CHAPITRE III.

_Le chagrin rend injuste._

Il n'y avoit point de bonnes raisons, comme on sait, que mon père n'eût

employées pour résoudre ma mère à se servir du ministère du docteur

Slop.--Il vouloit absolument qu'elle le préférât à celui de la

sage-femme; mais il n'avoit pu rien gagner sur elle. Il lui avoit parlé

en philosophe, en chrétien, etc... Elle avoit toujours résisté, tout

avoit été inutile.--Enfin pour dernière ressource, il s'étoit servi

d'une raison singulière, qu'il croyoit infaillible, pour la déterminer à

écouter favorablement sa proposition. Cependant, toute infaillible

qu'elle étoit, elle ne lui réussit pas.--Il ne put jamais parvenir à en

faire concevoir la force à ma mère...

Que je suis malheureux! s'écrioit-il, une après-midi qu'il venoit de

raisonner avec elle une heure et demie entière, et le tout en vain: Que

je suis malheureux! Oui, disoit-il, en mordant ses lèvres; c'est un

fléau terrible pour tout homme qui se pique de faire des raisonnemens

persuasifs, que d'avoir une femme dont la tête soit si lourde, l'esprit

si hébêté, qu'elle ne puisse comprendre la moindre des conséquences qui

en sont la suite. Non, elle ne les comprend point... ne les comprendra

pas... Il seroit question de sauver son ame de la perdition, que cela

lui seroit égal... Mariez-vous donc! hélas! la femme a, dit-on, été

faite pour le bonheur de l'homme. Je le veux bien croire; mais ce

n'étoit pas pour le mien.

Oeuvres complètes, tome 2 · 第 9 / 162 题