Hagen est donc le fils d'Alberich. Il le fallait bien pour
l'unité de l'œuvre,--chacun s'en pourra rendre compte. Aussi
Wagner n'eut-il que faire de s'occuper de cet _Aldriàn_ que le
_Nibelunge-nôt_ nommait comme le père de Hagene de Troneje;
il n'avait pas à se demander si cet _Aldriàn_ correspond à
l'_Albriàn_ d'un autre poème, _La Sortie de Ecke_ (_Ecken
Ausfahrt_),--lequel correspondrait lui-même à Alberich... Il
combina, et il fit bien, le _Högni_ et le _Gutthorm_ des sources
scandinaves, l'un frère légitime et conseiller, l'autre demi-frère
de Gunnar (voir la note 1 de la p. 526) avec le _Hagene_ du poème
allemand. De ce dernier, Wagner laissa le plus possible, à son
personnage de synthèse, l'effroyable physionomie plus qu'héroïque,
comme parle Grimm (_mehr als heroisch_); et, s'il lui donna
pour père le Nibelung, c'est simplement que cette conception se
trouva dictée par la logique. Des notes ultérieures insistent, et
démontrent.]
[Note 550-1: Voir d'abord la note (2) de la page 492.--«Les Ases
ont de tristes pressentiments... C'est pourquoi Hugen hâte ses
recherches dans le ciel; les dieux appréhendent des chagrins s'il
tarde longtemps.» (_Poème du Corbeau d'Odin_, 2, 3.)]
[Note 550-2: Littéralement: «se brisa».]
[Note 553-1: «Siegfrid devait donc porter ce chaperon, qu'il
avait enlevé, non sans peine, le héros intrépide, à un nain
qui s'appelait Albrich... Lorsque le fort Siegfrid portait la
Tarnkappe, il était d'une vigueur terrible. Son corps seul
possédait la force de douze hommes. Il conquit avec grande adresse
la femme superbe. Ce chaperon était ainsi fait que celui qui le
portait faisait ce qu'il voulait sans être vu. C'est par ce moyen
qu'il conquit Brunhilt. (_Nibelunge-nôt_, VI, 37.)]
[Note 553-2: «Alors Sigurd prit la forme et le nom de Gunnar..,
et traversa Wafurlogi, le feu aux langues de flamme.» (_Edda_ de
Snorro.)]
[Note 555-1: «Alors commença entre le fort Siegfrid et la belle
vierge (il en devait être ainsi) un terrible jeu... Siegfrid fit
semblant d'être le puissant roi Gunther, et il prit dans ses bras
la vierge digne d'amour. Mais elle le jeta hors du lit sur un
banc qui était près de là, avec tant de force que sa tête résonna
bruyamment sur l'escabeau. Avec une vigueur nouvelle, l'homme
hardi se releva d'un bond. Il voulait tenter mieux, mais mal lui
en advint, quand il essaya de la dompter. Jamais femme, j'imagine,
ne se défendit aussi rudement... Quelque fortement qu'elle le
contint, sa colère et aussi sa merveilleuse vigueur lui vinrent en
aide. Son anxiété était grande. De ci de là ils s'entrechoquèrent
dans la chambre close... La lutte entre eux deux dura longtemps
furieuse. Enfin il parvint à ramener la vierge au bord du lit.
Quelque vigoureusement qu'elle se défendît, ses forces finirent
par s'épuiser... La lutte était finie, elle devint la femme de
Gunther... Elle dut renoncer à sa colère et à sa pudeur... Hélas!
l'amour chassa sa grande force. Et depuis lors elle ne fut pas
plus forte qu'une autre femme.» (_Nibelunge-nôt_, X, 103, 104,
105.)]
[Note 555-2: «Siegfrid laissa la dame couchée et se retira comme
s'il voulait se dépouiller de son vêtement. Il lui prit du
doigt un anneau d'or sans que la noble reine s'en aperçût...»
(_Nibelunge-nôt_, X, 105.)]
[Note 556-1: «Sigurd l'homme du Sud place son épée, cette arme
brillante, sur le lit entre eux deux. Le chef des Hiunen ne
baise point la reine, et ne la prend point dans ses bras.»
(_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja._) «Lorsque le vaillant chef
vint chevauchant, afin de me conquérir pour vous, il fit bien
voir, le victorieux, qu'il voulait garder sa promesse envers le
jeune roi sans le trahir. Le noble chef plaça entre nous deux son
épée ornée d'or.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._) «Le même soir il
célébra ses fiançailles avec Brunhilde, et, quand ils se mirent
au lit, il tira l'épée Gram du fourreau et la posa entre eux
deux.» (_Edda_ de Snorro.) «Voilà que tu as pris les traits et la
forme de Gunnar; mais tu conserves ta parole et tes sentiments
élevés. Et ainsi tu engages ta foi à la noble pupille de Heimir»
(c'est-à-dire Brynhild. _Grepisspà_). Ce dernier chant de l'_Edda_
insiste beaucoup sur la fidélité, la chasteté de Sigurd. Détails
analogues, dans quelques autres chants (_Helreidh Brynhildar_,
etc.), dans la _Völsunga Saga_, etc., etc.]
[Note 557-A: Nous croyons pouvoir passer ici sous silence la
participation musicale. Les thèmes qui reparaissent durant
tout ce deuxième acte sont logiquement ramenés par les
situations,--situations si dramatiques, si nettes, qu'elles
impliquent d'elles-mêmes, en quelque sorte, quelle musique doit,
outre ces thèmes, les accompagner: telle, par exemple la scène
de la Convocation des Vassaux, celle encore de la Conjuration
de la Mort.--Les thèmes reparus encadrent pour ainsi dire, ces
situations nouvelles.--Leur progression se constitue des éléments
mêmes apportés par l'action--si nette. Nous renvoyons donc le
lecteur à la nomenclature musicale du 3e acte.]
[Note 558-1: «Ce héros (Hagene) était bien fait, cela est
certain. Il était large d'épaules; _ses cheveux étaient mêlés
d'une teinte grise_; ses jambes étaient longues, son visage
effrayant, sa démarche imposante.» (_Nibelunge-nôt_, XXVIII,
238.) Mais pourquoi ces cheveux «mêlés d'une teinte grise»? Le
_Nibelunge-nôt_ l'ignore, comme du reste il ignore les causes
de tant de circonstances singulières, enregistrées naïvement,
imperturbablement. Wagner au contraire a démêlé, lui, et retrouvé,
et restitué, les divers sens mythiques incarnés en Hagen.--Hagen
(c'est l'un de ces sens) personnifie la Nuit: Wagner en a fait le
fils d'Alberich-de-la-Nuit, _Nacht-Alberich_, _Schwarz-Alberich_.
Or Alberich est un Nibelung, et les Nibelungen nous sont peints,
dans _Siegfried_, par Siegfried lui-même, comme laids, comme
disgracieux et _gris_, _griesig und grau_, c'est-à-dire comme
traditionnels. Hagen n'est ni faible comme eux, ni lâche, ni
disgracieux, ni laid, car sa mère fut une femme, Grimhilde. Mais
il est _tôt-vieux_, il est _gris_: marques physiques de son
origine. Il en est d'autres, toutes morales: sa ruse, son goût de
la trahison, son ironie, sa méchanceté, que nous avons déjà vues
ou verrons se développer.]
[Note 559-1: «Ce n'est pas sans motif que Hagene le convoitait
(le Trésor). Dans le Trésor se trouvait une petite verge
d'or, la baguette du souhait. Celui qui l'aurait su, aurait
pu être le maître de tous les hommes, dans l'univers entier.»
(_Nibelunge-nôt_, XIX, 169.)]
[Note 560-1: «Le roi Atli invita Gunnar et Högni à se rendre
auprès de lui, et ils acceptèrent son invitation. Mais avant de
partir, ils descendirent le trésor, l'héritage de Fafnir, dans le
Rhin, et, depuis lors, jamais plus on ne retrouva cet or.» (_Edda_
de Snorro.)]
[Note 560-2: «Regin parla: «Voilà que le fils de Sigmund est venu
en ma demeure, ce vaillant héros. Il a plus de courage que moi qui
ne suis qu'un vieillard»... Après cela, Regin poussa Sigurd à tuer
Fafnir.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur._)]
[Note 560-3: Dans le _Nibelunge-nôt_, Hagene attend avec
sang-froid le danger, tranquillement «assis, sans nulle peur».
(XXIX, 265.) Il est constamment qualifié: «Hagene la bonne
épée»,--«la très superbe épée»,--«l'intrépide Hagene»,--«le fort
Hagene», etc.]
[Note 561-1: De même, dans le _Nibelunge-nôt_, Siegfrid, devançant
Gunther et Brunhilt, vient à Worms annoncer la victoire de Gunther
et l'arrivée de la nouvelle reine. Mais les détails diffèrent
assez: «Et le voilà qui chevauche le long du Rhin.» Vingt-quatre
guerriers l'accompagnent, etc. Je signale, dans les notes
ci-dessous, les correspondances les plus importantes.]
[Note 562-1: Voyant Siegfrid revenir sans Gunther, tous
s'inquiètent. Giselher demande: «...Seigneur Siegfrid, faites-moi
connaître où vous avez laissé mon frère le roi. La force de
Brunhilt nous l'a enlevé, j'imagine.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 85.)
Siegfrid le rassure.]
[Note 562-2: Giselher rassuré, Siegfrid demande à voir
«les femmes», c'est-à-dire Kriemhilt (Gutrune) et sa mère.
(_Nibelunge-nôt_, IX, 85.)]
[Note 562-3: Giselher va trouver sa mère et Kriemhilt (Gutrune):
«Il est arrivé, Siegfrid, le héros du Niederlant!... Il vous
apporte des nouvelles du roi. Vous lui permettrez l'entrée de la
cour, afin qu'il vous dise les nouvelles véritables de l'islande.»
(_Nibelunge-nôt_, IX, 85.)]
[Note 562-4: Kriemhilt (Gutrune) et sa mère «saisirent en hâte
leurs vêtements, puis elles firent prier Siegfrid de se rendre à
la cour.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 86.)]
[Note 562-5: «L'intrépide chevalier parla: «Accordez-moi le
don du messager. O belle femme, vous pleurez sans motif...--»
(_Nibelunge-nôt_, IX, 87.)]
[Note 563-1: «Jamais messager d'aucun chef ne fut mieux
reçu. Si elle l'eût osé, elle l'eût baisé sans nul regret.»
(_Nibelunge-nôt_, IX, 88.)]
[Note 563-2: «Siegfrid répondit: «... Je m'aventure si loin, non
pour satisfaire tes désirs, mais pour Kriemhilt, la belle vierge.
Elle est comme mon âme et mon propre corps, et j'accomplirai tout
ceci afin qu'elle devienne ma femme.» (_Nibelunge-nôt_, strophes
396 et 399, VI, 65.)--Cf. les notes (2) et (3), p. 543.]
[Note 564-1: «Gunnar, ce héros magnanime, obtiendra-t-il une
chaste épouse, dis-le-moi, Gripir, après que la noble fiancée du
guerrier aura couché trois nuits à mes côtés? Cela serait inouï.»
(_Grepisspà._)]
[Note 564-2: «GRIPIR: «Tu te souviens de ton serment, mais
tu dois te taire. Tu gardes à Gudrun l'affection d'un époux.
(_Grepisspà._)]
[Note 565-1: «Tu reposeras près de la vierge, chef des armées,
comme auprès de ta mère.» (_Grepisspà._) «Le chef des Hiunen ne
baise point la reine, et ne la prend point dans ses bras. Il donne
la jeune fille à l'héritier de Giuki.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana
Thridja._) «Il fit bien voir, le victorieux, qu'il voulait garder
sa promesse envers le jeune roi sans le trahir.» (_Brot af
Brynhildarkvidhu._)]
[Note 565-2: «Après cela, Sigurd remonta sur son cheval et
chevaucha vers ses compagnons. Gunnar et lui reprirent la forme
l'un de l'autre, et Gunnar se rendit avec Brunhilde chez le roi
Giuki.» (_Edda_ de Snorro.) «Vous changerez de nouveau entre
vous de visage et de forme, mais chacun gardera son cœur.»
(_Grepisspà._)]
[Note 565-3: «Ils seront bientôt arrivés... Je vous dirai plus
encore, ajouta l'homme hardi, touchant ce dont le roi vous prie
lorsqu'il arrivera au bord du Rhin. Si vous faites cela, ô dame,
il vous en sera toujours obligé. Je l'ai entendu exprimer le
désir que vous receviez bien ses hôtes puissants et que vous
lui accordiez d'aller à leur rencontre devant Worms, sur le
sable. Voilà ce que le roi Gunther vous fait savoir avec ferme
confiance.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 88.)]
[Note 566-1: Message confié par Gunther à Siegfrid, dans le
_Nibelunge-nôt_: «Dites à ma sœur que, quand elle aura appris
que j'ai abordé avec mes hôtes, elle reçoive gracieusement ma
bien-aimée. J'en serai toujours reconnaissant à Kriemhilt»
(Gutrune) IX, 85. «Avec mille gracieuses honnêtetés, dame
Kriemhilt s'avança pour recevoir dame Brunhilt et sa suite.» (X,
92.)]
[Note 566-2: «Ortwin et Gère, les hommes du puissant roi,
envoyèrent de tous côtés vers ses amis pour les prévenir que des
fêtes allaient avoir lieu pour les noces. Maintes belles vierges
se préparaient à y assister... La belle Kriemhilt parla:--«O vous,
mes filles, qui voulez m'accompagner à la réception, cherchez dans
vos coffres les plus beaux vêtements que vous puissiez trouver;
que ceci soit dit aussi pour les femmes.»... Toutes étaient bien
joyeuses.» (_Nibelunge-nôt_, IX, 88-89.)]
[Note 567-1: «Et voilà que partout chevauchaient par la contrée
les parents des trois rois, qu'on avait avertis afin qu'ils
allassent attendre ceux qui devaient venir.» (_Nibelunge-nôt_, IX,
88.)]
[Note 567-2: _Ein freisliches Weib._--C'est le terme dont Gunther,
dans le _Nibelunge-nôt_, se sert pour désigner Brunhilt (Xe
aventure, strophe 79; cf. p. 101, trad. citée).]
[Note 568-1: Les boucs de Thor (Donner) sont chantés par l'_Edda_
de Sœmund en un grand nombre de passages; le _Poème de Hymer_
l'appelle «le Prince des Boucs»; son char a pour attelage deux
boucs, etc. Il en est de même encore dans l'_Edda_ de Snorro.]
[Note 569-1: Le «farouche», le «maussade» ou l'«irrité» Hagen.
C'est la conception même du _Nibelunge-nôt_, qui nomme et qui
montre Hagen comme «altier», comme «outrecuidant», «insolent»,
«féroce», «terrible», «effrayant»... Il «paraît être très
farouche, et pourtant son corps est beau... Ses regards sont
rapides, il les jette sans cesse autour de lui. Son caractère est,
je crois, plein de violence.» (VII, 67.) «Quelque gracieusement
qu'il se comporte, c'est un homme terrible.» (XXVIII, 261.)
«Ruedigèr dit à sa fille d'embrasser le guerrier. Elle le regarda
et le trouva si effrayant, qu'elle eût désiré s'en abstenir.»
(XXVII, 248.) Quand Hagen arrive à la cour d'Etzel, les Hiunen le
regardent «avec stupéfaction, comme on considère des bêtes fauves»
(XXIX, 262.)]
[Note 569-2: «L'Epine-de-la-Haie,» _Hage_-Dorn. Le Hagau du
_Waltharius Manu fortis_, poème en vers latins de la première
moitié du Xe siècle, est ainsi appelé _spinosus_ (au v. 1421)
et c'est la traduction de son nom, sans qu'il soit plus qu'ici
besoin d'un jeu de mots.--L'épine, dans tous les mythes, est
significative: de la Nuit, du Sommeil, de l'Hiver, et de la Mort.
J'y reviendrai au sujet du meurtre de Siegfried p. 588, note (4).]
[Note 570-1: «De l'autre côté du Rhin on voyait le roi, suivi
de plusieurs chevauchées, s'approcher du rivage. Ceux qui les
devaient recevoir étaient tous prêts. (_Nibelunge-nôt_, X, 90.)]
[Note 570-2: On ne peut s'empêcher de se rappeler ici tel célèbre
épisode du _Nibelunge-nôt_: Kriemhilt pleure Siegfrid depuis
treize années, lorsque le roi Etzel envoie demander sa main par le
très loyal Ruedigèr, dont toutes les instances demeurent vaines
jusqu'à ce qu'il ait dit à la veuve: «Cessez de gémir. Quand, chez
les Hiunen, vous n'auriez que moi, mes parents dévoués et mes
fidèles, si quelqu'un vous avait offensée, il aurait à le payer
chèrement.» ...Alors Ruedigèr et tous ses hommes lui jurèrent de
la servir toujours fidèlement et lui promirent que les magnanimes
guerriers du pays d'Etzel ne lui refuseraient jamais rien de ce
que pourrait réclamer son honneur.» (XX, 189.)]
[Note 570-3: «Le roi et ses illustres hôtes avaient traversé le
fleuve... On entendait le bruit de maints boucliers violemment
entrechoqués. Leurs pointes, richement ornées, résonnaient au loin
sous les coups... Gunther descendit du vaisseau avec ses hôtes.
Il conduisait lui-même Brunhilt par la main.» (_Nibelunge-nôt_,
X, 91)--«De tous côtés on entendait retentir de terribles cris
d'allégresse.» (_Id._, 94.)]
[Note 571-1: _Voir_ la note (2) de la page 527.]
[Note 571-2: «Le margrave Gère conduisit par la bride le cheval
de Kriemhilt, mais seulement jusqu'aux portes du Burg. Au-delà
Siegfrid, l'homme brave, la servit tendrement... Un grand nombre
de chevaliers et de vierges les suivaient. Jamais, il faut
l'avouer, on n'avait vu à pareille réception tant de femmes
réunies.» (_Nibelunge-nôt_, X, 91.)]
[Note 571-3: «Le roi Gunther parla: «O ma très noble sœur...»
(_Nibelunge-nôt_, VI, 59.) «Nous voulons, sœur chérie...» (_Id._,
60.)]
[Note 571-4: «Le roi Gunther parla: O ma très charmante sœur
que par ta vertu mon serment s'accomplisse. Je t'ai promise à un
héros. S'il devient ton époux, tu auras rempli mes vœux avec une
grande fidélité.» (_Nibelunge-nôt_, X, 95.)]
[Note 571-5: «Le même jour on boira aux noces de Sigurd et de
Gunnar dans les salles de Giuki.» (_Grepisspà._) «En face de
l'hôte on voyait assis Siegfrid et Kriemhilt. Maint vaillant le
servait... De l'autre côté étaient assis le roi et Brunhilt la
vierge.» (_Nibelunge-nôt_, X, 96.)]
[Note 572-1: «Quand elle vit Kriemhilt à côté de Siegfrid (jamais
elle n'eut tant de peine), elle se prit à pleurer. Le long de ses
blanches joues, on voyait tomber des larmes.» (_Nibelunge-nôt_, X,
96.)]
[Note 572-2: Dans le _Nibelunge-nôt_, Gunther dit à Brunhilt:
«Qu'y a-t-il, ma femme, que vous laissiez obscurcir ainsi le
brillant éclat de vos yeux? Il faut vous réjouir plutôt...»--«Ah!
plutôt je veux pleurer, répondit la belle vierge: c'est pour
votre sœur que j'ai ainsi le cœur navré. Je la vois assise à
côté de votre homme-lige, et il me faut pleurer de la voir à ce
point abaissée.»--«Je le regretterai sans cesse, reprit-elle... Si
je savais où aller, je fuirais volontiers, et plus jamais je ne
serais assise à vos côtés jusqu'à ce que vous m'ayez dit pourquoi
Siegfrid est devenu l'époux de Kriemhilt.» (X, 96-97.) «Quoi que
Gunther pût lui dire, elle conserva sa sombre humeur.» (_Id._,
97.)]
[Note 573-1: _Voir_ la note (2) de page 570.]
[Note 574-1: «Elle reprit: ce noble anneau d'or m'a été volé. Il
y a longtemps qu'on me l'a dérobé méchamment. J'apprends à la fin
qui me l'a enlevé.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 129.)]
[Note 575-1: «Kriemhilt parla à son tour: Je ne veux point passer
pour voleuse. Si ton honneur t'est cher, tu aurais mieux fait de
garder le silence.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 129.)]
[Note 576-1: _Voir_ la note (3) de la page 582.]
[Note 576-2: «Le roi Gunther parla: «Qu'on appelle Siegfrid. Qu'il
nous fasse savoir s'il s'en est vanté; ou bien que le héros du
Niderlant démente le fait.» L'intrépide Siegfrid fut appelé en
hâte... Le roi Gunther prit la parole: «Je suis vivement affligé.
Ma femme Brunhilt vient de m'apprendre que tu t'es vanté d'avoir
été son premier amant. Ainsi du moins le soutient Kriemhilt, la
femme. Guerrier, as-tu fait cela?» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 576-3: «Non, je ne l'ai point fait, répondit Siegfrid...
Je veux te prouver par mon serment suprême, devant tous les
hommes, que jamais je n'ai rien avancé de pareil.»--Le roi du Rhin
reprit: «Fais-nous le connaître de cette façon. Si tu prêtes ici
le serment que tu m'offres, je te décharge du soupçon de toute
fausseté.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 577-1: «On vit alors les Burgondes se former en cercle.
Siegfrid, le très hardi, leva la main pour le serment.»
(_Nibelunge-nôt_, XIV, 131)]
[Note 578-1: «On devrait bien apprendre aux femmes à laisser
là toutes ces paroles insolentes, ajouta Siegfrid, la bonne
épée. Interdis-les à ta femme, j'en ferai autant à la mienne.»
(_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 578-2: Paroles de Siegfrid à Gunther: «Certes cela m'afflige
au-delà de toute mesure... Une pareille outrecuidance me remplit
vraiment de confusion.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 578-3: «Un rien excite la colère des femmes»
(_Nibelunge-nôt_, XIV, 132), dit Giselher à ceux qui veulent tuer
Siegfrid.]
[Note 579-1: «Quoique chacun fût joyeux, le chef du pays restait
d'humeur sombre, et leur gaîté lui faisait mal.» (_Nibelunge-nôt_,
X, 99.)]
[Note 579-2: «Le soir tombe, et seule elle est assise dehors, et
elle se prend à parler tout haut: «Je veux mourir ou presser dans
mes bras Sigurd, le beau jeune homme. Mais non, je me repens de
cette parole imprudente; Gudrun est sa femme, et je suis celle
de Gunnar. Des Nornes hostiles nous causent de longs tourments.»
(_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja._)]
[Note 579-3: «Seulement Brynhild pense qu'elle est mal mariée, et
cette femme habile songe à se venger par ruse.» (_Grepisspà._)]
[Note 579-4: «Brunhilt était si profondément affligée que les
fidèles de Gunther en eurent pitié. Voici venir vers sa suzeraine
Hagene de Troneje. Il lui demanda comment elle était, car il la
trouva pleurant. Elle lui raconta tout: aussitôt il promit que
l'époux de Kriemhilt en porterait la peine, ou que lui, Hagene, ne
se livrerait plus jamais à la joie.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 131.)]
[Note 580-1: «Le roi dit: «Renoncez à cette fureur sanguinaire...
Elle est terrible la colère de cet homme merveilleusement brave.
S'il apprenait vos desseins, nul ne pourrait lui résister.»
(_Nibelunge-nôt_, XIV, 132-133.)]
[Note 580-2: On sait que, dans le _Nibelunge-nôt_, Hagene, qui
s'est chargé de préparer le meurtre de Siegfrid, surprend le
secret non pas de Brunhilt, mais de Kriemhilt (Gutrune); celle-ci,
trop confiante, lui révèle en quelle partie du corps Siegfried
est vulnérable. «Vous figurez-vous, ô dame, dit Hagene, qu'on
puisse le blesser? faites-le moi connaître. Par quel stratagème
devrais-je m'y opposer? Pour le garder constamment, j'irai et
chevaucherai à ses côtés.» (_Nibelunge-nôt_, XV, 136.)]
[Note 581-1: «J'en sais un onzième» (chant runique). «Si je
conduis à la bataille des amis éprouvés depuis longtemps, je
chante sous le bouclier, et la victoire les suit: ils vont au
combat, et en reviennent sains et saufs; ils reviennent de même
de partout.» (_Edda_ de Sœmund, _Les Poèmes d'Odin_, III, _Le
Discours Runique_, 19.)]
[Note 581-2: Cette invulnérabilité de Siegfried, attribuée ici
à l'amour de Brünnhilde, et dont j'explique le sens en une note
ultérieure, est inconnue aux sources scandinaves en général,
spécialement aux _Eddas_ de Sœmund, de Snorro, et la _Völsunga
Saga_. On la voit toutefois apparaître, vague, dans les _Chants
des Iles Féroë_: «Ecoute, ma vaillante bien-aimée, tu me causes
de grands soucis. Comment enlèverais-je la vie à Sjurd? aucune
épée ne peut le blesser.» Elle s'affirme en un chant danois,
_Sivard et Brynild_, dans lequel j'ai déjà indiqué que Hagen, par
une confusion, prend le nom et joue le rôle de Gunnar (Gunther);
à Brynild qui l'excite au meurtre, il réplique donc: «Comment
pourrais-tu tenir en tes mains la tête de Sivard? D'épée qui
puisse le blesser, il n'en existe point dans l'univers entier,
sauf sa propre épée si bonne et dont je ne puis disposer.» (Cette
épée, il l'obtient de Sivard, et s'en sert pour l'assassiner.)
Enfin la transition des sources scandinaves aux sources proprement
allemandes est marquée par la _Wilkina Saga_ dont le récit,
composé du reste en islandais, mais d'après des hommes de Brême
ou de Munster, se rapproche de celui du _Nibelunge-nôt_ en maints
passages. Cette Saga, ainsi que le _Hœrner Siegfried_ (ou _Lied
vom hürnen Siegfried_--qui contient des détails légèrement
différents), sait, de l'invulnérabilité du héros de l'épopée
allemande, ce qu'en dit cette épopée par la bouche de Hagene: «La
main du héros a tué le Dragon. Il se baigna dans son sang, et sa
peau est devenue dure comme de la corne; on l'a vu souvent, aucune
arme ne l'entame.» (_Nibelunge-nôt_, III, 24.) Cette circonstance,
remarque avec justesse M. de Laveleye, ne tend guère à relever
la bravoure de Siegfrid; mais c'était une façon matérielle et
grossière d'en symboliser les effets.]
[Note 582-1: «Où l'on peut blesser mon époux bien-aimé, je te
le dirai, me confiant en ton affection. Tandis que le sang
jaillissait tout chaud des blessures du dragon et qu'il s'y
baignait,... une très large feuille de tilleul vint à tomber entre
ses épaules. Là il peut être blessé...» (_Nibelunge-nôt_, XV, 137.
Confidence de Kriemhilt à Hagene.)]
[Note 582-2: Donc l'invulnérabilité, non seulement devient un don
de l'amour, mais, ainsi que dans les anciennes sources, reste
(idéalisé cette fois, non plus matériel et grossier) le symbole
des effets du courage de Siegfried--Cf. p. 581, note (2).]
[Note 582-3: «Gunther répondit à son hôte: Avec cette femme
j'ai introduit dans ma demeure la honte et le malheur.»
(_Nibelunge-nôt_, X, 100.)]
[Note 582-4: «Pleine de colère, elle excite les princes au
meurtre: «Désormais, Gunnar, tu dois renoncer à moi et à mes
terres. Près de toi, ô roi, j'ai cessé d'être heureuse...»
(_Sigurdarkvidha Fáfnisbana Thridja._)]
[Note 583-1: «Ils (Gunnar et Högni) ne pouvaient se reposer...
avant qu'ils eussent tué Sigurd.» (_Gudrunarkvidha önnur._)]
[Note 583-2: «Le roi lui-même parla: Il ne nous a rien fait, si ce
n'est pour notre bien et notre gloire. Il faut lui laisser la vie.
Que vous en semblerait-il si je haïssais ce guerrier? Il nous fut
toujours fidèle et tout dévoué.» (_Nibelunge-nôt_, XIV, 132.)]