CHAPITRE LX.

_Prenez-y garde._

C'est dans cette source précieuse que mon père puisoit tous les argumens

qui pouvoient favoriser ses idées; mais de tous les traités qu'il avoit

lus et relus, il n'y en avoit point qui lui eût causé d'abord plus de

peine que le célèbre colloque d'entre Pamphagus et Coclès, écrit par la

chaste plume du grand et vénérable Erasme. Il rouloit tout entier sur la

variété des longs nez, sur leur utilité, sur la manière de les mettre à

profit, sur le temps d'en faire usage; le style tant soit peu bigarré de

ce célèbre écrivain déconcertoit de temps en temps mon père, et lui

faisoit prendre une chose pour l'autre.

Et vous, à qui Satan voudroit faire niche, prenez garde, en lisant ce

chapitre, que l'auteur de tout mal ne vous jette à califourchon, jambe

deçà, jambe delà, sur quelque coursier rapide qui emporte trop loin

votre imagination. Il ne faut qu'une gambade de côté, pour vous

précipiter dans quelque abyme. Un rayon de soleil trop vif flétrit ainsi

la plus belle fleur.

Oeuvres complètes, tome 2 · 第 75 / 162 题