DÉJEUNERS, LUNCHS, ETC.

Le service d’un déjeuner prié est plus simple, moins fastueux que celui

d’un dîner. Cela se répartit sur beaucoup de petits détails.

L’absence d’éclairage éloigne une grande source de complications. Une

corbeille de fleurs en faïence ou en cristal remplace le surtout. Il est

très joli de l’entourer, pour le milieu de table, de quatre assiettes à

pied ou coquilles élégantes remplies de beaux fruits de saison.

Le couvert est moins chargé, le linge de fantaisie est permis, la

faïence aussi.

J’ai dit plus haut quels sont les plats en usage; on y fait toujours

figurer des œufs: omelettes diverses, œufs brouillés aux champignons,

aux pointes d’asperges, aux truffes, etc., et de la viande de boucherie:

côtelettes, biftecks, rognons sautés, langue, etc. Au début, _jamais_ de

potage, mais des huîtres pendant les mois autorisés. Au dessert, brioche

ou galette ou plum-cake, fromage à la crème, tourte aux fruits, etc.,

plus les assiettes ordinaires de petits fours et bonbons, mais en moins

grand nombre qu’au dîner et de sortes plus simples.

Le café et le thé se servent à table ainsi que les liqueurs.

Un ennui des déjeuners, c’est que l’on ne sait que faire de ses hôtes

quand ceux-ci ne prennent pas l’initiative du départ. Il est de bon

goût, après un petit séjour au salon, de leur rendre la liberté par une

phrase bien tournée disant en substance que, malgré le plaisir que l’on

aurait à les conserver plus longtemps, on ne veut point se rendre

indiscret en empiétant sur la portion de leur temps réservée aux

affaires. C’est là le sens général, sinon les paroles.

Le _lunch_ de cérémonie n’a guère sa place que pour les mariages,

baptêmes, réunions d’enfants et de jeunes filles.

Le premier de ces cas rentre dans la catégorie des grandes réceptions,

et c’est avec le fournisseur attitré qu’on devra s’entendre pour le

service, au point de vue du personnel et du matériel et aussi en ce qui

concerne le choix et la quantité des rafraîchissements.

On sait que ceux-ci comportent non seulement des pâtisseries, petits

fours, plum-cakes, brioches, babas, etc., mais aussi des sandwiches fins

au jambon, au foie gras, etc., et même, en certains cas, les aspics, les

galantines, etc.

Comme boissons, du thé, du chocolat, du consommé, des vins fins, de la

bière même, des vins de dessert et du champagne, enfin glaces et punch.

Mes lectrices, jeunes mamans et jeunes tantes, me sauront gré d’entrer

dans quelques détails en ce qui concerne les goûters d’enfants. J’en ai

tant donné! mon expérience me procurera le vif plaisir de leur être

utile.

Pour ce petit monde, il y a trois points à considérer tout d’abord: 1º

les amuser; 2º les régaler; 3º éviter les gros malheurs.

«Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir», dit le proverbe

populaire.

Sans le prendre trop à la lettre, ce qui mènerait tout droit à la

rusticité, il faut cependant en tirer cette leçon que les raffinements

et les élégances de la mode ne sont point à leur place pour une «tablée

de marmots».

On laissera de côté les nappes ouvragées finement, les chemins de table

brodés de soie et garnis de dentelles, les serviettes minuscules, bonnes

à essuyer le bout des ongles roses d’une main délicate. Il faut prévoir

les verres de sirop culbutés, les tasses de chocolat heurtées, les

paquets de crème semés çà et là, les gâteaux imprimant en taches grasses

leur place où on les a posés. Il faut aussi que les jolies robes des

fillettes, les costumes des garçonnets, soient abrités contre leurs

maladresses et celles de leurs voisins. Donc, nappes et serviettes de

table damassé blanc ou avec bordure de couleur, ce qui est plus gai.

Des fleurs sur la table aux deux bouts, car le milieu doit être réservé

pour la pièce d’importance, le grand gâteau! ou la jatte de crème

fouettée, ou le bavarois majestueux dont l’apparition fait ouvrir au

large des yeux ravis.

Je ne conseille pas les fruits: les enfants, l’estomac barbouillé de

pâtisseries et de crèmes, ne les digèrent pas bien et il peut en

résulter d’immédiates et lamentables infortunes. Je ne parle point ici

des goûters de campagne où ils sont tout à fait à leur place.

Pour les petits gâteaux qui garniront les assiettes, il faut les choisir

faciles à absorber sans dégâts, bannir les éclairs, les bombes à la

crème, les tartelettes aux fruits, tout ce qui poisse, coule, tache; les

petites brioches, les plum-cakes, canapés, feuilles de palmier, langues

de chat, milanais, macarons, etc., offrent un large choix, et aussi ces

délicieuses petites friandises qui font la joie des marmots: noix,

champignons meringués, etc.

Les oranges sont toujours les bienvenues et terminent de façon agréable

et... hygiénique le festin. En salade bien sucrée, aromatisée de kirsch

ou de rhum très étendu d’eau, elles ont un grand succès.

Ne pas abuser des bonbons, se contenter de chocolat praliné, de

pastilles au fruit, de grains de café. Les fruits confits sont longs à

manger et barbouillent de sucre en sirop les mains et les figures.

Des «cosaques» en masse, au moins deux par invité. Disons à ce propos

qu’il faut, dans le calcul des provisions, s’arranger de façon à ce que

chaque enfant puisse avoir un gâteau de chaque sorte qui paraîtra sur la

table. Il faut compter avec la faiblesse humaine, surtout à un âge où

l’éducation et l’usage du monde n’ont pas encore eu le temps d’imposer

aux passions leur frein salutaire. Pourquoi courir au-devant de gros

chagrins quand il est si facile de les éviter?

Pour les marmots au-dessous de six ans, faire passer les assiettes de

friandises est une opération un peu scabreuse. Sans doute il y a des

enfants gentils et discrets par nature, bien stylés par des parents

soigneux des choses d’éducation: ceux-là prendront correctement un

gâteau; mais les petits gloutons, les rustres, les enfants gâtés élevés

par des parents trop faibles ou incapables, peuvent causer des ennuis de

plus d’une sorte; il vaut donc mieux, en général, _servir_ les petits

convives.

Pour la boisson, des sirops coupés d’eau, de l’eau rougie, jamais de vin

pur! même des vins sucrés ou autres.

On ne peut trop s’indigner contre ces maîtresses de maison qui, par

vanité ou par ignorance, offrent à des enfants du malaga, du frontignan,

du champagne! C’est une coupable folie; on expose à de graves atteintes

ces petits cerveaux encore faibles, et qui, chez certains sujets, sont

fatalement prédisposés à la méningite.

Il y a bien assez de l’animation du jeu, de la réunion nombreuse, du

plaisir de gourmandise, pour exciter tout ce jeune monde et le jeter

hors de ses gonds.

Un petit conseil d’hygiène pour terminer:

Pendant que les enfants sont réunis dans la salle à manger pour le

lunch, il faut aérer la pièce où ils ont joué en ouvrant au large les

fenêtres, sauf à les refermer un peu avant la rentrée de la bande

joyeuse.

Après le goûter, les jeux tranquilles sont préférables, la digestion est

moins troublée et, au moment de leur départ, les enfants, calmés et

rafraîchis, peuvent affronter sans danger l’air extérieur.

Une maison bien tenue · 第 16 / 29 题