parler à mademoiselle de Rambouillet par mademoiselle Paulet, par
madame de Sablé, et par madame d'Aiguillon même. Elle l'estimoit, mais
elle avoit aversion pour le mariage. Madame d'Aiguillon, en lui
représentant la passion du cavalier, lui disoit: «Ma fille, ma fille,
il n'y a rien de tel devant Dieu, cela donne dévotion.» On en fit dire
un mot par la Reine; le cardinal même vint en parler à mademoiselle de
Rambouillet. En ce temps-là il n'étoit pas si établi qu'il est à cette
heure, et il mitonnoit madame d'Aiguillon pour faire épouser le duc de
Richelieu à une de ses nièces. Madame de Rambouillet se plaignoit
alors de la dureté de sa fille; ce fut ce qui fit l'affaire, car, de
peur de fâcher sa mère, elle s'y résolut, et changea du soir au
matin. La veille elle étoit aussi éloignée du mariage que jamais. «Je
l'aurois fait, disoit-elle, pour l'amour de lui, sans tous ses
gouvernements, si j'avois eu à le faire.» Je pense pourtant qu'elle
considéra aussi que d'une vieille fille elle devenoit une nouvelle
mariée, et telle jeune femme qui ne lui eût pas cédé, et ne l'eût pas
crue, la regarda aussitôt comme une personne de qui elle pourroit
apprendre à bien vivre; et puis, comme j'ai déjà remarqué, cela la
remettoit tout de nouveau dans le monde, et elle aime fort les
divertissements.
Dès qu'elle eut pris sa résolution, elle fit les choses de fort bonne
grâce. Il est vrai qu'elle se fût bien passée de proposer de remettre
après la campagne. Montausier devoit commander en Allemagne un corps
séparé de six mille hommes; mais M. de Turenne l'empêcha. Pisani
partit devant les noces pour suivre M. le Prince. Il dit en partant:
«Montausier est si heureux, que je ne manquerai pas de me faire tuer,
puisqu'il va épouser ma soeur.» Il n'y manqua pas en effet.
Ce fut à Ruel que les noces se firent; et par une rencontre plaisante,
celui qu'on appeloit autrefois _le nain de la princesse Julie_[267],
fut celui-là même qui les épousa. Le marié avoit une telle enragerie,
si j'ose ainsi dire, que, s'allant coucher, il jeta sa robe de chambre
dès l'entrée de la chambre. Le chevalier de Rivière disoit en riant
que le marié, à la vérité, avoit consommé le mariage, mais que le
reste de la nuit s'étoit passé en beaux sentiments. Il est plus jeune
qu'elle; elle avoit trente-huit ans. Les vingt-quatre violons, ayant
su que mademoiselle de Rambouillet se marioit, vinrent d'eux-mêmes lui
donner une sérénade, et lui dirent qu'elle avoit fait tant d'honneur à
la danse, qu'ils seroient bien ingrats s'ils ne lui en témoignoient
quelque reconnoissance.
Elle eut une querelle pour cette noce avec la marquise de Sablé, qui
se plaignit qu'elle ne l'avoit pas conviée. L'autre juroit qu'elle lui
avoit dit que ce seroit une incivilité de lui donner la peine de faire
six lieues, à elle qui étoit quasi toujours sur son lit et qui n'étoit
pas autrement _portative_, car ce fut ce terme qui la choqua le plus.
La marquise irritée, quoiqu'on l'eût reconviée après, n'en voulut
point ouïr parler, et pour montrer qu'elle étoit aussi _portative_
qu'une autre, elle monte en carrosse, en dessein d'aller voltiger, et
se faire voir autour de Ruel. Pour cela une demoiselle à elle, appelée
La Morinière, à qui elle avoit fait apprendre à connoître les vents,
regarde bien la girouette, et après l'avoir assurée qu'il n'y avoit
point d'orage à craindre, on part; mais elle ne fut pas plus tôt
au-delà du pont de Nully[268] que voilà tout le ciel brillant
d'éclairs. La frayeur la prend; elle fait toucher à Paris, et le
tonnerre étant assez fort, quoiqu'elle eût une grosse bourse de
reliques, elle se cache dans les carrières de Chaillot, avec
protestation de ne songer plus à se venger. A quelques jours de là la
paix se fit.
Elle eut une bien plus grande querelle avec La Moussaye. Voici
apparemment d'où cela vint. M. d'Enghien, étant à Furnes, en belle
humeur, dit à table qu'il croyoit qu'il faudroit un brin d'estoc pour
sauter d'un bout à l'autre du... de madame de Montausier. La Moussaye
ne dit rien, mais il rit de cette plaisante vision incomparablement
plus que les autres. Madame de Montausier, au retour de cette
campagne, déclara à La Moussaye qu'elle ne seroit plus son amie, et
qu'il lui avoit fait un fort vilain tour. «Moi, dit-il, madame, je
serois le plus lâche des hommes, car sans vous j'aurois été chassé
d'auprès M. d'Enghien; vous fîtes que madame d'Aiguillon fit parler M.
le cardinal à M. le Prince.--Eh bien! lui répondit-elle, vous êtes
donc le plus lâche des hommes.» M. d'Enghien voulut savoir d'elle ce
que c'étoit, elle n'en voulut rien dire. On voit dans la lettre que
Voiture écrit pour elle en Catalogne qu'elle étoit encore en colère.
La Moussaye est mort depuis sans avoir fait sa paix. On a cru que
c'étoit cette raillerie qui en fut la cause, puisqu'elle ne l'avoit
pas voulu dire.
Depuis son mariage, madame de Montausier est devenue un peu cabaleuse.
Elle veut avoir cour; elle a des secrets avec tout le monde; elle est
de tout, et ne fait pas toute la distinction nécessaire. Je tiens que
mademoiselle de Rambouillet valoit mieux que madame de Montausier.
Elle est pourtant bonne et civile, mais il s'en faut bien que ce soit
sa mère, car sa mère n'a pas les vices de la cour comme elle. Elle dit
une plaisante chose à quelqu'un qui lui demandoit pourquoi elle ne
laissoit pas M. de Montausier solliciter ses pensions. «Hé! dit-elle,
s'il alloit battre M. d'Emery[269], ce seroit bien le moyen d'être
payé.» En effet, M. de Montausier est un homme tout d'une pièce;
madame de Rambouillet dit qu'il est fou à force d'être sage. Jamais il
n'y en eut un qui eût plus de besoin de sacrifier aux Grâces. Il crie,
il est rude, il rompt en visière, et s'il gronde quelqu'un, il lui
remet devant les yeux toutes ses iniquités passées. Jamais homme n'a
tant servi à me guérir de l'humeur de disputer. Il vouloit qu'on fît
deux citadelles à Paris, une au haut et une au bas de la rivière, et
dit qu'un roi, pourvu qu'il en use bien, ne sauroit être trop absolu,
comme si ce _pourvu_ étoit une chose infaillible. A moins qu'il ne
soit persuadé qu'il y va de la vie des gens, il ne leur gardera pas le
secret. Sa femme lui sert furieusement dans la province. Sans elle la
noblesse ne le visiteroit guère: il se lève là à onze heures comme
ici, et s'enferme quelquefois pour lire, n'aime point la chasse, et
n'a rien de populaire. Elle est tout au rebours de lui. Il fait trop
le métier de bel esprit pour un homme de qualité, ou du moins il le
fait trop sérieusement. Il va au _Samedi_ fort souvent[270]. Il a fait
des traductions; regardez le bel auteur qu'il a choisi: il a mis Perse
en vers français. Il ne parle quasi que de livres, et voit plus
régulièrement M. Chapelain et M. Conrart que personne. Il s'entête, et
d'assez méchant goût; il aime mieux Claudian que Virgile. Il lui faut
du poivre et de l'épice. Cependant, comme nous dirons ailleurs, il
goûte un poème qui n'a ni sel ni sauge: c'est _la Pucelle_, par cela
seulement qu'elle est de Chapelain. Il a une belle bibliothèque à
Angoulême.
En récompense c'est un bon serviteur du Roi. Il le fit bien voir en
1652. Pour peu qu'il eût voulu donner de soupçons au cardinal quand M.
le Prince étoit en Xaintonge, le cardinal l'eût fait tout ce qu'il eût
voulu être. Mais il ne voulut point escroquer le bâton de maréchal de
France, aussi ne l'a-t-il pu avoir quand il l'a demandé. On disoit
qu'il avoit dit: «Je ne pense point au brevet[271]; ma femme a bonnes
jambes, elle se tiendra bien debout.» D'ailleurs il n'a qu'une
fille[272].
Je me souviens que madame de Montausier, qui n'étoit pas jeunette, fut
fort malade en accouchant. On envoya Chavaroche, qui étoit un peu
amoureux d'elle il y avoit long-temps, quérir la ceinture
Sainte-Marguerite à l'abbaye Saint-Germain. C'étoit en été à la pointe
du jour. De chagrin qu'il avoit, on dit qu'il gronda les moines qu'il
trouva encore au lit. «Il vous fait beau voir, disoit-il entre ses
dents, d'être encore au lit, et madame de Montausier est en danger.»
Elle eut deux fils tout de suite. L'aîné mourut à trois ans d'une
chute, et l'autre pour n'avoir jamais voulu prendre une autre nourrice
que la sienne qui perdit son lait. Celui-ci eût été le digne fils de
son père, car il falloit qu'il fût bien têtu.
Madame de Montausier mena une fois sa soeur de Rambouillet[273] en
Angoumois. M. de La Rochefoucauld leur donna une chasse magnifique; à
tous les relais, il y avoit collation et musique. A Xaintes, elles
faisoient le cours à cheval dans la prairie, le long de la Charente,
et il s'y trouvoit assez grand nombre de carrosses, car toutes les
dames des environs s'y rendoient. Elles allèrent voir l'armée navale,
et au retour elles reçurent le maréchal de Gramont avec le canon, et
le firent complimenter par le présidial en corps. Pour lui, il leur
disoit plaisamment: «Venez jusqu'à Bayonne et m'avertissez, afin que
je fasse tenir des baleines toutes prêtes.» Cette réception fit une
querelle. Le maréchal d'Albret passa aussi par Angoulême; on ne lui
fit point de fanfares. Il y fut quatre jours, et après cela il s'avisa
de se fâcher de ce qu'on ne l'avoit pas traité comme le maréchal de
Gramont. On répondit que ce n'étoit pas comme maréchal de France, mais
comme un ancien ami qu'on l'avoit traité ainsi. «Ah! ne suis-je pas
aussi votre ami.» Le président de Guénégaud se plaignit aussi de ce
qu'étant président aux enquêtes du parlement de Paris, le présidial
n'étoit pas allé chez lui en corps. Je crois que cela ne se doit
point.
Mademoiselle de Rambouillet, entendant cela, dit brusquement: «Hé! de
quoi s'avise ce président de Guénégaud de nous venir aussi chicaner?»
Ils se plaignirent encore de cela; enfin la cour en eut vent, car, à
cause de certaines gens de guerre qu'il falloit faire vivre sur le
pays, le maréchal prétendoit avoir sujet de n'être pas content de M.
de Montausier. Enfin cela s'apaisa.
Il y eut bien des gentilshommes mal satisfaits de mademoiselle de
Rambouillet. Une fois elle dit tout haut à quelqu'un qui venoit
de la cour: «Je vous assure qu'on a grand besoin de quelques
rafraîchissements, car sans cela on mourroit bientôt ici.»
Il y eut un gentilhomme qui dit hautement qu'il n'iroit point voir M.
de Montausier tandis que mademoiselle de Rambouillet y seroit, et
qu'elle s'évanouissoit quand elle entendoit un méchant mot[274]. Un
autre, en parlant à elle, hésita long-temps sur le mot d'avoine,
_avoine_, _avene_, _aveine_. «_Avoine, avoine_, dit-il, de par tous
les diables! on ne sait comment parler céans.» Mademoiselle de
Rambouillet trouva cette boutade si plaisante qu'elle l'en aima
toujours depuis. Madame de Montausier, dès qu'elle voyoit arriver un
gentilhomme, s'informoit de son nom et de tout le reste, et à table,
ou en causant, le nommoit par son nom, lui demandoit des nouvelles de
sa famille; cela les charmoit. Sans elle Montausier n'auroit pas un
gentilhomme à lui. Il rompt en visière, si l'on fait quelque
malpropreté à table. Une fois, faute de siéges, car il y avoit bien
des gens dans la chambre, un gentilhomme, nommé Langallerie[275],
s'assit sur la table sur laquelle Montausier avoit le coude appuyé.
Cela ne plut pas à M. le gouverneur, mais il eut tort de le
chatouiller, comme il fit, car après il lui dit sérieusement: «Vous
avez le cul un peu près de mon nez, et vous perdez le respect.»
L'autre parla assez hardiment; Montausier s'emporte, appelle ses
gardes. «Prenez-le-moi.» Langallerie, au lieu de dire simplement _Je
cède à la force_, met l'épée à la main. Il falloit périr en cette
rencontre-là, et non pas se laisser mener en prison comme il fit. Il y
fut quinze jours. Montausier est un peu amoureux de Pelloquin; mais
madame de Montausier la fait bien soutenir, la traite bien, mais lui
rabat fort son caquet quand il le faut. C'étoit une fille à elle qu'on
a mariée avec un gentilhomme de M. de Montausier, à qui on à donné la
lieutenance de roi de la ville et citadelle de Xaintes. Il s'appelle
La Grange.
Parlons un peu de leur fille. Cette enfant, car elle n'a encore que
onze ans, a dit de jolies chose, dès qu'elle a été sevrée. On amena un
renard chez son papa; ce renard étoit à M. de Grasse. Dès qu'elle
l'aperçut elle mit ses mains à son collier; on lui demanda pourquoi:
«C'est de peur, dit-elle, que le renard ne me le vole: ils sont si
fins dans les Fables d'Ésope.» Quelques mois après on lui disoit:
«Tenez, voilà le maître du renard; que vous en semble?--Il me semble,
dit-elle, encore plus fin que son renard.» Elle pouvoit avoir six ans
quand M. de Grasse lui demanda combien il y avoit que sa grande poupée
avoit été sevrée: «Et vous, combien y a-t-il? lui dit-elle, car vous
n'êtes guère plus grand[276].»
A cause de la petite vérole de sa tante de Rambouillet, on la mit dans
une maison là auprès. Une dame l'y fut voir: «Et vos poupées,
mademoiselle, lui dit-elle, les avez-vous laissées dans le mauvais
air?--Pour les grandes, répondit-elle, madame, je ne les ai pas ôtées,
mais pour les petites, je les ai amenées avec moi.» A propos de
poupées, elle avoit peut-être sept ans quand la petite Des Réaux[277]
la fut voir. Cette autre est plus jeune de deux ans. Mademoiselle de
Montausier la vouloit traiter d'enfant, et lui disoit en lui montrant
ses poupées: «Mettons dormir celle-là.--J'entends bien, disoit
l'autre, ce que vous voulez dire.--Non, tout de bon, reprenoit-elle,
elles dorment effectivement.--Voire! je sais bien que les poupées ne
dorment point, répliquoit l'autre.--Je vous assure que si qu'elles
dorment, croyez-moi; il n'y a rien de plus vrai.--Elles dorment donc,
puisque vous le voulez,» dit la petite Des Réaux avec un air dépité;
et en sortant elle dit: «Je n'y veux plus retourner, elle me prend
pour une enfant.»
On lui demandoit laquelle étoit la plus belle, de madame de
Longueville, ou de madame de Châtillon qu'elle appeloit _sa
belle-mère_. «Pour la vraie beauté, dit-elle, ma belle-mère est la
plus belle.» Elle disoit à un gentilhomme de son papa: «Je ne veux pas
seulement que vous me baisiez en imagination.»
Elle faisoit souvent un même conte. Madame de Montausier disoit: «Fi!
fi! où avez-vous appris cela?--Attendez, dit cette enfant, ne
seroit-ce point de ma grand'maman de Montausier?» Cela se trouva vrai.
Elle disoit qu'elle vouloit faire une comédie: «Mais, ma grand'maman,
ajoutoit-elle, il faudra que Corneille y jette un peu les yeux, avant
que nous la jouiions.»
Un page de son père, qui étoit fort sujet à boire, s'étant enivré, le
lendemain elle lui voulut faire des réprimandes. «Voyez-vous, lui
disoit-elle, pour toutes ces choses-là, je suis tout comme mon papa,
vous n'y trouverez point de différence.»
On lui dit: «Prenez ce bouillon pour l'amour de moi.--Je le prendrai,
dit-elle, pour l'amour de moi, et non pour l'amour de vous.»
Un jour elle prit un petit siége et se mit auprès du lit de madame de
Rambouillet. «Or çà, ma grand'maman, dit-elle, parlons d'affaires
d'Etat, à cette heure que j'ai cinq ans.» Il est vrai qu'en ce
temps-là on ne parloit que de _fronderie_.
M. de Nemours, alors archevêque de Reims, lui disoit qu'il la vouloit
épouser. «Monsieur, lui dit-elle, gardez votre archevêché: il vaut
mieux que moi.»
Elle n'avoit que cinq ans quand on lui voulut faire tenir un enfant.
Le curé de Saint-Germain la refusa, disant: «Elle n'a pas sept
ans.--Interrogez-la,» lui dit-on. Il l'interrogea devant cent
personnes; elle répondit fort assurément, il la reçut et lui donna
bien des louanges.
Un jour qu'elle étoit couchée avec madame de Rambouillet, M. de
Montausier la voulut tâter. «Arrêtez-vous, lui dit-elle, mon papa,
les hommes ne mettent point la main dans le lit de ma grand'maman.»
C'étoit la consolation de cette grand'maman, quand elle demeura toute
seule à Paris. A la mort de M. de Rambouillet, elle étoit fort touchée
de la voir triste: «Consolez-vous, lui disoit-elle, ma grand'maman,
Dieu le veut; ne voulez-vous pas ce que Dieu veut?» D'elle-même elle
s'avisa de faire dire des messes pour lui. «Oh! dit sa gouvernante, si
votre grand-papa, qui vous aimoit tant, savoit cela!--Eh! ne le
sait-il pas, dit-elle, lui qui est devant Dieu?»
Elle n'avoit guère que neuf ans, qu'ayant lu la Fête des fleurs dans
_Cyrus_, elle s'avisa d'elle-même d'en faire une représentation avec
les filles du logis, et lorsque madame de Rambouillet ne songeoit à
rien moins qu'à cela, cette enfant, avec ses compagnes, toutes en
guirlandes, pour la divertir, lui vint jeter à ses pieds une grande
mont-joie[278] de fleurs.
C'est dommage qu'elle ait les yeux de travers, car elle a la raison
bien droite; pour le reste, elle est grande et bien faite. Elle s'est
gâtée depuis pour l'esprit et pour le corps.
Au printemps de 1658, madame de Montausier se blessa. Elle eût bien
fait de n'en rien dire, car c'étoit une espèce de miracle: elle avoit,
au compte de sa mère, cinquante-quatre ans. La mère dit qu'elle est
accouchée de madame de Montausier à seize ans; or madame de
Rambouillet naquit durant les Etats de Blois (1588). Cela est aisé à
calculer; cependant Julie eut la foiblesse de dire qu'elle s'étoit
blessée, afin de ne pas passer pour si âgée. On en rit un peu. Madame
Pilou[279] ne trouvoit nullement bon qu'elle eût dit cela. On a ouï
dire céans[280] à madame de Montausier: «Quand j'étois en couches ce
printemps.»
[249] Julie-Lucie d'Angennes épousa, comme nous l'avons dit 1645,
M. de Montausier.
[250] Il doit exister des portraits peints de madame de
Montausier, mais on n'en connoît point qui aient été gravés de
son temps. Il n'en est indiqué aucun dans la _Liste de portraits_
qui termine le quatrième vol. de la _Bibliothèque historique de
la France_, et MM. de Bure n'en possèdent point dans leur belle
collection. Cette femme illustre a été seulement gravée dans ces
derniers temps par Bonvoisin, d'après Mignard, pour le _Choix
d'Oraisons funèbres_, donné en 1820, par Dussault. Mais ce
portrait ne présente pas le caractère remarquable qui sembleroit
devoir appartenir à une femme aussi spirituelle; tout porte à
croire qu'il n'a rien d'authentique.
[251] Sans doute pour: _lui faisoit-elle bien supporter des
rebuts_.
[252] Anne-Geneviève de Bourbon étoit née le 27 août 1619; ainsi
mademoiselle de Rambouillet, née en 1607, avoit douze ans de plus
que cette princesse, qui, devenue duchesse de Longueville, a joué
un si grand rôle dans la guerre de la Fronde.
[253] L'Histoire de Zélide et d'Alcidalis n'a pas été achevée par
Voiture. Ce qui en existe est imprimé dans les dernières
_OEuvres_ de l'auteur. Ce poète, écrivant à mademoiselle de
Rambouillet, depuis marquise de Montausier, ne laisse point de
doute sur le véritable auteur de cette nouvelle. Il dit en
parlant de M. de Chaudebonne: «Je lui conterai une histoire plus
agréable que celle d'Héliodore, et faite par une personne plus
belle que Chariclée. Vous jugez bien, mademoiselle, que c'est
celle de _Zélide et d'Alcidalis_ que je lui ai promise, car il
n'y en a point d'autre au monde de qui cela se puisse dire.
Quelque stupide que je sois devenu, ne craignez point qu'en la
contant, je lui fasse rien perdre de sa beauté, car dans tous mes
maux je me suis encore conservé ma mémoire tout entière, et je
crois qu'elle me servira fidèlement quand ce sera pour vous,
_puisque vous y avez autant de part que personne_, et que je
suis, etc.» (_Voyez_ la lettre huitième de Voiture.) L'édition de
ses oeuvres, _à la Sphère_, 1697, contient la _suite de
l'Histoire de Zélide et d'Alcidalis_, mais cette suite n'est pas
de Voiture.
[254] Le cardinal de La Valette passoit pour avoir été l'amant de
la princesse de Condé.
[255] Comme on disoit un jour qu'il falloit la marier à un homme
qui ne pût l'emmener hors de Paris, quelqu'un ajouta qu'il
falloit alors la marier avec M. l'archevêque; mais il se
trompoit, car les prélats ont une telle aversion pour la
résidence, que celui-ci aimoit mieux être à Saint-Aubin d'Angers
qu'à Paris. (T.)
[256] Pour Noirmoutier.
[257] Cette madame Aubry traitoit son mari terriblement de haut
en bas. Il étoit trois mois à la prier pour coucher une nuit avec
elle. (T.)
[258] Ils sont perdus. (T.)
[259] Un gentilhomme du cardinal de la Valette. (T.)
[260] Voiture lui écrivoit: «Il me déplaît de penser qu'avec
toute cette tendresse que vous me témoignez, il y a quelque
occasion pour laquelle vous voudriez que je fusse pendu...... Je
désire... avec tant de passion que vous ayez tout ce que vous
méritez, que s'il ne tenoit qu'à cela que vous eussiez un
royaume, sans mentir je crois que j'y consentirois aussi bien que
vous.» (Lettre quarante-sixième de Voiture.)
[261] _Voyez_ précédemment, p. 230.
[262] Ce volume a été l'objet d'une notice de M. de Gaignières,
imprimée en tête de l'édition de _la Guirlande de Julie_; Paris,
imprimerie de Monsieur, 1784, in-8º; reproduite par les soins de
M. Charles Nodier; Paris, Delangle, 1826, in-16. Ce beau
manuscrit, vendu sept cent quarante-vingts livres, à la vente
Gaignat, et adjugé à la vente de La Valière moyennant quatorze
mille cinq cent dix livres à madame de Châtillon, est maintenant
entre les mains de madame la duchesse d'Uzès, sa fille.
[263] Les auteurs des madrigaux qui composent _la Guirlande_ sont
nommés dans l'édition de 1784, et cependant on n'y trouve pas le
nom du marquis de Rambouillet, père de Julie d'Angennes; aussi
nous croyons que Tallemant se trompe en lui attribuant une de ces
petites pièces. Mais notre auteur ne nous dit pas que l'un des
madrigaux faits sur le lys est de Tallemant Des Réaux lui-même.
Cette circonstance nous engage à citer ici cette jolie pièce:
Devant vous je perds la victoire
Que ma blancheur me fit donner,
Et ne prétends plus d'autre gloire
Que celle de vous couronner.
Le Ciel, par un honneur insigne,
Fit choix de moi seul autrefois,
Comme de la fleur la plus digne
Pour faire un présent à nos rois.
Mais si j'obtenois ma requête,
Mon sort seroit plus glorieux
D'être monté sur votre tête
Que d'être descendu des cieux.
[264] On est surpris que M. Dussault, qui donne à la fois pour
motifs de la conversion du duc de Montausier, les doutes que ce
dernier avoit conçus sur les erreurs du calvinisme, et l'amour
qu'il portoit à mademoiselle de Rambouillet, ait ajouté que
_cette abjuration, pour son importance, peut être mise au-dessus
de celle même de Turenne_. L'histoire doit être dépouillée de ces
pieuses exagérations, dont on est convenu d'embellir l'oraison
funèbre destinée à la chaire chrétienne. (Voyez la _Notice_ sur
Charles de Saint-Maure, duc de Montausier, dans le _Choix des
Oraisons funèbres_; Paris, Janet, 1820, tom. 2, pag. 404.)
[265] Xaintonge et Angoumois. (T.)
[266] Pour le gouvernement d'Alsace, ou plutôt la commission pour
y commander, le cardinal dit: «Plusieurs me l'ont demandée, mais
je ne désoblige point en obligeant: elle demeurera à M. de
Montausier.» Depuis le cardinal, l'Alsace étoit devenue, par la
paix, un fort bon gouvernement; on la lui ôta et ne lui en laissa
que la lieutenance de roi, car Schelestadt et Colmar, dont il
étoit gouverneur particulier, ont été rendus par le Traité de
Munster. (T.)
[267] M. de Grasse, Godeau. (T.)
[268] On dit aujourd'hui _Neuilly_.
[269] Michel Particelli, sieur d'Emery, surintendant des
finances, mort en 1650.
[270] Une assemblée chez mademoiselle Scudéry (T.)
[271] _Brevet._ Le brevet de duc. Il fut fait duc et pair de
France par lettres du mois d'août 1664, enregistrées au Parlement
en décembre 1665.
[272] Marie-Julie de Sainte-Maure, seule héritière du duc de
Montausier, épousa le duc d'Uzès, au mois d'août 1664.
[273] Angélique-Claire d'Angennes, qui a depuis été la première
femme du comte de Grignan.
[274] Madame de Grignan (première femme) dut bien souffrir
lorsqu'elle assista, le 18 novembre 1659, à la première
représentation des _Précieuses ridicules_, car il étoit
difficile, d'après les diverses anecdotes rapportées par
Tallemant, qu'elle ne s'y reconnût pas. Ménage a rendu compte de
l'impression que cette pièce produisit sur lui, et il nous
apprend qu'il y assistoit avec mademoiselle de Rambouillet,
mariée alors à M. de Grignan, depuis un an environ. (_Voyez_ le
_Menagiana_, édit. de 1762, t. I, page 251.) Le passage du
_Menagiana_ est cité par tous les commentateurs de Molière; mais
on n'a pas pris garde que mademoiselle de Rambouillet et madame
de Grignan, dont il y est parlé, ne font qu'une seule personne.
Deux filles de madame de Rambouillet se marièrent, toutes les
autres entrèrent en religion.
[275] C'étoit vraisemblablement le père de Philippe de Gentils,
marquis de Langallerie, né en 1656, à la Motte-Charente, en
Saintonge, sur lequel on a des Mémoires.
[276] Aussi appeloit-on Godeau, _le Nain de Julie_, comme on l'a
vu plus haut.
[277] Nièce ou cousine de l'auteur de ces _Mémoires_.
[278] «_Mont-joie_ signifioit autrefois, enseigne des chemins...
Les _Mont-joies_ n'étoient souvent que des monceaux de pierres ou
d'herbes qui enseignoient les passants.» (_Dictionnaire de
Trévoux._)
[279] Madame Pilou étoit une femme d'un caractère très-original à
laquelle Tallemant a consacré plus loin un long article.
[280] C'est-à-dire chez Tallemant, auteur de ces _Mémoires_.
MADAME D'YÈRES[281],
MADAME DE SAINT-ÉTIENNE ET MADEMOISELLE DE RAMBOUILLET.