de Picard, trésorier des parties casuelles, fils de ce cordonnier
Picard à qui les gens du maréchal d'Ancre firent insulte, ce qui
commença à mettre le peuple en fureur. Bois-Robert dînoit chez Picard
fort souvent. Courtin le pria, s'il connoissoit Loret[190], celui qui
fait la _Gazette_ en vers imprimée, de lui dire que s'il vouloit
mettre les louanges de M. Picard, il lui donneroit ce qu'il voudroit.
Bois-Robert dit: «Donnez-moi vingt écus.--Voilà cinquante livres, dit
Courtin; s'il fait bien j'y ajouterai une pistole.» Loret met Picard
tout de son long. La cour en rit fort. Picard irrité, lui qui a une
nièce mariée au marquis de La Luzerne, fait menacer Bois-Robert de
coups de bâton. Bois-Robert en faisoit partout le conte; mais il
oublioit les coups de bâton.
Il faut souvent revenir aux pièces de théâtre, parce qu'il en a fait
beaucoup. Scarron, le frère de Corneille et lui avoient imité tous
trois de l'espagnol une pièce qu'on appelle _l'Écolier de Salamanque_.
Celle de Corneille n'étoit pas si avancée; mais les deux autres
étoient achevées. Les comédiens vouloient jouer celle de Scarron la
première. Madame de Brancas, à qui Bois-Robert le dit, pria le prince
d'Harcourt de leur en parler: les comédiens lui ont bien de
l'obligation, car il les fait jouer souvent en ville. Le prince menaça
les comédiens de coups de bâton, s'ils faisoient cet affront à l'abbé,
qui, contant cette aventure, disoit: «Ma foi, le prince d'Harcourt a
pris cela héroï-comiquement[191].»
Une fois le prince de Conti, comme on jouoit une pièce de Bois-Robert,
lui dit de la loge où il étoit: «Monsieur de Bois-Robert, la méchante
pièce!» Bois-Robert, qui étoit sur le théâtre, se mit à crier bien
plus fort: «Monseigneur, vous me confondez de me louer comme cela en
ma présence.»
En ce temps-là, les dévots de la cour rendirent de mauvais offices à
Bois-Robert, et le firent exiler comme un homme qui mangeoit de la
viande le carême, qui n'avoit point de religion, qui juroit
horriblement quand il jouoit; et cela est vrai. Au retour, il ne put
s'empêcher de dire que madame Mancini, qui avoit fait sa paix, ne
l'avoit fait revenir que pour être payée de quarante pistoles qu'il
lui devoit du jeu.
On l'obligea depuis à dire la messe quelquefois. Madame Cornuel, à la
messe de minuit, comme ce vint à dire _Dominus vobiscum_, voyant que
c'étoit Bois-Robert, dit à quelqu'un: «Voilà toute ma dévotion
évanouie.» Le lendemain, comme on la vouloit mener au sermon: «Je n'y
veux pas aller, dit-elle; après avoir trouvé Bois-Robert disant la
messe, je trouverai sans doute Trivelin en chaire. Je crois même,
ajouta-t-elle, que sa chasuble étoit faite d'une jupe de Ninon.» Ayant
su cela, il fit un sonnet contre madame Cornuel, où il jouoit sur le
mot de _Cornuel_. Elle se repentit d'avoir parlé. On les raccommoda.
En un an il eut huit querelles, et fit huit réconciliations: il n'a
point de fiel. M. Chapelain disoit: «Autrefois je tremblois pour lui,
mais à cette heure, après l'avoir vu sortir de tant de mauvais pas, je
n'ai plus peur de rien.»
Comme on parloit un jour de généalogies fabuleuses, il dit: «Pour moi,
j'ai envie de me faire descendre de Metellus, puisque je m'appelle
Metel.--Ce ne sera donc pas, lui dit-on, de _Metellus Pius_ que vous
descendrez.»
Il fit une satire contre d'Olonne-Sablé, Bois-Dauphin[192], et
Saint-Évremont, que l'on appeloit _les Coteaux_. Cela vient de ce
qu'un jour M. Du Mans (Larvadin), qui tient table, se plaignit fort de
la délicatesse de ces trois messieurs, et dit qu'en France il n'y
avoit pas quatre coteaux dont ils approuvassent le vin. Le nom de
_Coteaux_ leur demeura, et même on nomme ainsi ceux qui sont trop
délicats, et qui se piquent de raffiner en bonne chère. Il y avoit de
plaisantes choses dans cette pièce, entre autres, que pour les
beautés, ils consentoient qu'elles fussent journalières, mais point
les cuisiniers. Il en mordoit deux assez fort, c'est-à-dire Sablé et
Saint-Évremont, comme des gens qui ne trouvoient rien de bon, et qui
de leur vie n'avoient donné un verre d'eau à personne. Avec le temps,
ils le cajolèrent, et lui firent jeter sa pièce dans le feu.
J'oubliois de dire que la principale maxime des _Coteaux_, c'est de ne
manger jamais de cochon de lait[193].
Voici encore quelques-uns de ses démêlés. Costar, dans _la Suite de la
Défense de Voiture_, alla mettre étourdiment, en parlant de la lettre
du _Valentin_[194], de laquelle Girac a dit qu'elle sentoit le méchant
comédien, qu'il y avoit des comédiens de ruelle, témoin cet abbé que
nous estimons, etc., qu'on appelle _l'abbé Mondory_. Bois-Robert alla
relever cela à son ordinaire, c'est-à-dire follement, car cela étoit
su de fort peu de gens, et il l'a fait savoir à tout le monde,
écrivant une grande lettre contre Costar, qui n'avoit pas eu dessein
de l'offenser. Voici le conte: Un jour Bois-Robert entendoit la messe
aux Minimes de la Place-Royale avec l'abbé de La Victoire. Il y avoit
des jeunes gens de la cour qui causoient; un religieux leur en alla
faire réprimande, mais il prit fort mal son temps; Bois-Robert lui en
dit son avis. Avec ce religieux il y avoit un jeune ecclésiastique qui
demanda à l'abbé de La Victoire qui étoit cet honnête homme-là qui
avoit parlé si sagement au bon Père: «C'est _l'abbé Mondory_, dit
l'abbé de La Victoire; il prêche tantôt au _Petit-Bourbon_.» (Il y a
une chapelle à Bourbon, et aussi des comédiens italiens[195].)
Bois-Robert s'appeloit lui-même le _Trivelin de robe longue_.
Bois-Robert avoit fait ce conte à Costar, en passant au Mans: Costar
lui a répondu fort doucement et l'a apaisé.
Bois-Robert faisoit un conte de M. de Beuvron et de son frère Croisy.
Il disoit qu'un jour, à la campagne, il vint une pluie qui dura cinq
heures. C'étoit au mois d'avril. Ils se promenèrent durant tout ce
temps dans une salle, sans dire autre chose l'un à l'autre: «Mon
frère, que de foin! mon frère, que d'avoine!» Quoique les enfants de
Beuvron aient plus d'esprit que leur père, on ne laisse pas
quelquefois de leur dire: «Mon frère, que de foin! mon frère, que
d'avoine!» Et ils en enragent un peu.
Il n'est pas à se repentir d'avoir vendu une maison qu'il avoit fait
bâtir à la porte de Richelieu, à Villarceaux, à condition d'y avoir
son logement sa vie durant. Ce n'est pas le seul fou marché qu'il ait
fait.
Avec le bien qu'il a, car il en a assez pour toujours aller en
carrosse, quoiqu'il en ait bien perdu, il s'amuse à faire encore des
comédies, et pourvu qu'elles plaisent aux comédiens et aux libraires,
il ne se soucie point du reste. Il s'est amusé à cajoler une
_librairesse_ pour tirer cent livres de quatre Nouvelles espagnoles
qu'il a mises en mauvais françois. Le comte d'Estrées, le deuxième
fils du maréchal, voyant que Bois-Robert parloit de ces Nouvelles
comme de quelque belle chose, s'avisa plaisamment de lui écrire une
grande lettre où il l'avertit, sans se nommer, de tout ce qu'on y
trouve à redire. Bois-Robert crut que c'étoit Saint-Évremont, auteur
de la comédie de _l'Académie_, et répondit d'une façon fort aigre.
Saint-Évremont riposte qu'il ne vouloit point de brouillerie avec lui:
«Non pas à cause, lui dit-il, que vous faites d'assez méchantes pièces
de théâtre et d'assez méchantes nouvelles, mais à cause de cette
inconsidération perpétuelle dont Dieu vous a doué, et qui fait dire à
l'abbé de La Victoire qu'il vous faut juger sur le pied de huit ans.
Depuis Bois-Robert découvrit la vérité, et on les raccommoda, le comte
et lui. «Il a bien fait, dit Bois-Robert, sans cela je l'eusse honni.»
Dernièrement il disoit en riant, du Palais, à un jeune conseiller: «Je
suis ravi quand je vois la France si bien conseillée.» Le jeune homme
ne se déferra point, et dit du même ton: «Je suis ravi quand je vois
l'Eglise si bien servie.»
En 1659, quand le Roi alla à Lyon, Bois-Robert prêta généreusement
trois cents pistoles au marquis de Richelieu, qui n'avoit pas un
teston pour faire le voyage. Contre son attente, il en fut ensuite
payé. Le grand-maître, sachant qu'il avoit donné cet argent, se moqua
de lui. «Je fais, lui répondit Bois-Robert, ce que vous devriez faire;
pour moi, je me souviendrai toujours qu'il est le neveu du cardinal de
Richelieu.»
Il fit imprimer, au printemps de 1659, deux volumes d'Epîtres[196].
Ily mit celle qu'il fit contre M. Servien, disant: «Pourquoi est-il
mort le premier?» Il le dit à M. le Chancelier: «Allez, allez,
monsieur, vous y prendrez plaisir, elle vous divertira.» Un
certain.........[197], qu'il traite de faussaire, alla dire à M.
Servien que Bois-Robert, à la table du garde-des-sceaux Molé, avoit
dit le diable de lui. Il s'en justifia, et M. de Lyonne fit sa paix.
On voit tout cela dans ses Epîtres, et comme Servien l'amusa de belles
promesses.
Depuis leur raccommodement, il avoit prié M. Servien d'une affaire. M.
Servien lui montra son _Agenda_ quelques jours après. «Tenez, lui
dit-il, je m'en souviens bien, vous êtes le premier sur mon
_Agenda_.--Oui, répondit l'abbé, mais j'ai bien peur d'en sortir le
dernier.»
En 1661, dans le temps de la mort du cardinal Mazarin, un homme de
Nancy s'adressa, au Palais, aux diseurs de nouvelles, et leur dit: «Je
vous prie, messieurs, dites-moi si ce qu'on nous a mandé à Nancy est
véritable, que Bois-Robert s'étoit fait turc, et que le grand-seigneur
lui avoit donné de grands revenus avec de beaux petits garçons pour se
réjouir, et que, de là, il avoit écrit aux libertins de la cour: «Vous
autres, messieurs, vous vous amusez à renier Dieu cent fois le jour;
je suis plus fin que vous: je ne l'ai renié qu'une, et je m'en trouve
fort bien.»
Bois-Robert a acheté une maison aux champs, et la Providence a voulu
que ce fût une maison qui s'appelle Villeloison. Il dit, lui, que
c'est pour la substituer à ses neveux, qui sont de vrais oisons; mais,
sur ma foi, elle ne convient pas mal à leur oncle. Il mourut un an ou
deux après cette belle acquisition.
Il avoit vendu son abbaye de Châtillon à Lenet, de chez M. le Prince.
Il avoit fricassé presque tout, hors cette acquisition dont on vient
de parler, et un billet de douze mille livres sur un homme d'affaires.
Il jouoit un jour chez Paget, maître-des-requêtes; il perdoit, et
dans l'emportement pour se faire tenir jeu, il dit: «Ne craignez pas
que je vous fasse banqueroute, voilà un billet de quatre mille écus
qui ne doit rien à personne.» Paget le prit, et au lieu, il lui donna
un placet que l'autre serra. En se couchant, Bois-Robert reconnoît sa
bévue, il envoie chez l'homme d'affaires donner les avis qu'il étoit
expédient de donner, et, en pantalon de ratine, il va faire un bruit
de diable chez Paget, qui lui rendit son billet, mais ne le voulut
voir depuis.
Madame de Châtillon, sa voisine, fut la première qui le porta à faire
une fin bien chrétienne. Il disoit aux assistans: «Oubliez Bois-Robert
vivant, et ne considérez que Bois-Robert mourant.» Comme son
confesseur lui disoit que Dieu avoit pardonné à de plus grands
coupables que lui: «Oui, mon père, il y en a de plus grands. L'abbé de
Villarceaux, mon hôte (il lui en vouloit, parce qu'il avoit perdu son
argent contre lui), est sans doute plus grand pécheur que moi,
cependant je ne désespère pas que Dieu ne lui fasse miséricorde.»
Madame de Thoré lui disoit: «Monsieur l'abbé, la contrition est une
vertu..., etc., etc. Eh! madame, je vous la souhaite de tout mon
coeur.» Il fut avare jusqu'à la fin, et vouloit que son neveu
s'habillât d'un habit qu'il laissoit, au lieu de le donner à un pauvre
valet-de-chambre qu'il avoit.
Il disoit: «Je me contenterois d'être aussi bien avec Notre-Seigneur,
que j'ai été avec le cardinal de Richelieu.»
Comme il tenoit le crucifix, et qu'il demandoit pardon à Dieu: «Ah! se
dit-il, au diable soit ce vilain potage que j'ai mangé chez d'Olonne;
il y avoit de l'ognon, c'est ce qui m'a fait mal.» Et puis il
reprenoit: «Le cardinal de Richelieu m'a gâté; il ne valoit rien,
c'est lui qui m'a perverti.»
[162] François Metel de Bois-Robert, né à Caen vers 1592, mort le
30 mars 1662.
[163] Dans une épître il fait son père avocat. (T.)
[164] Il fut aussi à la Reine-mère, et comme elle étoit à Blois,
il eut ordre de traduire le _Pastor Fido_. L'intention de la
Reine étoit de faire semblant de s'amuser à faire jouer des
comédies, pour empêcher M. de Luynes d'avoir du soupçon d'elle.
Mais Bois-Robert ayant demandé six mois, on lui dit: «Vous n'êtes
pas notre fait.» A propos de la Reine-mère, Verderonne dit un
jour à Bois-Robert: «J'ai été page de la Reine-mère.--Hé quoi!
lui dit Bois-Robert, se peut-il que vous ayez été page de la
Reine-mère, et que je ne vous aie point connu?» Comme vous
verrez, on l'a accusé d'aimer les pages. (T.)
[165] Bois-Robert disoit qu'ayant demandé les _Pères_ à M. de
Candale, il lui répondit: «Je vous donne le mien de bon coeur.»
(T.)
[166] _La vraie Histoire comique de Francion, composée par
Nicolas de Moulinet, sieur du Parc, gentilhomme lorrain._ Ce
roman de Sorel a eu beaucoup d'éditions; la naïveté du style le
fait encore rechercher.
[167] Louise de Prie, demoiselle de Toucy, épousa, le 21 novembre
1650, le maréchal de La Mothe Houdancourt, qu'elle perdit en
1657. Elle a été depuis gouvernante du Dauphin, fils de Louis
XIV.
[168] Il avoit cependant adressé une _Requête à MM. du Chapitre
de Rouen en faveur de mademoiselle de Toucy, étourdie par le
voisinage des cloches de leur église_, qui se trouve dans un des
volumes de ses _Épitres en vers_ (Paris, 1659, in-8º, p. 59);
mais le Chapitre demeura insensible à ses vers, ou du moins à sa
requête.
[169] Ce pavillon, construit en briques et en pierres de taille,
dans le style de la Place-royale, est placé à l'entrée de
Charenton du côté de Paris. On croit qu'il a été bâti pour
Gabrielle d'Estrées.
[170] Henriette-Marie de France épousa en 1625 le prince de
Galles, depuis Charles Ier.
[171] Jean Mairet, auteur de la _Sophonisbe_, première tragédie
conforme à la règle des trois unités qui ait paru sur le
Théâtre-François. Jouée en 1629, elle fait encore partie du
Répertoire du Théâtre François.
[172] Mairet, attaché au duc de Montmorency, comme l'un de ses
gentilshommes, recevoit à ce titre quinze cents livres de pension
qu'il perdit à la catastrophe du duc.
[173] On appeloit _passe-volants_ de faux soldats non enrôlés
qu'un capitaine faisoit passer aux revues pour montrer que sa
compagnie étoit complète. (_Dict. de Trévoux._)
[174] François Citois mourut en 1652. On a de lui divers ouvrages
de médecine.
[175] Il y a des vers d'un homme de ce nom là au cardinal, mais
qui ne sont guère bons. (T.)--Il existe un _Recueil des vers de
M. de Marbeuf, chevalier, sieur de Sahurs_; David du Petit-Val,
1628, in-8º. On n'y trouve pas les vers au cardinal; mais le
volume a été publié peu d'années après l'arrivée de l'évêque de
Luçon au ministère.
[176] Mondory étoit le premier comédien du Théâtre du Marais.
S'il en faut croire Tristan dans la Préface de sa tragédie de
_Penthée_, «Jamais homme ne parut avec plus d'honneur sur la
scène; il s'y fait voir tout plein de la grandeur des passions
qu'il représente, et comme il est préoccupé lui-même, il imprime
fortement dans les esprits tous les sentiments qu'il exprime.»
L'abbé de Marville lui rend le même témoignage. Mondory fut
frappé de paralysie en 1637 en jouant le rôle d'Hérode dans la
_Marianne_ de Tristan; et il fut obligé de renoncer au théâtre.
Bois-Robert jouoit si bien qu'on l'appeloit _l'abbé Mondory_.
[177] Le cardinal employoit des prêtres et des évêques à placer à
la comédie. Depuis le cardinal donna des billets. (T.)--_Voir_
ci-après, dans l'_Historiette_ de Léonor d'Estampes Valençay, une
note à ce sujet.
[178] Ce fut par cette raison qu'il fit la fortune du comte de
Charost (Béthune); car dans le commencement il ne le pouvoit
souffrir, et disoit: «Que ferai-je de ce grand Béthune?» Il ne
servoit qu'à marcher sur ses crachats. (T.)--_Voir_ précédemment,
pag. 109, ce qui amena ce retour.
[179] Antoine Metel, sieur d'Ouville.
[180] La Vrillière est fort brutal. (T.)
[181] Le cardinal de Sourdis reçut des coups de canne du duc
d'Épernon et du maréchal de Vitry. (_Voyez_ plus haut son
_Historiette_.)
[182] Le portier de Bautru donna une fois des coups de pied au
cul du laquais de Bois-Robert. Voilà l'abbé dans une fureur
épouvantable. «Il a raison, disoient les gens, cela est bien plus
offensant pour lui que pour un autre. Aux laquais de Bois-Robert
le c.. tient lieu de visage: c'est la partie noble de ces
messieurs-là.»
[183] Depuis cardinal de Retz.
[184] _Voyez_ p. 129 et suiv. Du reste, l'histoire peut être
arrangée, mais ce n'est pas un _conte_. «J'ai vu jouer cette
scène ici par Bois-Robert en présence du marquis de Racan, et
quand on lui demandoit si cela étoit vrai. «_Oui-dà_, disoit-il,
_il en est quelque chose_.» (_Ménagiana_, t. 2, p. 54.)
[185] On retrouve la même anecdote avec quelques différences dans
l'article de _Ninon_.
[186] Il adressa une _Épître_, dont Tallemant cite du reste deux
vers un peu plus loin, au chancelier, _pour lui demander une
abolition pour ses neveux qui ont tué un homme_. Voici les
arguments singulièrement modestes par lesquels il prouve leur
innocence:
...J'aurois lieu de les désavouer,
Quand par leur coeur on me les vient louer.
Je me sens bien, et je ne puis m'en taire,
Je suis poltron, et je connois mon frère,
Et l'on me berne avec un ton moqueur,
Quand on me dit: Vos neveux ont du coeur.
[187] Molière a emprunté à Bois-Robert la scène de l'_Avare_ et
de son fils (deuxième scène du deuxième acte). La pièce de
Bois-Robert, que les frères Parfait, dans leur _Dictionnaire des
théâtres_, supposent avoir été représentée en 1654, fut imprimée
en 1655, sous le titre de _la Belle Plaideuse_. On ignoroit
jusqu'à présent que le président de Bercy et son fils fussent les
originaux que Molière se trouvoit avoir transportés par son
emprunt sur la scène, et livrés à la risée publique.
[188] _Épîtres en vers et autres OEuvres poétiques de M. de
Bois-Robert-Metel_; Paris, 1659, in-8º, p. 7.
[189] Ses Contes sont en prose, et assez médiocres; ils ont été
publiés en 2 vol. in-12, en 1669, et réimprimés en 1732.
[190] Jean Loret (né au commencement du XVIIº siècle, mort dans
les premiers mois de 1665) publioit toutes les semaines des
feuilles en vers, dont la réunion forme _la Muse historique, ou
Recueil de Lettres en vers, contenant les nouvelles du temps
écrites à madame la duchesse de Longueville_, depuis le 4 mai
1650 jusqu'au 28 mars 1665, 3 tomes in-folio.
[191] Ménage dit (_Ménagiana_, tom. 2, pag. 174): «Scarron donne
quelque part en ses ouvrages un coup de dent à M. Bois-Robert. Je
ne sais point ce qui les avoit mis mal ensemble.» Tallemant le
fait ici connoître.
[192] Guy de Laval, dit _le marquis de Laval_, second fils du
marquis de Sablé, seigneur de Bois-Dauphin.
[193] Le récit de Tallemant est conforme à celui de
Saint-Évremont. M. de Saint-Surin, dans son Commentaire sur
Despréaux, cite les divers personnages auxquels cette anecdote a
été attribuée. Voici les vers de Despréaux (troisième satire):
Surtout certain hableur, à la gueule affamée,
Qui vint à ce festin conduit par la fumée,
Et qui s'est dit profès dans l'_ordre des côteaux_,
A fait en bien mangeant l'éloge des morceaux.
[194] _Voyez_ la Lettre quatre-vingt-quinzième de Voiture. Cette
lettre, écrite de Gênes le 7 octobre 1638, est adressée à la
marquise de Rambouillet. Le Valentin est un château situé auprès
de Turin. La lettre de Voiture n'a rien de remarquable, et l'on
partageroit volontiers l'avis de Girac.
[195] Le _Petit-Bourbon_ étoit anciennement l'hôtel du
connétable. Il étoit situé près du Louvre, et couvroit une partie
des terrains sur lesquels on a élevé la colonnade du Louvre. Ce
bel hôtel, confisqué en 1523 sur le connétable, fut démoli pour
la plus grande partie en 1527. On conserva seulement la chapelle
et la galerie. Cette dernière, qui étoit très-vaste, servit aux
spectacles de la cour sous Henri IV, Louis XIII et la minorité de
Louis XIV. Les États de 1614 se réunirent dans cette galerie.
(_Recherches sur Paris_, par Jaillot, _quartier du Louvre_, pag.
12.)
[196] Il n'a paru en 1659 qu'un volume des _Épîtres en vers et
autres OEuvres poétiques de M. de Bois-Robert Metel_; Paris,
in-8º. Le premier avoit paru en 1647, in-4º.
[197] Ce nom est en blanc dans le manuscrit de Tallemant, et le
coupable n'est pas nommé non plus dans l'Épître adressée à cette
occasion par Bois-Robert _à M. le comte de Saint-Aignan, premier
gentilhomme de la chambre_. (Vol. de 1659, p. 153.)
FEU M. LE PRINCE,
HENRI DE BOURBON[198].
Feu M. le Prince a eu une jeunesse assez obscure et assez malheureuse.
Nous avons parlé ailleurs de sa fuite en Flandre, de son retour et de
sa prison[199]. Ses exploits, qui sont petits[200], se voient dans les
_Mémoires_ de M. de Rohan et ailleurs.
En une débauche, il passa tout nu à cheval par les rues de Sens, en
plein midi, avec je ne sais combien d'autres tout nus aussi. On a une
lettre de M. de Rohan où ce seigneur lui reproche sa sodomie en ces
termes: «Au moins n'ai-je rien fait qui me fasse appréhender le feu du
ciel.» De tout temps M. le Prince a été accusé de ce vice.
Il a bien fait la débauche avec les écoliers de Bourges: il leur
faisoit manger leur argent. Il a quelquefois pris des promesses d'eux.
Il les trichoit au jeu, et, ayant gagné le dîner à la boule à l'un
d'eux, il lui dit: «J'enverrai demain de quoi, ne vous en mettez pas
en peine. Il envoya le lendemain un pâté et deux bouteilles de vin, et
mena vingt-cinq gentilshommes, comme gouverneur du pays. Quand il
alloit au cabaret, au pis aller, il ne payoit que sa part, et, s'il
pouvoit, il laissoit payer les autres pour lui. Un jour, en une petite
ville, quand il voulut compter avec l'hôte, cet homme lui dit que les
échevins de la ville avoient payé sa dépense: il lui demanda combien
il avoit eu: «Monseigneur, répondit l'hôte, on a un peu payé la
qualité: j'ai eu cinquante écus de plus que je n'aurois eu d'un
autre.» On dit qu'il le contraignit à lui donner ces cinquante écus.
Une autre fois, comme il étoit prêt de signer un bail à ferme d'une de
ses terres, il dit aux fermiers qu'ils lui confessassent combien ils
donnoient à Perrault, son secrétaire, et, les ayant obligés d'avouer
qu'ils lui donnoient cent écus, il se les fit bailler, leur disant
que, puisque ce n'étoit que pour le faire signer, qu'il alloit signer,
et qu'ils n'auroient plus affaire de son secrétaire. Cependant ce
secrétaire a fait une grande fortune avec lui, car il faut qu'un
habile homme fasse ses affaires et celles de son maître à la fois. Il
lui prêtoit de l'argent pour entrer en une affaire, s'en faisoit payer
l'intérêt, puis, comme il étoit homme de bon compte, il lui disoit:
«Tenez, il y a tant de profit pour vous.» Quand on lui donnoit de
l'argent pour quelque affaire, il le mettoit dans un coffre, et le
rendoit si l'affaire ne se faisoit pas[201].
Les habitants de je ne sais quelle paroisse le prièrent un jour de
trouver bon qu'ils s'avouassent de lui pour être exemptés des gens de
guerre: «Mais, leur dit-il, que me donnerez-vous?--Monseigneur, nous
vous ferons un présent.--Mais je veux quelque chose de certain.» Il ne
leur promit point qu'auparavant ils ne fussent tombés d'accord de la
somme et du terme, et il les avertit, comme ils s'en alloient, qu'ils
lui envoyassent sans faute cette somme, car il la leur demanderoit
plutôt la veille que le lendemain.
Un jour qu'il avoit haussé bien des fermes, le marquis de Rostaing,
autre avaricieux, disoit: «Voilà un homme qui nous apprend bien à
vivre.» Il avoit l'âme d'un intendant de grande maison: jamais homme
n'a tenu ses papiers en meilleur ordre. Il couroit à cheval sur une
haquenée par Paris, avec un seul valet de pied, pour solliciter un
procès. Il alloit chez feu La Martellière, les jours de son conseil:
en ces temps-là les avocats n'étoient pas si lâches qu'à cette heure.
Il alloit voir Vitray deux fois la semaine, comme un homme de bon
sens. S'il eût été propre, il n'auroit point été trop mal. Il eut de
belles terres de la confiscation de M. de Montmorency; mais son plus
grand bien venoit des affaires qu'il avoit faites.