ANGELICA Y THECLA Y THERESA PAULAR.»

Je lui répondis sur-le-champ:

«MADEMOISELLE,

»Je prie la Sainte Vierge de vous guérir de votre amour; elle vous

doit cette guérison, puisque vous êtes fidèle à son culte. Il est

vrai que j’ai applaudi à la légèreté de votre danse, que j’ai ramassé

votre chapelet, et que je vous ai donné un anneau; mais reconnaissez

à ces procédés la galanterie et la politesse françaises, et non

le zèle elles désirs d’un amant. Je ne le suis, ni ne veux l’être;

croyez qu’il faudrait un miracle de la _Madonne_, ou de votre Saint

Nicolas, pour changer mon cœur, et me décider à vous épouser.

Renoncez, je vous prie, à ce projet; si vous m’aimez comme vous le

dites, faites-moi rendre ma liberté. Alors je prierai la Vierge de

jeter un regard de bonté sur vous, et de vous donner un mari digne de

vos charmes, et qui sentira, mieux que moi, le prix de vos bontés et

de votre tendresse. _Pido à Dios guarde su vida muchos anos_.»

LOUIS DE SAINT-GERVAIS,

Capitaine au service de France.

J’écrivis aussi une lettre fort détaillée et fort pathétique à M. le

comte d’Ossun notre ambassadeur à Madrid.

Parmi les livres que m’avait envoyés don Inigo, je trouvai un

exemplaire de _Fray Gerondio_, ouvrage plein de sel et de philosophie,

d’un jésuite nommé le père _Isla_. C’est une satire très-enjouée,

très-ingénieuse, contre les mauvais prédicateurs. Selon lui l’un

de ces _prêcheurs_, comme les nomme Montaigne, fait dire à Dieu:

«Les vices, les crimes des chrétiens ne sont que des bagatelles, des

fautes légères; les hérétiques, les juifs, les mahométans, voilà mes

vrais ennemis, ceux que j’abhorre, parce qu’ils m’attaquent dans ma

réputation, dans mon honneur et dans ma gloire». Un autre sermoneur,

voulant prouver à son auditoire comme quoi Dieu voyait tout sans être

vu, s’enfonça dans le fond de sa chaire, et de-là cria à ses auditeurs:

«Me voyez-vous? — Non, répondirent plusieurs voix. — Eh bien, moi, je

vous vois tous (il regardait alors par un petit trou pratiqué dans la

chaire); c’est ainsi que Dieu vous aperçoit sans être vu de vous.»

Il faut convenir que ce sermon est digne d’être prêché devant les

Caffres ou les Hottentots. Voici des extraits de deux sermons, tout

aussi bizarres, du fameux Vincent Ferrier, le patron de Valence. Ces

discours, _sermones sancti_, sont mêlés de fragments de latin. La

Fontaine a trouvé le calendrier des vieillards dans son panégyrique de

Saint Jean-Baptiste.

«Vous savez, mes frères, dit Saint Vincent, l’histoire de cette

dévote qui, toutes les fois que son mari lui adressait une requête

amoureuse, trouvait toujours quelqu’excuse pour le refuser. Si

c’était le dimanche: Quoi! disait-elle, songer à cette drôlerie

le jour de la résurrection de notre Seigneur? Si c’était le lundi:

Ah! monsieur, penser aux vivants le jour où vous devez prier pour

les morts! Le mardi, c’était la fête des anges; le mercredi, c’est

aujourd’hui que J. C. a été vendu; le jeudi, c’est le jour que notre

Seigneur est monté au Ciel; le vendredi, notre Sauveur est mort pour

nous sur la croix; le samedi était un jour consacré à la Vierge. Ce

pauvre mari, voyant qu’elle avait toujours quelque excuse en main,

appela sa servante, et lui dit: Marie, vous viendrez ce soir passer

la nuit avec moi. — Volontiers, monsieur. La femme voulut alors

prendre sa place auprès de son époux. — Non pas, s’il vous plaît,

madame; nous sommes, nous, de pauvres pécheurs, vous aurez la bonté

de prier Dieu pour nous. Il ne voulut plus entendre parler d’elle, et

continua de se damner avec sa servante.»

Voici un autre sermon sur la parure des femmes.

«N’est-ce pas faire l’œuvre du démon que de vouloir changer, comme

font les femmes, en se peignant le visage, ce que Dieu a créé?

Sentez-vous, mesdames, quel affront c’est pour Dieu? corrigeriez-vous

le tableau d’un habile peintre? Dieu n’a pas besoin qu’on lui montre

à peindre, il en sait bien autant que vous. Il vous a donné un sein

rond et volumineux, et vous voulez vous faire une petite gorge; il

vous a donné de petits yeux, et vous en voulez de grands; vous êtes

nées avec des cheveux noirs, et vous les changez en crins roux,

comme la queue d’un bœuf. Aussi qu’arrive-t-il? quand vous priez

Dieu, il détourne la tête, et prend vos figures pour des têtes de

diables; et si vous lui disiez: Seigneur, je suis votre créature; il

vous répondrait: vous mentez, je ne vous connais pas.»

Il recommande ensuite aux dames de porter du linge blanc, _ne vir

sentiat malum odorem_. Il appelle les moines _grossos porcos_. La

lecture de cet ouvrage adoucit l’ennui de ma captivité. Cicéron,

en parlant des livres, a dit: _adversis solatium et perfugium

præbent_.[147]

Je reçus une lettre de don Pacheco qui me parlait du désir que lui

et Séraphine avaient de me revoir; ils accusaient la longueur de mon

voyage.

«Je trouve, me disait-il, ma fille triste et préoccupée; sans doute

votre retard en est la cause. Hâtez-vous donc, mon cher capitaine;

plus de délais, plus d’excuses: le véritable amant franchit les

montagnes, traverse les rivières à la nage, combat, terrasse les

géants et les monstres pour jouir de la présence céleste de sa

bien-aimée. Arrivez donc bien vite, et nous vous recevrons au bruit

des tambours et des castagnettes. Séraphine, à votre arrivée, parera

_el senor San Joseph_ d’un habit magnifique, de belles dentelles,

et l’entourera de fleurs et de lumières pour le remercier de votre

heureux retour.[148] _Dios guarde a usted_.

Voyage en Espagne du Chevalier Saint-Gervais (1 de 2) · 第 17 / 45 题