entre les mains un procédé

ingénieux, simple, léger,--car tout cela peut s'élever sans cintrages,

mais avec quelques planches coupées à la demande des courbes,--qui

laisse une grande liberté de combinaisons et qui permet l'emploi de

matériaux ordinaires, brique ou tuf; car ces structures sont

habituellement enduites à l'intérieur comme à l'extérieur; peintes ou

revêtues de faïences émaillées, à l'instar des édifices de la Perse.

Avant de quitter ce sujet, il est utile, pensons-nous, de donner encore

un exemple de voûte de coupole suivant un parti conforme aux données

byzantines, mais avec une application d'arcs croisés.

Soit en A, figure 66, le plan de la moitié d'une coupole inscrite dans

un carré. Nous traçons quatre arcs plein-cintre _ab, cd, ef_, etc. Ces

quatre arcs se croisent en _g_ et _h_. Dans le carrée _ghbd_, nous

poserons les arcs goussets _ik_, qui nous permettront d'élever une

lanterne octogone.

En B est tracée la coupe de cette construction sur _mn_ et en C

l'élévation extérieure.

Ce système nous a permis d'ouvrir les jours _oop_ dans les tympans,

lesquels éclairent parfaitement les berceaux rampants _q_ et l'intrados

des berceaux formant goussets, de telle sorte que les triangles _s_

demeurent relativement sombres, ce qui ajoute à l'effet de ce voûtage.

[Illustration: Fig. 66.]

Seuls les quatre arcs croisés exigent des cintres, les remplissages

pouvant être fermés suivant la méthode byzantine précédemment indiquée.

On admettra que cet intérieur se prête parfaitement à la peinture, et il

ne faut pas oublier que l'architecture russe au moment de sa splendeur,

comme toutes les architectures qui comptent dans l'histoire des arts, a

toujours appelé la peinture à son aide, aussi bien à l'extérieur des

édifices qu'à l'intérieur, non point par l'apport parcimonieux de

quelques marbres colorés ou de quelques touches brillantes, mais en

adoptant de grands partis, francs, en trouvant pour cette peinture de

larges places convenablement disposées, et en accusant hardiment des

contrastes entre les parties peintes et des surfaces unies.

C'est en cela encore que la bonne architecture russe se rapproche des

arts de l'Orient; elle fixe l'attention sur un point, sait faire des

sacrifices pour obtenir un effet saisissant, et ne porte pas

indifféremment partout une ornementation banale. Nous disons la bonne

architecture russe; car cet excès d'ornementation, de détails, de

membres inutiles, se manifeste précisément au moment où cette

architecture s'avise de vouloir imiter l'Italie et l'Allemagne.

Alors, les pilastres, les corniches, les ornements de toutes sortes

viennent se plaquer les uns contre les autres ou les uns sur les autres,

sans trop de raison et détruisent cette unité qui charme dans les

monuments dépourvus de ces superfétations.

C'est sur cette qualité d'unité que nous allons maintenant insister, en

démontrant d'abord qu'elle est liée au système de structure adopté et

qu'elle n'est obtenue que si la décoration n'est en réalité que

l'expression de cette structure.

On sait avec quelle large entente des effets l'architecture dite arabe,

aussi bien que l'architecture de la Perse, avaient su répartir

l'ornementation à l'intérieur comme à l'extérieur des édifices. Celle-ci

s'attachait à quelques parties de remplissage en laissant reposer les

yeux sur de grandes surfaces lisses et solides. Cette qualité est

intimement liée au système de structure. Elle laisse voir l'ossature

spéciale, ne dérange en rien ses grandes lignes qui conservent toute

leur pureté. Et, à ce propos, que l'on nous permette une courte

digression.

L'art russe: Ses origines, ses éléments constitutifs, son apogée, son avenir · 第 9 / 15 段