(Alberich-de-la-Nuit); plus loin, dans _Le Crépuscule-des-Dieux_,
_Nacht-Hüter_ (Gardien-de-la-Nuit), etc. Fasolt, s'adressant à
Wotan, le qualifiait de _Lichtsohn_ (Fils-de-Lumière). Aussi bien
chacun de ces détails est-il expliqué à sa place.]
[Note 435-1: «Tu es savant, ô étranger!.....» (_Vafthrudnismal._)]
[Note 435-2: Littéralement: «La troisième question à présent
menace.»]
[Note 435-3: «Dis-moi, Vafthrudner, si tu le sais et si ton
esprit a quelque valeur, d'où vient la terre et le ciel élevé,
savant géant?»--«Dis-moi, Vafthrudner, si tu le sais et si ton
esprit a quelque valeur, quelle est l'origine des Dieux?.....»
(_Vafthrudnismal_, 20, 40.)]
[Note 436-1: La Lance d'Odin, que les _Eddas_ nomment Gungnir,
est l'une des choses de l'univers sur lesquelles sont gravées
les «véritables runes», suivant le _Sigurdrifumàl_: «Apprends à
connaître les runes de l'intelligence..... Celui qui les trouva,
les exprima et les grava le premier fut Sigfadir (Odin); il
les puisa dans la rivière qui coulait du crâne de Heidraupnir
(Mimir)..... Il se tenait sur le haut de la montagne, son épée
étincelante à la main et le casque en tête. Pleine de sagesse,
la tête de Mimir prononça sa première parole et indiqua les
véritables runes. Il parla, et elles se gravèrent sur le bouclier
du Dieu de la Lumière, ..... sur l'or et sur le verre, ..... sur
le siège de Wala, _sur la pointe de Gungnir_ et la poitrine de
Grani, sur l'ongle de la Norne et sur le bec du Hibou..... Voilà
les runes du savoir et les runes secourables, ..... et les runes
si renommées de la puissance..... Apprends à les connaître et
laisse-les agir jusqu'à ce que les dieux meurent.»--Cf. p.254,
note (2).]
[Note 437-1: La terre.]
[Note 437-2: «Puisque tu désires connaître la capacité d'un nain,
mets-moi à l'épreuve, Vingthor. J'ai parcouru les neuf mondes,
et je sais bien des choses.» (_Edda_ de Sœmund, _Poème du nain
Allvis_, 9, analogue au _Vafthrudnismal_.) Thor, l'interlocuteur
d'Allvis (ou de Celui-qui-sait-tout), commence par ces mots
l'interrogatoire: «Dis-moi, Allvis, car tu connais, je crois, tout
ce qui concerne les races humaines.....»]
[Note 437-3: «Tu es bien savant, ô géant!» (_Vafthrudnismal_).]
[Note 438-1: _Ein kühnes dummes Kind_, littéralement: «un
intrépide [et] _niais_ enfant». «_Naïf_» serait peut-être plus
exact, avec une idée d'_ignorance_ et l'ironique intonation
qu'il a souvent en notre langue. Siegfried est ainsi qualifié de
_dumm_, plusieurs fois, par Mime, par soi-même. Sa _naïveté_, du
reste, éclate à chaque instant, et Brünnhilde, à la fin du drame,
y fait d'attendries allusions (soit lorsqu'il la prend pour sa
mère, soit lorsqu'il s'effraye, comiquement, de ce qu'il a si
vite «oublié» la peur). Sans cette _ignorance_ de sa destinée,
sans cette _inconscience_ de sa haute mission, non seulement
Siegfried ne serait pas _joyeux_, non-seulement il ne serait pas
_libre_, libre de _crainte_, mais surtout il ne serait point, ne
pourrait pas être, on le sait déjà, le Héros Rédempteur attendu
par Wotan.--Aussi importe-t-il de souligner ici une première
concordance entre le rôle de Siegfried, _niais, naïf, ignorant,
dumm_, et celui plus sublime, sans doute, de Parsifal, «le Pur
_Simple_» (ou «Fol»), _der reine Thor_.--D'autres comparaisons à
faire seront indiquées, tout extérieures--car je ne puis, hélas,
en ces notes, traiter le fond de semblables questions.--Qu'il
me suffise, pour le moment, de conseiller, à quiconque aurait
lu _Parsifal_, une méditation: sur les mères, de l'un et de
l'autre Héros, Sieglinde et Cœur-Dolent ou Herzeleide; et sur
les circonstances où sont nés l'un et l'autre; Beauté virile,
Force virile, Joie virile, Prédestination rédemptrice,--issues
de l'extrême faiblesse, de la suprême douleur, de l'affreuse
prédestination à la défaite ou à la mort.--Cf. p. 451, note.]
[Note 439-1: Au sujet de l'origine eddique de cette idée, voir,
dans _la Walküre_, la note (1) de la p. 403.]
[Note 440-1:
Hehe! _Mime!_ du _Memme_!
Littéralement: «Hé Hé! _Mime_! toi _poltron_!» On voit assez que
de tels jeux de mots sont intraduisibles en français. Tout au plus
pourrait-on, _si le passage importait_, risquer une assonance,
encore insuffisante, celle de «pusillanime», comme je l'ai fait
plus loin, p. 443:
Doch wie bringst du,
_Mime_ mir's bei?
Wie wärst du _Memme_ mir Meister?
«Mais comment pourras-tu me les inspirer, _toi, Mime_? _Toi_, le
_pusillanime_, _toi_, comment serais-tu mon maître?» (Dans la
première phrase interrogative, _les_ se rapporte à l'horreur,
aux vertiges de la peur; dans la deuxième, _toi_ répété, joint à
l'assonance de _pusillanime_, vise à rendre l'original par des
effets équivalents).]
[Note 440-A: A signaler le curieux passage orchestral qui
souligne les terreurs de Mime. (Partition, page 78 et seq). On
en retrouvera les mystérieux murmures dans la _Symphonie de la
Forêt_.]
[Note 442-1: Wagner, ne le voit-on pas assez? n'a pas le
moindre besoin, grâce à son génie _dramatique_, d'une aride
forme sentencieuse pour émettre de ces vues profondes. On
trouvera bientôt, ci-dessous, p. 444, un autre exemple, aussi
_naturellement_ amené.]
[Note 444-1: _Neid-Höhle_, «Antre-de-Haine-et-d'Envie».]
[Note 444-2: Wagner, disais-je plus haut, n'a pas le moindre
besoin, grâce à son génie _dramatique_, d'une aride forme
sentencieuse pour émettre de ces vues profondes. J'en
donnais alors un exemple, et j'en annonçais un deuxième--le
voici: «Alors, ce ne serait pas loin du monde?--Neid-Höhle?
(_Antre-de-Haine-et-d'Envie_) On ne peut plus près du monde!»--En
effet?.....]
[Note 445-1: Dans le _Wieland der Schmied_ de Simrock, Siegfried
disait textuellement: «C'est moi-même qui le forgerai, mon
Glaive!» et toutefois ne le forgeait-il point.--Dans le
poème d'Uhland, _Siegfried's Schwert_, déjà mentionné, le
héros d'ailleurs élève d'un forgeron, réussissait à se créer
l'arme.--Dans la _Tétralogie_ seulement, il vient à bout d'un
tel projet malgré son ignorance de l'art,--à cause même de cette
ignorance, marmottera Mime un peu plus loin.]
[Note 446-1:
Nun ward ich so alt
Wie Höhl'und Wald,
Und hab'nicht so'was geseh'n!
Presque textuellement tirée de maints _Märchen_ populaires
allemands, cette phrase est tout évocatrice de cette mythologie
panthéistique des Nix, des Alfes, des Dvergues, des Elfes, etc.
C'est pourquoi sans doute Wagner l'a cueillie, afin que la
synthèse fût complète.]
[Note 447-1: Voir, dans _la Walküre_, la note (4) de la p.
337.--D'après cette note, le Glaive s'appelle, dans la _Völsunga_,
dans les deux _Eddas_: _Gram_, qui signifie _angoisse_ ou
_colère_.--D'ailleurs, dans le _Nibelunge-nôt_, l'épée de Siegfrid
a nom: _Balmung_; dans le chant danois (_Sivard et Brynhild_):
_Adelring_, etc.]
[Note 447-2: _Voir_ dans _la Walküre_ la note (1) de la p. 387.]
[Note 447-3: «Voici»: il y a dans le texte _nun_, dont le sens
est celui de «maintenant», «à présent», et qui souvent du reste
est explétif. Je crois n'avoir nul besoin de justifier autrement
cet emploi d'un mot dont l'équivalent est d'un si général usage
dans les poésies _primitives_,--puisque aussi bien ce chant de
Siegfried nous suggère l'authentique genèse de la Poésie dans les
races humaines en contact avec la Nature: il nous suggère encore,
à un autre point de vue, l'enthousiasme joyeux de l'Homme qui,
pour la première fois, s'asservit la Matière. Mais d'ailleurs,
quoi Wagner ne nous suggère-t-il point?]
[Note 447-A: Voici le chant de la Forge: Un nouveau motif de forge
se développe, plein d'entrain, très touffu, rythmant puissamment
la très simple mélodie de Siegfried. Il ne ressemble nullement au
morne motif de forge, affecté à Mime et aux Nibelungen, et qui
exprime une idée de travail âpre et stérile. (Partition, pages 106
et suiv.)]
[Note 451-1: «Et voilà le jeune Sjurd qui chevauche devant sa
porte (celle de Regin). Regin rejette loin de lui tous ses outils
de forgeron et saisit une épée:--«Sois le bienvenu, Sjurd, je
t'ai forgé une épée; si le courage ne te manque pas, tu iras loin
en tes chevauchées.» Sjurd s'avança vers l'enclume et frappa de
toutes ses forces. L'épée était si dure qu'elle ne pouvait plier
ni se briser. Sjurd frappe avec force, et, du coup, il fend du
haut en bas l'enclume et le billot qui la supporte.» (_Chants des
Iles Féroë._) «Alors Regin forgea une épée qui s'appelait Gram et
qui était si acérée que quand Sigurd la tenait dans une rivière,
elle coupait un flocon de laine que le courant apportait contre
son tranchant. Puis, avec cette arme, Sigurd fendit jusqu'en
bas l'enclume de Regin.» (_Edda_ de Snorro). Analogues détails
dans l'_Edda_ de Sœmund (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur_),
dans la _Völsunga-saga_, dans la _Wilkina_ ou _Thidreks-Saga_,
etc.--Parmi les ressemblances _extérieures_ de Siegfried et de
Parsifal, notons en passant que ce dernier se coupe lui-même son
arc et ses flèches.--En ce qui concerne Siegfried, Wagner a bien
compris que le héros seul devait se reforger son Epée. Dans la
_Tétralogie_ seulement, remarquais-je plus haut, Siegfried vient
à bout de ce projet malgré son ignorance de l'art,--_à cause
même de cette ignorance_, a pu dire Mime. En effet, recréée par
lui, dans ces conditions, _à ces conditions_, elle ne sera plus
l'arme d'un Siegmund, d'un héros qui ne devait son Glaive, comme
sa détresse, comme son courage et ses révoltes, qu'à Wotan même;
cette épée ne sera plus la Pensée de Wotan, mais l'arme d'un Héros
vraiment libre; l'arme d'une indépendante Humanité, dont Siegfried
symbolise la Jeunesse, la Joie; l'arme ainsi capable sinon
d'effectuer, du moins de préparer, et de rendre possible, l'Acte
unique, l'Acte libérateur et rédempteur; l'arme capable, enfin,
de fracasser la Lance, sur laquelle sont inscrites les Runes des
Conventions, seules gardiennes de l'Ordre établi.]
[Note 451-A: A ces paroles, la Fanfare du Glaive jaillit,
foudroyante. (Partition, page 135 en haut.) Le finale de l'acte
est bâti sur ce thème.]
[Note 452-1: A qui lut avec soin mes notes, faut-il remémorer que
Wotan est le «Père-des-Orages» (_Sturmvater_), et quel est son
«coursier d'éclairs», et pourquoi lui, _Lichtsohn_, «approche
brillant, dans l'ombre?» et tant et tant d'autres détails
analogues? J'imagine que non.]
[Note 453-1: «Cette Forêt, le Puissant la craint et l'évite»,
disait Brünnhilde en _La Walküre_. Wotan craignait d'être tenté,
quoique «frapper Fafner» lui fût «interdit.» Mais à présent
qu'ayant _renoncé_, comme on s'en convaincra bientôt, il vient
«pour voir, non pour agir,» il ne redoute plus les tentations.
Alberich ne peut croire encore à ce renoncement; d'où sa fureur et
son effroi.]
[Note 453-2: Wotan, perdant Brünnhilde, a perdu, avec son vivant
Désir, le goût d'«agir.»--«_Depuis qu'il s'est arraché de
toi_,» dit Waltraute à Brünnhilde, au _Crépuscule-des-Dieux_,
«dans les mêlées Wotan ne nous a plus envoyées» (_nous_ désigne
les Walkyries); «sans direction, pleines d'inquiétude, nous
chevauchions, au hasard, du côté des armées. Les Héros du Walhall,
Walvater les fuyait: seul, à cheval, sans repos ni répit, il
courait le Monde, en Voyageur...» etc., etc. Il faudra remarquer,
en effet, qu'à mesure que se développe le quadruple Drame, Wotan
y «agit» de moins en moins. Dans le _Crépuscule-des-Dieux_, il
ne paraîtra plus, encore que tous les événements n'y soient,
y compris le dénouement, que les inévitables péripéties,
l'inévitable catastrophe, issues de ses «actions» antérieures.]
[Note 455-1: «Comment ce Dieu (Odin) trouve-t-il de quoi nourrir
une foule qui doit être considérable (celle des Héros)--Har
répondit: Elle est en effet très nombreuse et s'accroîtra bien
davantage encore; cependant elle sera insuffisante quand Fenris
viendra.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.)]
[Note 455-2: «Au Ragnarœcker (Crépuscule-des-Dieux) toute la
suite de Hel sera avec Loke.» (_Edda_ de Snorro.)--Sur Hella, p.
366, n.(3).]
[Note 456-1: Sein Herr ist er, «il est son maître.»--L'_Edda_
de Sœmund (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur_), les _Chants des
Iles Féroë_, la _Völsunga_, font d'Odin, tantôt sous les noms de
Huikar, Feng, Fiœlnir, etc., tantôt sous la forme d'«un homme
âgé» qui «n'a qu'un œil au front»,--le protecteur de Sigurd ou
Sjurd, dont il guide la barque, ou auquel il donne des conseils
pour tuer le Dragon, etc. On sait déjà, par la _Walküre_, que
Wagner ne pouvait adopter cette version: «Un seul,» a dit Wotan,
«peut ce qui m'est impossible: un Héros que mes préférences mêmes
ne me pousseraient jamais à soutenir: qui, étranger au Dieu,
_affranchi de sa faveur_, réaliserait inconsciemment, sans en
avoir reçu mission, _et à l'aide de ses propres armes_, l'objet de
mon exclusif Désir...», etc.]
[Note 456-2: Les Héros de Walhall.]
[Note 456-3: Wotan se nomme en effet lui-même ailleurs _der
Weckrufer_, mot qui signifie «l'_Éveilleur_».]
[Note 457-1: Littéralement: «Le Sauvage».]
[Note 460-1: «Ecoute, illustre Sjurd, va, chevauche... Pour un
chef tel que toi, je suis prêt à donner ma vie.--Ecoute, Regin,
tu me parles ainsi, mais, ô forgeron Regin, tu nourris d'autres
sentiments au fond du cœur.» (_Chants des Iles Féroë_.)]
[Note 461-1: «Promets-moi encore ceci, illustre Sjurd, quand
tu te rendras sur la bruyère, sur la Glitraheide» (la bruyère
étincelante où est couché le Dragon), «consens à ce que je t'y
suive.» (_Chants des Iles Féroë_)]
[Note 461-A: Ici commence cette admirable Symphonie des Murmures
de la Forêt. (Partition à partir de la page 173.)--L'inspiration
de Wagner s'y épanouit en un souffle d'idyllisme héroïque. De
mystérieux murmures frissonnent dans l'orchestre. Mais voici que
de ces profondeurs palpitantes, doucement, mariant ses modulations
au bruissement de la forêt, le thème si mélancolique des Malheurs
des Wälsungen se déroule. (Cf. Valkyrie, partition, pages 15 et
16.--Voy. la note de la page 321.--Pour ce passage de la partition
de Siegfried, voy. cette partition page 174, en haut.)--Il
reviendra, plus sombre, dans la Marche funèbre du Crépuscule des
Dieux. Avec moins de détresse ici, mais toujours aussi poignant,
il rappelle, d'un frisson, la destinée tragique attachée à la
Race des Wälsungen; il nous suggère que ce Héros, là, sous
nos yeux, ivre de jeunesse et de vaillance, aura la destinée
mélancoliquement tragique de Sieglinde et de Siegmund.
Un gazouillis d'oiseaux susurre, et voici qu'il se précise en un
chant perlé. (Partition, page 176, au bas, et toute la page 177.)
Sans doute l'oiseau, dont tout à l'heure Siegfried comprendra si
bien le ramage. Emerveillé, l'Enfant veut imiter le chant des
oiseaux; il n'aboutit qu'à tirer de son chalumeau un son très
criard et très douteux. (Partition, page 181.--Silence complet de
l'orchestre durant ce puéril et charmant tableau d'idylle.)--Puis,
tandis que l'immense murmure harmonieux reprend (partition, page
182), Siegfried, dépité, embouche son cor, cette fois, plus habile
à cette musique-là. Une fanfare allègre, que nous entendrons
souvent, se répercute à tous les échos de la Forêt, dont le
bruissement est couvert tout à coup par de formidables accords
graves. (Partition, page 184 et 185, en haut.) Hélas! les oiseaux
se sont envolés et c'est le Dragon qui arrive.
Toute cette Symphonie de la Forêt, si descriptive, si paysagiste,
si remplie d'un souffle de Nature, est, d'ailleurs, quelque peu
voisine aux thèmes de la Mélodie primitive. En son frissonnement
palpite la note caractéristique, resplendissante, (_dominante_) de
la _Rheingold-fanfare_, forme éclatante du thème originel.--(Cf.
_Rheingold_, partition, page 30.--Voyez la note de la page 238.)
Dans ces transformations profondes, fondamentales du thème de la
nature, il y a une idée philosophique de durée; et cette idée de
durée, de perpétuité indifféremment radieuse des choses, nous
allons la voir reparaître, se développer, s'affirmer, à mesure que
le Drame individuel, penchera de plus en plus vers sa catastrophe.
La Partition du _Crépuscule-des-Dieux_ est pleine de ces retours
de la Mélodie primitive: significatif.
Se fondant de plus en plus dans le concert des harmonies
premières, la Symphonie de la Forêt conclut par le Chant de
l'Oiseau, où nous retrouvons la Mélodie de Woglinde, entendue au
début de _Rheingold_, mélodie issue du motif de la Nature. (Cf.
_Rheingold_, partition, page 5.--Voy. ci-après, la note de la page
470.)]
[Note 463-1: _Waldweben._--L'idée du _Waldweben_ se trouve dans
le _Wieland der Schmied_ de Simrock. Mais qu'importe une telle
origine, étant donné ce qu'a fait Wagner de cette idée?--Peu
d'habitués de nos concerts qui n'aient entendu le _Waldweben_:
on voit par lui quelle communion s'établit entre la Nature, la
Forêt vivante,--et l'âme de Siegfried. C'est de ces murmures de
la Forêt que se dégage, pour flotter d'abord autour de lui, pour
pénétrer ensuite en lui, ce qu'on appelle «la pensée de la mère.»
Il n'est pas neuf de signaler, dans cette prestigieuse symphonie,
l'intervention du thème dit _Wellenbewegung_, qui, d'un bout à
l'autre du _Ring_, chante l'éternel renouvellement, l'éternelle
succession, l'indéfini devenir des choses, des existences,
et dont le mélodieux panthéisme, ici tout particulièrement,
suggère la présence de l'âme de Sieglinde, indiquée d'ailleurs
par un autre thème. Mais cette présence, à qui connaît l'œuvre
allemande et la langue allemande, n'est-elle pas rendue évidente,
en dehors même de la musique, par le choix des termes du texte?
Sous quel arbre Siegfried s'est-il assis? Sous un _Tilleul_. Et
l'Oiseau-de-la-Forêt, l'Oiseau qui tout à l'heure, prophétique,
guidera l'innocent, sur quel arbre chante-t-il, sur lequel
reste-t-il? Sur le _Tilleul_, et dans le _Tilleul_. C'est le choix
de cet arbre qui, dans le poème de _Siegfried_, exprime pour _le
lecteur_ cette présence de Sieglinde, cette présence de l'âme de
Sieglinde, _sensible à l'auditeur_-spectateur du Drame intégral,
du _Wort-Tondrama_, du Drame Musical-Poétique-Plastique.--Le
choix de cet arbre?--Sans doute; voici: _Tilleul_, en français,
n'évoque rien; mais si _Tilleul_ se prononçait _Linde_; si _Linde_
était l'un des éléments constitutifs du nom de _Sieg-Linde_,
n'évoquerait-il pas bien des choses? Or tel est le cas; ma
preuve est faite. Il me reste à la compléter par l'étymologie
de Sieglinde, que j'ai promise antérieurement. Tout d'abord le
mot _Sieg_ (victoire) entre dans la composition du nom de chacun
des Wälsungen (_Sieg_-mund, _Sieg_-linde, _Sieg_-fried), ce qui
est logique, Wälse n'étant autre que Wotan, et Wotan s'appelant
quelquefois _Sieg_-vater, le «Père-des-Victoires.»--_Sieg-Linde_
pourrait donc se traduire, à peu près: «_Tilleul_-de-Victoire».
C'est un nom plus ou moins peau-rouge? Je le reconnais; mais
il n'est tel qu'en apparence. Car ouvrons par exemple Schade
(_Alt-deutsches Wörterbuch_, 2e éd., Halle, 1872-82), au mot
_Linde_: nous y lirons que _Linde_ (Tilleul) est ainsi désigné à
cause de la _tendresse_, _délicatesse_, souplesse et flexibilité
du bois, «von der _Weichheit_ und _Nachgiebigkeit_ genannt,
sowol von der weichen Spinde des Baums zwischen Rinde und Kern,
als auch von dem _weichen nachglebichen_ Holze.» Or, _tendre_
(au propre et au figuré), _délicat_ (au propre et au figuré),
ces adjectifs desquels Schade nous a convaincus que le Tilleul
a tiré sa dénomination, se rendent en haut-allemand (_alt et
mittelhochdeutsch_) par _lind_, _lindi_, _linde_, que le même
philologue définit par _weich_ (_tendre_, délicat, sensible),
_sart_ (_tendre_, délicat) _sanft_ (_tendre_, doux, suave), etc.
Pas n'est même besoin de remonter si loin: _lind_ existe encore
au sens de _gelind_, doux, avec les dérivés _lindern_, adoucir,
et _Linderung_, adoucissement.--Il en résulte que _Sieg-linde_
outre l'idée de _victoire_ (_Sieg_), commune à tous les Wälsungen,
évoque l'idée de _tendresse_, douceur; et que, par l'un de ces
jeux de syllabes, désormais connus du lecteur comme si familiers
à Wagner, _Linde_, dernière partie du nom, sert à investir
génialement ici, comme d'une supplémentaire beauté philologique,
l'incomparable poésie, la réalité symbolique, et la musicale
vérité de la _métempsychose maternelle_.]
[Note 466-1: «Le dragon en rampant s'éloigne de son or, qu'on le
sache bien. Sjurd... saisit sa lance terrible et s'arme aussi
de son épée.--La chute d'eau était haute de trente coudées, et
le dragon était couché dessous. _Son ventre reposait sur les
rochers_, mais ses deux nageoires s'élevaient dans les airs...
Et voilà le vaillant Sjurd qui brandit son épée...» (_Chants
des Iles Féroë._)--Touchant la vraisemblance scénique de cet
épisode du Dragon Fafner, dans les conditions toutes spéciales du
_Festspiel-Haus_ de Bayreuth, cf. l'_Avant-Propos_, p. 132, note
(2).]
[Note 467-1: «Sjurd perça le cœur quoiqu'il fût difficile d'y
arriver. Il le perça de sa lance qui avait trente aunes de long.»
(_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 467-2: «Sigurd et Regin montèrent vers la Gnita-Heide et
y trouvèrent _le sentier par lequel Fafnir rampait vers l'eau_.
Dans ce sentier Sigurd creusa une fosse profonde et s'y cacha.
Quand Fafnir quitta l'or sur lequel il était couché, _de sa bouche
il lança du poison_ qui tomba sur la tête de Sigurd. Mais quand
Fafnir passa au-dessus de la fosse, _Sigurd lui plongea son épée
dans le cœur_. Fafnir _se débattait_ et frappait de la tête _et
de la queue_...» Ce récit sommaire, placé en tête du _Fafnismal_
(_Edda_ de Sœmund) et abrégé encore dans _l'Edda_ de Snorro,
donne assez bien l'idée de ce qu'est le combat de Sigurd en
presque toutes les autres sources, y compris les _Chants des Iles
Féroë_. La place me manque ici pour citer davantage.]
[Note 468-1: «Compagnon, compagnon, quel compagnon t'a donné le
jour? De quel homme es-tu le fils, toi qui as osé teindre ton
arme brillante dans le sang de Fafnir? _Ton épée a transpercé mon
cœur... Qui t'a poussé et comment t'es-tu laissé pousser, ô jeune
homme, à me tuer?..._» (_Fafnismal_, dans _l'Edda_ de Sœmund).]
[Note 468-2: «Je m'appelle un prodige, et je marche ci et là
_sans avoir connu de mère_. _Je n'ai point non plus de père comme
les autres hommes._ Je m'avance solitaire.»--«Mon _cœur me
poussait en avant_, mes mains et ma bonne épée ont fait le coup.»
(_Fafnismal._)]
[Note 468-3: «Qui t'a poussé et comment t'es-tu laissé pousser à
me tuer, _ô jeune homme à l'œil lumineux_?» (_Fafnismal._)]
[Note 469-1: «FAFNER: «Je me croyais plus fort que les
autres hommes, et je n'ai trouvé personne qui me résistât.»
(_Fafnismal._)]
[Note 469-2: ... ein _rosiger_ Held...]
[Note 469-3: «GRIPIR: J'ai pu voir dans tout son éclat le
printemps de ta vie.» (_Grepisspà._)]
[Note 469-4: «Le Dragon répondit tandis que son sang s'écoulait:
«Tu dois frapper maintenant Regin le forgeron... Tue maintenant
Regin le forgeron comme tu m'as frappé. C'est le plus méchant des
traîtres; il veut te faire périr.» (_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 469-5: «Mais je te prédis une chose: _cet or_ au son
retentissant, ce métal aux reflets rouges, ces anneaux _te
tueront_...»--«Maintenant, je te le conseille, Sigurd, crois-en
mon avis, et chevauche loin d'ici. Cet or au son retentissant,
ce métal aux reflets rouges, ces anneaux te tueront.»--«Regin
_m'a trahi et te trahira aussi_; _il sera la cause de notre mort
à tous deux_. Fafnir doit quitter la vie, ta force m'a vaincu.»
(_Fafnismal_) Détails tout à fait analogues dans presque toutes
les autres sources (_Völsunga_; _Chants des Féroë_, etc.)]
[Note 469-6: «SIGURD: Dis-moi, Fafnir, toi qui vois l'avenir et
qui sais tant de choses....» (_Fafnismal._)]
[Note 469-A: Ici reparaît le motif de la Malédiction d'Alberich.
(Partition, pages 193, au bas, et 194.)]