I cimiteri? Sì, la più lunga strada; ma sempre una strada...

E poi?...

Ecco: bisognava gettare ancora una volta il suo piccolo nome su la

Città immensa, e poichè Parigi aveva rappresentata in lei qualche ora

della sua camminante bellezza, bisognava essere fino allʼultimo la

ballerina dellʼantico My Blu, bisognava danzare la danza del suo cuore

morto sul più luminoso teatro di Parigi la Babelica...

E poi?...

[Illustrazione: DECORAZIONE]

—Qui, Jack, jʼai été au delà de la mort, et je suis encore vivante...

Me voici revenue. Jʼai désiré te voir. Tu es le premier homme, tu es la

seule créature à qui je sente le besoin de serrer la main. Pourquoi me

regardes–tu, Jack? Suis–je bien changée?

Egli era commosso; non le parlava. Non le poteva parlare. Chinato sopra

il suo volto ancora giovine di ballerina, teneva una mano di Bluette

fra le sue, dolcemente, fortemente, con una specie di fraterna ed

innamorata paura.

—Oui, sans doute, je suis très changée, très enlaidie peut–être... Si

tu savais comme le désert brûle!... Si tu savais comme on y perd ses

yeux, là–bas, dans cette terre où tout miroite... Ça ne fait rien! ça

ne fait rien!... Parlons de toi, Jack. Est–ce que tu danses?

Con un moto repentino egli scosse il capo, serrò i labbri; una smorfia

contrasse la sua limpida fisionomia.

—Non? Est–ce que tu ne danses pas? Toi non plus, Jack? Cʼest drôle!

Quʼas–tu fait alors?

—Je vous ai attendue, Bliouette.

—Tu mʼas attendue... Est–ce possible? Quel enfant que tu es! Et puis,

ça ne vaut pas la peine dʼattendre Mimi Bluette... Mimi Bluette est

morte.

—What a pity! You are a very naughty Girl!

—Pas du tout méchante, pas du tout. Jack! Cʼest la vie qui fait ça...

Il ne faut pas mʼen vouloir. Et puis rions, Jack!... Si tu savais comme

cʼest triste de ne plus savoir rire!

—«Avez–vous donc fait un voyage très uncomfortable?»

—Tu appelles ça «uncomfortable»?... Oui, cʼest ça! tu as peut–être

raison, Jack... Pour moi ce nʼest pas seulement lʼAfrique, cʼest la vie

toute entière qui a perdu son comfort...

Egli si guardò le unghie, le belle unghie rosate, la sua mano calma,

onesta come il suo cuore. Pareva incerto se dirle quello che le voleva

dire. Poi domandò:

—«Etes–vous toujours une esclave, Bliouette?»

—Ne me demande rien. Jack... Tu dois savoir que je nʼai pas versé de

larmes...

—«Et vous étiez nécessaire de verser des larmes?»

—Oh, il faisait tant de soleil!... On ne pleure pas quand on est

aveugle... Tu as dit pourtant: «vous étiez nécessaire»... Cʼest une

grosse faute. Jack! Il vaudra mieux que tu dises à lʼavenir: «Etait–il

nécessaire... et cœtera.»

—All right! Mais je demande si votre ami...

—Ah, non, Jack!... Pas ça! Jamais, jamais un mot! Tu es mon danseur et

tu es mon brave Jack... mais ne demande jamais à Mimi Bluette ce qui

sʼest passe là–bas, dans la terre chaude...

—Oh, yes! Linette avait donc raison... Je suis très coupable.

—As–tu causé avec Linette?

—Non. Elle mʼa chuchoté en mʼouvrant la porte: «Parlez pas, Monsieur

Jack! Faut la guérir dʼabord.»

—Pauvre fille! Elle a été si douce, si douce... Mais pourquoi donc les

gens mʼaiment–ils toujours, moi, qui suis dʼune nature si horriblement

égoïste?... Enfin, si ça te fait plaisir, allume ta pipe, Jack.

—«Bon. Vous me direz après que je peste.»

—Ou que tu empestes... Mais ça ne fait rien. Allume.

Sedettero. Egli premeva il pollice con attenzione sovra il suo biondo

Navy Cut.

—Çʼa été très beau en Afrique. Tout le monde savait que jʼétais Mimi

Bluette. A Colomb–Béchar les militaires ont joué le My Blu.

—Quand on a bien dansé comme vous, Bliouette, cʼest naturel quʼon ait

sa réclame aussi en Afrique.

—Tu crois?

—Yes.

—Ecoute donc. Jʼavais un superbe chef de caravane qui mʼappelait:

«Lalla». Cʼétait très gentil.

—Question de goût. Moi ça me fait rire.

—Jack, tu ne mʼas pas encore dit si je suis devenue laide?

—«Oui, un très petit peu.»

—Parce que, sais–tu, jʼai un projet...

—Aïe!

—Tu dis aïe beaucoup trop tot. Cʼest ton vice.

—Jʼai toujours peur de vos projets, My Blu.

—Pas cette fois. Mon projet va te plaire.

—Par exemple?

—Par exemple... écoute–moi bien... Je vais danser!

—Oh!... My Blu!

Non seppe risponderle con altre parole. Ma i suoi occhi mandavano luce.

Dʼun tratto afferrò entrambe le sue mani, abbronzate ancora della

vampa, mise un ginocchio a terra e le baciò.

—Oui, je vais danser une danse que jʼai dans le cœur. Cʼest le

mouvement de la caravane qui me lʼa apprise. Et puis cʼest le soleil

du Gharb, le soleil de la terre où ils tombent... où il tombent, Jack,

mes frères!... Quand je portais en moi mon cœur comme une pierre, cette

danse montait dans mes veines, enveloppait mon être, dans une volupté

rouge comme le soleil... Vois–tu? Chacun doit parlar avec son propre

langage. Les poëtes font de la poesie; les peintres sʼoccupent de la

couleur; moi, qui étais née danseuse, je sentais le désert comme une

danse, et il y avait pour moi des orchestres dans la fureur du soleil...

—Oh, comme cʼest beau ce que vous avez dit, Bliouette!...

—Mais non, Jack, cʼest tout à fait simple... Nous avons marché des

jours et des jours, assoupis dans la somnolence de la caravane; il y

avait là–bas ce soleil que tu nʼas jamais vu; et le silence furieux

de cette atmosphère étourdissante mʼenvoyait des chansons qui étaient

vastes comme lʼinépuisable désert... Jʼai senti naître en moi une

musique de soleil, qui était nouvelle, sur laquelle personne, jamais,

nulle part, nʼa dansé... Je veux faire cadeau à cette ville de ma

danse; elle mʼa bien donne, Jack, mon amour...

—Vous attribuez ça à la caravane; moi je crois, Bliouette, que le

miracle est dans vos pieds.

—Si tu étais philosophe on tʼappellerait, je crois, un matérialiste.

Mais, puisque tu es danseur, on ne peut tʼappeler quʼun idiot. Enfin tu

seras mon impresario, Jack. Cʼest toi qui mʼarrangeras ce spectacle.

Et quand jʼaurai dansé ma danse, presque nue, sur des tapis rouges,

alors, pour te faire plaisir, je danserai aussi les tiennes, avec toi

Mais je veux que ce soit splendide! Un théâtre comme Paris sait en

faire aux actrices quʼil aime. Tu vas dʼabord mʼenvoyer un musicien. Je

danserai: il devinera la musique. Tu mʼenverras celui qui a écrit le My

Blu. Quoiquʼil ait à présent un peu de morgue, pour avoir été joué aux

quatre coins de la terre, grâce à Mimi Bluette, il se ressouviendra,

j ʼespère, quʼil était râpé comme une vieille culotte quand il vint

mʼoffrir sa pièce, pour le prix de trois louis... une vraie aubaine!

Maintenant il a un tarif de boxeur nègre. Mais tu peux lui dire que

Mimi Bluette nʼest pas à vingt–cinq louis près. Tu feras annoncer ce

spectacle le plus bruyamment et le plus loin que tu pourras. «La Danse

du Soleil... Mimi Bluette»—«Mimi Bluette... La Danse du Soleil»—Cʼest

joli, hein? la Danse du Soleil?... Ce Dieu terrible me possède, Jack,

et je danserai une danse furieusement ensoleillée... Aussi tu prieras

Sem de me faire une affiche. Je ne suis pas tout à fait certaine que

Sem soit un dessinateur extraordinaire, mais, quand cʼest de lui,

cʼest du Sem, et ça colle! Puis tu iras faire une visite da ma part

à Messieurs les Moucheurs de Chandelles, au Monsieur du Strapontin

et à ses collègues; tu trouveras moyen de souffler à Fred Chinchilla

que Bluette étalera sur son tapis rouge pour un million de bijoux...

Enfin tu iras au Bar de la Grande Rouquine—tu iras ce soir même—dire à

Sanderini quʼil sʼamène chez moi, car jʼai une faveur très delicate à

obtenir de sa vilaine gueule...

[Illustrazione: DECORAZIONE]

* * * * *

E passò quei giorni ricinta nel suo dolore come in una fredda collana

di pietre scintillanti.

Mimi Bluette!... Un nome, nientʼaltro che un nome; anzi un piccolo

fiore da mettere sui cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.

Parigi lʼaveva buttata in alto come il vertice luminoso dʼuna fontana,

ed ora che la sua lievità non poteva più essere trasparente, con

unʼestrema vertigine del suo chiarore Parigi la ricoricava.

Nella Danza del Sole, sul tappeto rosso come il Guébli, voleva

calpestare con magnificenza il suo cuore morto. Davanti alla Città

che lʼaveva stupendamente innalzata, voleva passare, splendere, come

rifulge dopo la tempesta il miracolo dellʼarcobaleno. Gridare a quei

milioni di uomini respiranti nella felice aria della vita: «Io che

danzo ancora su questa musica del mio delirio, seminuda perchè mandai

profumo, io sono Mimi Bluette!...» Gridare con la musica estrema dei

suoi movimenti allucinati: «Città Raggiante!... Città Vertiginosa come

il Guébli... Città barbara, dove il sole non tramonta mai!... guardami

ancora una volta! Questo è il profumo di carne che a te mandarono i

miei fiordalisi. Passai nella tua primavera come la musica dʼun raggio

di sole; fui, con tutto il mio corpo, la bellezza che ti è necessaria,

o Parigi etera dei secoli!... Sono venuta per le tue strade folli

un giorno della mia giovinezza, e nessuno mi guardava. Ero giovine

come la primavera, e nessuno mi guardava. Io non sapevo nemmeno che

lʼarcobaleno avesse un colore il quale si chiama la Gloria,—e tu me

lʼhai data. Mi hai detto: «Va nel mio giardino, piccola fiamma, e

scégliti un fiore.» Ho scelto i fiori del sole nei campi, questi

azzurri fiordalisi, di cui mi feci una ghirlanda perchè andavano bene

con me. Io non avevo altro che i miei capelli biondi e le mia caviglie

leggere; tu mi hai sollevata come una piuma nelle tue bufere di

sole... Guarda! Ora danzerò per sempre la danza del mio cuore morto,

calpesterò, sovra un tappeto rosso come il Guébli, su la morta erba del

mio giardino, i fiordalisi di Mimi Bluette...»

[Illustrazione: DECORAZIONE]

—Suis–je ou ne suis–je pas en présence de la divine Bluette?—disse per

celia lʼottimo Sanderini. Era, come sempre, agghindato nella stralucida

marsina e dondolava con una specie di sonno la sua vecchia testa

dʼavvoltoio domestico.

—Eh bien, mon vieux Sanderini! Ça va toujours cette gonzesse que nos

littérateurs appellent lʼexistence? Oui? ça va toujours? Tant mieux!

Voilà des siècles que je ne revoyais pas votre bonne tête! Comme ça

fait plaisir tout de même de se dire bonjour entre copains!

—Et moi je vous dis, madame Bluette, que nous étions tous bien tristes

chaque fois que nous entendions prononcer votre nom. On se regardait

dans les yeux, la Grande et moi, sans rien dire; puis la Grande

mʼenvovait une injure, car cʼest sa façon à elle dʼavoir du chagrin.

Pensez donc si jʼai bondi, hier soir, quand M. Jack est venu me dire

que vous étiez là, et que «Mimi Bliouette était nécessaire interview de

vous, mister Sanderini...»

—Ah, ce brave garçon! Il nʼest pas ce quʼon appelle un polyglotte, et

pourtant je lʼaime bien, mon vieux Sanderini; je lʼaime comme un frère.

—Hier soir il était rayonnant. Il a fait le tour des tables, et il

prenait tout le monde par les poignets: «Savez—vous? Mimi Bliouette

va danser! Mimi Bliouette in the Sun Dance! Yes: dans la Dance du

Soleil!...» Oh, quʼil en était aux anges, le pauvre petit!

—Et bien, oui, nous allons voir une fois de plus si ça colle, mon vieux

Sanderini!

—En douteriez–vous par hasard?

—Non, je nʼen doute guère... Seulement jʼai été bien éprouvée depuis

quelques mois, et, si les pieds restent agiles, des fois le cœur ne

lʼest plus.

—Voyons! Quelle blague!

—A la fin je me suis dit: «Sacrée Bluette, si cʼest vrai que tu es née

danseuse, il faut bien que tu recommences!»

—Voilà qui est bien pensé, madame Bluette. Cʼest ce que je dis

toujours, moi, quand je vois des figures mornes: «Faut pas sʼen

faire!... Faut pas sʼen faire!...» A la fin des fins, madame Bluette,

qui est–ce qui vous en dira merci?

—En effet, Sanderini...

—Et alors, à quoi bon? Faut pas sʼen faire! Le sac est déjà très lourd

à porter, sans quʼon y ajoute soi–même des pierres. Et puis, un beau

jour, quand vous aurez le cœur libre et que vous ferez, comme une benne

ménagère, la révision de votre compte de semaine, en voyant tout ce

quʼil y a eu de cassé, de fripé, de perdu, sans le moindre bénéfice,

vous nʼaurez quʼune chose à vous dire, ma pauvre Bluette: «Dieu, que

jʼétais aveugle! que jʼétais aveugle!» Vous mʼexcusez, nʼest–ce pas, si

je vous parle avec tant de franchise?

—Je vous écoute sans protester, cher Sanderini. Vous êtes un homme

dʼexpérience, et rien ne mʼempêche de croire que vous avez positivement

raison...

—Mais, en tout cas, je ne suis point venu pour vous faire de la

morale. Un Sanderini moraliste, un Sanderini cautériseur dʼâmes, voilà

un métier pour lequel je ne me connais point dʼaptitudes! Jʼen fais

bien dʼautres, si vous voulez, et je mʼen tire dʼune façon décente,

quoiquʼon me tienne pour un larron des plus fieffés... Mais pour vous,

madame Bluette, pour vous je nʼai que de bons sentiments, et moi,

qui suis pourtant un égoïste, je saurais tout de même sacrifier mon

bien–être personnel pour le plaisir de vous rendre service.

—Mon Dieu, oui, Sanderini, il y a de braves gens! Il y a de braves

gens, surtout parmi ceux qui nʼont pas à chaque instant leur âme

au bout des lèvres et vous la collent sur vos blessures comme du

taffetas...

—A la bonne heure, ma toute belle! Vous commencez à apprendre la vie.

—Peut–être, mon vieux Sanderini... Ce quʼil y a de sûr cʼest que je

me sens moi–même...—oh, la phrase vous paraîtra bien drôle!—je me

sens moi–même en rupture avec la société... Ces gens comme il faut,

croyez–vous? ils mʼhorripilent!

—Et moi!... Fichtre! si seulement on me laissait faire!... Dans tout

homme résigné il y a toujours le sans–culotte qui roupille. Un jour

vient où il sʼéveille et veut ameuter les carrefours pour pendre les

aristos à la lanterne.

—Cʼest possible. En tout cas le mien aurait plutôt envie de se pendre

lui même...

—Et cʼest triste. Il ne faut jamais envoyer son cœur à la guillotine.

Vous avez le tort, ma toute belle, dʼavoir lu des poëtes. Moi, les

poëtes, je les laisse aux rafalés!

—Les rafalés, vous dites? Ah, le beau terme! Et comme il me va,

Sanderini! Car je ne suis désormais quʼune pauvre femme rafalée...

Oui, je ne mʼen cache guère: jʼ ai eu du chagrin, je suis éreintée,

jʼai besoin, vraiment besoin, de trouver autour de moi un appui

quelconque... Eh bien, ma foi, ce nʼest pas aux gros bonnets, aux

philanthropes, aux gens de bonne conduite, quʼil me prendrait jamais

la faiblesse dʼavouer ma peine! Pour ceux–là je vais danser ma Danse

Rouge; devant ceux–là je vais paraître implacablement heureuse, ayant

toujours aux lèvres mon sourire dʼautrefois... Mais cʼest ici, dans

les coulisses, où les feux de la rampe ne mʼembrasent pas dʼune lueur

artificielle, cʼest ici, où Mimi Bluette redevient la pauvre fille de

jadis, que je puis vous dire, Sanderini, combien mon âme est triste, et

combien je me sens vide, morne, solitaire, hantée par la frayeur de mes

nuits blanches...

—Mais non! mais non! Il faut chasser tout cela! Il faut venir souper

chez la Grande Rouquine, lever son verre plus haut que le front, et

puis rire, rire!... ne rentrer quʼà lʼaube, légèrement grise, lʼâme

gonflée comme une voile dans la vapeur du Champagne... Que diable!

Est–ce possible que ce Paris, où lʼon soigne des rois neurasthéniques,

ne parvienne pas à vous guérir, vous, qui êtes une créature de joie?

—Jʼai été amoureuse comme une folle, mon pauvre. Sanderini...

—Quoi donc? Il y en a bien dʼautres qui ont été amoureuses comme des

folles! Presque toutes lʼont été. Cʼest–à–dire quʼelles ont cru lʼêtre,

ce qui revient au même. Et avec ça? Faut pas croire que ce soit la fin

du monde. Petit à petit, jour par jour, comme cʼest venu, ça passe.

Eh, oui! Ne hochez pas la tête... Il en est de cela comme des robes à

paniers... ça passe!

—Jʼai été amoureuse comme une folle... je le suis, je le serai, comme

une folle...

—Bien sûr, bien sûr! Vous conjuguez à merveille... Mais cʼest toujours

de la conjugaison, ma divine!... Pas autre chose que de la grammaire

du sentiment. Allez plus loin: vous tomberez dans le crépuscule de

lʼimparfait, vous vous éloignerez dans lʼombre du prétérit indéfini...

Croyez–moi: la conjugaison des verbes nʼa dʼautre raison dʼêtre que

lʼinconstance du cœur humain. Sans cela vous pourriez toujours dire: a

«Jʼaime»—et ce serait vrai pour toute la vie.

—Sanderini, savez–vous quʼil est mort à la Légion Etrangère?

—Oui, je le sais.

—Comment le savez–vous?

—Quʼimporte, puisque je le sais?

—Mais... les détails?

—Oui, les détails aussi. Nous savons quʼil est mort en brave, criblé de

blessures, sur le drapeau ennemi. Dʼailleurs, il nʼy avait quʼà voir

sa tête pour être sûr quʼil marcherait tout droit. Moi, voyez vous,

jʼai toujours dit au nez des moqueurs: «Oui, elle lʼaime, cʼest bien

dommage... Pourtant je suis sûr que ce type–là nʼest pas un gangréné

comme vous.» Et la Grande qui se rebiffait: «Mouche–toi, vieille

chandelle! Tʼa–t–il fait cadeau dʼune épingle de cravate, que tu en

parles comme de ton cousin?» Bref, laissons tout ça, ma divine. Quand

on a eu un malheur... eh bien, cʼest dur, je le sais... Mais, tout de

même, on lʼaccepte, on le plie en quatre comme un joli mouchoir de

soie, on lʼenferme dans la petite boîte secrète que chacun porte en son

cœur, et puis on lui dit, à cette gueuse, oui, exactement ce que vous

avez dit: «Chienne de vie, drôlesse à quatrʼpattes, cʼest très dur,

cʼest très très lourd, mais il faut bien que je recommence!...» Pas

vrai?

—Sanderini, je vous ai fait venir parce que je sais que vous êtes un

homme à rendre de menus services...

—Cʼest mon devoir.

—Et parce que je sais que vous êtes un homme adroit, subtil, point

bavard, point farouche...

—On le dit.

—Que vous savez devenir indispensable aux moments graves...

indispensable et discret...

—Disons: comme une faiseuse dʼanges.

—Ou bien... comme un marchand de paradis!

—Ah, tiens, jʼy suis! Jʼy suis, ma divine. Cʼest de lʼoubli chimique,

de lʼivresse au milligramme quʼil vous faut...

—Oui, mon ami: de la morphine...

—Aïe!

—Car, je vous lʼavoue franchement, Sanderini; tous les soirs jʼai envie

de me tuer.

—Hum!

—Cʼest donc pour mʼaider à revivre.

—Jʼentends.

—Cʼest pour que je puisse rentrer vers lʼaube, lʼâme gonflée comme une

voile... Ne mʼen donnerez–vous pas?

—Jʼhésite.

—Pourquoi donc? Vous en donnez bien à...

—Chut! Ne disons pas à qui jʼen donne. Le cas est très différent.

—Sanderini, soyez gentil...

—Très différent, vous dis–je.

—En quoi?

—Vous allez rire. Ces femmes, voyez vous, ça mʼest à peu près égal

quʼelles sʼadonnent aux stupéfiants, aux aphrodisiaques délétères,

quʼelle prennent de la coco, de la morphine, ou quʼelles sʼéthérisent

à leur gré... Moi, ça me rapporte; et quʼelles soient plus ou moins

vannées, plus ou moins détraquées, pour Notre Dame de Pantruche il nʼy

aura rien de perdu! Mais, lorsquʼil sʼagit de Mimi Bluette, voyons, ce

nʼest plus la même chose!...

—Préférez–vous, Sanderini, que jʼaille mʼacheter mon coin de terre

dans un petit cimetière de banlieue? Je le ferai sans doute, ce soir

peut–être, ou le premier jour que jʼaurai la force de vaincre ce

petit frisson... Car là–bas, dans le Gharb, cʼest plus facile quʼici.

Je sais bien pourquoi ils se font tuer... Lʼair est tellement rouge!

Mais ici, quand on est sur le point de faire ce petit geste, cʼest une

sensation de froid qui vous arrête... Et puis on a toujours envie de ne

pas sʼenlaidir... Voyons, Sanderini, vous reviendrez ce soir, demain

peut–être; vous mʼapporterez ma vie dans un petit flacon très limpide...

—Fichtre! Mais cʼest que ça fait terriblement mal ces saloperies–là!

—Quʼimporte? Ça ne fera jamais si mal que dʼêtre morte... Et puis, si

vous refusez, mon brave Sanderini, qui est–ce qui mʼempêchera dʼen

prendre ailleurs?

—Tant pis! Je nʼaurai pas à me dire que cʼest «ma drogue».

—Mais elle me guérira, et vous nʼaurez pas non plus ma reconnaissance.

—Vous guérirez du noir, sans doute, mais non pas de la morphine.

—Croyez–vous?

—Hélas, ma divine, cʼest pire que lʼalcool, pire que le jeu, que

lʼamour, que le crime... Rien ne vous sauvera dʼelle, quand vous en

aurez pris le vice.

—Cʼest peut–être bien ce quʼil me faut, Sanderini!...

—Horrible!

—Et puis, vous ne savez pas quʼune petite femme comme moi peut avoir

une volonté surprenante. Jʼen guérirai, quand elle ne me sera plus

nécessaire. Ma parole dʼhonneur, Sanderini: jʼen guérirai.

—On le dit, Madame Bluette, on le dit...

—Je vous en donnerai deux fois, trois fois le prix habituel...

—Taisez–vous, de grâce! Je sais vendre, oui, mais pas à vous.

—Sanderini, votre main... Promettez!

—Mais pourquoi donc, ma Bluette? Voyez: je vous dis «ma Bluette», comme

si vous étiez ma fille...

—Ça mʼest égal. Je vais écrire un mot à Frédéric de la Rue Blanche...

Jʼen aurai ce soir même. Elle sera peut–être mauvaise, et, en plus, on

me débinera.

—Pour sûr.

—Donc, Sanderini? Vous seriez le premier homme qui ait refusé quelque

chose à Mimi Bluette... A Mimi Bluette!... Voyons, Sanderini! Vous ne

dites plus rien?... Vous vous taisez?... Parfait! Alors cʼest entendu.

Pour ce soir, ou pour demain... et silence!

[Illustrazione: DECORAZIONE]

Una mattina Parigi si destò, azzurra e traboccante di fiordalisi, come

un raccolto nei mesi dʼestate, quando il grano ha da essere mietuto.

«Mimi Bluette—La Danse du Soleil!...» Sui muri della immensa Capitale

brillava come una bionda frivolità il suo limpido sorriso. Dappertutto

ella camminava, coʼ piedi nudi, sul rosso tappeto che inazzurrava la

giuncatura deʼ suoi fiordalisi. Dietro la sua carne trasparente,

dietro i suoi capelli disciolti, si alzava, come la vampa del Gharb, un

vortice di fiamme. La Città Stupenda per lʼultima volta sʼimpadroniva

della sua bellezza; lʼanima dionisiaca di Parigi per lʼultima volta

splendeva nel miracolo della sua danzatrice. Lungo le strade, per ogni

quadrivio, nei sobborghi, lungo i moli della Senna, tra un colore di

fiamma e di giardino riappariva Mimi Bluette.

I milioni dʼuomini racchiusi nellʼanfiteatro dellʼimmensa Capitale

guardavano con un senso dʼamicizia e di piacere il sorriso della divina

Bluette.

Non tutti sarebbero andati a vederla, ma tutti ricevevan da quel nome

un senso di leggera e trasparente poesia. Era per tutti una cosa loro,

un nome che aveva danzato le più belle danze di Parigi, una musica

lieve in quellʼenorme tumulto,—anzi un piccolo fiore da mettere sui

cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.

—«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»

Cʼera stato un ballo, propagatosi ai quattro angoli della terra, che

si chiamava My Blu; cʼera stata una maniera dʼesser belle che si

chiamava la maniera di Mimi Bluette; cʼera stato un fiore dellʼanno,

coltivato nelle vetrine fosforescenti e venduto a mazzi dalle fioraie

de la Madeleine, che si chiamava «bleuet»; cʼera stata la pelliccia, la

stoffa, la piuma, il quadro, il libro, lo scandalo, che si chiamavano

Mimi Bluette: ossia la musica e la bellezza di questa danzatrice non

erano state altro che una bellezza ed una musica della trionfale Parigi.

Le sue candide braccia nude si erano strette come un profumato capestro

intorno al collo cattolicissimo di un giovine Re; avevano distratta

con pazienza la noia siberiana di un folle Granduca; si erano infine

avviluppate con delirio allʼombra di un tragico avventuriero... Parigi

non ha mai domandato altro alle creature di sogno e di leggenda che

lʼanima di questa Città dionisiaca inghirlanda su gli altari della sua

folle paganità, per la gioia di vederle splendere.

«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»

Ora tornava dal Gharb vertiginoso, dai bivacchi dellʼergastolo

camminante; portava sul nudo suo corpo lʼombra dʼuna gloriosa bandiera.

[Illustrazione: DECORAZIONE]

—Cher Monsieur Bollot, ne bougez pas de votre fauteuil! Je viens pour

une futilité... Vous allez rire.

—Oh, ma fille! Est–ce vous? Tiens! Je mʼétais assoupi depuis cinq

minutes, je suppose. Hélas!... avec lʼâge on devient roupilleur. Mais,

où sont–elles mes lunettes à présent?

—Les voilà vos lunettes. Elles ont glissé dans votre gilet. Lʼampleur

de votre cravate les a sauvées dʼune chute.

—Ah, cette fripouille de clerc!—Eh, là bas!... Justin! Mauvaise graine!

Est–ce que je ne tʼai pas donné lʼordre de frapper dans tes mains quand

tu vois que je mʼendors?—Ah, ma chère fille!... comme cʼest désespérant

dʼavoir affaire aux poëtes!... Car vous devez savoir que mons clerc

Justin se croit un émule de Mͬ Alfred de Musset!... Je nʼai quʼà fermer

lʼœil, et le voilà quʼil profite de mon somme pour composer des

sonnets dʼamour, quʼil envoie à des drôlesses!

—Je ne crois pas quʼil ait tort, ce jeune monsieur. Car moi aussi

jʼaimerais mieux être poëte que dʼavoir à recopier vos actes,

rébarbatifs et grincheux comme les roquets des vieilles rentières!

—Très bien, très bien! Venez me débaucher mon clerc à present! Déjà il

spécule sur mon encre, sur mes plumes, sur mon buvard et sur la cire

à cacheter; deux fois par mois, régulièrement, il souffre dʼune envie

de ne rien faire quʼil appelle cholérine; il fleurit sa boutonnière et

fume dans mon corridor. Jʼavais une bonne de 36 ans: il a fallu que

jʼen prenne une de 59... A présent il ne manque plus que vous, Madame

Bluette, pour approuver sa fainéantise! Mais venons à nos affaires.

Y a–t–il du nouveau depuis la semaine dernière? Avez–vous per hasard

lʼintention de me réclamer quelques centaines de mille pour faire un

plus long voyage?

—Ne vous alarmez pas si vite, père Bollot! Jʼai fini mon tourisme. Et

dʼailleurs vous savez quʼà présent je danse!...

—Oui, je vous ai vue partout en image. On ne rencontre que Mimi Bluette

en se promenant dans Paris. Ça mʼa fait grand plaisir! Vous allez donc

mʼapporter la forte somme. Jʼen ai grand besoin pour boucher les trous

dʼAfrique.

—Oui, père Bollot; le contrat est des plus avantageux. Pourvu que je

puisse danser jusquʼà la fin...

—Cʼest–à–dire?

—Mais, rien du tout, père Bollot! Je veux dire tout simplement: Pourvu

que ma santé reste bonne... pourvu que le soleil de là–bas ne mʼait pas

affaiblie... Car, vous savez, il brûle!...

—Très bien, très bien, ma fille! Donc, voyons: vous aviez quelque chose

à me dire...

—Renvoyez votre clerc, père Bollot. Ce nʼest rien de grave, mais jʼaime

autant être seule avec vous.

—Eh, là–bas, dis donc, Justin!...—Le voyez–vous ce polisson? Il fait la

sourde oreille.—Prends ton travail, Justin, et va–tʼen dans ma chambre

à coucher. Mais gare à toi si tu me fais une tache dʼencre sur mon

tapis!

—Non, père Bollot. Pour ce soir nous allons le congédier. Pas vrai,

monsieur Justin, quʼil vous faudrait une bonne heure de promenade pour

confier aux Tuileries les rimes de vos sonnets?

—Pour sûr que oui, Madame!

—Mais comment? Le congédier à lʼheure quʼil est? Quatre heures à

peine... Jamais de la vie!

—Je vous en prie, père Bollot. Quand on a un clerc qui est poëte...

Faites–le pour moi; quʼil sʼen aille.

—Oui, quʼil sʼen aille au diable, sʼil le peut! Le voilà en vacances un

jour de semaine! Toujours quelquʼun qui le protège, ce Zéphyr du papier

timbré! Dis donc merci à Madame, et décampe.

—Merci, Madame.

—Bon. Et ne vadrouille pas ce soir. Demain matin, à huit heures

précises! Si tu es en retard, je te mets à lʼamende.

—Bien, Monsieur. Bonsoir, Monsieur.

—Bonsoir.—Heureusement que vous nʼêtes pas venue à deux heures, ma

fille!

—Quʼimporte? Lui il sera heureux, au moins...

—Vous ne lʼêtes donc pas, vous?

—Je vais lʼêtre, père Bollot! Je le deviens chaque jour un peu plus...

Vous savez, ce nʼest pas si simple de guérir!

—Entendu. Mais cʼest toujours la raison qui doit lʼemporter. Les âmes

claires et honnêtes comme la votre ont toujours la force de vaincre un

cauchemar.

—Oui, père. Laissons ce sujet; il mʼattriste. Je peux faire maintenant

des choses que je croyais impossibles: danser, par exemple. Mais je

suis encore trop faible pour parler de ma douleur. Tout cela passera,

tout cela sʼévanouira... jʼen suis sûre.

—Bien dit, ma fille. Cʼest ainsi que parlent les âmes fortes. Venons au

fait; je vous écoute.

—Mais... vous allez rire... Mon Dieu comme vous allez rire, père Bollot!

—Pourvu quʼil nʼy ait pas dʼargent à débourser, ni à déplacer, ni à

jeter par la fenêtre, je vais rire sans doute. Car vos idées, ma fille,

ne sont jamais que de lʼespèce orageuse ou de lʼespèce comique.

—Eh bien, pour comique, elle est comique, celle–là!...

—Voyons: je hume ma prise et je vais rire en éternuant. Cʼest le

meilleur des rires.

—Mais il faut dʼabord que je vous raconte quelque chose... Oui,

lʼAfrique mʼa donné des idées un peu rouges... pour ne pas dire

noires... Elle mʼa fait songer à des choses, qui, auparavant, étaient

loin de mon âme comme les rafales du Gharb. LʼAfrique est un pays...

Nʼêtes–vous jamais allé en Afrique, père Bollot?

—Heureusement non, ma fille.

—Bien; lʼAfrique est un pays qui laisse une couleur de rouille aux

bords de lʼâme, un frisson de vieillesse dans la chaleur du sang. Après

être revenue de là–bas je me dis souvent, par exemple, quʼune femme

jeune et forte peut très bien devenir malade...

—Chaque Parisienne peut se dire la même chose.

—Oui, sans doute. Mais je me dis souvent quʼune femme jeune et forte

peut très bien, dʼun jour à lʼautre, devenir tellement malade...

attraper, que sais–je? une maladie infectieuse, avoir un accident

dʼauto... en somme quʼelle peut très bien mourir...

—Oh, alors... ma fille!... Vous avez dit que vous alliez me faire

rire...

—Oui, attendez. Ce nʼest quʼun préambule. Vous rirez tout à lʼheure.

Donc, après ces réflexions plutôt lugubres, jʼai trouvé naturel de me

faire une verte réprimande: «Toi, Bluette, tu es dʼune imprévoyance

extrême! Tu possèdes une belle fortune, une très belle fortune, et

jamais tu nʼas songé à établir ce que tu voudrais quʼon en fasse, si,

par un hasard quelconque...» Bref: je suis venue, père Bollot, pour

vous dicter mon testament.

—Mais que diable me chantez–vous là, ma fille! Votre testament? A votre

âge? Par le beau temps quʼil fait? Dois–je en entendre des bêtises?

—Si, si, père Bollot! Riez–en tant quʼil vous plaira, mais cʼest une

idée que je ramène dʼAfrique, et je suis très fidèle, vous le savez

bien, aux idées qui me viennent de là–bas.

—Je ne dis rien, ma fille. Si vous tenez absolument à faire votre

testament, je croirai quʼune mauvaise che vous a piquée, et nous

allons nous y mettre un de ce jours. Rien ne presse.

—Au contraire...

—Mais comment?

—Oui, vous avez raison: rien ne presse. Rien ne presse, en effet...

Mais je veux tout de même que ce soit fait au plus vite.

—Ah, ma chérie, cʼest un genre de gaîté à laquelle je ne mʼattendais

pas du tout. Tiens! Vous me faites penser au mien... qui est beaucoup

plus nécessaire, quoique très simple.

—Le mien aussi est très simple. Je lʼai écrit au courant de la

plume, sur du papier à lettres, hier soir, puisque je ne pouvais pas

mʼendormir...

—Mais, voyons, ma fille!... Je deviens de plus en plus inquiet su

lʼétat de votre raison.

—Du tout, père Bollot. Ce nʼest que du gribouillage. Vous allez me dire

comment il faut sʼy prendre pour en faire un véritable testament. Vous

êtes bien homme dʼaffaires, après tout! Nʼest–ce pas dans vos mains

quʼon dépose cette littérature–là?

—Moi, je refuse:

—Par simple méchanceté alors? Mais je suis très têtue; plus têtue

quʼune bourrique, père Bollot! Voilà des jours et des semaines que

cette idée me hante. Ce sera pour moi une mascotte que ce testament.

Jʼen aurai le cœur libéré, comme après un vœu accompli, et je ne

penserai plus quʼà vivre.

—Cʼest une affaire, nom dʼune pipe, dans laquelle je ne vois pas du

tout clair!

—Mais il nʼy a, là dedans, père Bollot, ni du clair ni du sombre.

Cʼest un testament; une feuille de papier à lettres... Vous ne me

forcerez pas tout de même à aller chez quelquʼun dʼautre! Et puis,

voyez comme cʼest simple, clair, net...

* * * * *

«Moi, Mimi Bluette,—de mon nom Cecilia Malespano—je lègue toute ma

fortune, composée de...»— vous allez mettre de quoi, avec exactitude,

parce que je ne le sais pas en détail—«... je lègue toute ma fortune

aux soldats de la Légion Etrangère, pour que leur vie soit moins

dure, et pour quʼil y ait quelquʼun qui pleure lorsque le désert les

tue, Monsieur le Ministre de la Guerre aura la complaisance dʼétudier

comment et de quelle façon mon désir peut être le mieux accompli.

«Si jʼallais mourir avant vous, quoique plus jeune, vous seriez, père

Bollot, mon exécuteur testamentaire, et vous aurez jusquʼà la fin de

vos jours la gestion rémunérée de ma fortune. Dès à présent jʼaccorde

ma pleine confiance à celui que vous désignerez comme votre successeur.

«Tant que ma mère sera vivante, «lʼŒuvre pour la Légion Etrangère»

devra lui servir un tiers de mes rentes, plus une somme de deux cent

mille francs, mobilier, tapis, lingerie et tout ce qui se trouve dans

mon immeuble des Champs Elysées.

«Je fais cadeau à Linette Messanges, ma fidèle femme de chambre et

amie, dʼune somme de cinquante mille francs, pour quʼelle épouse un

homme honorable. Je lui permets de choisir parmi mes robes celles qui

ne sont pas trop riches pour elle; je veux quʼelle reçoive aussi un de

mes réticules en platine, et je lui souhaite dʼêtre toujours douce et

gentille comme elle lʼa été jusquʼici.

«Vous donnerez à mon danseur, Jack Morrison, le plus beau brillant de

mes bagues, mon grand portrait par La Gandara et une longue mèche de

mes cheveux. Quʼil me pardonne, ce brave Jack, sʼil mʼa été impossible

de faire son bonheur.

«De mon vivant jʼai été danseuse; mon nom était Mimi Bluette; jʼaimais

les belles robes, les danses et les fleurs; jʼai vu le soleil de la

tourmente africaine, et cʼest là–bas que mon cœur a péri.

«Nʼimporte quand, nʼimporte où que je meure, vous me ferez dormir

au seuil de cette Ville que jʼaime, et je veux quʼon mʼenterre en

danseuse, au joli cimetière de Boulogne, dans un petit jardin.

«Depuis lʼEglise jusquʼau cimetière, un tzigane,—peut–être Limka—suivra

mon cercueil en jouant le My Blu.

«Au printemps les bluets vont fleurir la douce terre qui me couvre...

«Il nʼy aura de grave sur ma pierre quʼun simple nom: celui dont je

signe, toute heureuse...

Mimi Bluette, fiore del mio giardino: romanzo · 第 16 / 20 题