Joséphine n’était pas de ce blond étrange, insaisissable, tout
semblable à l’or mystérieux versé par l’aile d’émeraude de la
cantharide!--Le reflet fauve de ses cheveux s’éteignait sous une
nuance gris de perle. Il n’y avait en elle rien de printanier, de vif,
d’étincelant et de frais. Son front, légèrement bombé,--marque d’un
caractère opiniâtre,--ainsi que son cou et ses épaules, ressemblait
à de l’ivoire un peu jauni. Ses yeux étaient d’un bleu orageux comme
la mer, les veilles de tempête, couleur indéterminée, mais sombre,
entre l’olive et le violet; on n’aurait pu saisir l’âme au travers. Sa
lèvre, dont les dents rompaient à chaque instant les veines,--habitude
de coquetterie à la Pompadour, ou peut-être passion réprimée,--était
malade et épuisée; mais son sourire n’exprimait jamais ni désir, ni
tendresse, ni mélancolie, cette sainte trinité du sourire des femmes!
Quand je la regardais, je ne pouvais m’empêcher de penser au Sphinx.
Que de fois j’eus la tentation de palper cette taille longue et
gracieuse, pour voir si quelque aile de griffon n’était pas cachée
dans le corsage, tandis que mon œil poursuivait aux bords de la robe
flottante la pointe d’un pied qui se moquait de la fable, et qui disait
que le Sphinx était une femme de partout.