[Note 470-1: «Sigurd prit le cœur de Fafnir et le fit rôtir à

la broche. Quand il crut qu'il était à point et qu'il vit le jus

découler du cœur, il y appliqua le doigt pour voir s'il était, en

effet, assez cuit. _Mais il se brûla et se mit le doigt dans la

bouche. Aussitôt que le sang de Fafnir eut touché sa langue, il

comprit le langage des oiseaux. Il entendit ce que les aigles se

disaient sur les branches._» (_Fafnismal._) «PREMIER AIGLE: Voilà

Sigurd teint de sang, il fait rôtir le cœur de Fafnir. Il me

paraîtrait sage ce guerrier, s'il mangeait cet organe de la vie,»

etc. (_Id._) Toutes les sources, _Chants des Féroë_, _Völsunga_,

_Edda_ de Snorro, etc., reproduisent d'analogues détails.]

[Note 470-A: La Symphonie de la Forêt reprend. (Partition, p.

195.)--C'est alors que sur les ondes bruissantes de l'orchestre

l'Oiseau de la Forêt perle son adorable chant. (Partition,

pages 196, 197.)--A signaler l'accord particulier, d'un effet

si pittoresque, qui revient, parmi les traînées murmurantes de

l'orchestre, à chaque phrase du Chant de l'Oiseau.--Ce Chant,

avons-nous vu, reproduit presque identiquement la Mélodie de

Woglinde. La seule différence, c'est que cette mélodie reparaît

ici en mi-majeur, au lieu d'être, comme dans _Rheingold_, en

mi-bémol majeur; le rythme en serait aussi peut-être un peu plus

vif.

Puis sous les traînées murmurantes de l'orchestre, et tandis

que l'Oiseau, par dessus, dit son chant, se déroule le motif

mélancolique des Wälsungen, «comme si, dit judicieusement M.

Ernst, l'âme de Sieglinde errait à l'entour de son fils très

aimé.» (Voyez à ce propos la note de mon collaborateur, touchant

Sieglinde page 463.) «Non moins reconnaissable, dans ce Chant de

l'Oiseau, remarque le même auteur, est l'élément caractéristique

du _Sommeil de Brünnhilde_. Le thème des Walkyries s'y trouve

également: ces deux points fixent la nature _prophétique_ de ce

chant qui doit annoncer à Siegfried qu'une fiancée l'attend au

faîte de la montagne.» (Voy. dans la partition pour tout le Chant

de l'Oiseau, indépendamment du passage cité ci-dessus, les pages

208, 230, 231, 232, 233 et 234.)]

[Note 471-1: Ces dialogues entre des oiseaux et des héros sont

assez fréquents dans l'_Edda_, comme dans tous les chants

primitifs, du reste. Ils contribuent à signifier la communion,

l'intimité de l'homme enfant avec la Nature: cette signification,

c'est encore l'une de celles qu'il importe d'attribuer au présent

épisode de la _Tétralogie_.]

[Note 471-2: «SEPTIÈME AIGLE: «Qu'il coupe la tête à ce Jote au

cœur froid, et _qu'il lui enlève ses richesses_. _Alors tout

le trésor que possédait Fafnir sera à lui seul...._»--«....

_Sigurd suivit la trace de Fafnir vers sa demeure._ _Elle était

ouverte_, mais la porte et les linteaux étaient en fer. Toute la

charpente était aussi de fer et l'or était caché sous terre....»

(_Fafnismal._)]

[Note 474-1: «Cette querelle entre Mime et Alberich reproduit

bien les aigres disputes (observe avec justesse M. Ernst)

et les glapissements--comme de furieuses voix de vieilles

femmes,--entendus, selon maint conte, au voisinage des endroits

hantés par les nains.»]

[Note 475-1: «_Sigurd trouva là un énorme trésor_, et il en

remplit deux coffres. _Il prit le casque d'Œgir_» (analogue au

Tarnhelm), «la cotte de mailles d'or et l'épée Hroth et beaucoup

de choses précieuses...» (_Fafnismal._)]

[Note 475-2: «DEUXIÈME AIGLE: Voilà Regin couché songeant comment

il trompera l'homme qui se confie en lui....»--«SIXIÈME AIGLE:

Il»(Sigurd) «me paraît très imprudent s'il épargne plus longtemps

ce dangereux ennemi. Regin qui le trahit est couché là-bas, et

Sigurd ne sait pas comment il doit se défendre contre lui.»--...

«SIGURD: Le sort n'a pas décidé que Regin parviendrait à me tuer.

Bientôt les deux frères descendront vers Hel.» (_Fafnismal._ Se

rappeler que dans les sources mythiques, Fafner est un frère de

Regin, qui a mené Sigurd contre lui.)]

[Note 476-1:«_Regin s'était éloigné tandis que Sigurd tuait

Fafnir. Il revint_ au moment où Sigurd essuyait le sang de son

épée. Regin dit: «_Salut à toi, Sigurd!_ tu as remporté la

victoire et _tué Fafnir_. De tous les hommes qui existent sur la

terre, tu es _le plus vaillant_.... Tu es fier, Sigurd, et heureux

de ta victoire, et tu essuies ton épée Gram dans l'herbe....»

(_Fafnismal._)]

[Note 476-2: «Ne t'ai-je point parlé déjà, une autre fois, d'un

sujet gai? C'était l'histoire du garçon qui s'en va par le monde

«pour apprendre la peur» et qui est assez niais pour ne jamais la

connaître. Pense à mon effroi, lorsque j'ai tout à coup reconnu

que ce garçon n'est autre que le jeune Siegfried, qui conquiert le

trésor et réveille Brünnhilde.» (Lettre de Wagner à Uhlig, datée

de Zurich, 10 mai 1831.) M. Ernst cite ce document à l'appui de

son affirmation que l'idée de la peur, et de l'impossibilité où

Siegfried est de la ressentir, vient surtout du nº4 du recueil

populaire des _Kindermärchen_. Affirmation sans doute, ai-je dit

déjà, trop exclusive: je crois l'avoir assez démontré par deux

citations de l'_Edda_ de Sœmund. (Voir _La Walküre_, p. 403, note

(1), auxquelles je renvoie.)]

[Note 477-1: «SIGURD: «Tu m'as conseillé de chevaucher par delà

la montagne sacrée. Si tu ne m'avais poussé à l'action, le Dragon

aux écailles brillantes jouirait encore de la vie et de son

trésor...» (_Fafnismal_). «En luttant contre la mort, le Dragon

lui dit:... «Ecoute, Sjurd, ce que j'ai à te dire. Qui t'a suivi

dans le chemin jusqu'ici?»--«C'est Regin ton frère, qui m'a montré

le chemin. _C'est le plus méchant des traîtres_; il veut te faire

périr.» (_Chants des Iles Féroë_).]

[Note 477-2: Souvenir du _Nibelunge-nôt_: «L'homme hardi

(Siegfrid) n'avait pas l'âme faite de façon à deviner leur

trahison. Plein de vertu, il était étranger à toute fausseté.»

(XVI, 146).]

[Note 479-1: «TROISIÈME AIGLE: «Après lui avoir _coupé la tête_»

(à Siegfried), «il» (Regin) «enverra vers Hel ce bavard aux longs

cheveux; ainsi il possédera tout le trésor sur lequel Fafnir était

couché.» (_Fafnismal._)]

[Note 479-2: «Sigurd coupa la tête de Regin, mangea le

cœur de Fafnir et but le sang de Regin et de Fafnir...»

(_Fafnismal_)--«Regin se coucha à terre pour boire le sang

vénéneux du Dragon. Pour boire le sang vénéneux du Dragon, Regin

se coucha à terre. Sigurd lui donna le coup de la mort à l'endroit

où il se tenait. Et c'était le jeune Sjurd qui brandissait son

épée. Il coupa en deux le forgeron Regin.» (_Chants des Iles

Féroë_).]

[Note 480-1: «Toi, Fafnir, tu exhales ton dernier souffle, tu vas

descendre vers Hel.» (_Fafnismal_) «Tu étais effroyable, Dragon

aux écailles brillantes, et tu avais un cœur impitoyable!»

(_Id._)]

[Note 481-1: «Alors Sigurd entendit ce que chantaient les aigles:

«... Je connais une femme admirablement belle, toute brillante

d'or: ah! si elle pouvait être à toi... Sur le haut sommet de

Hindarhall s'élève un burg tout entouré de feu... Sur le rocher

dort la vierge des combats, et le feu dompté la lèche doucement.

Yggar» (Odin) «lui piqua une épine dans son voile, dans le voile

de la jeune fille qui voulait tuer des hommes.» (_Fafnismal_)

«Voici ce que lui dirent les oiseaux assis dans les arbres:

«Brinhild est belle, la fille de Budli; elle attend ton arrivée.»

Et les oiseaux sauvages assis sur les branches des chênes lui

dirent: «Brinhild, la fille de Budli, est belle; elle attend ton

amour.» Voilà ce qu'apprit Sjurd vers l'orient, dans son pays.»

(_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 481-2: Les Aigles: «Tu peux, ô homme, contempler sous son

heaume la vierge que le cheval Wings-Kornir» (Grane, dans la

_Tétralogie_) «emporta hors de la mêlée. Nul guerrier ne peut

interrompre le sommeil de Sigurdrifa» (Brünnhilde) «avant que les

Nornes y consentent.» (_Fafnismal._)--«Il» (Odin) «ordonna que

_celui-là seul m'éveillerait de mon sommeil, qui jamais n'aurait

connu la crainte_.» (_Helreidh Brynhildar_ ou _Descente de

Brynhild vers Hel_, dans _l'Edda_ de Sœmund.)]

[Note 482-1: Littéralement: «le sot» (ou «naïf», ou «niais»)

«garçon».--Cf. p. 438, note (1).]

[Note 483-1: «Eveille-toi, Groa! éveille-toi, femme bonne! Je

viens t'éveiller devant les portes de la mort.» (_Evocation

de Groa._) Mais c'est surtout d'un autre chant de l'_Edda_ de

Sœmund, _Wegtams-Kvidha_, que Wagner s'est ici souvenu. Dans

ce poème de Vegtam, Odin, inquiet, comme tous les Ases, sur le

sort de Balder, «Odin, le dominateur des peuples, se lève, il

pose la selle sur Sleipner, et chevauche ensuite vers Niflhem.

... Odin avança: le chemin qui descendait de la terre retentit,

et le père des Ases arriva dans la demeure de Hel. Il se dirigea

vers la porte de l'Orient où était le tombeau de _Vala_. Odin

_chanta devant cette tombe l'évocation des morts_, regarda le

nord et _traça des runes_; _il demanda une réponse_. _Vala se

leva enfin_, et chanta ces paroles de la mort: «_Quel est,

parmi les hommes, cet homme_ qui m'est inconnu et qui répand la

tristesse dans mon esprit? _J'étais enveloppée de neige_, battue

par la pluie et _mouchetée par la rosée_; j'étais morte depuis

longtemps.» (_Wegtams-Kvidha_, 6, et 8-11.)--C'est d'abord pour

rappeler cette source scandinave que Wagner fait paraître, ici,

Erda «recouverte de givre». Pourquoi donc ne s'en soucia-t-il pas

dans _L'Or-du-Rhin_, lorsque spontanément surgit Erda plus jeune?

C'est que lointaine encore était, à ce moment, l'éventualité du

Crépuscule-des-Dieux. Mais voici qu'il est proche, et Wagner

n'oublie point qu'entre autres phénomènes avant-coureurs du

Ragnarœcker, il y aura, suivant les _Eddas_, «il y aura d'abord

un hiver...: la neige tombera dans toutes les directions, une

gelée très rigoureuse et des vents piquants feront disparaître

la chaleur du soleil. Cet hiver se composera de trois hivers

pareils, qui se succéderont sans été» etc, etc. Détails très peu

dramaturgiques, non utilisés par Wagner, mais consciencieusement

suggérés--d'un mot.]

[Note 484-1: C'est l'une des préoccupations d'Odin dans les

_Eddas_; celle de Snorro (_Bragarodur_) raconte longuement, entre

autres choses, comment, déguisé en faucheur (on songe à mainte

fable hellénique) il conquit l'hydromel de Sattung, «si parfait,

que quiconque en boit devient poète et fort savant».]

[Note 484-2: «On me nomme Vegtam, et je suis le fils de Valtam.

_Parle-moi de l'abîme_, et je te parlerai de la terre.»

(_Wegtams-Kvidha_, 11)]

[Note 485-1: «Quel est, parmi les hommes, cet homme qui

m'est inconnu et qui répand la tristesse dans mon esprit?»

(_Wegtams-Kvidha_, 10.)]

[Note 485-2: Dans la _Grepisspà_ de l'_Edda_ de Sœmund, Brynhild

est désignée par ces mots: «la voyante».--Pour les _Chants des

Iles Féroë_, c'est «la jeune fille pleine de savoir». Comparez p.

520, n. (1), le prologue du _Crépuscule-des-Dieux_ (scène entre

Brünnhilde et Siegfried) et la scène finale du même drame.]

[Note 486-1: _Streitvater_, «le Père-du-Combat».]

[Note 486-2: «Sigurdrifa tua Hialmgunnar dans le combat; mais,

pour la punir, Odin la piqua de l'épine du sommeil et décida qu'à

partir de ce moment elle ne remporterait plus de victoire dans les

combats, et qu'elle se marierait.» (_Sigrdrifumal._)]

[Note 486-3: «J'ai parlé contre mon gré, maintenant je dois me

taire,» répète à Vegtam plusieurs fois Vala. (_Wegtams-Kvidha_,

12, 14, 16.) Et Vegtam (Odin) lui réplique chaque fois:

«Parle-moi, Vala! Il est des choses que je veux savoir, et je

t'interrogerai jusqu'à ce que tu les aies dites.» (_Id._, 13. 15,

17.) Ou encore (17): «Dis-moi cette seule chose, tu ne dormiras

pas auparavant.»]

[Note 487-1: «Mais les fils des Ases n'ont pas d'intelligence.»

(_Wegtams-Kvidha_, 12.)--«_Tu n'es point Vegtam_, comme je l'ai

cru; tu es Odin le chef des peuples.--_Tu n'es pas Vala, tu n'es

pas une savante femme_, mais trois fois la mère des Thursars.»

(_Id._, 18, 19.)]

[Note 487-2: «Retourne chez toi, Odin, et sois généreux. Les

hommes ne viendront plus me trouver avant le temps où Loke

brisera ses liens, avant le moment de la mort des Dieux.»

(_Wegtams-Kvidha_, 20.)]

[Note 488-1: «Il passe devant la cour du roi Juki.» (Gibich)

«Dehors se tient Grimhild entourée de maints guerriers...--Sjurd,

suspends ta course, écoute et réponds-moi. J'ai une fille qui est

belle et qui veut t'accorder son amour» (Gudrun) «--Jamais je ne

suspends ma course... Je continue à gravir la montagne où brûle la

Waberlohe... Je continue à gravir la montagne pour contempler une

belle femme.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 489-1: «Ecoute, Sjurd, qui t'a montré le chemin, quand

tu chevauchais à travers la fumée et les flammes de la

Waberlohe?--Deux oiseaux me dirent dans le bois verdoyant: Elle

est belle, Brinhild, la fille de Budli, et elle attend ta venue.

Voilà ce que me dirent deux oiseaux sur mon chemin, et c'est pour

cela que j'ai chevauché jusqu'ici.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 490-1: «Wagner n'a pas le moindre besoin d'une aride forme

sentencieuse pour émettre de ces vues profondes.» Combien de fois

l'aurai-je répété? Mais il le faut.]

[Note 491-1: Pour comprendre cette phrase obscure (en apparence),

il suffirait, à la rigueur, de se rappeler qu'Odin étant un

dieu borgne, l'œil qui lui manque n'est autre chose que _le

soleil_,--disent les mythographes. «C'est grâce à» cet «œil» de

Wotan que Siegfried _peut voir_ l'autre œil, celui qui reste au

Dieu.--Wagner, notais-je dans _l'Or-du-Rhin_, s'est servi çà et là

de cette interprétation; mais il l'a, suivant l'habitude de son

génie, enrichie d'un nouvel et profond sens philosophique, dont

s'éclaire son quadruple Drame: si l'on veut bien prendre la peine

de se reporter à cette même note (p. 218), et se rappeler dans

quel but Wotan a «mis en gage» l'œil qui lui manque (pour épouser

Fricka, la Sagesse incarnée), sans doute comprendra-t-on pourquoi,

tout en recommandant comme utile, en raison de sa simplicité, la

glose mythographique ci-dessus, je me rallie sans hésitation à

celle de M. Alfred Ernst. L'énigmatique passage signifie, d'après

lui, que l'œil auquel a renoncé Wotan (pour acquérir la froide

Sagesse, qu'il a crue nécessaire au gouvernement du Monde) est

«l'une de ses deux clairvoyances»: clairvoyance de l'instinct, ou,

si l'on veut, du cœur. Et l'éminent critique ajoute: «Issu de la

tendresse que Wotan eut pour les hommes, loin des dieux, contre

les dieux même et les lois édictées» (cf. dans _La Walküre_,

le rôle entier de Siegmund: le _récit_ de Wotan à Brünnhilde;

l'émotion de Brünnhilde, Wotan-féminin, devant la douleur du

Héros), «Siegfried est», comme le fut Siegmund, «le représentant

de cette clairvoyance sacrifiée; il en procède, et il regarde

Wotan précisément avec l'œil qui manque à celui-ci, c'est-à-dire

avec la lumineuse sûreté d'une libre nature, d'un cœur libre.»]

[Note 492-1: «Ma haine».--_Neid_ pourrait encore («doit» diront

certains) se traduire ici par: mon «envie».--Cf. p. 494, note (1).]

[Note 492-2: «Deux corbeaux, perchés sur ses épaules, lui

racontent à l'oreille ce qu'ils ont vu et entendu. On les nomme

Hugen et Munen. Ils partent à la pointe du jour, parcourent la

terre et sont de retour pour le déjeuner. Odin sait ainsi tout

ce qui se passe; on l'appelle le Dieu aux Corbeaux.» (_Edda_ de

Snorro, _Gylfaginning_.)--Grimm interprète ainsi les noms des deux

corbeaux, d'après leur étymologie: _Huginn_ de _Hugr_ (_animus,

cogitatio_); _Muninn_ de _munr_ (_mens_).]

[Note 493-1: «_L'homme du guet_ a de la peine à se faire entendre;

il dit: «Celui qui chevauchera à travers la Waberlohe obtiendra la

jeune fille.» (_Chants des Iles Féroë._)]

[Note 493-2: «La flamme s'élançait, la terre tremblait et les

langues de feu s'élançaient jusqu'au ciel. Nul parmi les plus

braves n'osait s'avancer au milieu des flammes.» (_Brot af

Brynhildarkvidhu._)]

[Note 493-3: «Jamais je ne suspends ma course...» etc. (Voir

plus haut p. 488, note, l'extrait des _Chants des Iles

Féroë_.)--«L'illustre Sjurd s'écrie, qu'on le sache au loin: «J'en

porte le présage sur mon bouclier; je veux chevaucher à travers le

feu.» (_Id._)]

[Note 494-1: Pourquoi Wotan s'oppose au passage de Siegfried?--Un

commentateur de Wagner, auteur d'un livre qui, hélas! fait

autorité pour beaucoup, répondrait (p. 228): «Wotan craint que le

Héros qu'il a suscité pour le salut des dieux ne cause leur perte

définitive...» Comme cela est bien compris, n'est-ce pas? Comme

l'on s'est bien donné la peine, je ne dirai pas d'approfondir,

mais de lire, seulement, la scène précédente et ces paroles du

Voyageur: «La fin des Dieux ne m'épouvante guère, depuis que j'y

aspire, depuis que je la--veux!» Et encore: «Au divin Wälsung

je veux léguer mon héritage... A l'éternellement Jeune le Dieu

cède, avec joie...» Vraiment, conçoit-on bien, maintenant, telles

phrases indignées de mon _Avant-Propos_? Mais songeons à donner

nous-même une autre glose.--Lorsque Le Voyageur a dit, au Deuxième

Acte, qu'il venait «pour voir, et non pour agir», j'ai noté

que ce dégoût de l'action datait, chez lui, de la perte de son

Désir, de son vivant Désir, Brünnhilde. J'ajoutais qu'à mesure

que se développe le Drame, Wotan y «agit» de moins en moins,

quoiqu'il en reste, au fond, le personnage unique. Hé bien! son

attitude, en présence de Siegfried, n'est pas contradictoire de

ces affirmations. Lorsque, dans _La Walküre_, le Dieu a «renoncé»

pour la première fois («Soit, je te bénis, fils du Nibelung!»)

ce «renoncement» a été suivi, on se le rappelle, d'un accès de

fureur motivé par la résistance de Brünnhilde (Désir personnifié

de Wotan). Or, il vient de «renoncer» encore; et son nouvel accès

de fureur, consécutif, de même, à ce nouveau «renoncement» paraît

symétrique du premier: chaque fois que son Désir _se réveille_,

résiste (comme dans _La Walküre_), ou _va se réveiller_ (comme

ici), le conflit moral doit éclater. Wotan, dans une partie de

son rôle, n'étant, en somme, qu'un symbole incarné de notre Ame,

de nos désirs _humains_ d'agir et de posséder, il serait du reste

bien _humain_ qu'à l'instant de perdre tout pouvoir, le Dieu,

même résigné, ne l'en défendît pas moins. Mais il me semble

plus logique d'admettre que c'est la rigueur, d'une part,--d'un

inéluctable destin, qui provoque cette suprême révolte, tandis

que d'autre part Wotan fait une épreuve, non seulement de sa

propre puissance, mais surtout de celle du Héros cherché: tel

est le sens de toutes les questions qui finissent par lasser

Siegfried; le Dieu ne les pose que pour se prouver à soi-même

qu'il a bien devant lui le Héros remplissant toutes les conditions

(d'ignorance, et de liberté) spécifiées, soit dans _La Walküre_,

au Deuxième Acte, en la scène que Wagner nommait avec raison

«la plus importante du quadruple Drame» (en est-on convaincu,

maintenant?), soit, ci-dessus même, devant Erda, dans la deuxième

scène culminante de l'œuvre. Ajoutons qu'au point de vue de

la construction du Drame, il y a, dans la défaite de Wotan par

Siegfried, une façon naturelle et merveilleusement franche de

montrer le Dieu sortant de l'«action» (de l'«action» visible,

du moins--puisque _Le Crépuscule-des-Dieux_, bien que Wotan n'y

paraisse même plus, continue d'être, jusqu'au bout, «la figuration

de sa Pensée»).]

[Note 494-A: Le thème de la Fin des Dieux s'élève

significativement à la fin de cette scène. (Partition, pages 279

et 280.--Pour ce thème, cf. partition de _Rheingold_, page 74;

voy. note de la page 269; même partition, page 194; voyez note de

la page 302.)]

[Note 495-A: Surgit ici l'aveuglante symphonie de la Traversée du

Feu. (Cf. _Walküre_, partition, page 303 et seq.--Voy. note de

la page 402.) (Partition de _Siegfried_, pages 281 à 285.) «Les

rapides batteries du Feu courent aux instruments à cordes; on se

croit revenu à l'Incantation finale de la _Walkyrie_. Nous sommes

en pleine traversée du Feu: dans l'étincellement du glockenspiel

et du triangle, au milieu de la vibration des cymbales, des

frémissantes traînées des cordes, des clairs dessins des flûtes,

les cuivres proclament le thème de Siegfried, auquel répond

l'allègre sonnerie de son cor d'argent. De grands traits de harpe

mettent leur triomphante ivresse dans la magie de ce pittoresque

tableau...»

Cette page instrumentale est, en comptant la symphonie des

_Murmures de la Forêt_, la deuxième dans la série des grands

morceaux d'orchestre affectés à Siegfried.--Les deux autres

principales sont la symphonie du Voyage sur le Rhin et la Marche

funèbre du Crépuscule des Dieux. Je crois que ces grandes pages

musicales, qui accompagnent, à travers le Drame, le personnage de

Siegfried, et où, à mesure qu'elles se succèdent, se retrouvent,

de plus en plus nombreux, des thèmes importants entendus déjà, je

crois, dis-je, que ces grands passages symphoniques ont pour but,

ainsi constitués, de ramener peu à peu, condenser, résumer sur le

personnage du Héros les principales idées, les principaux thèmes

de la Tétralogie entière.--C'est par ces symphonies, habilement

ménagées, que Siegfried est mêlé à l'universel concept du Drame;

elles sont comme des chœurs l'accompagnant et le prolongeant dans

l'infini frisson des choses:--le chœur des Tragédies grecques.--A

ce propos, on lira avec fruit, page 264, la note de mon

collaborateur sur l'Unité dans le Drame de Wagner. Il ne serait

pas impossible que Wagner, dans ces commentaires symphoniques, eût

vu, en dehors de leur éblouissant effet orchestral, un procédé de

plus pour obtenir cette unité.

La Traversée du Feu est un mythe que l'on retrouve dans plusieurs

religions. Tout près de nous, ce n'est autre que le Purgatoire.

Voyez dans la _Divine Comédie_ (_Purgatoire_), le passage où Dante

traverse la flamme pour arriver à Béatrix.--Les deux religions

chrétienne et scandinave, n'ont pas que ce point de commun.]

[Note 496-1: «Sigurd dirige Grani (son cheval) avec son épée. Le

feu s'éloigne du chef; les flammes s'abaissent devant le héros.»

(_Brot af Brynhildarkvidhu._)]

[Note 497-1: «Nul n'osait s'avancer assez près pour contempler

la Waberlohe... Nul ne chevauche sur le sommet de Brinhild, sauf

Sjurd le rapide. Lui et son cheval Grani traversent la fumée et

les flammes. ... Il était ardent, le feu qui brûlait les flancs de

Sjurd. Sjurd gravit le sommet de Brinhild, ce que nul n'osa avant

lui. D'un coup de son épée, il fend la haute porte. Avec sa bonne

épée, il abat le bois des fenêtres. Il contemple alors la belle

jeune fille couchée et revêtue de son armure. L'illustre Sjurd

entre dans la salle et regarde autour de lui.» (_Chants des Iles

Féroë._) «Sjurd chevaucha vers Hindarfiall; il s'avança dans la

direction du sud, du côté du pays des Francs. Sur la montagne il

vit une vive lumière comme celle d'un feu qui brûle, et ses lueurs

illuminaient le ciel. Quand il approcha il vit un château fort et

sur ce château une bannière.» (_Sigurdrifumàl._) Détails analogues

dans l'_Edda_ de Snorro, la _Völsunga_, etc.]

[Note 497-A: De flottantes suavités succèdent, dans l'orchestre,

aux flamboyantes harmonies de la Traversée du Feu. Le

thème amoureux de Freya reparaît, modifié, et, combinaison

significative, le motif de Brünnhilde endormie y vient ajouter sa

douceur. Nous voici transportés dans d'immenses profondeurs de

souvenir, au soir serein de l'ensommeillement de la Vierge. Voici

l'émouvante phrase des Adieux de Wotan. Le souvenir s'approfondit

encore: voici, par nostalgiques bouffées, des sérénités plus

lointaines: la mélodie de l'Enchaînement d'Amour! (Pour tous les

passages cités ici, voir la partition de _Siegfried_ de la page

285 à la page 296.)]

[Note 498-1: «Sigurd entra dans ce Burg et y vit _un guerrier_ qui

dormait armé de pied en cap.» (_Sigurdrifumàl._)]

[Note 499-1: «Il voit la jeune fille couchée sur son lit. Il

contemple la belle jeune fille, endormie sous son armure.»

(_Chants des Iles Féroë._)--«Il lui enleva d'abord le heaume de

dessus la tête et alors il vit que c'était une femme. La cotte

de mailles tenait si fort qu'on aurait dit qu'elle était entrée

dans la chair. Avec son épée Gram il coupa la cotte de mailles

du haut en bas, et il la coupa aussi aux deux bras. Puis il l'en

dépouilla.» (_Sigurdrifumàl._) Détail commun à toutes les sources

scandinaves (Snorro; _Völsunga_; Iles Féroë).]

[Note 500-1: Dans le _Heldenbuch_ de Simrock, c'est aussi d'un

baiser que Brünnhilde est réveillée par le Héros. Wagner,

s'assimilant l'idée, l'a seul enrichie d'une valeur _humaine_.]

La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung · 第 42 / 48 段