Le 18 août, à quatre heures et demie du matin, dans un hôtel du
faubourg Saint-Honoré, les domestiques du duc de Choiseul-Praslin
sont réveillés par des secousses violentes imprimées aux sonnettes
qui communiquent avec l'appartement de la duchesse. Accourus
précipitamment, ils perçoivent à travers les portes fermées de cet
appartement comme le bruit d'une lutte. Quand, après plusieurs
tentatives infructueuses, ils parviennent à y pénétrer, ils trouvent,
étendu sur le parquet, vêtu d'une seule chemise, le cadavre de leur
maîtresse. Le désordre des meubles, les traces de sang partout
imprimées témoignent que la victime s'est débattue. La justice est
aussitôt avertie; dès ses premières constatations, il lui apparaît
avec évidence que le mari est l'auteur du meurtre.
Descendant d'une race illustre, âgé de quarante-deux ans, le duc de
Choiseul-Praslin était chevalier d'honneur de la Reine et pair de
France; la duchesse, qui avait deux ans de moins, était la fille
unique du maréchal Sébastiani; elle avait apporté une fortune
considérable à son mari. L'union, contractée alors que les deux
époux étaient encore très jeunes, avait paru d'abord heureuse; neuf
enfants en étaient nés. La duchesse, très pieuse, intelligente, d'âme
élevée, de coeur tendre, de nature ardente, portait à son mari un
amour passionné, exigeant. Le duc, après y avoir répondu pendant
quelque temps, finit par s'en fatiguer. D'un tempérament vulgairement
libertin, il se mit à courtiser les caméristes et les gouvernantes.
Les plaintes jalouses de sa femme ne firent que l'aliéner davantage.
Jusqu'en 1841, cependant, rien qui différât beaucoup de ce qui
se passait dans plus d'un ménage. À cette époque, entra dans la
maison, comme gouvernante des enfants, une demoiselle Deluzy,
habile, dominatrice, intrigante, qui ne fut pas longue à s'emparer
complètement du coeur et de l'esprit du duc et de ses enfants. La
duchesse, absolument supplantée, tenue à l'écart, condamnée à vivre
en étrangère au milieu de sa propre famille, journellement outragée
dans ses affections et dans sa dignité, en était réduite à exhaler
sa douleur, soit dans des lettres qu'elle écrivait à son mari pour
tâcher de le ramener, soit dans des notes intimes que la justice
découvrit après sa mort. Le scandale devint tel, que le vieux
maréchal Sébastiani crut devoir intervenir. Devant la menace d'une
séparation, le duc, qui avait besoin de la fortune de sa femme,
consentit, en juillet 1847, à éloigner Mlle Deluzy; mais il ne rompit
pas pour cela avec elle. Une correspondance s'établit entre eux; il
allait la voir et lui menait ses filles. Quant à sa femme, il la
détestait d'autant plus qu'elle l'avait contraint à cette séparation.
«Jamais il ne me pardonnera, écrivait la duchesse sur son journal;
l'avenir m'effraye; je tremble en y songeant.» Se rendait-elle compte
que, dès ce moment, le misérable avait décidé de la tuer? Il tâtonna
pendant quelques semaines, ébaucha divers projets, et enfin, pendant
un voyage à Paris, consomma son crime, au sortir d'une visite faite à
Mlle Deluzy.
La première mesure à prendre par les autorités judiciaires semblait
être de faire conduire en prison l'homme que tout désignait comme
l'assassin. Le procureur général, M. Delangle, se crut empêché de
prendre cette mesure, par l'article 29 de la Charte[82]. À son avis,
un pair ne pouvait être emprisonné qu'en vertu d'un mandat délivré
par la Chambre haute. Or, cette Chambre n'était pas réunie: il
fallait, pour la convoquer et la saisir, une ordonnance royale, et
le Roi était à Eu; si vite qu'on procédât, ces formalités exigeaient
plusieurs jours. Devant de telles conséquences, le chancelier, M.
Pasquier, exprima tout de suite l'avis très net que la magistrature
devait, en attendant, décerner le mandat d'arrêt et prendre toutes
les décisions nécessaires pour assurer la répression. «Tant que le
droit exceptionnel n'est pas encore en mesure d'agir, disait-il, le
droit commun conserve son empire.» Il alla jusqu'à offrir d'assumer
seul toute la responsabilité et de signer le mandat en sa qualité
de président. Ce fut vainement. Le procureur général s'obstina dans
son scrupule constitutionnel, et, jugeant une arrestation régulière
impossible, il se borna à faire garder à vue le meurtrier dans ses
appartements.
[Note 82: Cet article portait: «Aucun pair ne peut être arrêté que de
l'autorité de la Chambre et jugé que par elle en matière criminelle.»]
Aussitôt répandue dans le public, la nouvelle du crime y produisit
une émotion extraordinaire. En tout temps, elle eût fort troublé
les esprits; elle devait le faire plus encore au lendemain du
procès Teste. C'était un réveil et une aggravation de tous les
sentiments mauvais, dangereux, que ce procès avait fait naître
dans le peuple. «La foule, écrivait sur le moment même un témoin,
ne cesse de stationner devant l'hôtel où le crime a été commis.
Elle est très irritée, très disposée à craindre qu'on ne veuille
sauver l'assassin, parce qu'il est noble et riche. Elle tient de
détestables propos contre les classes élevées[83].» La décision prise
par le parquet de laisser l'accusé chez lui n'était pas faite pour
dissiper les soupçons. D'ailleurs, l'esprit de parti s'appliquait
à aviver et à exploiter cette émotion. Si jamais crime fut le
résultat d'une perversion tout individuelle où la politique n'avait
pas de part, c'était bien celui-là. Les feuilles de M. Thiers, le
_Constitutionnel_ en tête, ne s'ingéniaient pas moins à trouver là
un argument contre ce qu'ils appelaient «la politique corruptrice du
ministère». Quant aux journaux démocratiques, ils saisissaient cette
occasion d'exciter la haine et la colère du peuple; ils affectaient
de voir dans MM. Teste et Cubières le type de nos hommes politiques,
et dans le duc de Praslin celui de nos grands seigneurs. Quelques-uns
d'entre eux se livraient à de tels excès de langage et dissimulaient
si peu leurs conclusions factieuses, qu'ils étaient saisis et que le
jury les condamnait.
[Note 83: _Journal inédit du baron de Viel-Castel._]
Cependant le gouvernement hâtait, autant qu'il le pouvait, la
constitution de la Chambre des pairs en cour de justice. L'ordonnance
royale, signée à Eu le 19 août, parvenait le 20 au chancelier, qui
aussitôt ordonnait d'amener l'accusé dans la prison du Luxembourg:
telle était l'excitation de la foule, qu'on dut procéder de nuit à
cette translation. Mais ce n'était plus qu'un moribond qui était
ainsi remis à la garde de la cour des pairs. En effet, aussitôt
qu'il avait vu son crime découvert, le duc avait profité de ce
qu'on le laissait dans son appartement, pour avaler, à l'insu de
ses gardiens, le contenu d'une fiole d'arsenic; quand les premiers
effets de l'empoisonnement s'étaient fait sentir, on avait consenti
à appeler son propre médecin; celui-ci, croyant ou feignant de
croire à une attaque de choléra, avait usé d'une médication qui ne
pouvait arrêter les ravages du poison. Dans ces circonstances, le
chancelier ne voulut pas perdre une minute et procéda immédiatement
à l'interrogatoire. L'accusé, pressé par lui de faire un aveu qui
eût témoigné de quelque repentir, prit prétexte de sa faiblesse et
de ses souffrances pour refuser toute réponse. Vainement lui fit-on
observer qu'on ne lui demandait qu'un oui ou un non, et que le refus
de prononcer le non était déjà un aveu, rien ne put vaincre son
obstination taciturne. Trois jours de suite, M. Pasquier recommença
sans succès sa tentative. Le 24 août, averti par les médecins,
le chancelier fit venir un prêtre; le mourant allégua encore ses
souffrances pour refuser tout entretien. À cinq heures du soir, il
succombait.
Cette mort décevait la curiosité cruelle et la passion envieuse de
ceux qui aspiraient à voir un grand seigneur monter sur l'échafaud;
ils en laissèrent échapper un cri de rage. Le _National_, avec cette
ironie vraiment féroce qui caractérisait presque tous ses articles
sur cette triste affaire, donna à entendre que ce qui venait de se
passer était une comédie, concertée assez peu adroitement, pour
dérober autant que possible aux flétrissures de la justice celui
qu'il affectait toujours d'appeler «le pair de France, le chevalier
d'honneur». La _Démocratie pacifique_ disait, de son côté: «De
malheureux affamés portent leur tête sur l'échafaud, à Buzançais, et
le duc et pair, le chevalier d'honneur, qui a massacré, pendant un
quart d'heure, la plus respectable femme qui était la sienne depuis
dix-huit ans, dont il avait eu onze enfants, en est quitte pour
avaler une petite fiole de poison.» Ainsi excité, le public en vint
même à douter de la réalité de la mort, et le bruit courut qu'on
avait fait évader le coupable. Le 25 août, pendant que se faisait
l'autopsie, une foule menaçante se pressait aux abords de la prison
et demandait à voir le corps; il fallut employer la force pour la
disperser. Ce soupçon devait persister pendant longtemps.
Le trouble de l'opinion détermina le chancelier à un acte tout à fait
extraordinaire. Dans notre droit moderne, il n'y a plus de «procès à
la mémoire»; la mort du coupable le soustrait à la justice humaine
et met fin à toute accusation. Le chancelier crut nécessaire de
se placer au-dessus de ce principe. Dans la séance du 30 août, il
fit à la cour des pairs, réunie en chambre du conseil, un rapport
où étaient exposés tous les faits constatés par l'instruction;
il y proclamait la culpabilité de l'homme qui s'était «jugé et
condamné lui-même», et exprimait le regret que «la réparation
n'eût pas été aussi éclatante que l'attentat». «L'égalité devant
la loi, ajoutait-il, devait, dans une pareille affaire, être plus
hautement proclamée que jamais.» La cour ordonna la publication de
ce rapport. Elle poursuivait ainsi le pair indigne jusque dans sa
tombe, pour le flétrir, et, suivant l'expression de M. Pasquier
lui-même, elle «prononçait, après la mort de l'accusé, l'arrêt qui
ne devait régulièrement l'atteindre que vivant[84]». C'était une
mesure sans précédent,--le duc de Broglie la qualifiait même tout
bas de «monstrueuse»,--et, si elle avait été prise par un tribunal
ordinaire, la cour de cassation l'eût certainement annulée. La cour
des pairs et son président n'avaient pas cependant hésité, tant il
leur tenait à coeur de montrer au public que le privilège de la
pairie, loin d'assurer l'impunité au criminel, le soumettait au
contraire à une répression plus sévère.
[Note 84: «Le misérable duc, écrivait M. Pasquier à M. de Barante, le
14 septembre 1847, en tranchant son existence, nous a, pour quelques
moments, mis dans une difficile situation; mais au fond le dénouement
a peut-être encore été le moins malheureux auquel on fût exposé,
car le jugement et surtout l'exécution auraient pu causer une bien
grande émotion populaire. Mais il a eu, pour moi, l'inconvénient de
m'imposer la nécessité de me faire l'organe de la vindicte publique
et de prononcer, après sa mort, l'arrêt qui ne devait régulièrement
l'atteindre que vivant. Cette irrégularité a été, heureusement, fort
bien accueillie par les principaux organes de l'opinion.» (_Documents
inédits._)]
Cet acte cependant ne suffit pas à calmer les esprits. On ne saurait
se rendre compte, aujourd'hui, à quel point le crime du duc de
Praslin avait assombri l'imagination populaire. Chez beaucoup, même
en dehors de toute prévention de parti, il y avait comme le sentiment
d'une «société qui se détraque[85]». Cette impression gagnait
jusqu'aux coins les plus reculés de la province. D'un petit village
de Normandie, M. de Tocqueville écrivait, le 27 août: «J'ai trouvé
ce pays-ci dans un bien redoutable état moral. L'effet produit par
le procès Cubières a été immense. L'horrible histoire aussi dont
on s'occupe depuis huit jours est de nature à jeter une terreur
vague et un malaise profond dans les âmes. Elle produit cet effet,
je le confesse, sur la mienne. Je n'ai jamais entendu parler d'un
crime qui m'ait fait faire un retour plus pénible sur l'homme en
général et sur l'humanité de mon temps. Quelle perturbation dans les
consciences un pareil acte annonce! Comme il fait voir toutes les
ruines que les révolutions successives ont produites[86]!» Plus loin
encore, au fond de l'Algérie, l'émotion n'était pas moins vive, et,
de Miliana, le colonel de Saint-Arnaud écrivait à son frère, le 1er
septembre: «Quel siècle et quelle crise! Quelle époque fatalement
marquée! Des ministres, des pairs, des généraux, des intendants,
la tête, l'élite de la société en accusation, et, pour combler la
mesure, l'aristocratie de France frappée au coeur par le poignard
d'un Choiseul-Praslin! Quel est le membre de cette société malade qui
n'est pas atteint d'une fièvre de dégoût[87]?»
[Note 85: «Décidément l'année est néfaste, écrivait M. Léon Faucher,
le 3 septembre 1847; la société, comme une machine usée, se
détraque.» (Léon FAUCHER, _Biographie et correspondance_, t. I, p.
202.)]
[Note 86: _Correspondance inédite d'Alexis de Tocqueville_, t. II, p.
132.]
[Note 87: _Lettres du maréchal de Saint-Arnaud._]
Ce n'est pas sur les marches du trône que l'angoisse était le moins
vive. Elle apparaît particulièrement douloureuse chez la duchesse
d'Orléans, qui n'était pas, il est vrai, sans prévention contre la
direction alors donnée à la politique. «Il y a, écrivait-elle, des
sujets amers, à l'ordre du jour, qui me font ouvrir les journaux en
rougissant. Je suis triste au fond de l'âme de ce malaise général
qui règne dans les esprits, de la désaffection, du discrédit qui
rejaillit sur les classes élevées, de ce dégoût qui gagne tout le
monde. Nous allions trop bien; on s'est engourdi, on a lâché la
bride... L'ébranlement moral se manifeste non par des secousses
subites ou des bouleversements, mais par la faiblesse qui gagne
les chefs et l'indifférence qui gagne le peuple. Il nous faut une
réaction. Pour réprimer le mal, il faut une main habile; pour le
guérir, il faudrait un coeur sympathique. Hélas! ma pensée ne
rencontre qu'un prince qui ait compris cette époque, dont l'âme
délicate éprouvait le contre-coup des souffrances morales du pays:
non, il les devinait plutôt! Il aurait su retremper son pays, lui
imprimer un nouvel élan... La France a besoin de lui; mais Dieu le
lui a enlevé! Quel sera notre avenir? C'est une pensée qui agite mes
nuits et trouble mes heures de solitude. Le mal est profond, parce
qu'il atteint les populations dans leur moralité. Est-il passager,
ou est-ce le symptôme de l'affaiblissement? Je ne saurais prononcer,
mais je demande à Dieu de répandre un souffle vivifiant sur notre
vieille terre de France[88].»
[Note 88: _Madame la duchesse d'Orléans_, p. 114.]
L'inquiétude qui se manifestait ainsi partout n'était que trop
fondée. Dans les conditions où il est survenu, le crime du duc de
Praslin a été l'un des événements les plus funestes non seulement
à la monarchie, mais à la société[89]. S'en est-on rendu compte
sur le moment? Depuis la fin de la session, en dépit des railleurs
qui plaisantaient «les gens timides, ayant les oreilles assez
fines pour entendre de sourdes rumeurs dans les bas-fonds de la
société[90]», l'appréhension plus ou moins vague d'une révolution
possible et prochaine avait traversé certains esprits[91]. L'émoi
causé par le crime du duc de Praslin n'était pas fait pour dissiper
ces sombres pronostics. Quelques heures après l'assassinat, M. Molé
écrivait à M. de Barante: «Notre civilisation est bien malade, et
rien ne m'étonnerait moins qu'un bon cataclysme qui mettrait fin à
tout cela[92].» M. de Tocqueville, plus enclin qu'un autre à ces
pressentiments, écrivait, le 25 août, à un Anglais de ses amis: «Vous
trouverez la France tranquille et assez prospère, mais cependant
inquiète. Les esprits y éprouvent, depuis quelque temps, un malaise
singulier; et, au milieu d'un calme plus grand que celui dont nous
avons joui depuis longtemps, l'idée de l'instabilité de l'état de
choses actuel se présente à beaucoup d'esprits[93].» Il ajoutait,
dans une autre lettre, le 27 août: «Nous ne sommes pas près peut-être
d'une révolution; mais c'est assurément ainsi que les révolutions se
préparent[94].» Et enfin, au mois de septembre: «Pour la première
fois, depuis la révolution de Juillet, je crains que nous n'ayons
encore quelques épreuves révolutionnaires à traverser. J'avoue que
je ne vois pas comment l'orage pourrait se former et nous emporter;
mais il se lèvera tôt ou tard, si quelque chose ne vient pas ranimer
les esprits et relever le ton des âmes[95].» Toutefois, il ne
conviendrait pas de prendre trop à la lettre ou de trop généraliser
ces explosions de pessimisme, habituelles aux époques de malaise. Au
fond, le public avait le sentiment qu'on traversait une crise grave,
que la monarchie en souffrait, que la société était malade; il était
disposé à voir les choses très en noir; mais il n'avait nullement la
prévision réfléchie et précise d'une révolution prochaine. Les plus
inquiets, y compris M. de Tocqueville, eussent été bien surpris si on
leur eût annoncé ce qui devait se passer quelques mois plus tard.
[Note 89: En mars 1848, M. Sainte-Beuve écrivait: «La révolution
à laquelle nous assistons est sociale plus encore que politique;
l'acte de M. de Praslin y a contribué peut-être autant que les actes
de M. Guizot.» (Notes ajoutées à la nouvelle édition des _Portraits
contemporains_, t. I, p. 377.)]
[Note 90: M. Doudan écrivait, le 27 juillet 1847, au prince Albert de
Broglie: «Les gens timides qui ont les oreilles fines disent qu'on
entend de sourdes rumeurs dans les bas-fonds de la société, que le
mécontentement est grand, et qu'un matin nous nous réveillerons en
révolution. Ou fait remarquer que ces grandes secousses arrivent
communément au moment qu'on s'y attend le moins, et, à ces signes, je
reconnais qu'en effet l'heure est venue.» (X. DOUDAN, _Mélanges et
lettres_, t. II, p. 120.)]
[Note 91: Mme de Girardin écrivait, dans sa _Lettre parisienne_ du
11 juillet 1847: «Oh! que c'est ennuyeux! encore des révolutions!
Depuis quinze jours, on n'entend que des gémissements politiques, des
prédictions sinistres; déjà des voix lugubres prononcent les mots
fatals, les phrases d'usage, formules consacrées, présages des jours
orageux: L'horizon s'obscurcit!--Une crise est inévitable!--Une fête
sur un volcan!--Nous sommes à la veille de grands événements!--Tout
cela ne peut finir que par une révolution!--Les uns, précisant leur
pensée, disent: Nous sommes en 1830! Les autres, renchérissant sur
la prédiction, s'écrient: Que dites-vous? bien plus! nous sommes en
1790.» Et la chronique continuait sur ce ton. (_Lettres parisiennes
du vicomte de Launay_, t. IV, p. 259.)]
[Note 92: Lettre du 18 août 1847. (_Documents inédits._)]
[Note 93: _Oeuvres d'Alexis de Tocqueville_, t. VII, p. 231.]
[Note 94: _Correspondance inédite d'A. de Tocqueville_, t. II, p.
132.]
[Note 95: Cité dans un article de M. A. GIGOT, _Correspondant_ du 10
décembre 1860.]
Au premier rang de ceux qui ne voyaient pas le danger d'une
catastrophe prochaine, il faut nommer les membres du cabinet; ils ne
semblaient même pas douter de leur avenir ministériel. Leur sécurité
et leur confiance étonnaient les conservateurs les plus résolus. «Le
ministère, écrivait le maréchal Bugeaud à la date du 3 septembre,
paraît vouloir braver une autre session: c'est du courage! Car la
situation est mauvaise; l'esprit public se pervertit chaque jour par
les déclamations de la presse, qui s'appuie sur des faits malheureux
dont la portée est terriblement exagérée par l'esprit de parti[96].»
Le duc de Broglie, étant venu passer quelques jours à Paris, au
commencement de septembre, mandait à son fils qu'il n'avait découvert
dans le gouvernement aucune trace de découragement. «Je ne parle
pas du Roi et de M. Guizot, disait-il, qui ne sont point sujets à
cette faiblesse et qui m'ont paru tout aussi décidés, tout aussi
confiants que jamais; mais j'ai trouvé à peu près la même disposition
dans Duchâtel, bien qu'il ait toujours quelques ressentiments de
fièvre, et le reste du ministère ne demande qu'à bien faire[97].» Le
cabinet choisit même ce moment pour effectuer, dans sa composition
intérieure, un changement qui indiquait tout le contraire d'une
disposition à capituler. On sait pour quelles raisons, lors de la
formation du ministère du 29 octobre 1840, on avait attribué au
maréchal Soult la présidence du conseil: un grand nom guerrier
avait paru utile pour faire accepter au pays les sacrifices imposés
par la politique de paix, et il avait été jugé nécessaire de tenir
compte des préventions que les vaincus de la coalition gardaient
encore si vives contre M. Guizot. Depuis lors, bien que le temps eût
peu à peu effacé les circonstances passagères qui avaient justifié
cette combinaison, M. Guizot n'avait pas demandé à devenir le chef
nominal du ministère dont il portait la responsabilité. Il y avait
là cependant, pour lui, autre chose que la privation d'un titre; il
en résultait, dans l'exercice même du gouvernement, une gêne que
les caprices, l'humeur et la susceptibilité du maréchal n'étaient
pas toujours faits pour diminuer. M. Guizot se résignait à cette
gêne. Il ne voulait probablement pas qu'on l'accusât d'augmenter
les difficultés du gouvernement, pour se donner une satisfaction de
vanité personnelle. Peut-être aussi se rappelait-il ce qu'il lui en
avait coûté, sous le ministère du 11 octobre, dans des circonstances,
il est vrai, différentes, pour n'avoir pas supporté patiemment
certains inconvénients de la présidence du maréchal. Il laissa ainsi
passer près de sept années. Ce ne fut pas par sa volonté que cette
situation changea; ce fut par la volonté du maréchal, qui, accablé
par l'âge, pressé par sa famille, annonça la résolution formelle de
se retirer[98]. La place devenue ainsi vacante, M. Guizot n'avait
plus aucune raison de ne pas l'occuper; le désir du Roi et le
voeu unanime de ses collègues l'y appelaient; en face des périls
de l'heure présente, au lendemain d'une session où le cabinet
avait failli périr par défaut de cohésion, il paraissait utile d'y
fortifier le commandement intérieur. Une ordonnance du 19 septembre
1847 nomma donc M. Guizot président du conseil. L'un de ses premiers
actes fut de contresigner la décision conférant à son prédécesseur le
titre extraordinaire de maréchal général, qui n'avait été possédé,
avant lui, que par Turenne, Villars et Maurice de Saxe. M. Guizot,
en s'élevant si tard et après un si long exercice du pouvoir au
poste que M. Thiers avait déjà occupé deux fois, en 1836 et en 1840,
ne pouvait pas être accusé d'une prétention outrecuidante et d'une
ambition prématurée. L'opposition trouva cependant le moyen de crier
contre cette nomination; ce n'était pas sérieux; on pouvait discuter
s'il y avait lieu ou non de maintenir le ministère; mais du moment
qu'on le maintenait, il était naturel, logique, sincère de lui donner
pour président M. Guizot.
[Note 96: _Le maréchal Bugeaud_, par D'IDEVILLE, t. III, p. 201.]
[Note 97: Lettre du 15 septembre 1847. (_Documents inédits._)]
[Note 98: Déjà, en 1845, par la même raison, le maréchal avait
déposé le portefeuille de la guerre; mais il avait conservé alors la
présidence du conseil.]
V
Durant ce temps, que devenait la campagne réformiste? L'émotion
causée par l'affaire Praslin, si exploitée qu'elle fût par les
agitateurs, ne parut pas tout d'abord donner plus d'activité aux
banquets. «Pendant les deux premiers mois, a écrit quelque temps
après l'un des meneurs, nous eûmes peu de succès, et c'est à peine
si, à grand renfort d'articles de journaux, nous parvînmes à
organiser deux ou trois banquets.» On essaya de mettre en mouvement
les conseils généraux. Huit ou neuf au plus émirent des voeux en
faveur de la réforme ou demandèrent des mesures contre la corruption
régnante[99]. Ce fut seulement vers la fin de septembre que toutes
ces excitations commencèrent à avoir raison de l'indifférence du
public. À force de secouer des torches sur ce bois vert, on était
parvenu à l'enflammer. Une fois allumé, le feu se propagea assez
rapidement. Dans les derniers jours de septembre et pendant le mois
d'octobre, beaucoup de villes, grandes ou petites, eurent leurs
banquets, imités de celui du Château-Rouge.
[Note 99: Citons, par exemple, dans ce dernier ordre d'idées, cette
délibération du conseil général du Nord: «Le conseil général,
douloureusement affligé des scandales qui, depuis quelque temps, se
sont révélés dans diverses parties du service public, émet le voeu
que le gouvernement se montre animé, dans le choix de ses agents,
de ces sentiments de probité et de haute moralité qui seuls peuvent
donner à l'administration cette influence légitime qu'elle doit
exercer dans l'intérêt de tous.»]
Ce n'était certes pas un mouvement spontané et profond. Le secrétaire
du Comité central, chargé de la correspondance, M. Élias Regnault,
a écrit après coup: «On ne saurait croire combien l'agitation des
banquets fut superficielle et factice; il faudrait, pour cela,
consulter les correspondances du Comité central; on y verrait quelles
difficultés présentait l'organisation des banquets de province[100].»
Le public de ces réunions se composait de deux éléments fort
différents: quelques hommes de parti, généralement d'opinions très
avancées; beaucoup de curieux qui voyaient là une distraction à la
monotonie de leur vie de province. Les toasts, les discours ne se
composaient que de banalités violentes. Pour être au ton, il fallait
accuser le gouvernement de «croupir dans la fainéante quiétude
d'un égoïsme repu» et de «noyer le sentiment public dans une mare
d'indignité et de corruption». Certains orateurs se transportaient
d'une ville à l'autre. «Ce qui attirait surtout aux banquets les
électeurs des campagnes, rapporte encore M. Élias Regnault, c'était
la présence annoncée d'un député de renom; et M. Odilon Barrot
remplissant alors les journaux de ses harangues, chaque ville le
demandait, l'exigeait à son tour; chaque correspondant écrivait au
Comité qu'il n'y avait pas à songer au banquet, si l'on n'envoyait M.
Odilon Barrot. Mais M. Barrot ne pouvait pas être partout à la fois.
Le Comité central offrait alors d'autres noms, accueillis ou rejetés
par le comité local, qui souvent les marchandait au poids et à la
qualité.» On ne pouvait, du reste, reprocher à M. Odilon Barrot de se
ménager: il figura dans plus de vingt banquets, toujours convaincu de
l'importance et de la solennité de son rôle, inconscient du mal qu'il
faisait. Son habit bleu et son pantalon gris étaient bien connus du
public de ces réunions; l'heure du discours était-elle venue, il
prenait des poses de tribun, croisait ses bras, agitait sa tête et
lançait avec véhémence des phrases toutes faites sur la corruption du
dedans et les humiliations du dehors, sur les empiétements du pouvoir
royal et la Sainte-Alliance des peuples[101].
[Note 100: _Histoire du gouvernement provisoire._]
[Note 101: Ainsi apparut-il à M. Maxime du Camp. (_Souvenirs de
l'année_ 1848, p. 42.)]
Au sein même de l'opposition, les esprits un peu délicats et sincères
avaient peu de goût pour cette parade. Un jeune républicain, M.
Lanfrey, écrivait alors à un de ses amis: «Je ne te cèlerai pas que
j'abhorre le genre banquet... De tous les charlatans et de tous les
déclamateurs, les charlatans et les déclamateurs démocratiques sont,
de beaucoup, les plus terribles. Je hais les factieux, ce qui ne veut
pas dire que je n'aime pas les grands révolutionnaires. J'appelle
factieux ces êtres sans dignité qui, sans avoir seulement raisonné
leurs convictions, font de l'opposition entre la poire et le fromage,
au milieu des fumées du vin, et qui n'injurient que parce qu'ils
peuvent injurier sans danger. Ils ont, en général, de grosses faces
réjouies qui jurent avec leurs sombres discours, et sont les ennemis
personnels de M. le maire, de M. le préfet ou de M. le député qui
ont refusé de pousser leurs fils. Voilà les gens qui peuplent les
banquets. Aussi le peuple est-il très sceptique à leur endroit, et
ce n'est pas sans ironie qu'il voit défiler la procession de ces
messieurs[102].» Ce scepticisme n'eût-il pas été plus grand encore,
si l'on avait pu alors deviner que, parmi les plus animés contre le
«pouvoir personnel», parmi les plus ardents à se plaindre de ne pas
respirer assez librement sous le despotisme de Louis-Philippe, se
trouvaient plusieurs futurs fonctionnaires ou même futurs ministres
de Napoléon III; tel, pour n'en citer qu'un, M. Abbatucci, député du
Loiret et président de chambre à la cour d'Orléans, qui s'écriait,
au banquet de cette ville: «Eh quoi! après soixante ans de luttes
arrosées de tant de sang et de tant de larmes, après deux révolutions
glorieuses et sans égales dans les fastes du monde, en serions-nous
encore réduits à nous demander si la pratique réelle, sincère, du
gouvernement représentatif est possible?» Ce même M. Abbatucci,
quatre ans plus tard, au lendemain du 2 décembre, acceptait le
ministère de la justice.
[Note 102: Lettre citée par le feu comte d'Haussonville dans un
article sur M. Lanfrey. (_Revue des Deux Mondes_, 1er septembre 1880,
p. 26.)]
Plus les banquets se multipliaient, plus l'élément révolutionnaire
y prenait d'importance. Les dynastiques n'avaient pas prévu
cette conséquence, pourtant inévitable, de leur alliance avec
les radicaux. Ils avaient été probablement induits en erreur par
certains souvenirs. Quand il s'était agi de coalitions purement
parlementaires, les députés de l'extrême gauche, qui, dans la
Chambre, se savaient peu nombreux et sans crédit, avaient été le plus
souvent réduits à se mettre derrière l'opposition constitutionnelle,
et celle-ci avait pu croire qu'elle se servait d'eux plus qu'elle
ne les servait. Mais tout autre était la situation, du moment où
l'on sortait sur la place publique, où l'on provoquait une agitation
populaire; alors le premier rôle passait forcément aux vrais
agitateurs, c'est-à-dire aux radicaux; à leur tour de se sentir
sur leur terrain et de prendre la tête du mouvement. Un fait entre
plusieurs manifestait leur prépondérance: dans le plus grand nombre
des banquets, comme naguère au Château-Rouge, aucun toast n'était
porté au Roi; omission d'autant plus significative qu'elle était
soulignée par les polémiques de la presse. Lorsqu'on avait décidé
d'organiser des banquets en province, les dynastiques s'étaient
bornés à convenir plus ou moins explicitement avec les radicaux que
«cette question du toast resterait subordonnée aux circonstances
locales, et que la santé du Roi serait ou ne serait pas portée,
selon l'esprit particulier de chaque localité[103]». Au fond,
d'ailleurs, l'exclusion de tout hommage à la couronne, si elle était
contraire aux principes de ces députés, était en harmonie avec leurs
passions du moment. N'étaient-ils pas alors en lutte directe avec
le Roi lui-même? «Il nous paraissait, a avoué l'un d'eux, qui était
pourtant nettement monarchiste, qu'il n'y avait ni sincérité ni
dignité à placer sous l'invocation du nom du Roi une manifestation
dirigée contre le gouvernement personnel.»
[Note 103: M. Odilon Barrot dit, dans ses _Mémoires_ (t. I, p. 463):
«Le toast au Roi ne fut ni exclu ni imposé.»]
Pendant que la monarchie était exclue des banquets, on laissait
le socialisme y prendre place plus ou moins ouvertement. À
entendre ceux qui développaient le toast presque partout porté «à
l'amélioration du sort des classes laborieuses», il semblait que
le mot «réforme» impliquât la réforme de la propriété et de toute
la société bourgeoise; aussi bien, n'était-ce pas la conséquence
logique de tant de déclamations sur la corruption de cette société?
Au banquet de Saint-Quentin, sous la présidence de M. Odilon Barrot,
M. Considérant portait un toast «à l'organisation progressive de la
fraternité dans l'humanité», et l'on sait ce qu'entendait par là le
principal apôtre du fouriérisme. Au banquet d'Orléans, un député
républicain, d'ordinaire plus modéré, M. Marie, faisait, entre les
vertus, les souffrances, l'infériorité politique des ouvriers, et les
richesses, l'égoïsme, la corruption, les privilèges de l'aristocratie
bourgeoise, des antithèses que M. Louis Blanc n'eût pas désavouées et
qui ressemblaient fort à un cri de guerre sociale.
Si M. Odilon Barrot et ceux de ses amis qui s'étaient jetés avec lui,
tête baissée, dans cette campagne, ne paraissaient pas s'inquiéter
du tour de plus en plus révolutionnaire qu'elle prenait, il n'en
était pas de même de tous les membres de l'opposition dynastique. M.
Léon Faucher, qui avait participé d'abord à quelques banquets, se
retira en voyant ce qu'ils devenaient[104]. D'autres, tels que MM.
de Tocqueville, Billault, Dufaure, s'étaient abstenus dès le premier
jour[105]. Ce qui était survenu depuis les avait confirmés dans
leur abstention et leur défiance. M. Dufaure se crut même obligé de
manifester hautement son blâme; invité, en octobre, à présider le
banquet de Saintes, il refusa par lettre publique. «Lorsqu'au mois de
juin dernier, disait-il, le premier banquet réformiste a été préparé
à Paris, nous avons prévu, mes amis et moi, qu'il aurait un autre
caractère politique que celui que nous voulions lui donner; nous
avons refusé d'y assister; l'événement a justifié nos prévisions.» La
presse de gauche, fort irritée de cette lettre, riposta en reprochant
amèrement à M. Dufaure «ses susceptibilités», «son orgueil», «son
esprit faux et étroit». Faut-il croire qu'à cette époque, M. Dufaure,
dégoûté de la gauche, tendait à se rapprocher du cabinet? Ce qui est
certain, c'est que M. Guizot avait alors quelque velléité de créer ce
ministère de l'Algérie que M. Dufaure avait demandé dans le rapport
fait, en 1846, au nom de la commission des crédits, et qu'il songeait
à le lui offrir[106].
[Note 104: Léon FAUCHER, _Biographie et correspondance_, t. I, p.
208.]
[Note 105: On se rappelle qu'au banquet du Château-d'Eau, sur 154
députés invités, 86 seulement avaient accepté.]
[Note 106: M. Guizot en avait parlé à M. le duc d'Aumale, au moment
de sa nomination au gouvernement de l'Algérie, et lui avait demandé
s'il y aurait quelque objection.]
Il ne faudrait pas croire cependant que tous les députés qui ne
prenaient pas part aux banquets, les désapprouvassent. Quelques-uns
ne s'abstenaient que pour ménager leur situation ou tenir compte de
certaines convenances. M. de Rémusat, par exemple, jugeait qu'ayant
été ministre du Roi, il ne pouvait prendre une part personnelle à
cette campagne, mais il «encourageait ceux qui, plus libres que lui,
s'y étaient engagés[107]». C'était aussi un peu le cas de M. Thiers.
Au fond, sans doute, il n'augurait pas grand'chose de bon de cette
agitation, et il laissait volontiers à M. Odilon Barrot la gloire
de parader sur les tréteaux des banquets[108]. Mais il veillait bien
à ce que, du moins à gauche, son abstention ne fût pas interprétée
comme un blâme; causait-il avec les agitateurs, il déclarait être
de coeur avec eux et leur donnait à entendre que, s'il se tenait à
l'écart, c'était pour leur laisser plus de liberté. «Ma présence,
leur disait-il sur un ton de confidence, pourrait être une gêne pour
les orateurs, sinon les discours de ces derniers pourraient être
une gêne pour moi.» On racontait ce propos de M. Odilon Barrot: «M.
Thiers ne figure pas comme convive dans nos banquets, mais il en
est le cuisinier.» Parmi ceux qui ne se mêlaient pas à l'agitation
réformiste, il faut aussi nommer M. de Lamartine. Convié, à raison
même du retentissement qu'avait eu la réunion de Mâcon, à présider
plusieurs banquets, il s'y refusa. «Le rôle de courrier national ne
me convient pas, écrivait-il à un de ses amis; je voudrais m'en tenir
à Mâcon.» Ce n'était, certes, de sa part, ni timidité ni scrupule
conservateur; c'était répugnance à prendre place dans une campagne
qu'il ne commandait pas.
[Note 107: C'est ce que dit expressément M. Duvergier de Hauranne,
dans l'article qu'il a publié sur M. de Rémusat. (_Revue des Deux
Mondes_ du 15 novembre 1875, p. 347.)]
[Note 108: M. Thiers disait à M. Nisard, le 24 février 1848: «J'ai
laissé la conduite des banquets à Barrot. C'est l'homme de ces
choses-là, parce qu'il est...» M. Nisard, tout en taisant le mot
dont s'était servi M. Thiers, dit que le terme qui s'en rapprochait
le plus était celui de «simple d'esprit». (_Ægri somnia_, ouvrage
posthume de M. Nisard.)]