méthode qu'il avait suivie, ne put s'empêcher de reconnaître et
d'annoncer la nécessité où il se croyait être de la suivre encore dans
la continuation de l'ouvrage abandonné par les Anglais, et dont tout
le poids retombait désormais sur lui seul. Il était difficile, en
effet, de revenir de si loin sur ses pas. La machine était montée, il
en eût trop coûté de la reconstruire et de la simplifier; d'ailleurs
le changement de forme dans les volumes subséquens, n'eût servi qu'à
décréditer les premiers. Il poursuivit donc sa route sans regarder
derrière lui, et arriva jusqu'au quatorzième volume où finissait son
ouvrage, sans fournir aux lecteurs un fil qui pût les conduire dans
les sentiers tortueux et innombrables, dans les landes arides de ce
vaste labyrinthe où il s'était enfoncé avec eux.
En effet, que l'on consulte ceux qui ont feuilleté cette énorme
compilation, dont le fonds était si riche et qui pouvait réunir tant
d'agrément à tant d'instruction, ils vous diront tous que le livre
leur est tombé cent fois des mains, et ceux qui ont mis le plus de
constance à le lire, le regardent comme un livre plus fait pour être
consulté que pour être lu de suite. Et cependant, quel ouvrage plus
susceptible d'une lecture suivie et agréable qu'une relation de
voyages?
D'où vient donc que cette compilation de l'abbé Prévost, si
intéressante et si curieuse dans quelques parties, est en total si
fastidieuse et si pénible à lire? Il s'en offre bien des raisons.
1º. Il n'y a nul choix, nulle sobriété dans l'emploi des matériaux:
tout y est indistinctement mis en oeuvre; et pour un voyage vraiment
digne d'attention par une découverte importante, par des connaissances
exactes, par des détails attachans, il y en a dix qui ne contiennent
que des aventures communes, des vues superficielles, des descriptions
rebattues. On a surtout entassé les uns sur les autres de simples
journaux de navigation, qui n'ont d'autre objet que de nous dire qu'un
tel jour on partit de tel lieu très-connu, pour arriver à tel autre
qui ne l'est pas moins, qu'on prit hauteur à tel degré, qu'on jeta la
sonde à tant de brasses, qu'on aperçut des poissons volans, qu'on eut
tel vent, etc. Cette profusion de circonstances, purement nautiques,
accumulées et répétées dans le livre de l'abbé Prévost jusqu'à
l'extrême satiété, est bonne à insérer dans un dépôt de connaissances
maritimes où l'on voudrait apprendre le pilotage; mais comme la
plupart des lecteurs n'ont ni le besoin ni la curiosité de ces détails
de marine, ils ne servent qu'à grossir inutilement des volumes déjà
trop remplis d'autres inutilités, et augmentent le dégoût et l'ennui.
2º. Cette compilation manque absolument d'ordre et de méthode. Après
la distribution générale de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique, on
n'a eu d'autre soin que d'entasser pêle-mêle tous les voyageurs qui
ont parlé des mêmes pays, de manière que le lecteur est ramené vingt
fois aux mêmes lieux, sans apprendre rien de nouveau et sans qu'on ait
songé, ni à lui épargner les répétitions qui le fatiguent, ni à
concilier les contradictions qui l'embarrassent, ni à marquer la
succession des dates et des événemens. Il en résulte une confusion
générale des faits, des époques et des personnages.
3º. Quoique la prose de l'abbé Prévost ait en général du nombre, de la
facilité et du naturel, le style de l'ouvrage manque absolument
d'intérêt et de variété; les plus grandes choses y sont racontées du
même ton que les plus communes, et les auteurs ou le traducteur ne
s'élevant jamais avec le sujet, et ne conversant point avec le
lecteur, semblent s'être défendus de penser et de sentir. On ne trouve
parmi tant de narrations, ni une réflexion fine ou profonde, ni une
peinture énergique, ni un mouvement de sensibilité. L'éloquence et la
philosophie semblent bannies de ce long ouvrage.
Voici maintenant ce qu'on a cru pouvoir faire pour le présenter au
public sous une forme plus agréable.
L'ouvrage de l'abbé Prévost est de seize volumes in-4º, en y
comprenant la table générale des matières qui fait le seizième. Depuis
sa mort, on a imprimé un supplément en un volume, une suite de deux
nouveaux volumes, composés par MM. _Querlon_ et _de Leyre_, et un
vingtième volume qui comprend le premier voyage de Cook autour du
monde, ainsi que les expéditions du même genre qui l'avaient précédé.
On peut juger de la réduction qu'on a crue nécessaire, et du nombre
des superfluités qui ont paru devoir être élaguées, puisque dans cette
nouvelle édition les vingt tomes _in-4º_ sont réduits à vingt-quatre
volumes _in-8º_, dans lesquels même on a compris tous les voyages
autour du monde entrepris et exécutés jusqu'à nos jours[2]; ceux qu'on
a tentés dans la mer du Sud, pour la découverte des terres Australes,
et dans la mer du Nord pour chercher un passage dans l'Océan oriental,
prodiges d'audace et de constance, qui semblent le dernier effort des
lumières et des forces de l'homme, et qui doivent immortaliser les
noms des _Cook_, des _Banks_, des _Solander_, des _Bougainville_, des
_Wallis_, des _Byron_, des _Phips_, etc.
[Note 2: Jusqu'en 1780.]
On voit que, dans cette dernière partie, on n'a point travaillé
d'après l'abbé Prévost; mais on a cru nécessaire de la traiter, pour
compléter l'_Abrégé de l'Histoire générale des Voyages_, et conduire
le lecteur au même terme où sont parvenues en ce genre les
entreprises et les connaissances de notre siècle.
Il reste à exposer la méthode qu'on a suivie dans la composition de
cet Abrégé. D'abord on a voulu rendre propre à toutes les classes de
lecteurs un livre qui est en effet de nature à être lu par quiconque
veut s'amuser ou s'instruire. On a donc supprimé tout ce qui n'était
fait que pour occuper un petit nombre d'hommes, et pour ennuyer le
plus grand nombre. Tout ce qui s'appelle Journal de navigation a été
retranché; toutes les répétitions, toutes les superfluités, toutes les
circonstances indifférentes, toutes les aventures vulgaires; voilà ce
qu'on a fait disparaître.
On a tâché ensuite de mettre le plus d'ordre et de clarté qu'il a été
possible dans la distribution des différens voyages, de manière qu'on
ne perdît pas un pays de vue sans avoir appris tout ce qu'il pouvait
offrir de curieux et d'intéressant. Dans la partie descriptive, on a
classé les articles généraux de manière que l'un ne se confondît
jamais avec l'autre.
On s'est efforcé d'ailleurs de mettre dans cette méthode toute la
variété dont elle était susceptible, en plaçant, toutes les fois qu'on
l'a pu sans blesser l'ordre, un voyage d'aventures après des
descriptions de moeurs et de lieux. Cette partie romanesque des
voyages, quelquefois supérieure à tous les romans pour l'intérêt et le
merveilleux, est fait pour reposer l'attention du lecteur en flattant
son imagination.
Quand un voyageur, qui s'est vu dans des situations extraordinaires,
raconte lui-même, on s'est bien gardé de prendre sa place: on l'a
laissé parler sans rien changer, rien ajouter à son récit. On ne
remplace pas ce ton de vérité, cette expression naïve que donne le
souvenir d'un grand péril à l'homme qui s'y est trouvé, à celui dont
l'âme, après avoir été fortement ébranlée, retentit, pour ainsi dire,
encore long-temps de l'impression qu'elle a reçue.
On n'a fait non plus que très-peu de changemens dans les descriptions
de lieux et de moeurs, dans les détails physiques: d'abord pour n'en
pas altérer la vérité, ensuite parce que la diction de l'abbé Prévost,
toutes les fois que le sujet ne demande pas de l'élévation, a de la
pureté et de la clarté. Mais on y a joint autant qu'on l'a pu cette
philosophie qui lui manque absolument, et qui doit être l'âme d'un
ouvrage de cette espèce; car que sert-il de promener le lecteur d'un
bout du globe à l'autre, si ce n'est pour le faire penser et pour
penser avec lui?
On n'entend point par philosophie ces spéculations audacieuses et
destructives qui attaquent tout pouvoir et tout principe, et qui ne
sont que l'abus de la philosophie, comme le fanatisme est l'abus de la
religion; mais cette morale pure et universelle, qui n'est dictée et
sentie que par le coeur, qui ne cherche dans toutes les connaissances
que l'homme peut acquérir que de nouveaux rapports faits pour
l'attacher à ses semblables, et qui lui apprend sans cesse ce qu'il
est pour les autres, et ce que les autres sont pour lui.
À l'égard des observations physiques sur les climats et les
productions, on les a restreintes à ce qu'il y a de plus avéré et de
plus remarquable. On a voulu que chaque lecteur trouvât dans ce livre
ce que lui-même observerait avec plaisir en voyageant.
Dans la partie purement historique, dans le récit de ces premières
découvertes qui ont été de grandes expéditions, telles que celles des
Portugais dans l'Asie, celles des _Cortès_ et des _Pizarre_ en
Amérique, il a fallu souvent prendre la plume, avec le regret de ne
pouvoir la donner à un Tite-Live ou à un Tacite. Il n'y a point de
palette trop riche, point de touches trop brillantes pour de pareils
tableaux, et l'on avoue même que ce n'est point assez de les
retoucher, et qu'il faudrait les refaire en entier. Ces époques
fameuses dans l'histoire du monde dont elles ont changé la face, ces
merveilles de l'homme qui ont été ses crimes, ces titres de sa
grandeur et de sa honte, auront toujours un grand pouvoir sur
l'imagination, et seront l'entretien de la dernière postérité. Sans se
flatter d'être au niveau d'un tel sujet, il a fallu du moins suppléer,
dans cette partie, le premier rédacteur qui en était resté trop loin.
DIVISION GÉNÉRALE DE CET ABRÉGÉ.
On a cru qu'il pouvait être utile de mettre d'abord cette division
sous les yeux du lecteur, de manière qu'il pût embrasser d'un coup
d'oeil toute la route qu'il va parcourir.
L'ouvrage est divisé en cinq Parties: les voyages d'Afrique, ceux
d'Asie, ceux d'Amérique, les voyages vers les Pôles, et les voyages
autour du monde.
PREMIÈRE PARTIE.
AFRIQUE.
L'Afrique devait naturellement être traitée la première, parce que
c'est en faisant le tour de cette partie du monde, par le cap de
Bonne-Espérance, qu'on a trouvé la route nouvelle des Indes, suivie
depuis par tous les navigateurs. D'ailleurs l'expédition de _Gama_
dans les Grandes-Indes a suivi de quelques années celle de _Colomb_
dans les Indes que l'on a nommées Occidentales.
Cette première Partie concernant l'Afrique est partagée en six Livres.
Le premier offre un précis très-succint des découvertes et des
conquêtes des Portugais dans l'Orient jusqu'à l'époque de leur
décadence, et jusqu'au moment où ils furent dépouillés par les autres
puissances de l'Europe. Ce Livre n'est, à proprement parler, qu'une
introduction historique.
C'est dans le second Livre que commence la relation des voyages; il
contient les premières tentatives des Anglais sur les côtes d'Afrique,
dans les Indes et dans la mer Rouge; les aventures d'un capitaine de
cette nation nommé _Roberts_, et la description des Canaries et des
îles du cap Vert, situées dans la mer d'Afrique sur la route du cap de
Bonne-Espérance.
Dans le troisième, on passe au continent africain, à commencer par le
Sénégal, où les Européens ont eu leurs premiers établissemens; et l'on
observe les peuples placés entre le fleuve qui a donné son nom à
cette contrée et celui de la Gambie, sur lequel les nations de
l'Europe ont aussi des comptoirs. Les voyages rassemblés dans ce Livre
s'étendent jusqu'à Sierra-Leone.
Dans le quatrième, où nous avançons vers la Guinée, l'on a réuni,
suivant le plan que l'on s'était proposé, plusieurs voyages plus
historiques que descriptifs, et qui offrent des détails très-curieux
et très-intéressans sur la traite des Nègres, et sur les victoires
sanglantes du roi de _Dahomay_, conquérant barbare, dont le nom est
fameux dans l'Afrique.
Le Livre cinquième comprend la description totale de la Guinée, de la
côte de la Malaguette, de la côte de l'Ivoire, de la côte d'Or, de la
côte des Esclaves, et du royaume de Benin.
Le sixième Livre termine cette première Partie par les voyages et les
établissemens des Portugais au Congo, et ceux des Hollandais au cap de
Bonne-Espérance. On y a joint un tableau des moeurs de la singulière
nation des Hottentots, d'après _Kolbe_, et quelques détails sur la
côte orientale d'Afrique et sur le Monomotapa, pays moins connus et
moins fréquentés des Européens que la côte occidentale.
SECONDE PARTIE.
ASIE.
La seconde Partie, beaucoup plus étendue que la première, et dont le
fond est plus riche et plus varié, contient tous les voyages d'Asie
que l'on a cru devoir choisir dans la grande collection de l'abbé
Prévost: elle est divisée en huit Livres.
Le premier contient plusieurs voyages remplis d'aventures
extraordinaires, ceux de _Pyrard_, de _Pinto_, de _Bontekoé_, et la
description de toutes les îles de la mer des Indes, depuis les
Maldives jusqu'aux Philippines.
Le second nous mène dans le continent, sur la rive occidentale du
Gange, et le lecteur peut parcourir tout l'Indoustan avec des
voyageurs renommés, tels que l'Anglais _Rhoé_, _Bernier_ le médecin,
et _Tavernier_ le joaillier: celui-ci, malgré sa réputation, a paru
suspect du côté de la véracité; mais tout le monde a rendu justice aux
lumières du philosophe _Bernier_, et à l'agrément qu'il a répandu dans
son voyage de Cachemire.
Le Livre troisième nous conduit de l'autre côté du Gange, dans la
partie orientale des Indes jusqu'à la Cochinchine et à Siam. On sait
combien cette dernière contrée a excité de curiosité en Europe, depuis
le voyage du P. _Tachard_ et des jésuites mathématiciens envoyés par
ordre de Louis XIV, sur de magnifiques espérances qui ne tardèrent pas
à s'évanouir.
Le Livre quatrième présente un tableau très-vaste et très-détaillé de
ce célèbre empire de la Chine, sur lequel il semblait que l'on dût
avoir les notions les plus authentiques et les moins contestées,
d'après le long séjour qu'y avaient fait à la cour de Pékin les
auteurs des _Lettres édifiantes_. Jamais on n'a été à portée
d'observer mieux et plus long-temps l'intérieur d'un grand empire, et
cependant les mémoires qu'on nous a donnés sur la Chine, quoique
très-étendus et très-instructifs, ont été la source de querelles
interminables sur plusieurs points importans de la religion et du
gouvernement des Chinois; et à la difficulté de savoir bien une langue
telle que la leur, s'est jointe depuis celle de pénétrer dans un pays
dont ils nous ont défendu l'accès.
Le Livre cinquième, beaucoup moins détaillé, renferme ce que l'on a pu
rassembler d'instructions et de lumières sur ces immenses contrées qui
portent le nom de _Tartarie_, et qui s'étendent si loin au nord et à
l'orient de notre hémisphère. Les conjectures formées de nos jours sur
les révolutions qu'a pu essuyer cette partie du globe doivent en
rendre l'examen plus important. Mais malheureusement c'est peut-être,
de tous les pays, celui qui, par sa nature même, par la quantité de
montagnes et de déserts, et par la difficulté du séjour et des
communications, a fourni le moins de secours et de facilité à l'active
curiosité des voyageurs.
Le Livre sixième nous fait passer de la Tartarie en Sibérie, sur les
pas de _Gmelin_ et de l'abbé _Chappe_, qui voyageaient, l'un par les
ordres de l'académie de Pétersbourg, et l'autre par ceux de l'académie
des sciences de Paris; ce qui n'empêche pas que ce dernier, pour ce
qui regarde les moeurs, ne doive être lu et extrait avec d'autant
plus de précaution, qu'il a été démenti sur plusieurs faits par les
Russes, que l'on doit croire mieux instruits que lui.
Le Livre septième offre l'histoire et la description du Kamtschatka:
il est tout entier, à quelques retranchemens près, de _de Leyre_,
écrivain philosophe et éloquent. Si tous les voyages avaient été
rédigés par une plume telle que la sienne, le travail d'un abrégé
serait devenu inutile.
Le huitième Livre conduit le lecteur à ces îles fameuses du Japon,
situées à l'extrémité de la grande mer d'Asie et vers le point de
latitude par lequel on a cherché la communication de la mer du Nord à
l'Océan oriental. Dans la description de ce pays, remarquable à tant
d'égards, de ce peuple extraordinaire, séparé du reste des humains par
ses moeurs étranges autant que par les flots qui l'environnent, on n'a
pas cru suivre de meilleur guide que l'Allemand _Koempfer_, homme sage
et véridique, et d'une nation qui, depuis long-temps, est la seule de
l'Europe qu'on reçoive encore sur les côtes du Japon.
TROISIÈME PARTIE.
AMÉRIQUE.
La troisième Partie est divisée en douze Livres. Le premier contient
les découvertes de _Colomb_, et les premiers établissemens des
Espagnols dans le Nouveau-Monde, les entreprises hardies de
_Vasco-Nugnez de Balboa_, qui montra le premier aux Espagnols la route
du Pérou par la mer du Sud, route suivie depuis par les Pizarre et les
d'Almagro.
Le second est l'histoire de la conquête du Mexique, d'après _Solis_ et
_Herréra_.
Le troisième réunit la description de l'ancien empire du Mexique, et
celle du gouvernement espagnol dans cette contrée.
Le quatrième renferme la conquête et la description du Pérou ancien et
moderne; il est terminé par le voyage des mathématiciens français et
espagnols aux montagnes de Quito, pour la mesure d'un degré du
méridien, et le retour de _La Condamine_ par le fleuve des Amazones.
Le Livre cinq offre la description du Rio de la Plata.
Le Livre six contient la description du Brésil.
Le Livre sept continue la description de l'Amérique méridionale,
depuis le fleuve des Amazones, jusqu'à l'isthme de Panama, et offre,
entre autres choses, des détails curieux sur la Guyane, vaste contrée
peu connue des Européens, et que l'on a crue aussi riche en mines
d'or que le Pérou. C'est dans ce pays, baigné par l'Orénoque, que
quelques voyageurs ont placé le fabuleux Eldorado, ou la Terre de
l'or.
Le Livre huitième comprend les voyages et les établissemens aux
Antilles.
Le Livre neuvième, l'histoire naturelle de ces mêmes îles.
Le Livre dix, où le lecteur passe dans l'Amérique septentrionale,
offre un tableau abrégé des anciennes colonies anglaises du continent,
qui ont donné un si grand spectacle au monde.
Le Livre onze retrace l'histoire des anciens établissemens français
dans ce même continent, depuis la Louisiane jusqu'à la baie d'Hudson.
Le Livre douze est un résumé du caractère, des usages, de la religion
et des moeurs des hordes sauvages du nord de l'Amérique.
Un treizième Livre traite de l'histoire naturelle de l'Amérique
septentrionale, et toutes les autres parties de cet Abrégé finissent
par un article du même genre, où l'on a eu soin de ne rassembler que
ce qu'il y a de plus intéressant et de mieux avéré.
QUATRIÈME PARTIE.
VOYAGES AUX PÔLES.
Cette Partie se divise en trois Livres.
Le premier Livre comprend tous les voyages entrepris pour découvrir ce
passage si important, et jusqu'ici vainement cherché de la mer du Nord
à celle des Indes orientales, soit par l'est, soit par l'ouest des
deux hémisphères. Rien n'est plus intéressant que le détail de cette
tentative si hardie et si périlleuse, de ces navigations sous des
latitudes polaires au milieu des glaces et dans des mers inconnues.
Jamais rien n'a mieux fait voir ce que peut l'homme avec la patience
et le courage, et ces expéditions ont fait un grand honneur aux
nations commerçantes qui les ont plus d'une fois réitérées, et qui ne
paraissent pas encore y avoir renoncé.
Le second Livre, qui traite du Groënland, est de la main de _de
Leyre_, et mérite les mêmes éloges que nous avons donnés à son travail
sur le Kamtschatka.
Le Livre troisième contient la description de l'Islande et de la
Nouvelle-Zemble; car on a cru devoir réserver pour cette partie de
l'ouvrage les contrées plus ou moins voisines du pôle.
CINQUIÈME PARTIE.
VOYAGES AUTOUR DU MONDE.
Cette partie se divise en deux Livres.
Le premier commence par le plus ancien des voyages autour du monde,
celui de _Magellan_, qui ouvrit, vers l'extrémité du continent
américain, ce fameux passage par le détroit auquel il a donné son nom;
détroit qui, malgré ses difficultés et ses périls, était alors la
seule communication connue de la mer du Nord à celle du Sud; mais qui
fut bientôt abandonné lorsque le Hollandais _Le Maire_ eut trouvé,
plus au sud, une route plus facile en doublant le cap de Horn, et se
fut aussi acquis l'honneur immortel de donner son nom au détroit où il
était entré le premier. On y a joint tous les autres voyages autour du
globe, par cette même route du sud-ouest, jusqu'à celui de l'amiral
_Anson_, de 1740.
Enfin, le deuxième et dernier Livre remet sous les yeux du lecteur les
voyages des navigateurs anglais qui ont précédé _Cook_ dans le grand
Océan; le voyage de _Bougainville_ qui les a suivis à Taïti; et, en
dernier lieu, celui du célèbre _Cook_, qui lui seul a découvert ou
reconnu plus de terres nouvelles dans cet immense Océan méridional que
tous les navigateurs qui l'y ont précédé. On n'a point donné à la
curiosité humaine un plus grand spectacle que celui que présentent les
relations de ces courses extraordinaires dans toute la circonférence
du monde, dont les anciens ne pouvaient pas même avoir une idée,
puisqu'ils n'en connaissaient que la moindre partie, et que les routes
de l'Océan qui baignent les deux hémisphères leur étaient inconnues.
Ces relations ne sont pas seulement des monumens très-curieux des
connaissances et des efforts de l'homme, mais en même temps des
modèles de ce respect pour l'humanité, la source de toutes les vertus
sociales, et qui malheureusement a été trop ignoré des conquérans de
l'ancien et du Nouveau-Monde. On s'est proposé, dans l'extrait de ces
excellens ouvrages, de ne conserver que les faits les plus importans,
puisque enfin c'est un Abrégé que l'on voulait faire; mais sans
prétendre qu'il y eût d'ailleurs rien d'inutile ou de frivole dans les
relations originales, qui seront toujours infiniment précieuses pour
les lecteurs avides d'instruction.
FIN DE LA PRÉFACE.
ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE DES VOYAGES.
PREMIÈRE PARTIE.
AFRIQUE.
LIVRE PREMIER.
DÉCOUVERTES ET CONQUÊTES DES PORTUGAIS.
CHAPITRE PREMIER.
Premières tentatives des Portugais. Expédition de Gama.