Si tu le veux nous le ferons,
Tutaine, tuton,
Tutaine, tutu,
Ton mari cocu;
Ton ton
Monsieur Ribaudon
Tutaine tuton tutaine.
La belle lui a répondu:
Vous êtes un gentil luturlu,
Tutaine tuton tutaine
Tu tu,
Pour faire cocu
Ton ton
Monsieur Ribaudon,
Tutaine tuton tutaine.
En ce temps-là, il jouoit et mangeoit fort souvent avec les dames du
voisinage de cette belle. Il faisoit cas de madame de Ribaudon, mais
on ne dit point qu'il en ait reçu aucune faveur. Depuis, elle mourut
pour ne s'être pas assez conservée. Elle étoit délicate, et vouloit
faire tout ce que font les plus robustes.
Après madame de Ribaudon, Monsieur aima une fille de Tours, appelée
Louison Roger. Elle appartenoit aux principaux de la ville. M. de
Montbazon, qui avoit du bien auprès de Tours, et y étoit souvent,
avant cela, lui avoit donné une petite plaque d'argent; Monsieur lui
en donna une grande. Cette fille étoit plaisante, et avoit l'esprit
vif. Un jour, comme ils causoient, elle se mit à crier: «Ah! mon Dieu,
la grande plaque de Monsieur a pensé engloutir la petite plaque de M.
de Montbazon.» Elle fut deux ans à ne vouloir pas souffrir que
Monsieur lui parlât qu'en présence de deux prudes. Une fois il fit
semblant de se vouloir tuer. Les parents, lâches et intéressés,
fermoient les yeux à tout. Il en jouit à la fin. Elle devint si sotte,
qu'elle ne faisoit pas asseoir les dames de la ville. Il y eut bien
des réjouissances durant cette amourette, mais la jalousie s'y mit
bientôt, car L'Epinay, gentilhomme de Normandie, qui étoit alors comme
le favori de Monsieur[105], fut disgracié, et Louison aussi. Ce
L'Epinay, à ce qu'on dit, avoit servi si fidèlement son maître auprès
de cette fille, qu'on a cru qu'il y avoit passé le premier. Il vécut
avec si peu de discrétion, que le bruit en vint aux oreilles du Roi.
Il ne manqua pas d'en railler Monsieur, qui jusque là ne s'étoit douté
de rien, quoiqu'il soit honnêtement soupçonneux. La première fois
qu'il vit la belle, il lui fit tout confesser, et L'Epinay, sachant
cela, fut si imprudent, qu'au lieu de lui écrire qu'il s'étonnoit
qu'elle dît le contraire de ce qu'elle savoit, lui écrivit par le
comte de Brion une lettre par laquelle il la prioit de lui envoyer de
ses cheveux. Louison ne la voulut pas recevoir, et en avertit
Monsieur. Il fit fouiller Brion, et ne lui trouva point la lettre;
mais quand on fut chercher à son logis, elle fut trouvée dans la
paillasse de son lit. La Rivière disoit que M. d'Orléans avoit trouvé
dans les chausses de M. de Brion une lettre de Louison à L'Epinay. Il
délibéra de le faire poignarder, et en parla au feu Roi, qui en fut
d'avis, car, outre qu'il étoit naturellement un peu cruel, il croyoit
que cet exemple retiendroit ceux qui s'émancipoient d'en conter à
mademoiselle d'Hautefort. Mais le cardinal de Richelieu, qui fut de ce
conseil, empêcha la chose. Le cardinal n'aimoit pas que la cour
s'accoutumât à faire assassiner les gens. Monsieur fit pourtant mettre
des gardes autour du logis de Louison, la nuit, avec ordre de tuer
L'Epinay s'il y venoit.
J'ai su d'un de mes amis, qui le tenoit de l'abbé de La Rivière, que
M. L'Epinay s'en allant à Paris, après que Monsieur l'eut chassé,
rencontra M. de Brion à Etampes, à qui, comme à son ami, il donna une
lettre pour Louison, où il y avoit que sa disgrâce n'étoit un malheur
pour lui qu'à cause qu'elle l'éloignoit de ce qu'il aimoit, et qu'il
n'avoit pour toute consolation que le plaisir de baiser le bracelet de
cheveux qu'elle lui avoit donné. Monsieur est averti que M. de Brion
avoit vu L'Epinay en chemin. Il attend que Brion fût couché, puis il
va dans sa chambre, et se saisit de son haut-de-chausses, où étoit la
lettre. Voilà ce qui l'acheva de persuader que Louison lui avoit fait
infidélité.
L'Epinay chassé s'en alla en Hollande, où il eut facilement accès chez
la reine de Bohème. Comme il y entra avec la réputation d'un homme à
bonne fortune, il y fut tout autrement regardé qu'un autre, et, dans
l'ambition de n'en vouloir qu'à des princesses ou à des maîtresses de
princes, on dit qu'il cajola d'abord la mère, et après la princesse
Louise, car les Louises étoient fatales à ce garçon. On dit que cette
fille devint grosse, et qu'elle alla pour accoucher à Leyde, où l'on
n'en faisoit pas autrement la petite bouche. La princesse
Elisabeth[106], son aînée, qui est une vertueuse fille, et une fille
qui a mille belles connoissances, et qui est bien mieux faite qu'elle,
ne pouvoit souffrir que la Reine, sa mère, vît de bon oeil un homme
qui avoit fait un si grand affront à leur maison. Elle excita ses
frères contre lui; mais l'électeur se contenta de lui jeter son
chapeau à terre un jour qu'étant à la promenade à pied, il s'étoit
couvert par ordre de la Reine, à cause qu'il pleuvoit un peu. Mais le
plus jeune de tous, nommé Philippe (il fut tué depuis à la bataille de
Rhétel), ressentit plus vivement cette injure, et un soir, proche du
lieu où l'on se promène à La Haye, il attaque L'Epinay, qui étoit
accompagné de deux hommes, et lui n'en avoit pas davantage. Ils se
battirent quelque temps: il survint des gens qui les séparèrent. Tout
le monde conseilla à L'Epinay de se retirer, mais il n'en voulut
jamais rien faire. Enfin, un jour qu'il avoit dîné chez M. de La
Tuilerie, ambassadeur de France, il sortit avec Des Loges (fils de M.
Des Loges). Si l'on eût cru que le prince Philippe eût osé le faire
assassiner en plein jour, on n'eût pas manqué de le faire accompagner,
et il s'en fallut peu que M. de La Vieuville (le duc aujourd'hui), qui
avoit dîné chez l'ambassadeur, ne prît le même chemin. Il fut donc
attaqué par huit ou dix Anglois, en présence du prince Philippe. Des
Loges ne mit point l'épée à la main; L'Epinay seul se défendit le
mieux qu'il put; mais il fut percé de tant de coups, que les épées se
rencontroient dans son corps. Il voulut tâcher à se sauver, mais il
tomba; toutefois il fit encore quelque résistance à genoux, et enfin
il rendit l'esprit.
Pour ce qui est de la princesse Louise, elle a changé de religion, et
est abbesse de Maubuisson, où elle mène une vie exemplaire. Madame de
Longueville écrivoit de La Haye, où elle la vit en allant à Munster:
«J'ai vu la princesse Louise, et je ne crois pas que personne envie à
L'Epinay la couronne de son martyre.» Pour la reine de Bohème, on
croit seulement qu'elle étoit bien aise que sa fille se divertît.
L'Epinay étoit bien à la cour du prince d'Orange, qui n'étoit pas
fâché qu'il fût souvent avec son fils. L'Epinay avoit l'esprit adroit,
et assurément il y auroit fait fortune.
Cependant la pauvre Louison, voyant que Monsieur ne vouloit pas
reconnoître le fils dont elle étoit accouchée, se mit en religion à
Tours, aux Filles de la Visitation, donna à ses amies tout ce qu'elle
avoit pu avoir de chez elle et de Monsieur, et ne laissa que vingt
mille livres à son fils, du revenu desquelles on l'entretiendroit
jusqu'à ce qu'il fût reconnu, ou qu'il fût en état de s'aller faire
tuer à la guerre, si on ne le vouloit pas reconnoître. Ce petit garçon
mit une fois l'épée à la main; quelqu'un lui dit: «Rengaînez, petit
vilain; voilà le vrai moyen de n'être jamais reconnu.» Monsieur n'est
nullement brave[107]. Elle vit bien. Etant supérieure du couvent, on
lui vint dire: «Madame, on a fait quatre cents toises de muraille.--Je
n'entends point cela, répondit-elle; combien sont-ce d'aunes?» Il n'y
a que quatre ans que Monsieur, passant à Tours, eut envie de la voir.
Madame l'en empêcha. Elle envoya du fruit à Madame. Mademoiselle a
pris amitié pour ce petit garçon, qui est fort joli, et elle l'a
auprès d'elle. Monsieur n'a garde de le reconnoître, car, outre qu'il
croit que L'Epinay en est le père, il lui faudroit donner du bien.
M. d'Orléans a toujours l'esprit un peu page. Un jour qu'il vit un
des siens qui dormoit la bouche ouverte, il lui alla faire un pet
dedans. Ce page, demi-endormi, cria: «B....., je te ch.. dans la
gueule.» Monsieur avoit passé outre. Il demande à un valet-de-chambre,
nommé Du Fresne: «Qu'est-ce qu'il dit?--Il dit, monseigneur, dit
gravement le valet-de-chambre, qu'il ch.. dans la gueule à Votre
Altesse Royale.»
Ce même homme, qui fait comme cela des tours de page, a une sotte
gloire, comme de ne vouloir pas qu'on se couvre jamais dans son
carrosse, non pas même en voyage. Le feu Roi s'en moquoit hautement.
Il est si inquiet, qu'il faut le boutonner en courant. Il a toujours
son chapeau comme un _gloriot_, siffle toujours, et a toujours la main
dans ses chausses. Nous dirons le reste dans les _Mémoires de la
Régence_.
[103] Gaston, Jean-Baptiste de France, duc d'Orléans, frère de
Louis XIII, né le 25 avril 1608, mort le 2 février 1660.
[104] Marguerite de Lorraine.
[105] Lui qui s'est toujours laissé gouverner, se plaignit que le
cardinal de Richelieu gouvernât le Roi son frère. (T.)
[106] C'est avec cette princesse que Descartes correspondoit.
[107] Le vieux Lambert, gouverneur de Metz, qui avoit servi
long-temps sans recevoir une égratignure, disoit en riant: «Un
tel (j'en ai oublié le nom), monsieur d'Orléans et moi, quoique
nous ayons bien été aux coups, n'avons pourtant jamais été
blessés.» (T.)
SAUVAGE.
Sauvage étoit à M. d'Orléans. C'étoit un goinfre fort agréable. Il
contrefaisoit admirablement bien les chansons du Pont-Neuf. Monsieur
s'étant retiré en Lorraine, il le voulut aller trouver, et, pour avoir
des bottes à bon marché, il en commanda à dix ou douze cordonniers
différents, à qui il donna diverses heures. A chacun, il dit qu'il y
avoit une botte trop étroite, et leur donna alors une même heure pour
la rapporter. Quand ils vinrent, ils ne trouvèrent plus personne.
De Bruxelles, Sauvage envoyoit des Gazettes pleines de chimères pour
contrecarrer celles de Renaudot[108], qui commençoient à avoir cours.
On aimoit bien mieux la Gazette de Sauvage que l'autre. Outre cela,
tous les jours, pour se divertir, il faisoit quelque imposture. Ce fut
lui qui fit graver la figure d'un poisson qu'il appeloit _la carpe
adriatique_, dans le corps duquel on avoit trouvé, à ce que disoit
l'écrit, je ne sais combien de mousquets, des hallebardes, des croix,
etc. Cela courut par toute la France. La dernière imposture qu'il ait
faite, ç'a été un arrêt du Parlement de Grenoble, par lequel un enfant
étoit déclaré légitime, quoique la mère confessât l'avoir conçu durant
l'absence de son mari, et cela par la force de l'imagination, en
songeant qu'il habitoit avec elle. Les noms y étoient, et aussi ceux
des médecins et de la sage-femme. Assez de bonnes gens le crurent.
C'étoit le vrai style de Grenoble. Le procureur général de Paris
écrivit à celui de Grenoble touchant cet arrêt, et ce Parlement-là en
donna un contre l'auteur, dont celui-ci se moqua. Dans les écoles de
médecine, on agita la question à savoir si la force de l'imagination
pouvoit suffire pour faire concevoir. Il faisoit aussi quelquefois des
Gazettes de raillerie, comme une où il disoit: «Ce Dieu de la Charente
qui apparut à Balzac est arrivé ici, aussi peu Dieu que jamais.»
Bien des fois il a pris les devants, et il se mettoit à chanter sous
l'orme, dans les villages, quand Monsieur passoit.
[108] Médecin, fondateur de la _Gazette de France_, établie en
1631, et continuée par lui jusqu'à sa mort, en 1653. Barbier,
dans le _Dictionnaire des Anonymes_, dit que le généalogiste
d'Hozier, ami de Renaudot, étoit de moitié avec lui dans l'idée
et dans l'exécution de ce journal.
M. DE MONTMORENCY[109].
Le dernier duc de Montmorency demeura maître de son bien à dix-neuf
ans. Mais M. de Portes, son oncle, qui étoit un homme d'esprit, prit
le soin de sa conduite, et fit aller long-temps toute sa maison.
Quoiqu'il eût les yeux de travers, M. de Montmorency étoit pourtant de
fort bonne mine. Il avoit le geste le plus agréable du monde: aussi
parloit-il plus des bras que de la langue. On dit, à propos de cela,
que M. de Montmorency étant entré en une compagnie où étoit feu M. de
Candale[110], tout le monde lui fit fête, quoiqu'il n'eût fait
proprement que remuer les bras: «Jésus, dit M. de Candale, que cet
homme est heureux d'avoir des bras!» Madame de Rambouillet dit qu'une
fois il voulut conter quelque chose qu'il savoit fort bien; mais il
s'embrouilla tellement, que le cardinal de La Valette, par pitié, fut
contraint de prendre la parole et d'achever le conte. Il commençoit
souvent des compliments et demeuroit à mi-chemin. On avoit quelquefois
bien de la peine à s'empêcher de rire. Il ne disoit pas de sottises,
mais il avoit l'esprit court. En récompense, il étoit brave, riche,
galant, libéral, dansoit bien, étoit bien à cheval et avoit toujours
des gens d'esprit à ses gages, qui faisoient des vers pour lui[111],
qui l'entretenoient fréquemment, et lui disoient quel jugement il
falloit faire des choses qui couroient en ce temps-là.
Il donnoit beaucoup aux pauvres. Il étoit aimé de tout le monde, mais
adoré de son quartier. Il étoit fort libéral. Il entendit qu'un
gentilhomme disoit: «Si je trouvois vingt mille écus à emprunter
seulement pour deux ans, ma fortune seroit faite.» Il les lui prêta.
Au terme le gentilhomme lui rapporta l'argent. «Allez, lui dit-il,
c'est assez que vous m'ayez tenu parole; je vous les donne de bon
coeur.»
On dit qu'il envoya une fois à la marquise de Sablé, durant sa grande
passion, une donation de quarante mille livres de rente en fonds de
terre, mais qu'elle ne la voulut pas recevoir.
Il aima d'abord la Choisy, fille de bon lieu, mais très-galante. Elle
fut mariée depuis, et fit mettre sur son tombeau, comme l'on voit à
Saint-Paul, qu'elle avoit été fort estimée des grands, et qu'elle
avoit eu l'amitié de plusieurs.
Après, il fut amoureux de la Reine; les Anglois l'interrompirent.
C'étoit en même temps que M. de Bellegarde. Il recommença après. Il en
avoit un portrait, et une fois il fit mettre un homme à genoux pour le
lui montrer.
Bassompierre et lui eurent querelle. Bassompierre dansoit mal, et il
s'en moqua à un bal. «Il est vrai, lui dit Bassompierre, que vous
avez plus d'esprit que moi aux pieds, mais j'en ai aussi ailleurs plus
que vous.--Si je n'ai pas aussi bon bec, j'ai bien aussi bonne épée,
répondit Montmorency.--Oui dà, répliqua Bassompierre, vous avez celle
du grand[112] Anne de Montmorency.» On les accorda avant qu'ils se
séparassent.
Il eut encore une querelle avec le duc de Retz[113], petit-fils
d'Albert de Gondi et fils du marquis de Belle-Ile. M. de Montmorency
avoit été accordé, et même marié, mais sans coucher ensemble, avec
l'héritière de Beaupréau; mais la Reine-mère fit rompre le mariage
pour lui donner une de ses parentes de la maison des Ursins[114]
qu'elle fit venir exprès[115]. Depuis, M. de Retz épousa mademoiselle
de Beaupréau, et M. de Montmorency, au lieu de duc de Retz, l'appela
_duc de mon reste_. On les accorda sur l'heure.
Sa femme, qui n'étoit pas une fort agréable personne, devint bientôt
jalouse de lui. Cependant, pourvu qu'il lui fît confidence de ses
galanteries, elle ne lui donnoit point de peine, mais elle ne vouloit
pas qu'il lui mentît. M. de Montmorency avoit une telle vogue, qu'il
n'y avoit pas une femme de celles qui avoient un peu la galanterie en
tête, qui ne voulût, à toute force, en être cajolée, et il en est venu
des provinces exprès pour tâcher à lui donner dans la vue. C'est pour
cela que la marquise de Sablé, toute délicate qu'elle étoit en gens,
en faisoit un très-grand cas, et c'est avec lui qu'elle a le plus fait
de galanteries.
Pour la guerre, c'étoit un fort ignorant homme; il le fit voir quand
il se fit prendre. On en trouva une centurie dans Nostradamus qui est
étonnante. Il y a:
Neuve[116] obturée[117] au grand Montmorency,
Hors lieux prouvés[118] délivre à clere peine[119].
Mené à Toulouse au commencement, il déclina disant que c'étoit au
Parlement des pairs à le juger; mais il s'en désista en disant: «A
quoi servira de chicaner ma vie? Je serai aussi bien condamné à Paris
qu'ici.» Il envoya sa moustache, sa cadenette (on n'en portoit qu'une
au côté gauche en ce-temps-là) à sa femme avec une lettre. Cette
pauvre femme se retira à Moulins dans un couvent[120] où elle pleura
tant, que de voûtée qu'elle étoit devenue d'une grande fluxion, elle
devint droite comme auparavant, sa fluxion s'étant écoulée par les
yeux. Mairet, en lui dédiant une tragédie, lui donna la qualité de
_Très-inconsolable princesse_. Elle a fait faire un tombeau magnifique
à son mari[121], et elle a pris cette année l'habit de religieuse.
[109] Henri II, duc de Montmorency né à Chantilly, le 30 avril
1595, décapité à Toulouse le 30 octobre 1632. L'_Histoire de
Henri, dernier duc de Montmorency, pair et maréchal de France_, a
été publiée par Simon Ducros; Paris, 1663, in-4º.
[110] M. le duc de Candale étoit fils aîné du duc d'Épernon, et
l'un des hommes les plus recherchés de son temps.
[111] Théophile, Mairet. (T.)
[112] Il jouoit sur _âne_. (T.)
[113] Il vit encore, et a marié sa fille au frère aîné du
cardinal de Retz. (T.)
[114] Marie Félice des Ursins, née en 1600.
[115] Un Ursin épousa la soeur du grand-père de la Reine-mère.
(T.)
[116] _Neuve_, Castelnadaury. (T.)
[117] _Obturée_, fermée. On ne lui voulut pas ouvrir les portes.
(T.)
[118] _Prouvés_, publics. On ne le fit pas mourir en place
publique. (T.)
[119] _Clere peine_, manière de prononcer du Parlement de
Toulouse.(T.)
NOSTRADAMUS, centurie 9, quatrain 18.
[120] Dans le couvent de la Visitation dont elle mourut
supérieure le 5 juin 1666.
[121] Ce monument funéraire existe encore.
M. DE BAUTRU[122].
M. de Bautru est d'une bonne famille d'Angers. Il a été conseiller au
grand conseil. En ce temps-là, il épousa la fille d'un maître des
comptes, nommé Le Bigot, sieur de Gastines. Cette femme ne se mettoit
point dans le monde; elle ne sortoit guère. «Oh! la bonne ménagère!»
disoit-on. On la donnoit pour exemple aux autres. Enfin il se trouva
qu'elle ne sortoit point parce qu'elle avoit son galant chez elle.
C'étoit le valet-de-chambre de son mari. Bautru fit mourir ce galant à
force de lui faire dégoutter de la cire d'Espagne sur la partie
peccante[123]; d'où vient que Saint-Germain, croyant que c'étoit
Bautru qui avoit fait les vers[124] sur la retraite de Monsieur,
avoit mis dans la réponse:
Quand il cacheta près du c.
Son valet qui le fit cocu.
Il chassa sa femme, et ne voulut point reconnoître le fils dont elle
accoucha. Il l'a reconnu depuis, mais long-temps après. Cette femme
jusque là vécut de carottes à Montreuil-Belay en Anjou, pour épargner
quelque chose à son enfant. Jusqu'à cette heure elle demeure chez lui
en Anjou, où il va quelquefois; mais elle ne vient point à Paris. Il a
le malheur d'avoir un sot fils. A propos de cela, M. de Guise, comme
ils dînoient ensemble, lui ayant dit: «Qu'y a-t-il entre un cocu et un
autre?--Une table,» répondit-il, car ils n'étoient pas de même côté.
Comme les trois frères de Luynes commençoient à s'établir, on dit à
Bautru: «Mais il faut leur porter respect.--Pour moi, dit-il, s'ils me
traitent civilement, je dirai: M. de Brante, M. de Luynes, M. de
Cadenet; autrement je dirai Bran de Luynes et Cadenet,» en changeant
le _t_ en _d_, ce qui ne se remarque pas quasi en prononçant.
Bautru, s'étant défait de sa charge, se mit à suivre la cour. Le
maréchal d'Ancre l'aimoit; et s'il n'eût point été tué, il lui alloit
faire une affaire qui lui eût valu dix mille écus de rente.
J'ai déjà dit ailleurs qu'il étoit à la _drôlerie_ du Pont-de-Cé.
Quelqu'un qui estimoit fort un M. de Jainchère, qui avoit quelque
emploi en cette _guerrette_, lui dit: «Qu'est-ce qui est plus hardi
que Jainchère?--Les faubourgs d'Angers, répondit-il, car ils ont
toujours été hors la ville, et lui n'en est pas sorti.»
Il dit à la Reine-mère que l'évêque d'Angers étoit saint, et qu'il
guérissoit la v...... L'évêque le sut, et s'en plaignit: «Eh! comment
l'aurois-je dit? dit Bautru, il en est encore malade.»
Jouant au piquet à Angers contre un nommé Goussaut, qui étoit si sot,
que pour dire _sot_ on disoit _Goussaut_, Bautru vint à faire une
faute, et, en s'écriant, dit: «Que je suis Goussaut!--Vous êtes un
sot, lui dit l'autre.--Vous avez raison, répondit-il; c'est ce que je
voulois dire.»
Il disoit à mademoiselle d'Auchy, fille d'honneur de la Reine-mère:
«Vous n'êtes pas trop mal fine, avec votre sévérité. Vous avez si bien
fait, que vous pourrez, quand vous voudrez, vous divertir deux ans
sans qu'on vous soupçonne.»
M. d'Effiat le prit en amitié, et c'est de là, bien plutôt que du
cardinal de Richelieu, que vient sa richesse. Bautru étoit bon
courtisan, ou bon bouffon, si vous voulez; de moeurs, et de religion
fort libertin, et tel, que M. d'Orléans lui écrivoit toujours: _Au
petit b......_ Il étoit petit, mais bien fait.
Le marquis de Borbonne, un seigneur qui n'avoit point de réputation
pour la bravoure, lui donna des coups de bâton; je n'ai pu savoir
pourquoi. Il en fit un vaudeville, où il y avoit:
Borbonne
Ne bat personne,
Cependant il me bâtonne.
La première fois qu'il alla au Louvre après cela, chacun ne savoit
que lui dire. «Eh quoi, leur dit-il, croit-on que je sois devenu
sauvage, pour avoir passé par les bois?» Il n'a jamais pu s'empêcher
de médire; et comme les chiens ne mordent guère sans avoir des coups
de bâton, le pauvre Bautru ne manqua pas d'en avoir, car il n'eut pas
la discrétion d'épargner M. d'Épernon. S'il n'a dit que ce que j'en ai
ouï dire, je trouve le mot assez méchant pour mériter quelque
correction, mais non pas si rude. Il y avoit un vieil Espagnol à la
cour qu'on appeloit Gilles de Metz (un de ces Espagnols qui furent
chassés avec Antonio Pérez); Bautru disoit: «N'est-ce pas une chose
étrange que Gilles de Metz passe pour si vieux? M. d'Epernon est son
père, car on sait bien qu'il à fait Gilles de Metz[125].» Les Simons
(c'étoient les donneurs d'étrivières de chez M. d'Epernon)
l'étrillèrent comme il faut. Quelque temps après, un de ces
satellites, en passant auprès de lui, se mit à le contrefaire comme il
crioit quand on le battoit. Bautru ne s'en déferra point, et dit:
«Vraiment, voilà un bon écho, il répond long-temps après.» Bautru alla
voir la Reine, et il avoit un bâton. «Avez-vous la goutte? lui
dit-elle.--Non, madame.--C'est, dit le prince de Guémenée, qu'il porte
le bâton comme saint Laurent porte son gril: c'est la marque de son
martyre[126].»
Il eut aussi de grands démêlés avec M. de Montbason, pour en avoir
fait cent railleries, comme: que c'étoit un homme bien fait, qu'il n'y
avoit pas au monde de plus beau _corps-nu_ (il équivoquoit sur
_cornu_). D'ailleurs le bon homme avoit su que _l'Onosandre_[127]
étoit une pièce contre lui. La Reine-mère accommoda cela, et on dit
que M. de Montbason, entre autres choses, l'ayant menacé de coups de
pied, il faisoit remarquer à la Reine-mère: «Madame, voyez quel pied!
que fût devenu le pauvre Bautru?» M. de Montbason étoit fort grand et
puissant. Mais Bautru ne fut pas traité si doucement de la belle-mère
que du gendre. Il avoit, dit-on, fait galanterie avec la comtesse de
Vertus, et il en avoit fait des médisances épouvantables. Elle s'en
voulut venger, et pour cela elle s'adressa au marquis de Sourdis, qui
lui promit, comme il le fit, de lui donner des coups de bâton sur le
quai de l'Ecole; et elle étoit à la Samaritaine pour en avoir le
plaisir. Le marquis le traita plus humainement que les Simons, mais il
eut pourtant quelques coups.
A la province, je ne sais quel juge de bicoque l'importunoit trop
souvent. Un jour que cet homme vint le demander, il dit à son valet:
«Dis-lui que je suis au lit.--Monsieur, il dit qu'il attendra que vous
soyez levé.--Dis-lui que je me trouve mal.--Il dit qu'il vous
enseignera quelque recette.--Dis-lui que je suis à l'extrémité.--Il
dit qu'il vous veut dire adieu.--Dis-lui que je suis mort.--Il dit
qu'il veut vous donner de l'eau bénite.» Enfin il le fallut faire
entrer.
Il disoit du Père Pradines, cordelier, son confesseur, qu'il étoit
aussi noble que le grand-duc, et qu'il venoit de quatre têtes
couronnées de Cordeliers de père en fils. On avoit donné à ce Père un
brevet de confesseur des Enfants de France jusqu'à l'âge de sept ans,
et on ne se confesse qu'à cet âge-là.