Wälsungen_, dit par les basses seules, raconte la destinée
douloureuse de la descendance de Wotan. Ce motif reviendra
souvent; la forme la plus belle en est donnée, selon nous, dans
la Marche funèbre du _Crépuscule-des-Dieux_. Après la réplique de
Siegmund, tandis que les deux amants, longuement se regardent,
ce motif se combine avec le _Motif de la Compassion, ou de
Sieglinde_, auquel, bientôt, vient s'ajouter, plaintivement, le
motif d'amour. (Partition, pages 15 et 16.)]
[Note 321-B: Ici le thème de Hunding. Aux cors d'abord, puis
aux tubas. Brusque figure instrumentale sur de sombres accords.
(Partition, page 16.)]
[Note 322-1: C'est à l'extraordinaire éclat du regard qu'est
reconnaissable, dans la _Völsunga Saga_, la race divine des
Völsungen (Wälsungen), à laquelle, dans le drame de Wagner,
appartiennent Siegmund et Sieglinde.]
[Note 323-1: «Hunding était un roi fort riche, et il a donné son
nom au Hundland. C'était en même temps un guerrier célèbre, et il
avait beaucoup de fils, tous occupés d'expéditions lointaines.»
(_Second Poème sur Helge, le vainqueur de Hunding._)]
[Note 323-2: _Friedmund_ (antonyme de Siegmund):
«Bouche-de-paix», ou «Bouche-qui-proclame-la-paix»; ou,
conformément à d'autres racines (munt en vieux-haut-allemand),
«Protecteur-de-la-paix»; ou encore (?): «Joyeux-dans
(ou de, ou par)-la-paix.»--_Frohwalt_ (antonyme de
_Wehwalt_): «celui-qui-agit-dans-la-joie».--_Wehwalt_,
«celui-qui-agit-dans-la-douleur», ainsi que nous l'avons vu plus
haut.]
[Note 323-3: Wagner s'est souvenu qu'en Scandinavie, le loup est
un symbole de force, de courage et d'indépendance. Dans la saga
d'Egill, le grand-père du héros, pareillement, s'appelle Ulf (Le
Loup): «Ulf était grand et fort; nul n'était son égal.» C'est
presque le texte de Wagner. Le loup était d'ailleurs consacré
à Odin (Wotan). Le _Poème du Corbeau d'Odin_ attribue au dieu
le surnom de «_Père-des-Loups_» (23); et le Siegmund de la
_Völsunga_, métamorphosé réellement en loup, erre, traqué, durant
les neuf jours qu'il garde cette forme (voir ci-dessus, dans
l'Étude d'Edmond Barthélemy, en note, un résumé de la _Völsunga_
d'après M. Ernst). Du reste, en cette saga d'Egill citée plus
haut, un personnage du nom d'Eyvind, ayant troublé par un meurtre
une fête solennelle, est déclaré _loup_, c'est-à-dire anathématisé
et forcé de fuir. Les anciennes lois normandes disaient encore,
réglant la punition de certains forfaits: que le coupable soit
loup, _wargus esto_!--Tegner, en son fameux poème, met aussi dans
la bouche de _Frithiof_ cette expression: «Oui, j'ai incendié le
temple de Balder, et l'on m'appelle _varg i veum_,» c'est-à-dire
_loup dans le sanctuaire_.--Ainsi Wotan a pris et fait prendre à
Siegmund ce rôle de révolté contre l'ordre établi: «A la façon
des bêtes sauvages, avec lui j'errai par les bois; contre les
lois faites par les Dieux, j'exaltai sa témérité», racontera-t-il
un peu plus loin: pourquoi?--c'est ce qu'alors on verra.--Quant
à savoir dès à présent que _Wolfe_, Le Loup, c'est bien Wotan,
comment donc y parvenons-nous? Le poème ne le dit pas, c'est
vrai, mais la musique l'exprime assez: à l'orchestre, le thème du
Walhall.]
[Note 324-1: _Die Neidinge_, «les Fils-de-l'Envie», «les
Fils-de-la-Haine».]
[Note 324-2: «Le roi Sigmund et sa race portaient le nom de Vœl
et d'_Ylfing_» (c'est-à-dire _Louveteau_, _Wolfing_ en allemand)
lit-on dans le recueil de Sœmund, au _second chant sur Helge,
vainqueur de Hunding_. Et la nouvelle _Edda_ l'appelle «fils de
_Wolfung_».]
[Note 325-A: O douceur nostalgique du thème de Walhall, que
l'orchestre murmure ici;--évocation glorieuse et tendre.
(Partition, page 26.) Je considère ce passage comme un de ceux
où la conception musicale de Wagner a pleinement réalisé son
but. Aucune parole ne saurait donner une idée de la sérénité
douce du thème de Walhall, dans _Rheingold_ (Voy. la partition
de _Rheingold_, page 213). Mais la situation dramatique double,
ici, l'émotion musicale. La confiante plénitude du thème
(cf. _Rheingold_) s'estompe ici, suavement, des brumes d'une
mélancolique souvenance:
Il est amer et doux, durant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever...
Un motif d'amour (Siegmund et Sieglinde), succède immédiatement à
ce thème. (Partition, page 26, en bas.)]
[Note 326-1: Outre les trois Nornes proprement dites, desquelles
il est ailleurs parlé, «il y a plusieurs sortes de Nornes,» lit-on
dans l'_Edda_ de Snorro: «Celles qui assistent à la naissance des
hommes pour leur donner la vie sont de race divine,» etc. «Les
Nornes d'origine céleste donnent le bonheur; quand les hommes
tombent dans l'infortune, c'est aux méchantes Nornes qu'il faut
l'attribuer.»]
[Note 326-2: La situation et certaines paroles de Helge et de
Sigrun, dans un chant de l'_Edda_ de Sœmund (le _Poème Antique
sur les Vœls_) offrent des analogies telles avec ce récit de la
_Tétralogie_, qu'elles en pourraient bien être l'origine. Cette
observation ne s'adressant qu'à de bien rares personnes initiées,
je n'insisterai ni ne citerai.]
[Note 327-1: _Friedmund_,--_Voir_ la note (2) de la page 323.]
[Note 327-2: _Wolfing_, «Fils-du-Loup»; _Hunding_,
«Fils-du-Chien». Ce sont des ennemis naturels.]
[Note 327-3: Ce sont, ai-je remarqué, des ennemis naturels: l'un,
sauvage; l'autre, domestique, ou plutôt loup domestiqué, si
asservi à la coutume, qu'il ajournera sa vengeance afin d'observer
strictement la loi sociale de l'hospitalité.]
[Note 327-A: A ces dernières paroles de Siegmund, l'orchestre
émet, pour la première fois, le grand motif héroïque de la Race
des Wälsungen (partition, page 32), thème dont le rôle est
considérable dans l'œuvre. On remarque d'abord, entre ce thème
et celui du Walhall, une affinité tout indiquée; elle suggère que
les Wälsungen sont fils de Wotan. Le motif héroïque des Wälsungen
est cependant d'une couleur infiniment plus sombre que celui
du _Walhall_. (N'oublions pas le Motif de la Fuite, propre à
Siegmund.) Nous entrevoyons, dès maintenant, la destinée tragique
des Wälsungen. Il n'est pas inutile de dire que ce thème est formé
de deux motifs qui reviennent parfois isolément dans la suite.]
[Note 328-1: Les lecteurs qui connaissent le _Nibelunge-nôt_
peuvent se souvenir des paroles de Hagene de Troneje, adressées
(XXXe aventure) aux Hiunen qu'il devine hostiles: «Je doute
qu'aucun de vous exécute le projet que vous avez formé. Mais, si
vous voulez commencer, attendez jusqu'à demain au matin. Nous
sommes étrangers, laissez-nous donc reposer cette nuit.» (Trad.
Laveleye, p. 271.)]
[Note 328-2: «La discorde et l'inimitié régnaient entre Siegmund
et Hunding, et ils se tuaient réciproquement leur parents.»
(_Second chant sur Helge, vainqueur de Hunding._)]
[Note 328-A: Au moment où Sieglinde, se retournant vers Siegmund,
lui montre des yeux, tenacement, le tronc du frêne, l'orchestre,
très doucement, comme pour exprimer la secrète pensée de
Sieglinde, déroule le thème de l'épée (partition, page 35, en
bas). (Voy. _Rheingold_, partition, page 212.) Le second motif
du Thème héroïque des Wälsungen, motif qui semble exprimer plus
particulièrement une idée d'amour, reparaît un peu avant le thème
de l'Epée;--significatif.]
[Note 329-A: Un passage orchestral précède ces paroles de
Siegmund: «Une attente mortelle se fait, dit M. Ernst,--à peine
coupée par de sourdes pulsations des timbales, auxquelles répond
l'obscur accord des tubas, enveloppant une lente ébauche du thème
de l'épée (partition, page 37, les 4 premières portées). Sous une
note sans cesse répétée par les cors (5me portée), la trompette
basse dessine le motif du Glaive, nettement cette fois, mais dans
le mode mineur (6me portée). Un _trémolo_ croissant commence
aux altos et aux violons, sur une basse qui monte par degrés
chromatiques, tandis que les cors prolongent leur pédale, et le
cri de Siegmund éclate.»]
[Note 329-B: La fanfare de l'épée revient ici, solennellement,
avec force, lancée par la trompette en _ut_. (Partition, page 39,
6me portée.) Elle reste tressée dans l'orchestre durant tout ce
monologue de Siegmund (hautbois-trompette-cor). (Partition, pages
39 à 43.)]
[Note 330-A: Les deux thèmes du Glaive et de Walhall alternent
durant tout ce récit de Sieglinde (partition jusqu'à la page
47). Le thème du Glaive souligne principalement ces paroles de
Sieglinde:
«C'est au plus Fort qu'elle fut destinée...»
Le thème de Walhall (toute l'âme de Wotan, cette harmonie!)
enveloppe nostalgiquement cette phrase:
«Un Etranger alors entra..., un Vieillard.» (Wotan).
Mais à ces nouvelles paroles de Sieglinde:
«O si je le trouvais aujourd'hui, l'Ami...,»
un nouveau motif triomphal, un thème très allègre, appelé «Cri
de victoire des Wälsungen» ou encore l'«Appel des Wälsungen»,
jaillit résolument; moins grave que les thèmes précédents, il
forme comme une transition entre ces thèmes et les motifs d'amour
qui, maintenant, vont dominer jusqu'à la fin de l'acte (partition,
page 47).--Le motif de l'«Appel des Wälsungen» exprimerait la joie
des deux amants se retrouvant enfin. Il revient plusieurs fois
ensuite. (Partition, pages 48, 49.)--Le début du lied du Printemps
semble une réminiscence de ce motif. (Partition, page 52.)]
[Note 331-1: Dans l'orchestre, le thème du Walhall.--D'ailleurs le
signalement du _Vieillard_ est conforme à la tradition norraine
sur Odin (Wotan); _der blinde Greis_, le nomment certaines
sagas: j'ai déjà noté (Or-du-Rhin, p. 248) qu'il est un Dieu
borgne, ici comme dans la _Völsunga_, et pourquoi il est un Dieu
borgne.--L'_Edda_ de Sœmund lui donne encore, entre autres
surnoms, celui de _Siddhötr_ ou _Sidhatter_ (_Poème de Grimmer_,
48), en allemand _der breithütige_ (Grimm, _Deutsche Mythologie_),
c'est-à-dire «celui-à-l'ample-chapeau». Il est, dans le même
poème, «vêtu d'un manteau bleu» (comparez ci-dessous _Siegfried_,
p. 429). Enfin la _Völuspa_ l'appelle (21) «le vieillard, l'auteur
des Ases», et l'on a pu voir par une note (p. 322) que la race
de Wälse (dans la _Tétralogie_: Wotan) se reconnaît à l'éclat du
regard.]
[Note 333-1: Cette «sœur» du Printemps, c'est l'Amour (se
souvenir que le vocable «amour» dans la langue allemande, est un
féminin): «l'Amour, _cachée_ au fond de nos âmes...» On voit donc
que moi-même, pour cette fois, j'ai fait d'«amour» un féminin,
comme plus d'un exemple classique et poétique m'y autorise.]
[Note 333-A: Ici commence le célèbre _lied_ du Printemps
(partition, page 52), constitué par le thème d'Amour de Siegmund
et Sieglinde, le thème du Printemps, ceux de la Fuite (encore),
de l'Epée, du Walhall... Il faut leur ajouter le thème des
_Pressentiments_, nouvellement entendu, mais de la même venue que
le motif d'Amour, et qui exprime le pressentiment qu'ont les deux
amants de leur parenté divine. Cela prépare à la foudroyante scène
du Glaive retrouvé.]
[Note 335-1: Ce ne sont point ici lieux communs d'amour, puisque,
frère et sœur, Siegmund et Sieglinde se sont, en effet, vus toute
leur enfance.]
[Note 335-2: Ici encore, nul lieu commun: cette ressemblance, si
naturelle, avait déjà frappé Hunding.]
[Note 335-3: _Voir_ la note (1) de la page 322, et la note (1) de
la page 331.]
[Note 336-1: _Wehwalt_, voir la note (1) de la p. 321, et la
note (2) de la p. 323.--Se rappeler ainsi le sens du nom, afin
de comprendre bien la réplique de Siegmund.--Même remarque pour
_Friedmund_, plus bas.]
[Note 336-2: _Friedmund_, voir la note (2) de la p. 323.]
[Note 336-3: Pour la filiation de Siegmund, Wagner a beaucoup
simplifié: Völsung est le nom de son père d'après la _Völsunga_,
sans qu'on y voie clairement si Völse (Wälse), le père de
Völsung, est Odin (se reporter à l'Étude d'Edmond Barthélemy, p.
201).--De même un chant de l'ancienne _Edda_ (_second chant sur
Helge vainqueur de Hunding_) dit de Siegmund: «Le roi Sigmund
Vœlsungsson...» Et, plus loin: «Le roi Sigmund et sa race
portaient le nom de Vœl...»--Enfin le _Lai_ (anglo-saxon) _de
Beowulf_ donne le nom de Wälse au père de Siegmund.--Consulter
d'autre part, ci-dessus, la note (1) de la page 331.]
[Note 337-1: «Saluons le Père-des-Armées à l'esprit clément; il
donne de l'or et récompense ceux qui le méritent. Hermod eut de
lui une cotte de mailles, et _Siegmund un glaive_.» (_Edda_ de
Sœmund, _Poème de Hyndla_, 2.)]
[Note 337-2: _Siegmund_ (antonyme de _Friedmund_),
«Bouche-de-Victoire» ou «Bouche-qui-proclame-la-Victoire», etc.
Voir ci-dessus la note (2) de la p. 323, sur _Friedmund_, en y
substituant partout le vocable «_victoire_» au mot «_paix_.»]
[Note 337-3: Au risque d'ennuyer certains, je crois devoir une
fois de plus, en ce passage capital, répéter qu'à l'idée de
«détresse» doit s'ajouter presque toujours, en cette traduction
de la _Tétralogie_, une idée de contrainte ou de nécessité. C'est
sous l'empire de cette contrainte, de cette nécessité suprême,
que Siegmund profère ces paroles et nomme son glaive: «Nothung!
Nothung!»]
[Note 337-4: _Nothung_ se traduit: «_Fils-de
la-Détresse_» (tel est le sens auquel je m'arrête);
«Celui-qu'on-trouve-dans-la-Détresse» (M. Ernst); «_Urgence_» (M.
Schuré); «_Détresse_» (Victor Wilder).--Ce glaive est tellement,
pour ainsi dire, un personnage actif de la _Tétralogie_, que j'ai
cru devoir lui garder son nom sans plus le traduire qu'on ne
traduit Siegmund, ou Brünnhilde, ou bien Hunding, etc.--_Voir_
ci-dessous la note (1) de la page 447.]
[Note 338-1: Il s'agit d'expliquer la portée de cet «inceste».--Si
l'on veut bien prendre la peine de se référer à l'analyse de
la _Völsunga_ (pp. 201-204), on y trouvera, dans les amours
de Siegmund et de sa sœur Signy, le prototype de celles de
Siegmund et Sieglinde. Pour les amants de la _Völsunga_, le but
est, avant tout, d'engendrer un Héros qui soit AUTHENTIQUEMENT
de _leur_ race, afin de les pouvoir mieux venger, l'un et
l'autre, d'affronts communs: bref, un Völsung qui soit Völsung en
chacune des gouttes de son sang. N'oublions pas que nous sommes
en plein milieu barbare; mais plutôt (car cela ne prouverait
pas grand'chose), n'oublions pas que nous sommes en pleine
saga _mythique_. Or, que de Mythes ne reposent-ils pas sur un
inceste! que de cosmogonies tout entières!... L'inceste est au
début de la _Genèse_ hébraïque (on peut le rappeler,--car c'est
notoire,--sans craindre d'offenser personne), il s'y étale même
par la suite, lorsqu'il a cessé d'être utile à la reproduction de
notre espèce, et quand l'aînée des filles de Loth, textuellement,
dit à sa sœur: «Notre père est vieux, et il n'y a point d'homme
dans la contrée pour venir vers nous, selon l'usage de tous les
pays. Viens, faisons boire du vin à notre père, et couchons
avec lui, _afin que nous conservions la race de notre père_.»
Observons, fait d'ailleurs remarquer H. Ernst, «observons que
Wagner a rendu excusable l'acte des deux Wälsungen, l'a fait
presque nécessaire, l'a glorifié de douleur et d'enthousiasme, en
montrant l'éclosion de l'amour avant la révélation de la parenté,
en posant la souffrance imméritée et la sympathie réciproque du
persécuté et de l'esclave, la pitié sainte et le pur dévouement,
comme préliminaires et causes de cet amour. La plus extrême
angoisse d'un péril mortel, l'obligation pour Siegmund de sauver
Sieglinde et de se défendre lui-même, la volonté enfin de Wotan,
qui a conduit le frère près de la sœur (à l'endroit où l'épée
vierge attend, enfoncée au cœur de l'arbre, la main du héros
prédestiné), cette volonté qui ouvre la porte de la sinistre
demeure, et enveloppe le couple de toute la joie de la nature, de
toute l'ivresse du printemps,--autant de raisons dramatiques qui
emportent nos résistances et contre lesquelles s'émoussent les
objections. Une sorte de droit primordial de l'amour apparaît,
s'arme de toutes les négations qu'il a subies, de toutes les
violences endurées, et triomphe, avec fureur, avec délire, de tous
les obstacles opposés à sa manifestation.»]
[Note 338-A: A ce geste, l'orchestre éclate. La fanfare du Glaive
jaillit (partition, page 74).
Elle reparaît, mais plus douce, à travers les thèmes d'Amour et de
Printemps qui reviennent.
Le chant de Siegmund, avant le geste, a ramené, par frissons, le
chant de Erda, lorsque dans _Rheingold_, elle prophétise la fin
des Dieux. Si l'on note que les paroles de Siegmund, ici, sur
cette sombre mélodie, sont toutes d'allégresse, on sentira, du
fait même de ce contraste sinistre, toute la force de la tragique
fatalité attachée au descendant de Wotan.]
[Note 340-1: C'est à Fricka qu'il «appartient» comme le prouve la
fin de cet Acte Deuxième. Il semble qu'ici, de la part de Wagner,
il y ait eu confusion consciente, analogue à telles confusions,
involontairement établies, par plus d'un docte mythographe,
entre Fricka (Frigg) et Freya:--«Freya,» dit l'_Edda_ de Snorro,
«possède le palais de Folkvaug, et, lorsqu'elle se rend à
cheval sur le champ de bataille, une moitié des hommes tués lui
_appartient_; l'autre est à Odin,» etc.]
[Note 340-2: «Maintenant j'ai dit les noms des _vierges du dieu
de la guerre, des valkyries prêtes à chevaucher vers le champ de
bataille_.» (_Völuspa_, 24.)]
[Note 340-A: Le thème de l'Épée reparaît, transformé, dans le
Prélude du 2e Acte, où l'on retrouve aussi des motifs d'amour
et de fuite. Les motifs d'amour sont des réminiscences de la
Mélodie du Regard et du Lied du Printemps. Ils se combinent,
significativement, avec une transformation du motif de la Fuite
(Cf. fuite de Siegmund et de Sieglinde, fin du 2e acte). Y est
aussi donné le motif principal de la Chevauchée des Walküres (à la
fin du Prélude) (partition, pages 80 à 83).]
[Note 341-1: Ces béliers, tant reprochés à Wagner dramaturge--en
vérité, pourquoi reprochés?--ces béliers, qui vont apparaître sur
la scène, sont _annoncés_, ainsi qu'on le voit. Il est d'ailleurs
notoire que Wagner y tenait fort, et se fâcha même avec le baron
de Hülsen, qui lui proposait de représenter le _Ring_, mais à la
condition que fût supprimé le «bétail».--A une époque où tout
le monde est, veut ou croit être «symboliste», il ne devrait
cependant pas être bien difficile de découvrir quelles bonnes
raisons,--non point seulement traditionnelles,--Wagner avait
d'atteler quand même deux béliers au char de Fricka, «sagesse»
et convention, morale, règle et coutume, gardienne de l'honneur
d'un Hunding! et j'en suis encore à chercher: pourquoi tel, non
des moindres entre les wagnéristes, lors de la première des
représentations de «_La Valkyrie_» à la Monnaie, souhaitait de
voir la «ménagerie» du _Ring_, une bonne fois, sais-tu? «à la
cantonade».]
[Note 341-2: «Le Père de tous est puissant, les alfes ont du
discernement..., les nornes indiquent sur leurs boucliers la
marche du temps..., les hommes souffrent..., _les walkyries
aspirent après les batailles_.» (_Edda_ de Sœmund, _Poème du
Corbeau d'Odin_, 1.)]
[Note 342-A: Pendant cette scène, un motif important est développé
à l'orchestre: c'est le thème de _la grande douleur de Wotan_. Ce
motif prédomine ici; il caractérise la lutte intérieure de Wotan.]
[Note 343-1: Fricka ne considère pas, ne veut pas considérer si
des époux s'aiment, ou ne s'aiment pas. Elle est la Gardienne de
l'ordre établi; elle est surtout, c'est ce qu'il faut bien saisir,
le principe d'ordre de Wotan, dieu organisateur du Monde. Que
les obtus ne viennent donc point nous parler, pour la critiquer,
d'une «scène de ménage» imitée d'Homère. En une note de la
Scène Deuxième de l'_Or-du-Rhin_, je disais: «Donc Fricka est,
personnifiée, cette gorgée d'eau de la source de sapience; elle
est la «sagesse» acquise par Wotan, incarnée par Wagner pour faire
vivre _à nos yeux_ les _dramatiques luttes intérieures_ de cette
sublime âme de Wotan, de cette immense âme d'Homme divinisé; c'est
ainsi que s'incarnera plus loin, en cette admirable Brünnhilde, la
vivante Volonté d'aimer révoltée, dans le cœur du dieu, contre
la froide sagesse, contre l'étroite coutume,--contre Fricka.»
Si d'aucuns en doutaient encore, une lettre de Wagner va faire
cesser leurs doutes: «... le combat», dit-il, «de Wotan contre son
inclination, d'une part, et Fricka (_die Sitte_), d'autre part.»
(Lettre à Uhlig, du 12 nov. 1851.) Or, quel est donc le sens de
_Sitte_? Voici: c'est la morale fondée sur la coutume, sur les
hypocrites conventions sociales: «Tes facultés n'embrassent, des
choses, que leurs habituels rapports, tandis que ma raison cherche
un ordre inconnu!»]
[Note 344-1: A présent que le lecteur ne peut douter, d'après ces
notes, du sens symbolique de Fricka, je laisse à sa perspicacité
le soin et le plaisir d'apercevoir, sous l'interprétation concrète
et transparente, nécessaire à la vie et au mouvement du drame,
la signification profonde, âme de cette vie tout extérieure.
A quiconque sait lire est-il nécessaire d'expliquer ce que
Fricka veut dire par les «adultères» de Wotan? L'un d'eux, le
plus important pour la marche du drame, n'est-il pas expliqué
ci-dessous, par Wotan lui-même, à Brünnhilde? «Savoir! rongé du
besoin de savoir, le Dieu bondit du ciel jusqu'aux entrailles
du Monde. Charmée par un philtre d'amour, la Wala» (Erda, la
Nature), «la Wala me répondit enfin. Je l'avais connue; et c'est
ainsi que vous eûtes pour mère, toi, Brünnhilde, avec tes huit
sœurs, la plus savante sibylle du Monde.» Wotan a forcé la Nature
d'enfanter suivant son Désir,--puisque la Walküre est appelée
_Wunschmaid_. Et de là sort le rôle de Brünnhilde; de Brünnhilde,
_strahlende Liebe_, radieux Amour; de Brünnhilde, Wotan féminin,
etc.--L'«adultère» de «Wälse» et ses conséquences, c'est-à-dire
l'infidélité de Wotan à l'ordre établi par lui-même, donneraient
lieu à des commentaires tout analogues. Mais je ne peux guère plus
prolonger que je ne veux multiplier des notes ayant le caractère
de celle-ci. Mon but n'est nullement d'y tout dire, un volume
n'y suffirait point; mon but est de montrer aux lecteurs, peu
familiarisés avec l'esprit de Wagner, qu'ils se feraient de ses
drames une idée très fausse en jugeant, d'après leur surabondante
vie extérieure, que cette vie n'est pas le «symbole», si l'on
veut, d'une plus surabondante encore vie intérieure. Mon but est
de montrer à ces mêmes lecteurs, par quelques exemples entre
mille, à quels points de vue il faut se placer pour d'abord, comme
eût dit Rabelais, notre Rabelais, «fleurer, sentir et estimer ces
beaux livres»; pour, ensuite, «par curieuse leçon et méditation
fréquente, rompre l'os et sugcer la substantifique mouelle.» Car
il n'est point du tout honteux d'ignorer l'œuvre de Wagner; il
n'est point honteux, pour qui la connaît, de l'attaquer au nom
d'une idée précise; mais il serait ridicule et triste et pitoyable
et criminel de la lire sans y rien comprendre, uniquement parce
que c'est la _mode_ de paraître admirer Wagner. Eh bien, par
l'interprétation de quelques passages, donnée en note, chacun
pourra se faire une idée de ce qu'il y a sous le sens concret de
presque chaque phrase; chercher ce second sens parallèle;--et
s'il ne le trouve pas, c'est qu'il voudra bien! A moins... mais
n'injurions personne!]
[Note 345-1: Depuis nombre de pages déjà, je ne m'astreins
plus à signaler les transpositions dramatiques opérées par moi
dans cette traduction, toutes conformes au sens général de
l'œuvre et aux prolongements de la musique. Pour n'en pas tout
à fait perdre l'habitude, donnons un passage littéral, dont
la lettre n'eût point convenu à cette adaptation, en prose,
d'un Drame-Musical-Poétique-Plastique.--Il y a donc ici, dans
l'original: «Car ta femme, tu [la] craignais encore de sorte--Que
la troupe des Walküres,--Et Brünnhilde même,--_Fiancée de
ton Désir_,--Tu [les] livras en obéissance respectueuse à la
Maîtresse.» Ce qui signifie que Wotan soumettait encore, aux
Règles de l'Ordre établi, ses Désirs d'un «ordre inconnu».]
[Note 346-1: Littéralement: «[C'est le] dès toujours
Accoutumé--Seulement [que] tu peux comprendre:--Tandis que, ce qui
encore jamais ne s'est réalisé,--[C'est] à cela [qu']aspire ma
pensée.»]