Il y a tel brave qui ne s'est pas battu tant de fois que lui, car il

s'est battu jusqu'à quatre fois de jour et de nuit, à la lune et aux

flambeaux. La première fois, ce fut au collége contre le président Des

Hameaux[317]; la seconde, contre La Coste, pour le jeu; et il y eut

une rencontre assez plaisante, car Arnaud, qui ne prenoit pas

autrement Voiture pour un gladiateur, lui alla conter à lui-même,

comme une fable, qu'on lui avoit dit qu'il s'étoit battu contre La

Coste; qu'il avoit mis sa perruque sur un arbre, peut-être avoit-il

été malade, et ensuite tout le succès qui ne fut pas fort sanglant, et

il se trouva que tout cela étoit vrai[318]. Le troisième combat fut à

Bruxelles contre un Espagnol au clair de la lune[319]; et le quatrième

et dernier fut dans le jardin de l'hôtel de Rambouillet, aux

flambeaux, contre Chavaroche, intendant de la maison. Leur querelle

venoit de l'aversion qu'ils avoient l'un pour l'autre du temps qu'il y

avoit trois soeurs à l'hôtel de Rambouillet qui étoient honnêtement

coquettes. Chavaroche avoit déjà été amoureux, comme je l'ai marqué

ailleurs, de madame de Montausier, quand elle étoit fille. Cela ne

servit pas à les remettre bien ensemble; mais ce qui les brouilla

tout-à-fait, ce fut que Voiture, qui n'avoit garde de laisser une

fille sans la cajoler, surtout étant jeune et de qualité, s'étoit mis

à en conter à mademoiselle de Rambouillet, dès qu'elle étoit sortie de

religion. Chavaroche, ou en tenoit un peu aussi, ou étoit bien aise de

nuire à Voiture. La demoiselle ne les faisoit pas soupirer comme sa

soeur, et il y a grande apparence qu'elle avoit de la bonne volonté

pour Voiture. Je les trouvois presque toujours jouant au volant, et

je jouois avec eux, ou causant tout bas, auquel cas je les laissois

fort à leur aise. Il a peut-être servi à rendre cette fille moins

raisonnable qu'elle n'eût été; Voiture en devint insupportable. Madame

de Sainte-Etienne dit que sur la fin on étoit fort las de lui, et que,

sans la longue habitude qu'il avoit dans la maison et la considération

de madame de Rambouillet, pour qui il avoit plus de complaisance, on

eût tâché à l'éloigner. Montausier n'avoit jamais eu d'inclination

pour lui, parce qu'il étoit persuadé qu'il lui avoit plutôt nui

qu'autrement auprès de madame de Montausier dans sa recherche, et il

lui est arrivé plusieurs fois de dire, quand Voiture faisoit quelque

chose pour rire: «Mais cela est-il plaisant? Mais trouve-t-on cela

divertissant[320]?»

Voiture poussa Chavaroche sur je ne sais quoi, et l'autre qui savoit

que Voiture prendroit avantage de la retenue qu'il témoigneroit, et la

voudroit faire passer pour une poltronnerie, mit l'épée à la main

contre lui, et le blessa à la cuisse, dont il cria comme s'il eût été

blessé à mort, à ce qu'on dit à l'hôtel de Rambouillet. On y courut

fort à propos, car on raconte qu'un des laquais de Voiture alloit

percer Chavaroche par-derrière. Voiture ne vouloit pas avouer que

l'autre l'avoit blessé; il disoit qu'il l'avoit été par un laquais

qui les avoit séparés. Cela se vérifia pourtant après. Chapelain et

Conrart furent contre lui; mais ils n'avoient garde de faire

autrement, car Voiture se moquoit d'eux et de Costar aussi, quoique ce

Costar croie tout le contraire. Il ne faut que lire leurs lettres pour

s'en convaincre[321]. M. et madame de Montausier se déclarèrent pour

Chavaroche, et ce qui étonna le plus Voiture, c'est que Arnauld fut

plutôt pour Chavaroche que pour lui. Madame de Rambouillet eut un

étrange chagrin de cette aventure. Cela étoit ridicule en soi à des

gens de cinquante ans, qui disoient ou devoient dire tous deux leur

bréviaire, car ils avoient des bénéfices, ou des pensions sur des

bénéfices, et puis elle avoit peur qu'on ne dît des sottises de sa

fille: elle est pourtant bien revenue de cela, la demoiselle. M. de

Grasse (_Godeau_) brusquement s'en alla faire une méchante pièce de ce

combat, où il faisoit battre un pourceau contre un brochet. On

appeloit Chavaroche _le pourceau_, parce qu'il alloit si souvent à

Yères[322], qu'on le nomma _le pourceau de l'abbaye_[323]; et à cause

que la lettre de la carpe à M. le Prince[324] commence par _mon

compère le brochet_, M. le Prince appela long-temps Voiture, _mon

compère le brochet_[325]. Mademoiselle Paulet, aussi brusque que le

prélat, alla lire cette pièce à madame de Rambouillet, comme une chose

bien récréative. J'y étois; elle en avoit un ennui mortel, mais elle

n'en témoigna rien. Depuis, M. de Montausier a fait ôter, par le moyen

de Pélisson, l'endroit de la _pompe funèbre_ qui parle de ce combat.

Depuis ce temps, Voiture n'alla plus si souvent à l'hôtel de

Rambouillet.

Voiture ne survécut guère à cet exploit; le jeu lui avoit fait venir

la goutte, peut-être les dames y avoient-elles contribué. Il mourut au

bout de quatre ou cinq jours de maladie, pour s'être purgé ayant la

goutte.

A propos de jeu, une fois qu'il avoit fait voeu de ne plus jouer, il

alla chez le coadjuteur pour se faire dispenser de son voeu; il y

trouva Laigues[326] qui lui dit «Moquez-vous de cela, jouons.»

Effectivement il le fit jouer et lui gagna trois cents pistoles, sans

le laisser parler au coadjuteur. Le vin ne lui peut pas avoir donné la

goutte, car il ne buvoit que de l'eau. Voici un vaudeville que

Blot[327], gentilhomme de M. d'Orléans, fit en une débauche:

Quoi! Voiture, tu dégénère!

Sors d'ici, maugrebieu de toi.

Tu ne vaudras jamais ton père,

Tu ne vends du vin, ni n'en boi.

Nous rions de ta politesse,

Car tout homme qui ne boit ni ne.....

Et qui n'a argent ni noblesse,

Mérite qu'on le berne partout.

Quelqu'un fit encore ceci:

Je cherchois Montrésor,

J'ai trouvé Voiture;

Je cherchois de l'or,

Je n'ai trouvé qu'ordure.

Il entra une fois dans un lieu où M. d'Orléans faisoit la débauche.

Blot, en badinant, lui jeta quelque chose à la tête; cela fit du

bruit, et l'on courut après lui en riant; un valet de pied

étourdiment, comme il s'enfuyoit, lui voulut passer l'épée à travers

le corps: il avoit vraisemblablement cru que Voiture avoit voulu

attenter à la personne de Son Altesse Royale.

Dès que Voiture fut tombé malade, madame Saintot, la fidèle madame

Saintot y courut. Il ne la voulut point voir, à ce qu'on dit. Elle y

alla pourtant tous les jours. Elle assure qu'elle le vit et qu'elle

fit même avec lui le compte de quelque argent qu'il avoit à elle. On

l'alla consoler, et elle disoit: «Voilà le dernier coup que la fortune

avoit à tirer contre moi.»

Il y alla une autre femme avec laquelle il avoit vécu fort

scandaleusement. C'étoit la fille de Renaudot, le gazettier, qu'il

avoit mise mal avec son mari. Il avoit fait une promenade avec elle,

il n'y avoit que fort peu de jours. Elle n'étoit pas belle, mais il la

vouloit faire passer pour un esprit admirable. Pour celle-là on assure

qu'il ne la voulut point voir. Mademoiselle Paulet disoit qu'il étoit

mort comme le grand-seigneur entre les bras de ses sultanes. J'ai déjà

dit qu'elle fit dire des messes pour lui, mais qu'elle ne lui pardonna

point. Je l'ai vue en colère de ce que mademoiselle de Rambouillet

disoit trop de bien de Voiture: «Je croyois, disoit-elle, qu'il

falloit prier Dieu pour son âme, mais je vois bien qu'il n'y a plus

qu'à le canoniser.»

Sarrasin fit _la Pompe funèbre_, qui, quoique languissante en bien des

endroits, est pourtant la meilleure chose qu'il ait faite. Il a volé à

Voiture même, dans la lettre à M. de Coligny, toute l'invention de ces

amours différents[328]. On voit assez la malignité de l'auteur, qui

ne peut cacher sa jalousie, car il remarque des fautes de Voiture,

comme quand il dit en un des chapitres: _Comme Vetturius enseignoit

aux nouveaux mariés ce qui s'étoit passé entre eux_. Il est vrai qu'il

n'y a point d'art dans cette épître à M. de Coligny, car il raconte à

ce seigneur ce qu'il sait mieux que lui, sans prendre aucun biais pour

cela. Sarrasin le fait passer pour un farfadet. Madame de Rambouillet

ne se pouvoit résoudre à lire cette pièce; madame Saintot l'en pria.

Elle croyoit, cette pauvre folle, que cela étoit à son avantage et à

l'avantage de Voiture.

Le comte de Thorigny, fils de cet habile homme M. de Matignon, disoit,

après avoir lu _la Pompe funèbre de Voiture_ tout du long: «Je vous

assure que cela est fort joli, Voiture ne fit jamais mieux que de

faire cette pièce avant de mourir.» Mais ce qui est le plus étonnant

de tout, c'est que Martin[329], neveu de Voiture, après avoir fait une

grande préface qu'on lui corrigea, et où on lui fait faire une espèce

d'apologie pour son oncle, à cause de Sarrasin, fut si innocent que de

proposer de mettre _la Pompe funèbre_ au bout des _OEuvres de

Voiture_. Martin n'en tira rien du libraire, mais les soeurs de

Voiture en voulurent avoir deux cents livres. On doutoit que cela pût

réussir, à cause de tant d'endroits qu'on n'entend pas, comme moi qui

y travaille depuis sa mort, et je ne puis avoir l'éclaircissement de

bien des choses. Martin a sottement effacé des noms, en y mettant des

étoiles, au lieu de les garder pour les remettre plus tard; cependant

il s'en est vendu une quantité étrange. Quelque jour, si cela se peut

faire sans offenser trop de gens, je les ferai imprimer avec des

notes, et je mettrai au bout les autres pièces que j'ai pu trouver de

la société de l'hôtel de Rambouillet[330]. M. Servien s'est plaint

secrètement de ce qu'on avoit laissé deux fois son nom dans les

lettres à M. d'Avaux, parce que, étant nommé une fois, cela sert à

faire deviner le reste, puisqu'on se doute que c'est de lui qu'on veut

parler. Je m'étonne que M. Chapelain et M. Conrart, qui ont tant

étoilé ce pauvre livre, n'aient pris garde à cela, eux qui ôtèrent le

nom de M. de Vaugelas en un endroit où il étoit loué très-finement,

car Voiture dit que pour passer pour savoyard il tâche à parler le

plus qu'il peut comme M. de Vaugelas.

La reine d'Angleterre a conté à madame de Montausier que voulant

envoyer un Voiture à madame de Savoie, elle voulut faire ôter une

certaine lettre à M. de Chavigny, où il dit qu'il aimeroit mieux

entretenir trois heures madame de Savoie que de faire cela, car

quoiqu'il y ait une étoile, le sens y va tout droit, mais elle eut

avis que Madame l'avoit déjà vue[331].

M. de Blairancourt disoit à madame de Rambouillet qu'on ne parloit que

de ce livre; il l'avoit lu, et il trouvoit que Voiture avoit de

l'esprit. «Mais, monsieur, lui répondit madame de Rambouillet,

pensiez-vous que c'étoit pour sa noblesse, ou pour sa belle taille,

qu'on le recevoit partout comme vous avez vu?»

Durant le blocus de Paris[332], Sarrasin écrivit en vers à M. Arnauld,

qu'il ne nommoit point, et qu'il appeloit seulement maréchal, à cause

qu'il étoit maréchal-de-camp; cela courut, et comme on imprimoit tout

en ce temps-là, cela fut imprimé avec ce titre: «_L'ombre de Voiture

au maréchal de Gramont._» Madame Saintot s'alla mettre dans la tête

que Voiture n'étoit point mort (c'est signe qu'elle ne l'a point vu

mourir), et sa raison étoit qu'il n'y avoit que Voiture qui pût avoir

fait cette pièce.

L'été devant sa mort, il fit une promenade à Saint-Cloud avec feu

madame de Lesdiguières et quelques autres. La nuit les prit dans le

bois de Boulogne. Ils n'avoient point de flambeaux. Voilà les dames à

faire des contes d'esprits. En cet instant Voiture s'avance du

carrosse pour regarder si l'écuyer, qui étoit à cheval, suivoit, car

la nuit n'étoit pas encore fermée: «Ah! vraiment, dit-il, si vous en

voulez voir des esprits, n'en voilà que huit.» On regarde; en effet,

il paroissoit huit figures noires qui alloient en pointe. Plus on se

hâtoit, plus ces fantômes se hâtoient aussi. L'écuyer ne voulut jamais

en approcher. Cela les suivit jusque dans Paris. Madame de

Lesdiguières conta le fait au coadjuteur, depuis cardinal de Retz.

«Dans huit jours, lui dit-il, j'en saurai la vérité.» Il découvrit que

c'étoient des Augustins déchaussés qui revenoient de se baigner à

Saint-Cloud, et qui, de peur que la porte de la ville ne fût fermée,

n'avoient point voulu laisser éloigner ce carrosse, et l'avoient

toujours suivi[333].

Voiture a une bâtarde religieuse; c'est d'elle qu'on a eu son

portrait. Pour l'avoir dans sa chambre, elle le fit habiller en saint

Louis, parce que ses grands cheveux plats ressemblent assez à ceux de

ce roi, et qu'on lui fait la mine un peu niaise, comme Voiture se la

fait dans la lettre à _l'inconnue_[334].

Un soir que M. Arnauld avoit mené le petit Bossuet de Dijon,

aujourd'hui l'abbé Bossuet, qui a de la réputation pour la chaire,

pour donner à madame la marquise de Rambouillet le divertissement de

le voir prêcher, car il a _préchotté_ dès l'âge de douze ans; Voiture

dit: «Je n'ai jamais vu prêcher de si bonne heure ni si tard[335].»

[295] Vincent Voiture, né à Amiens en 1598, mort à Paris en 1648.

[296] Elle s'appeloit Vion. (T.)

[297] Il étoit trésorier de France. (T.)

[298] C'est la quatrième lettre adressée _à madame de Saintot, en

lui envoyant le_ ROLAND FURIEUX _d'Arioste, traduit en françois_.

(_OEuvres de Voiture_; Paris, Courbé, 1660, p. 12.)

[299] Guillonnet d'Alibray et Dinville. (T.)

[300] Il alloit changer de linge chez L'Huillier, voisin de la

Saintot, et cela afin qu'on le sût, car il étoit vain en

amourettes. (T.)

[301] Suffocation hystérique. (_Dict. de Trévoux._)

[302] C'est la fille de Barbier qui vint à Paris avec des sabots

et y fit fortune. Elle et la soeur qu'elle avoit furent nourries

à la Montauron. Cette soeur avoit une vision que pour être belle

il falloit être pâle. Pour cela elle mangea tant de citrons

qu'elle en mourut. Celle-ci avoit tous les dimanches une coiffe

et un masque de la bonne ouvrière, à cause qu'elle étoit jolie

masquée. Elle étoit brune, mais agréable. On donnoit huit cents

livres de pension à La Prime pour la coiffer. Elle et sa soeur

alloient partout de leur chef, car la mère ne voulut jamais

quitter son chaperon, et le père ne vouloit pas qu'une bourgeoise

allât avec les _infantes_, ses filles. Fenestreaux, conseiller au

Parlement, l'épousa; il l'appeloit _la reine Gillette_. Cette

dame a fait la coquette tout son soûl, puis la dévote, et après

le bel esprit. Une fois elle quitta son mari, s'en alla à

Fenestreaux, y fit quelque temps la solitaire, et revint comme si

de rien n'eût été. Barbier mourut pitoyablement, et Fenestreaux

vendit sa charge, mais il a encore du bien. (T.)

[303] Voiture rioit en contant que son père lui avoit dit: «Vous

disiez qu'on vous aimoit tant à l'hôtel de Rambouillet, voyez ce

qu'on y a fait contre vous.» Mais c'étoit avant qu'on eût rien

ajouté de fâcheux. (T.)

[304] Dans la seconde partie de la _Défense de Voiture_. (T.)

[305] Mademoiselle Véron. (T.)

[306] Ce mot est pris ici dans le sens de la négligence des

règles établies; ce qui suit le fait bien entendre.

[307] C'étoit le nom de la demoiselle de compagnie de madame de

Sablé. (_Voyez_ l'article _Sablé_.)

[308] Cercle.

[309] La rue Saint-Thomas du Louvre, où l'hôtel de Rambouillet

étoit situé.

[310] Fils du marquis de Rambouillet.

[311] Il mangeoit tous les jours à l'hôtel de Rambouillet,

quoiqu'il ait eu telle année dix-huit mille livres à manger. Il a

eu une bonne pension en qualité de premier commis des finances,

pendant que M. d'Avaux a eu le titre de surintendant. Il avoit

trois petites charges: il étoit chez Monsieur introducteur des

ambassadeurs, gentilhomme ordinaire et maître-d'hôtel de Madame,

et Monsieur le Prince l'a souvent fait servir un quartier de

maître-d'hôtel chez le Roi. Son jeu lui coûtoit. (T.)

[312] Voiture n'a jamais été à l'Académie que pour s'y faire

condamner sur une gageure. (T.)

[313] L'hospice des Quinze-Vingts étoit situé rue Saint-Nicaise.

Après la suppression de la maison du Roi, sous le ministère de M.

de Saint-Germain, ce bel établissement fut transféré à l'Hôtel

des Mousquetaires, rue de Charenton.

[314] Eléazar de Sarcilly, sieur de Chandeville, né en 1611, et

mort en 1633. (_Origines de la ville de Caen_, par Huet; Rouen,

1706, pag. 397.) On a conservé de lui quelques vers; ils se

trouvent dans le _Recueil de diverses poésies_; Paris,

Chamhoudry, 1651, Etienne Loyson, 1661, ou Pierre Trabouillet,

1670.

[315] Ceci vient de mademoiselle de Scudery, à qui mademoiselle

Paulet l'a dit. (T.)

[316] _Voyez_ précédemment, t. I, p. 196, l'article que Tallemant

a spécialement consacré à mademoiselle Paulet.

[317] Il en est fait mention dans la _Pompe funèbre de Voiture_

en ces termes «_Comme Vetturius cribloit de nuit dans

l'université d'Orléans, et comme un matois Normand lui coupa les

doigts._» (_OEuvres de Sarasin_; Paris, 1685, t. 2, p. 22.)

[318] Voiture demanda à faire sa prière, et il la fit. (T.)--On

lit au chapitre premier de la table de la grande Chronique du

noble Vetturius: _Du grand et horrible combat de Vetturius contre

Brun de La Coste, et comme Vetturius fit sa prière au dieu Mars

qui ne lui servit de rien_. (_Pompe funèbre de Voiture_, audit

lieu, p. 18.)

[319] _Comme Vetturius se battoit nuit et jour; et de l'Édit des

duels qui n'étoit pas fait pour lui._ (_Ibid._ ch. 4.)

[320] Montausier nous semble n'avoir pas eu tort de juger avec

sévérité les plaisanteries de Voiture; elles sont généralement

marquées au coin de l'afféterie. Il a cependant dans ses

ouvrages, et surtout dans ses poésies, des passages pleins de

finesse et de grâce. Il n'a peut-être rien fait de mieux que les

stances adressées à Anne d'Autriche, qui cependant n'ont pas été

comprises dans ses OEuvres. Elles ont été imprimées pour la

première fois dans leur entier dans une lettre d'un des trois

éditeurs de ces _Mémoires_ (M. Monmerqué), insérée dans la

livraison d'octobre 1833 de _la France littéraire_.

[321] _Voyez_ l'article sur Costar, qui fait bien connoître ce

pitoyable homme.

[322] Dont mademoiselle de Rambouillet étoit abbesse.

[323] Ceci donne l'explication d'un passage d'une lettre que

Voiture écrivit à Chavaroche pour le prier d'assister sa soeur

dans un procès: «En récompense, lui dit-il, je vous promets que

de ma vie je ne vous appellerai _pourceau_, et que je vous

donnerai la première chapelle qui sera à ma nomination.» (_Lettre

147e_ de Voiture, p. 311 de l'édition de 1660.)

[324] _Lettre 143e_ de Voiture, _ibid._, p. 303.

[325] On dit qu'un prince a dit, je crois que c'étoit M. le duc

d'Enghien: «Si Voiture étoit de notre condition, il n'y auroit

pas moyen de le souffrir.» (T.)

[326] Geoffroy, marquis de Laigues, capitaine des gardes de

Gaston, duc d'Orléans. Il entra très-avant dans le parti de la

Fronde, comme on le voit dans les _Mémoires du cardinal de Retz_.

Il mourut en 1674.

[327] Blot, baron de Chauvigny, spirituel chansonnier de la

Fronde, mourut en 1655. Madame de Sévigné écrivoit à sa fille le

6 mai 1671: «Ségrais nous montra un Recueil qu'il a fait des

chansons de Blot; elles ont le diable au corps, mais je n'ai

jamais vu tant d'esprit.»

[328] Voyez _l'Épître à M. de Coligny_, pag. 101 de la deuxième

partie des _OEuvres de Voiture_, édition de 1660. C'est une de

ses plus jolies pièces; nous en citerons quelques vers tirés du

passage indiqué par Tallemant:

Au bruit du célèbre hyménée,

Pour être à la grande journée,

Là se rendent à grand concours

Tout ce que le monde a d'Amours.

De tous les endroits de la terre,

D'Irlande, d'Écosse, d'Angleterre,

Du pays des Italiens,

De celui des Siciliens.......

Même il en vint d'Ethiopie,

Noirs comme petits ramoneurs,

Et ces noirs-là sont les meilleurs.

Il en arriva trois volées

Des Marches les plus reculées

Du cap Vert. Ceux-là sont petis,

Gaillards, éveillés et gentis;

Ils ont par tout même ramage,

Et cent couleurs en leur plumage,

Comme on en voit aux perroquets

Et sont ceux qui font les coquets.

Jadis n'en étoit remembrance,

Cent ans a qu'il en vint en France...

On les voyoit comme moineaux

Ou comme troupe d'étourneaux,

Ombrager toute la campagne

Et couvrir toute la Champagne, etc.

Sarrasin, dans _la Pompe funèbre de Voiture_, s'exprime ainsi:

Enfin suivoit une volée

Grande et confusément mêlée

D'Amours de toutes les façons:

C'étoit tous ces oiseaux garçons[328a]

Dont Voiture a donné la liste.

Après on voyoit sur leur piste

Les Amours d'obligation,

Les Amours d'inclination,

Quantité d'Amours idolâtres,

Une troupe d'Amours folâtres,

Force Cupidons insensés,

Des Cupidons intéressés;

De petits Amours à fleurettes,

D'autres petites Amourettes,

Mêmement de vieilles Amours,

Qui ne laissent pas d'avoir cours

En dépit des Amours nouvelles.....

[328a] _Garçon_ est pris ici en mauvaise part, dans le sens de

_vaurien_, _débauché_. Ainsi on lit dans le _Lai de l'Ombre_,

pièce du XIIIe siècle:

Je ne veuil pas resambler ceus

Qui sont _garçon_ par tout détruire.

Et bref tant d'Amours qu'à vrai dire

On ne pourroit pas les décrire.

Comme l'on voit les étourneaux

Tournoyant aux rives des eaux,

Lorsque la première froidure

Commence à ternir la verdure;

Leur nombre qui surprend les yeux

Noircit l'air et couvre les cieux,

Tels ou plus épais, ce me semble,

Se pressant cheminoient ensemble

Tous les Amours de l'univers.

[329] Étienne Martin de Pinchesne, contrôleur de la maison du

Roi, neveu de Voiture, a été l'éditeur de ses _OEuvres_. On a de

lui deux volumes de poésies qui seroient tout-à-fait oubliées si

Boileau n'avoit pas mis Pinchesne au rang des poètes ridicules.

[330] Le travail de Tallemant sur Voiture est malheureusement

perdu. Il auroit été d'une grande utilité pour connoître une

foule d'allusions qui n'ont pu être saisies que par ses

contemporains. M. Durozoir, dans un article sur Voiture, inséré

dans la _Biographie universelle_, annonce qu'il a retrouvé une

partie de ces allusions. Il rendroit un véritable service aux

lettres s'il faisoit connoître ses recherches. Tallemant lui

fourniroit de curieux documents.

[331] C'est dans la lettre 138e, pag. 296 de l'édition de Voiture

déjà citée. Voici le passage dont le sens n'a pu être compris

jusqu'à présent: «Je consentirois d'entretenir quatre heures tous

les soirs M***, pour avoir l'honneur de vous voir une demi-heure

tous les jours.» Il semble que Chrétienne de France, duchesse de

Savoie, aura eu quelque peine à se reconnoître dans cette lettre.

[332] En 1649.

[333] Le coadjuteur étoit de cette promenade, ainsi que le

maréchal de Turenne. Le cardinal raconte cette bizarre anecdote

dans ses _Mémoires_ d'une manière plus plaisante que ne l'est le

récit de Tallemant. (_Mémoires du cardinal de Retz_, tom. 44, p.

133 de la deuxième série des _Mémoires relatifs à l'histoire de

France_.)

[334] _Voyez_ la lettre 78e de Voiture, écrite _à une maîtresse

inconnue_ (p. 188 de l'édition de 1660). Il s'y peint de la

manière suivante: «Ma taille est deux ou trois doigts au-dessous

de la médiocre. J'ai la teste assez belle, avec beaucoup de

cheveux gris; les yeux doux, mais un peu égarés, et le visage

assez niais.»

[335] Bossuet avoit seize ans, lorsqu'en 1643 il improvisa un

sermon à l'hôtel de Rambouillet. (_Histoire de Bossuet_, par le

cardinal de Bausset; Versailles, 1814, t. I, p. 22.)

M. ARNAULD[336],

ET TOUTE SA FAMILLE.

La famille des Arnauld est une bonne famille; ils se disoient

gentilshommes, et viennent d'Auvergne[337]. Balzac l'a appelée: _la

famille éloquente_. Nous en parlerons après avoir parlé de M. Arnauld

en particulier. Il étoit fils d'un intendant des finances, mais il

n'en étoit guère plus riche pour cela, car alors les intendants

n'étoient pas si grands voleurs qu'ils l'ont été depuis. Il eut après

la mort de son oncle, qu'on appeloit Arnauld du Port, le régiment des

carabins, que cet oncle avoit levé; il se trouva quasi de toutes les

expéditions qui se sont faites avant la guerre déclarée, et il se vit

par la faveur du Père Joseph, ami de M. de Feuquières, qui avoit

épousé sa soeur, gouverneur de Philipsbourg, en un si jeune âge, qu'il

ne pouvoit manquer de faire une grande fortune, s'il eût su se

conserver dans un si bon poste; mais il se laissa surprendre une nuit.

Le cardinal de Richelieu dit: «Ah! voilà des soldats du Père Joseph.»

Au lieu d'Arnauld Corbeville[338], qu'on l'appeloit, on l'appela

Arnauld Philipsbourg. Cela fit crier si étrangement que quelqu'un a

dit depuis, quand on vit la secte des jansénistes s'établir, que

tandis qu'on parleroit de théologie et de guerre on se souviendroit de

messieurs Arnauld. Cela est rapporté par M. d'Andilly (_Arnauld_) dans

un volume de lettres qu'il a fait imprimer. Voyez la cervelle de

l'homme! en s'en plaignant, il l'a appris à bien des gens qui ne

l'avoient jamais ouï dire[339]. Arnauld, dans ce temps-là, fut mis

dans la Bastille. Sa famille fit imprimer une petite apologie, car à

mal exploiter bien écrire, où ils chargeoient M. de La Force de

n'avoir pas voulu, par envie, envoyer les choses nécessaires dans la

place; mais ils ne persuadèrent personne. On remarqua qu'à la vignette

de cette feuille imprimée, il y avoit des oisons bridés, et on disoit

plaisamment que la Providence avoit permis cela pour avertir le monde

qu'il n'y avoit que des oisons bridés qui pussent croire ce qu'ils

disoient. Il y a eu toujours quelque chose qui s'est opposé à

l'élévation de cette famille, témoin Thionville, où leur ressource, M.

de Feuquières, fut défait. Le cardinal de Richelieu lui avoit donné

une armée à commander pour le faire maréchal de France; on l'avoit cru

capable de tout, car il commandoit fort bien sous un autre.

Pour revenir à Arnauld, ce pouvoit être faute d'expérience; mais je ne

saurois croire que ce fût faute de coeur, car j'ai ouï dire au

cardinal de Retz, alors abbé, lui qui n'aimoit point tout ce qui

pouvoit être ami du Père Joseph, ni de pas un des suppôts du cardinal

de Richelieu, qu'il avoit secouru Arnauld sur le Pont-Neuf, l'ayant

trouvé seul, l'épée à la main, contre six soldats. Il est vrai qu'il

eut le malheur d'être accusé de n'avoir pas bien secouru à Nordlingen,

et d'avoir rapporté qu'on ne pouvoit passer par un marais, et cela fut

cause que l'aile gauche, où étoit le maréchal de Gramont, fut toute

défaite.

Les historiettes de Tallemant des Réaux, tome second Mémoires pour servir à l'histoire du XVIIe siècle · 第 19 / 28 段