[Note 526-1: «Gunnar et Högni étaient héritiers de Gjuki, ainsi

que leur sœur Gudrun. Gutthorm n'_était pas de la famille de

Gjuki, cependant il était leur frère_.» (_Poème de Hyndla_, dans

l'_Edda_ de Sœmund.) «...Un roi qui s'appelait _Giuki_. _Sa

femme avait nom Grimhild._ Ses enfants étaient Gunnar, Högni,

Gudrun et Gudny. Gutthorm était le beau-fils de Giuki.» (_Edda_

de Snorro.) «Sigurd chevaucha avec _les Giukungen_...» (_Id._)

«Et voici _Grimhild, l'épouse de Juki_, qui parle à sa fille...

Alors _la fille de Giuki_, _Gudrun_, parla...--_Gudrun_ parla...

«Pourquoi _mon frère_, _le roi Gunnar_...?--Alors _Högni_, _fils

de Juki_, parla...:--_Les Jukungen_ veulent chevaucher dans

la forêt.» (_Chants des Iles Féroë._) Dans toutes les sources

scandinaves, y compris la _Völsunga Saga_ et la _Thidreks_ ou

_Wilkina Saga_, Grimhild est ainsi mère de Gunnar (ou Gunther),

de Högni (ou Hagen), et de Gudrun (ou Gutrune), c'est-à-dire

des Gjukungen (Gibichungen) ou enfants de Gjuki (Gibich). S'il

était dit expressément que Grimhild est aussi la mère de Gutthorm

(«beau-fils de Gjuki» mais «non de la famille de Gjuki»), Wagner

se serait donc contenté, par une de ces simplifications qui lui

sont habituelles, de transférer sur son Hagen ce que les sources

disent de Gutthorm. Mais nous n'avons même pas à discuter ici

l'hypothèse d'une transposition: nous verrons en effet plus loin

que des raisons plus «tétralogiques», si l'on peut dire, plus

directement dramatiques, ont fait à Wagner une nécessité de

concevoir Hagen comme fils de Grimhilde, mais non pas comme fils

de Gibich.--D'autre part on sait que, dans le _Nibelunge-nôt_ ou

_Nibelungen-lied_, Giuki est devenu Dankràt; Grimhild est devenue

dame Uote, mère de _Gunther_ (Gunnar), de Gernôt, de Giselher

et de _Kriemhilt_ (_Gudrun_): «la vierge était leur sœur, et

ces chefs avaient à veiller sur elle.»--«Ils habitaient _en leur

puissance_ à Worms _sur le Rhin_. Beaucoup de fiers chevaliers

de leurs terres les servirent» et notamment «Hagene de Troueje,

_von Tronje Hagen_», le «féroce Hagene» figure terrible, mais d'un

vassal, et non d'un frère ou d'un demi-frère.]

[Note 527-1: «Derechef des récits se répandirent sur le Rhin.

On disait que là-bas, bien loin, il y avaient maintes vierges

et le courageux Gunther songeait à en conquérir une. Cela parut

bon à ses guerriers et aux chefs.» (_Nibelunge-nôt_, VI, p. 53

trad. Laveleye). «Un jour Gunther et ses hommes étaient assis,

_réfléchissant_ et _cherchant de toute façon quelle femme leur

seigneur pourrait prendre qui lui convînt pour épouse et qui

convînt au pays_» (_Id._, _ibid._)]

[Note 527-2: «Au-delà de la mer siégeait une reine, nulle part on

ne vit plus la pareille. Elle démesurément belle et sa force était

très grande. (_Nibelunge-nôt_.)]

[Note 528-1: «Nul ne chevauche sur le sommet de Brinhild, sauf

Sjurd le rapide. Lui et son cheval Grani traversent la fumée et

les flammes.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 528-2: «Ainsi parla Hagene de Troneje: «Voilà ce que fit

Siegfrid; jamais aucun guerrier ne conquit plus grande puissance.»

(_Nibelunge-nôt_, III, 24.)]

[Note 528-3: «Le roi» (Budli) «répondit en buvant le clair

hydromel: «Pourquoi Sjurd est-il plus illustre que les autres fils

de roi? Écoute, ma fille chérie, pourquoi est-il plus renommé, ce

Sjurd, que les autres fils de roi?»--«Voici pourquoi Sjurd est

plus renommé que les autres fils de roi... Avec sa bonne épée, il

tua le dragon aux écailles chatoyantes... qui était couché sur

la Glitraheide. Après qu'il eut tué le dragon... Sjurd pensa à

s'emparer du grand trésor.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 529-1: «Et je sais encore de lui des choses plus

extraordinaires. La main du héros a tué le dragon...»

(_Nibelunge-nôt_, III, 24.)]

[Note 529-2: «Il a par sa force accompli tant de merveilles!»

(_Nibelunge-nôt_, III, 24.)]

[Note 529-3: «L'homme hardi possédait un Trésor, le plus grand que

jamais homme posséda, excepté ceux qui l'avaient eu avant lui. Il

l'avait gagné par la force de son bras, au pied d'une montagne, et

en cette occasion il donna la mort à plus d'un vaillant guerrier.»

(_Nibelunge-nôt_, XI, 111.)]

[Note 529-4: «Le pays des Nibelungen était soumis à Siegfrid...

ainsi que les deux héros de Schilbung et tout leur bien. Siegfrid

en portait le cœur plus haut.» (_Nibelunge-nôt_, XI, 111.)]

[Note 530-1: «Cette flamme, la Waberlohe, me protégera. Seul,

l'illustre Sjurd osera s'y attaquer.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 530-2: «Voici mon conseil, dit Hagene: Priez Siegfrid, qu'il

supporte avec vous les dangers de l'expédition. Tel est mon avis.»

(_Nibelunge-nôt_, VI, 56.) «Car,» ajoute-t-il, «il sait ce qui en

est de cette femme.»]

[Note 530-3: «Priez Siegfrid de se charger de ce message» (dit

Hagene à Gunther dans le _Nibelunge-nôt_, en des circonstances

d'ailleurs différentes): «grâce à sa force prodigieuse, il saura

bien l'accomplir. S'il refuse de faire ce voyage, vous le prierez

gracieusement, _par l'amour de votre sœur_» (Kriemhilt-Gutrune),

«de s'acquitter de cette mission.» (IX, 81.)]

[Note 531-1: «Du bon temps de Siegfrid et des jours de sa

jeunesse, on peut raconter bien des merveilles: quelle gloire

s'attachait à son nom, et combien son corps était beau! _Aussi

beaucoup de femmes charmantes l'avaient aimé._» (_Nibelunge-nôt_,

II, 13.) «_Maintes femmes et maintes vierges souhaitaient_ que sa

volonté le portât toujours près d'elles; _beaucoup lui voulaient

du bien, et le jeune chef s'en apercevait_.» (_Id._, _ibid._)]

[Note 531-2: «A Sigurd, prophétie de Gripir: «Que pour une nuit

seulement tu deviennes l'hôte de Giuki, et ton cœur aura oublié

la vierge.» (_Grepisspà._ Il s'agit de Brynhild.) Dans cette

source, comme dans toutes les sources scandinaves, le philtre

est de Grimhild, la mère de Gudrun. Dans les _Chants des Iles

Féroë_, Brinhild, elle-même, prophétiquement, s'adresse à Sjurd:

«Le roi Juki a une fille puissante dans les arts magiques... elle

te charmera par son amour... Tu épouseras Gudrun... Ne chevauche

pas vers Grimhild, elle est pleine de trahisons.» Dans les mêmes

chants, Budli, père de Brinhild, prédit à Sjurd le même malheur:

«Tu as juré fidélité à Brinhild et tu voudras tenir ton serment.

Gudrun te donnera un breuvage enchanté...», etc.]

[Note 531-A: Le motif du Philtre qui paraît pendant ce passage

a une analogie très naturelle, et tout à fait nécessitée par la

logique du drame, avec le motif du Tarnhelm.

Ce philtre a soulevé de nombreuses objections; à ce sujet, on

lira avec intérêt les lignes suivantes, de M. Ernst[531-A-a], qui

me paraissent exprimer parfaitement ce que l'on doit penser du

procédé employé par Richard Wagner:

--«Ici se place une grosse objection: le philtre de _Tristan_

n'a jamais choqué personne--sauf peut-être M. Comettant--car

tout le monde y voit le poétique et naturel symbole d'un amour

irrésistible. Dans la _Götterdammerung_, il est inexplicable, au

point de vue humain, que Siegfried oublie tout à coup Brünnhilde,

qu'il a réveillée après la traversée du Feu[531-A-b], et avec

qui il a vécu un temps considérable. Sans doute, le philtre est

un symbole, l'image d'une passion soudaine, d'un violent amour,

supprimant, pour ainsi dire, les passions précédentes, surtout

chez un homme aussi impétueux, aussi primesautier que Siegfried.

Mais comment admettre que l'abolition du souvenir soit absolue à

ce point, quoique limitée au seul amour de Brünnhilde? Comment

admettre, dans l'hypothèse du symbole, que Siegfried s'offre à

livrer la Walkyrie à Gunther, et, surtout, qu'à la vue de la

femme qu'il a aimée, rien ne se réveille en lui? Bien plus,

confronté avec elle (au deuxième acte), accablé par elle de

reproches, convaincu de la vérité par des preuves évidentes, il

ne se rappelle rien, absolument rien!--Comment donc expliquer la

scène du philtre? Il n'est pour cela qu'un moyen, c'est d'écouter

avec soin l'arrivée de Siegfried chez Gunther, d'entendre

éclater la malédiction d'Alberich aux trombones, et de voir,

dans l'aveuglement de Siegfried, le résultat _fatal_ de cette

malédiction. Siegfried, possesseur de l'Anneau, _devait_ tomber

dans le piège. L'incompréhensible mystère de haine s'étendait

à lui comme aux autres. La puissance des ténèbres agit, la

malédiction d'Alberich a son effet; effet hardiment miraculeux,

mais prévu, nécessaire à ce point d'en devenir presque naturel.

Siegfried est changé, dans sa mémoire, par le philtre que Hagen a

conseillé, comme il le sera bientôt, dans son aspect extérieur,

par le _Tarnhelm_ forgé aux antres de Nibelheim.» Voy., d'autre

part, p. 542, la note de mon collaborateur.]

[Note 531-A-a: _L'Art de Richard Wagner_, pages 208, 260 et seq.]

[Note 531-A-b: Cf.--Prologue, scène II.

Brünnhilde à Siegfried:

«Si tu veux me garder ton amour, souviens-toi de toi seul,

souviens-toi de tes propres exploits! souviens-toi de la flamme

sauvage qui brûlait tout autour du Roc, et que tu franchis sans

avoir peur.»]

[Note 532-1: Littéralement: «Comment le trouv[er]ons-nous,» ou

«comment le découvr[ir]ons-nous?»--«Écoute-moi, ô ma fille chérie,

donne-moi un conseil. Comment ferons-nous venir de son royaume cet

homme si fort?» c'est-à-dire Sjurd. (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 533-1: «Ce brave guerrier s'appelait Siegfrid; il visita

beaucoup de royaumes, grâce à son indomptable courage. Par la

force de son bras il chevaucha en maints pays.» (_Nibelunge-nôt_,

II, 12.) «Nul n'osait l'insulter. Depuis qu'il prit les armes, il

ne se reposa guère, cet illustre héros. Il ne se plaisait que dans

les combats, et la puissance de son bras le fit connaître dans les

royaumes étrangers.» (_Id._, _ibid._, 16.)]

[Note 533-A: A ces paroles de Hagen, la fanfare de Siegfried est

lancée d'abord par l'orchestre, puis par un cor sur le théâtre

(Partition, page 57).

Peu après, à l'arrivée de Siegfried, la malédiction d'Alberich

éclate, soulignant tout ce que renferme de tragique cette venue du

Héros chez les descendants des ennemis de sa race.]

[Note 534-1: «Alors le roi du pays dit: «Qu'il nous soit

le bienvenu; il est noble et brave, je l'ai bien appris.»

(_Nibelunge-nôt_.) Voir ci-dessous la note (1) de la p. 535.]

[Note 534-2: Lorsque, dans le _Nibelunge-nôt_, Siegfrid arrive à

Worms: «Certes, ajouta Hagene, je veux bien le dire: quoique je

n'aie point vu Siegfrid, pourtant je suis tout disposé à croire,

d'après ce qu'il me paraît, que c'est là le héros qui s'avance si

majestueusement.» (III, 22.) D'autre part, lorsque le héros «alla

vers les Nibelungen,» il se rendit «sur le sable vers le port, où

il trouva sa barque... Puis il partit aussi rapide que le souffle

du vent... Le bâtiment voguait vite par la force de Siegfrid, qui

était grande. On croyait qu'un fort vent la poussait; mais non,

c'était Siegfrid qui la menait, le fils de la belle Sigelint.»

(VIII, 77.)]

[Note 535-1: «Celui qui sait la vérité voudra bien me répondre:

il me dira où je puis trouver Gunther, le très puissant roi

des Burgundes.» (_Nibelunge-nôt_, III, 20.) Alors parla le roi

puissant: «...vois comme ils se tiennent prêts au combat à la

façon des héros, ces guerriers et lui, l'homme très hardi. Nous

devons aller à la rencontre de cette forte épée.»--«Vous pouvez

le faire sans déshonneur, dit Hagene; il est de noble race, fils

d'un roi puissant...» Alors le roi du pays dit: «Qu'il nous soit

le bienvenu; il est noble et brave, je l'ai bien appris. Cela lui

sera utile dans le pays des Burgundes.» «Et le roi Gunther alla

trouver Siegfrid.» (_Id._, _ib._, 24.)]

[Note 535-2: «Il» (Siegfrid) «portait en son cœur une vierge

digne d'amour qu'il n'avait pas encore vue, et elle aussi le

portait en son cœur et secrètement elle lui adressait en

elle-même de bien douces paroles...--Kriemhilt» (Gutrune) «le

regardait souvent par la fenêtre et alors elle ne désirait pas

d'autres divertissements.» (_Nibelunge-nôt_, III, 28-29.)]

[Note 535-3: «Je m'étonnais de cette nouvelle, dit aussitôt le

roi, que vous soyez venu, noble Siegfrid, jusque dans ce pays.

Qu'êtes-vous venu chercher à Worms sur le Rhin?» L'étranger dit

au roi: «Je ne vous le cacherai point. Le récit me fut fait

au pays de mon père qu'ici, près de vous, se trouvaient (j'ai

voulu m'en assurer) les plus hardis guerriers que jamais roi ait

réunis; _j'en ai beaucoup entendu parler_, et pour cela je suis

venu jusqu'ici. _Je vous entendis aussi citer pour votre valeur;

jamais on ne vit, dit-on, roi plus brave. Les gens en parlent

beaucoup dans tous les pays._ Maintenant, je ne veux point partir

sans mettre votre bravoure à l'épreuve. Je suis, moi aussi, un

guerrier, et je porterai la couronne. Je voudrais faire en sorte,

qu'on dit de moi que je possède avec droit les gens et le royaume.

Pour le mériter j'exposerai mon honneur et ma vie. Maintenant, que

vous soyez aussi puissant qu'on me l'a dit, je ne m'en inquiète

guère: que cela fasse à quelqu'un peine ou plaisir, je veux vous

arracher ce que vous possédez, campagnes et burgs, et me les

soumettre.» (_Nibelunge-nôt_, III, 25.) Surprise de Gunther;

fureur des guerriers ainsi provoqués; Gernót, frère du roi,

s'interpose. L'avis de Gernót prévalut: «Vous serez les bienvenus,

dit le fils de Uote, vous et vos compagnons qui sont arrivés avec

vous. Nous vous rendrons service, moi et ma parenté.» .... A ces

mots l'humeur du seigneur Siegfrid se radoucit un peu. On fit

soigner leurs équipements...» (_Id._, _ibid._, 27-28.)]

[Note 536-1: «Sigurd, chevauchant seul, arriva au palais de

Gripir. Il était facile de reconnaître le héros.» (_Grepisspà._)]

[Note 537-1: «Alors le chef du pays parla: Tout ce que nous avons

est à vos ordres suivant l'honneur: ainsi vous seront soumis et

seront partagés avec vous, corps et biens.» (_Nibelunge-nôt_, III,

28.)]

[Note 537-2: «Il parla ainsi au roi: «Je ne vous ai rien refusé.

Je vous porterai secours dans toutes vos peines. Cherchez-vous un

ami, je serai le vôtre, et vous serai fidèle avec honneur jusqu'à

ma mort.» (_Nibelunge-nôt_, IV, 32.)]

[Note 537-3: «Pour lui, dit Hagene, donner est chose facile. Quand

il vivrait éternellement, il ne pourrait tout dissiper; sa main

tient enfermé le trésor des Nibelungen...» (_Nibelungen-nôt_, XII,

118.)]

[Note 537-4: «Mais vous avez bien entendu parler de la richesse

de Siegfrid--le royaume et le Trésor des Nibelungen étaient à sa

disposition;--il distribua ce Trésor à profusion à ses guerriers,

et pourtant il ne diminuait pas, quelque quantité qu'on en prit.»

(_Nibelunge-nôt_, VIII, 80.) Il n'en est pas moins vrai que le

vieux poème allemand, malgré cette différence avec celui de Wagner

(toute à l'avantage de Wagner) nous montre, en maint endroit,

Siegfrid, comme d'un désintéressement rare: «Des seigneurs

puissants dirent souvent depuis lors qu'ils auraient voulu avoir

le jeune chef pour maître. Mais Siegfrid ne le désirait pas, le

beau jeune homme.» (II, 15.) Autre épisode: «Elle (Kriemhilt)

ordonna à son camérier d'aller quérir le don du messager. Elle

lui donna (à Siegfrid) vingt-quatre anneaux, ornés de belles

pierres, en récompense. Mais l'âme du héros était ainsi faite

qu'il n'en voulut rien garder. Il les distribua aux belles femmes

qu'il trouva là dans les appartements.» (IX, 87.) Ou Gunther

consulte Siegfrid: «Je te dirai ce que m'offrent ces chefs: si

je les laisse partir librement, ils me donneront autant d'or

qu'en pourront porter cinq cents chevaux.--Le seigneur Siegfrid

répondit: Ce serait mal agir. Laisse-les partir d'ici libres...»

(V, 53.)]

[Note 539-1: «Ayons-le (Siegfrid) pour ami et il nous en reviendra

de l'honneur.» (_Nibelunge-nôt_, III, 27.)]

[Note 539-2: «_Et on fit verser aux étrangers le vin de Gunther._»

(_Nibelunge-nôt_, III, 28.) «Elle s'avançait en ce moment, la

charmante, comme l'aurore du matin sortant de sombres nuages.

Alors il vit la vierge marcher en sa beauté... _La jeune fille

digne d'amour salua Siegfrid_ avec grâce et vertu... Elle dit,

la belle vierge: «_Soyez le bienvenu_, seigneur Siegfrid, bon

et noble chevalier.» Ce salut éleva son âme. _Il s'inclina

courtoisement et lui offrit ses remerciements._» (_Id._ V, 49 et

50.)]

[Note 539-3: «_Il se mit à boire la bonne boisson, et en but dans

une longue corne._ Sjurd perdit le souvenir et nul ne pouvait le

guérir. _Et quand il eut bu, il rendit la coupe._ Il ne pensait

plus à dame Brinhild et il ignorait où il se trouvait.» (_Chants

des Iles Féroë._)]

[Note 539-4: «Lorsqu'elle vit debout devant elle l'homme au grand

courage, une flamme colora ses joues.» (_Nibelunge-nôt_, V, 50.)]

[Note 540-1: «Sjurd ne songea qu'à une seule chose, à posséder

Gudrun... Et Sjurd, fils de Sigmund, commençait à s'éprendre de

la jeune fille.» (_Chants des Iles Féroë._) «Le seigneur Siegfrid

ressentait à la fois amour et souffrance. Il pensait en lui-même:

«Comment cela s'est-il fait qu'il m'ait fallu ainsi l'aimer? C'est

une illusion d'enfant. Pourtant, si je dois m'éloigner de toi, il

me serait plus doux d'être frappé à mort.» (_Nibelunge-nôt_, V,

40.)]

[Note 540-2: «L'attrait des vœux d'amour les poussait l'un vers

l'autre. Ils se regardaient avec de doux regards, le chef et la

jeune fille. Cela se faisait à la dérobée.» (_Nibelunge-nôt_, V,

31.)]

[Note 540-3: Jeu de syllabes sur le nom de _Gutrune_, ainsi

décomposable étymologiquement: Gut-Rune (gut--bon; Rune--Rune).]

[Note 540-4: «Si en ce moment sa blanche main fut pressée par

tendre affection de cœur, je l'ignore. Mais je ne puis croire

qu'ils ne l'aient point fait. Sinon ces deux cœurs agités d'amour

auraient eu tort.» (_Nibelunge-nôt_, V. 51.)]

[Note 541-1: «Le chef du Rhin parla: «Je veux traverser la mer

pour aller vers Brunhilt, n'importe ce qui peut m'en arriver.

Pour son amour je veux exposer ma vie; je veux mourir, si elle ne

devient ma femme.--Je dois vous le déconseiller, dit Siegfrid;

car cette reine a des coutumes si cruelles, qu'il en coûte cher à

celui qui veut conquérir son amour... Quand vous seriez quatre,

vous ne pourriez vous préserver de sa terrible fureur...--Gunther

dit: «Veux-tu m'aider, noble Siegfrid, à conquérir cette vierge

digne d'amour?» (_Nibelunge-nôt_, VI, 55-56.)]

[Note 542-1: La croyance à l'effet du philtre est donc imposée par

Wagner, et l'on ne peut s'empêcher de songer à l'imperturbable

assurance de l'_Edda_ de Snorro disant (après avoir parlé

d'une chaîne composée de racines de montagnes, de bruit des

pas du chat, de barbe de femme, etc.): «Quoique ces matières

te soient inconnues, tu dois croire à leur existence comme au

reste, tout en sachant que les femmes n'ont pas de barbe, que

les pas de chat ne font point de bruit, que les montagnes n'ont

pas de racines.» L'interpellé répond alors: «Je comprends fort

bien le sens des figures dont tu te sers.» Ah! pourquoi n'en

est-il de même des pseudo-critiques de Wagner? Presque tous se

sont avisés de s'attaquer à ce malheureux philtre, symbole si

poétique, et si clair, et si simple! On est heureux d'en voir,

en un livre récent, dû à la vaillante plume de M. Alfred Ernst,

cette interprétation--enfin!--non moins intelligente que juste:

«La scène du philtre n'est que l'image (légitimée seulement

par le mystère de malédiction planant sur Siegfried, comme sur

tous ceux qui ont porté l'Anneau d'Alberich) d'une observation

morale: la puissance de l'impression présente, immédiate, sur les

âmes primesautières, sur les caractères dont le Wälsung est le

prototype. Pour Siegfried, qui ne s'inquiète ni du passé ni de

l'avenir, qui ne réfléchit ni avant d'agir ni après avoir agi,

le fait actuel, l'acte, existe uniquement. Voilà l'intime vérité

contenue dans cette scène étrange, qui ne peut être motivée que

par un surnaturel enchaînement de causes, du reste aisément

admises de l'auditeur, et poursuivant leurs effets à travers les

trois «journées» du _Ring_.» J'ai cité: aurais-je pu mieux dire?

Mais, franchement, le poème lui-même n'est-il pas assez explicite

pour quiconque le lit avec soin? Et qui donc, plus que des

critiques, aurait eu le devoir de lire avec soin? Or Brünnhilde,

en la scène finale de l'Acte II: «A quoi m'aurait servi ma

science? A quoi mes Runes? En l'excès de ma misère, je le devine

clairement: le charme qui m'enchanta mon époux, c'est Gutrune!

Qu'elle connaisse l'angoisse!» Et à présent, critiques, est-ce

Gutrune, oui ou non?--Voy. d'autre part la note musicographique,

p. 531, de mon collaborateur Edmond Barthélemy.]

[Note 543-1: «GRIPIR: Grimhild t'enivrera complètement. Elle

t'amènera à conquérir Brynhild pour la remettre aux mains de

Gunnar... Tu te hâtes trop de promettre cette entreprise à la mère

de ce chef.» (_Grepisspà._)]

[Note 543-2: «Siegfrid, fils de Sigemunt, répondit ainsi: «Je le

ferai, si tu me donnes ta sœur, la belle Kriemhilt» (Gutrune),

«cette superbe fille du roi. Je ne veux point d'autre prix de mes

efforts.» (_Nibelunge-nôt_, VI, 56.)]

[Note 543-3: «Siegfrid, en tes mains j'en fais le serment, dit

Gunther: que la belle Brunhilt arrive en ce pays, et je te donne

ma sœur pour femme et puisses-tu vivre heureux avec elle.»

(_Nibelunge-nôt_, VI, 57.)]

[Note 543-4: «GRIPIR: ....En chemin, Gunnar et toi, vous prendrez

la forme l'un de l'autre. Gripir ne ment pas.» (_Grepisspà._)]

[Note 544-1: «Ils» (Siegfrid et Gunther) «échangèrent leurs

serments, les fiers guerriers.» (_Nibelunge-nôt_, VI, 56.) Il

en est de même dans toutes les sources scandinaves: _Grepisspà_

et _Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja_ (de l'_Edda_ de Sœmund);

_Edda_ de Snorro; _Völsunga Saga_; _Chants des Iles Féroë_;

_Chants Danois_ (où Gunther-Gunnar s'appelle Hagen). Du reste, ces

sources scandinaves associent Högni (Hagen) au serment: n'est-il

pas en effet, pour elles, fils de Giuki, comme Gunther? n'est-il

pas, pour elles, le frère authentique, le frère légitime de

Gunther?--Dans le _Nibelunge-nôt_, il n'est plus que le vassal,

et, comme tel, n'a plus à jurer.--Dans la _Tétralogie_, il devient

le frère bâtard, et s'abstient par humilité tout au moins feinte.

J'y reviens dans une note ultérieure, p. 545.]

[Note 544-2: _Blut-Brüderschaft_,

«fraternité-par-effusion-mutuelle-de-sang,» fraternité d'armes.

«Frithiof et Björn avaient grandi ensemble, et ils avaient mêlé

leur sang à la manière des frères d'armes du Nord, jurant de vivre

unis dans la joie et dans la douleur, et de venger mutuellement

leur mort.» (Esaias Tegner, _Frithiof_, III. Trad. Léouzon-le-Duc,

p. 68.) «Avez-vous donc entièrement oublié, ô Gunnar, comment, en

signe de fraternité, vous fîtes couler réciproquement votre sang

dans les empreintes de vos pas!» (_Brot af Brynhildarkvidhu_, dans

l'_Edda_ de Sœmund). De même Loke: «Odin, te souviens-tu des

temps anciens? Nous avons alors mêlé notre sang...» rappelle-t-il

en un autre chant déjà cité. (_Le Festin d'Æger_, 9.)]

[Note 545-1: J'ai montré déjà, par une note, que, dans les sources

scandinaves, Högni s'associe au serment. J'ai montré aussi, par

une autre note, comment on peut croire que Wagner a transféré,

sur son Hagen, ce que ces mêmes sources disaient de Gutthorm,

«beau-fils de Giuki, mais non de sa race». Je rappelle plus loin

que, d'après l'_Edda_, c'est ce même Gutthorm qu'on charge de tuer

Sigurd, comme _n'étant point lié à lui par les mêmes serments_

que Gunnar et Högni.--Dans la _Tétralogie_, Hagen, beau-fils de

Gibich mais non de sa race, s'abstient de s'engager, mais c'est

consciemment: non par cette feinte humilité, symétrique,--ai-je

ailleurs noté,--à celle du Loge de _L'Or-du-Rhin_, mais pour se

réserver sa liberté d'action.]

[Note 546-1: «Ils firent vingt milles avant la nuit par un bon

vent qui soufflait vers la mer... Au douzième matin, ainsi

l'avons-nous entendu dire, les vents les avaient portés au loin

vers Isenstein, au pays de Brunhilt.» (_Nibelunge-nôt_, VI, 63.)]

[Note 546-2: «Aussitôt il fixe les noces; il ne voulait pas

attendre longtemps.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 546-3: «Siegfrid saisit aussitôt un aviron et poussa la

barque loin du rivage. Gunther prit lui-même une rame. Ils

s'éloignèrent de la terre, ces héros rapides et dignes de

louanges.»--«Les fiers compagnons étaient emportés sur les flots

du Rhin.» (_Nibelunge-nôt_, VI, 63.)]

[Note 547-1: «Un fort vent enflait la voile de la barque. ...

Voilà que le roi Gunther parla:--Qui sera le pilote?--Moi, dit

Siegfrid. Je puis vous conduire là-bas sur les ondes. Les vrais

chemins me sont connus.» (_Nibelunge-nôt_, VI, 63.)]

La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung · 第 44 / 48 段