lorsqu'Odin s'y assied, son regard embrasse tout l'univers, toutes
les actions des hommes.» (_Edda_ de Snorro, p. 39.)]
[Note 288-1: «Odin envoya Loki à Schwarzalfenheim. Celui-ci se
rendit auprès du nain Andwari, qui nageait dans l'eau sous forme
de poisson. Loki le saisit, le retint, et lui demanda pour rançon
tout l'or qu'il possédait dans ses rochers, et c'était un immense
trésor.» (_Edda_ de Snorro).]
[Note 288-2: «Alors Loki parla ainsi: «... Sauve maintenant
ta tête des rets de Hel et livre-moi la flamme des eaux, l'or
brillant.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur_.)]
[Note 289-1: «Le nain cacha sous sa main un petit anneau d'or...
demanda de pouvoir garder cet anneau, parce que, par son moyen,
il pourrait de nouveau augmenter son trésor.» (_Edda_ de Snorro.)
_L'Edda_ de Sœmund (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur_) semble
ignorer que l'anneau possède une telle vertu; du moins n'en
fait-elle pas une explicite mention.]
[Note 289-2: «Prenez garde», a dit Alberich un peu plus haut, «si,
du fond des gouffres muets, l'or du Nibelung s'élève à la lumière
du jour!»]
[Note 290-1: «Rei, fœdissimæ per se, adjecta indignitas est.
Pondera ab Gallis allata iniqua, et, tribuno recusante, _additus_
ab insolente Gallo _ponderi gladius_; auditaque intoleranda
Romanis vox: _Væ victis esse_.» (Tite-Live, V, 48.)]
[Note 290-2: Wotan se verra dire la même chose, un peu plus
loin, par les Géants; et, dans _le Crépuscule-des-Dieux_,
réclamant à Siegfried l'Anneau, les Filles-du-Rhin la répéteront,
textuellement, en les mêmes termes. Qu'on veuille bien se reporter
à ma note antérieure, sur la symétrie chez Wagner et dans les
poèmes dramatiques des Grecs (p. 264, note 2).]
[Note 290-3: _Voir_ ci-dessous la note (1) de la page 292.]
[Note 291-1: Je rappelle ce que j'ai dit plus haut, mais que je ne
répéterai guère chaque fois: à savoir, qu'à l'idée de «détresse»
doit s'ajouter presque toujours, en cette traduction de la
_Tétralogie_, une idée de contrainte ou de nécessité.]
[Note 292-1: «Loki voyait tout l'or que possédait Andwari. Mais,
quand celui-ci eut livré tout le trésor, il retenait encore un
anneau. Loki le vit et le lui enleva aussi.» (_Sigurdakvidha
Fáfnisbana önnur._) «Loki le vit et lui ordonna de donner aussi
l'anneau. Le nain demanda de pouvoir garder cet anneau... mais
Loki lui répondit qu'il ne lui laisserait rien, et, lui prenant
l'anneau, s'en alla.» (_Edda_ de Snorro.) «Il retourna vers la
demeure de Hreidmar et montra l'or à Odhin, et, quand Odhin vit
l'anneau, il le trouva beau. Il s'en empara...» (_Id._)]
[Note 293-1: La Malédiction d'Alberich a, sur le développement
de l'«action» (jusqu'à la conclusion du _Crépuscule-des-Dieux_),
une influence trop décisive pour que je ne tienne pas à donner
ici, à côté de mon adaptation toute _dramatique_, la littéralité
du texte. Si l'adaptation dramatique était en effet nécessaire
pour produire, en première lecture, l'impression du mouvement de
ce passage capital, la littéralité n'est pas moins nécessaire
à quiconque voudrait, l'œuvre lue, en approfondir à loisir le
sens et les correspondances (j'ai souligné, _en italiques_, les
plus intéressantes de ces correspondances):--«Comme par [une]
Malédiction il ne réussit,--Maudit soit cet Anneau!--S'[il] donna,
[par] son Or,--A moi, [une] puissance sans mesure,--Que désormais
_son charme engendre_--_Mort_ pour qui le porte[ra]!--_Nul
joyeux [ne] doit--Se réjouir de lui_;--Qu'à nul heureux [ne]
rie--Son splendide éclat;--Qui le possède[ra],--[Que] le
ronge l'angoisse,--Et qui ne l'a[ura] pas,--[Que] le dévore
[l']envie!--[Que] chacun soit-avide--De son bien,--Mais [que]
nul [ne] tire-profit,--Avec utilité, de-lui;--Sans avantage
[que] le garde son Maître,--Mais [qu']il attire vers lui
l'égorgeur!--_Voué à la mort,--[Que] la Peur enchaîne le
lâche_;--[Qu']aussi longtemps [qu']il vit (vivra),--Il en meure,
consumé [de désir]--Maître de l'Anneau,--_Comme_ [s'il était]
_esclave de l'Anneau_:--Jusqu'à-ce-qu'_en ma main--De nouveau je
tienne le volé!_--[C'est] ainsi [que] bénit,--Dans [sa] détresse
suprême,--[C'est ainsi qu'il bénit] son Trésor, le Nibelung!»]
[Note 293-A: Deux thèmes servent de base à l'Imprécation
d'Alberich: _la Malédiction d'Alberich_ et le _Motif de
Destruction_,--d'anéantissement,--indiquant l'entreprise continue
du ténébreux pouvoir contre le règne et l'existence même des
Dieux. (Partition, pages 174-175 et suivantes.)]
[Note 294-1: «Alors le nain dit que quiconque posséderait cet
anneau, le payerait de sa vie. Loki reprit qu'il pouvait en
advenir ainsi qu'il le disait, mais que ce serait l'affaire de
celui qui posséderait l'anneau à l'avenir.» (_Edda_ de Snorro.)
«Le nain se rendit au Burg et dit: «Maintenant cet or que Gustr
possédait causera la mort de deux frères et de huit nobles
guerriers. Nul ne jouira de mon or.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana
önnur._)]
[Note 295-1: Les Géants sont, par les _Eddas_, surnommés
fréquemment «les baleines des montagnes» (_Poème de Hymer_, 35);
«les habitants de la montagne» (_Id._, 17), etc.]
[Note 296-1: Comparer ce passage de l'_Edda_: «Dans la cour se
promenaient les troupeaux à cornes d'or, les bœufs noirs, la
joie du géant: «J'ai de l'or, j'ai des perles, Freya seule me
manquait.» (_La Recherche du Marteau._)]
[Note 296-2: Littéralement: «la Fleurissante.»]
[Note 296-3: Mon collaborateur Edmond Barthélemy a parfaitement
mis en lumière (IVe partie de son Étude) avec quel génie créateur
Wagner a transposé de l'_Edda_ toute cette admirable scène
poétique. Je prie donc le lecteur de se reporter ci-dessus, à la
page 194, pour les sources. Je rappelle seulement que, dans les
_Eddas_, les Dieux, dont Odin et Loki, ayant tué une loutre Otur,
fils métamorphosé d'un certain Hreidmar, le père et les frères de
la loutre se saisissent des meurtriers: «On écorcha la loutre, et
Hreidmar, ayant pris la peau, dit qu'il fallait la remplir d'or
rouge, puis la recouvrir aussi d'or extérieurement, et qu'ainsi
ils achèteraient la paix.» (_Edda_ de Snorro.)]
[Note 297-1: Snorro, dans son _Edda_, citant la _Völuspa_, prête
au Donner scandinave (Thor) une semblable fureur quand les Dieux
ont «promis de livrer la femme d'Od (Freya) à un rejeton des
Géants... car il reste rarement tranquille, lorsque de pareilles
choses viennent à ses oreilles.»]
[Note 298-1: Voir la note (1) de la page 253.]
[Note 298-A: Ici la Mélodie de Freya revient à l'Orchestre.]
[Note 299-1: Voir d'abord la note (3) de la page 296: «Les Ases
délivrèrent le trésor à Hreidmar, remplirent la peau de la loutre
et la placèrent debout sur ses pieds. Les Ases devaient encore
l'entourer d'or et l'en couvrir complètement.» (_Sigurdakvidha
Fáfnisbana önnur._) «Quand cela fut fait... Hreidmar s'approcha,
_examina tout avec grande attention_, et aperçut _un poil de la
barbe_. Il exigea qu'il fût aussi caché, que sinon le traité
serait rompu.» (_Edda_ de Snorro.)]
[Note 299-2: Voir la note (2) de la page 200.]
[Note 300-A: A cette indication scénique, apparaît le motif
de Erda, Déesse de la Terre. Ce thème,--analogie tout à fait
intéressante et profonde,--n'est autre que la Mélodie primitive
réapparue, mais en mineur et dans la mesure en 4 temps (elle
est, dans le Prélude, en 6/8); puis elle revient avec la forme
majeure, comme dans le Prélude, mais toujours rythmée à 4 temps,
à ces paroles de Erda: «J'ai trois filles dès l'Éternité conçues»
jusqu'à celles-ci: «Mais cette fois quelque immense péril...»
Et le thème se prolonge, en se modifiant, jusqu'à la disparition
de Erda. (Partition, pages 192-193-194.) Le Thème du Crépuscule
des Dieux est également donné dans ce passage. (Partition, page
194.)]
[Note 301-1: C'est-à-dire «l'Originelle-Wala». Vola ou Vala
était le nom réservé, chez les Scandinaves, à des prophétesses
qu'on appelait, en telles circonstances, pour prédire l'avenir.
En traduisant par «l'âme antique» (de l'impérissable univers),
je ne fais que développer logiquement, dramatiquement, le sens
intégral, le sens le plus compréhensif, tel que le révèlent et
la musique et l'ensemble du rôle d'Erda, dans le _Rheingold_ et
dans _Siegfried_, sans oublier les allusions qu'y fait Wotan,
dans la _Walküre_. Dans tous les cas, quelque respect que je
professe pour M. Schuré, je ne puis me rallier à sa version:
«Celle-qui-_choisit_-originairement.» Personnification de
la Terre, âme _passive_ autant qu'omnisciente de la Nature,
antérieure aux dieux comme à l'homme, survivant aux dieux comme à
l'homme, dont le Désir ou la Volonté suivie d'effort parviennent à
la dompter parfois, et parfois à la pénétrer,--Erda, en aucun vers
de la _Tétralogie_, n'est «Celle-qui-_choisit_-originairement»--Il
convient de rappeler que, dans l'_Edda_, c'est une «Vola» aussi
qui, par la _Völuspa_, cette Apocalypse du Nord, raconte ou plutôt
suggère en des vers, tour à tour obscurs, bizarres et sublimes, sa
vision terrible et confuse des destinées, et notamment de la Fin
des Dieux.]
[Note 302-1: C'est en effet la nuit que Wagner (Prologue
du _Crépuscule-des-Dieux_) nous mettra devant les yeux les
Nornes.--Traducteur, il m'importe de placer ici une observation
d'ordre général. Le texte porte bien: «révèlent» (littéralement:
«disent»); mais, critiquant ci-dessus une interprétation de
M. Édouard Dujardin, j'ai eu l'occasion d'expliquer comment
le présent a, chez Wagner, assez souvent le sens du futur
(transposition nécessitée par le caractère analytique du futur
allemand, lequel, alourdi d'un auxiliaire, se prête mal, en raison
de cet élément logique, aux synthèses tout émotionnelles de la
mélodie concordante; transposition qu'autorisaient, non seulement
l'esprit et l'exemple des vieux textes nationaux, mais,--puisque
Wagner recherchait la «conversation idéale»,--l'emploi de cette
forme, simplifiée, dans la _conversation_ moderne). Aussi
une traduction qui, n'étant pas totale, n'aurait pas à tenir
compte des réactions constantes, réciproques, de toutes les
parties des quatre Drames, pourrait-elle rendre mon «révèlent»
par le temps futur: «révéleront» («diront»). C'est l'une des
critiques que je prévois, comme j'en aurai prévu bien d'autres;
mais, d'avance, je ne l'accepte point: le présent n'est-il pas
éternel pour celle qui vient de déclarer: «Tout ce qui fut m'est
connu; tout ce qui devient, je le vois; tout ce qui sera, je le
prévois»?--Plusieurs fois, dans le cours des Drames, j'ai ainsi
modifié, wagnériennement toujours, la stricte concordance des
temps: ces modifications, je ne les signalerai plus. J'annonce
seulement que c'est par des réflexions de ce genre que sera
déterminé, plus loin, l'emploi des temps du verbe dans la scène
des Nornes (Prologue du _Crépuscule-des-Dieux_).]
[Note 303-1: «La savante Wola sait beaucoup de choses. Je vois
dans l'éloignement les ténèbres se répandre sur les puissances,
et leur dernier combat.» (_Volüspa_.) «Le soleil commence à
s'obscurcir, la terre s'enfonce dans l'Océan, les brillantes
étoiles disparaissent, la fumée s'élève en tourbillons, et les
flammes jouent avec le ciel lui-même.» (_Id._)]
[Note 304-1: Voir d'abord la note (1) de la page 299: «Odin
prit l'anneau Andvara-naut et cacha le poil sous l'anneau»
(_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur_) «et dit qu'ainsi il avait payé
sa composition pour la mort de la loutre.» (_Edda_ de Snorro.)]
[Note 304-2: «Fafnir et Regin exigèrent de leur père une part de
la composition payée pour la mort de leur frère. Mais Hreidmar
refusa. Alors Fafnir saisit son épée, tua son père Hreidmar
pendant son sommeil. Hreidmar mourut, et Fafnir prit tout l'or
pour lui seul. Regin réclama sa part de l'héritage paternel; mais
Fafnir refusa.» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur._)]
[Note 305-1: Voir d'abord la précédente note.--«Regin demanda
que Fafnir lui remît la moitié du trésor. Fafnir répondit qu'il
ne devait pas espérer qu'il partageât l'or avec lui, attendu
qu'il avait tué son père pour le posséder et qu'il n'avait qu'à
s'éloigner s'il ne voulait partager le sort de Hreidmar. Fafnir
avait pris l'épée Hrotti et le casque que Hreidmar avait possédé,
et l'avait posé sur sa tête. Ce casque s'appelait Œgirshelm»
(c'est l'équivalent du Tarnhelm) «et il inspirait l'épouvante à
tous les humains. Regin avait pris l'épée qui s'appelait Resil, et
il s'enfuit en l'emportant.» (_Edda_ de Snorro.)]
[Note 305-2: Cette requête de Fasolt est une réminiscence d'un
semblable épisode du _Nibelunge-nôt_: «Tout le trésor de Nibelung
avait été apporté hors de la montagne creuse... Comme les
Nibelungen se mettaient à le partager, Siegfrid les vit et le
héros en fut étonné... Schilbung et Nibelung reçurent fort bien
le brave Siegfrid. De commun accord ils prièrent le noble jeune
chef, l'homme très beau, de partager le trésor entre eux... Mais
ils étaient peu satisfaits du service que leur rendait Siegfrid le
bon héros: il ne put en venir à bout, tant ils étaient d'humeur
colère.» (_Nibelunge-nôt_, III, 22-23.)]
[Note 306-1: «LOKI: Je t'ai donné de l'or pour racheter ma vie,
mais il ne portera pas bonheur à ton fils. Il sera la cause de
votre mort à tous deux... Je crois voir des choses encore plus
terribles. On se battra pour une femme. Ils ne sont pas encore nés
les nobles guerriers pour qui cet or sera une cause de discorde.»
(_Sigurdakvidha Fáfnisbana önnur._)]
[Note 306-A: La Malédiction d'Alberich reparaît à l'Orchestre
(trombones) (partition, pages 200 et 201).]
[Note 307-1: Or, Wotan descendra vers elle entre la scène IV de
_l'Or-du-Rhin_ et l'acte Ier de _la Walküre_: un récit relatif à
ces faits s'imposera donc dans _la Walküre_.--J'aurai à rappeler
cette observation, lorsqu'il s'agira, non point de justifier,
mais d'expliquer, pour les obtus, l'existence d'un pareil récit,
considéré comme une «longueur» et par nos critiques nationaux
mieux à l'aise devant des vaudevilles, et par l'immense majorité
des critiques germaniques eux-mêmes.--Cf. p. 358, note (1).]
[Note 307-A: Ces paroles de Donner correspondent, dans la
partition (pages 203, _in fine_, 204 et suivantes), au motif de
l'_Incantation de la foudre_.
Une hypothèse:--On remarquerait, si l'on entendait l'exécution
orchestrale de la _Chevauchée des Walkyries_ immédiatement après
celle de l'_Orage de Rheingold_, on remarquerait, certainement,
entre ces deux pages symphoniques, non pas de radicales
similitudes, mais comme des analogies de construction.--Ici et là,
le souffle est un peu le même.--Le frémissement des cordes, dans
l'_Orage de Rheingold_, équivaut assez au sifflement ininterrompu
de ces mêmes cordes, dans la _Chevauchée des Walkyries_,
cependant que le thème de l'Incantation de la Foudre, se déroule
puissamment sur les tourbillons, qu'il cingle, comme le thème des
Walkyries fouaille, tonitruant, le halètement des violons.--Ces
analogies, dis-je, paraissent plausibles, si l'on sait que, dans
la Mythologie scandinave, les Walküres étaient, dans l'ordre
physique, une personnification des Nuées. (_Voy._ la note de mon
collaborateur, page 375.) Donner entassant et enflammant les
nuées orageuses, c'est, au physique, Wotan convoquant et ruant
les Walkyries. L'orage, c'est le Champ de bataille. Les Walküres,
après le combat, frayaient aux Héros morts la route du Ciel. Ainsi
l'arc-en-ciel vient après l'orage.]
[Note 308-1: «Le Tonnerre n'était pas alors simple Électricité,
vitreuse ou résineuse; c'était le Dieu Donner (Thunder) ou
Thor,--Dieu aussi de la bienfaisante Chaleur d'Été.--N'est-ce pas
un trait de droite et honnête force, dit Uhland, qui a écrit un
bel Essai sur Thor, que le vieux cœur Norse trouve son ami dans
le Dieu du Tonnerre? qu'il ne soit pas effrayé et éloigné par son
Tonnerre; mais trouve que la Chaleur d'Été, le bel et noble été,
doit nécessairement avoir et aura du Tonnerre aussi!...» (Carlyle,
_les Héros_, trad. citée.)]
[Note 308-2: Ainsi Wagner ne néglige rien; il se garde bien
de ramener étroitement toutes ces figures mythologiques à la
météorologie, comme certaines écoles qu'on sait trop; mais il
fait leur part à ces hypothèses, dont le naturisme, dépouillé
de ces exagérations grotesques,--recèle une vérité relative. Ce
que j'observe ici quant à Froh, je pourrais le redire, presque
à chaque vers, quant à Wotan, quant à Donner, et pour Alberich,
et pour les Walküres, et pour tous. _Tous_ les sens possibles,
physiques et moraux, de tous les mythes possibles pour chaque
personnage, Wagner, d'un mot souvent, les évoque, les suggère, ou
même les enrichit encore de virtualités nouvelles, issues de sa
personnelle vision.--Cf. pp. 375, note (1); 491, note (1); 501,
note (2); etc.]
[Note 309-1: «N'as-tu pas ouï dire que les Dieux ont fait un pont
pour unir la terre au ciel? Ce pont se nomme Bæfrœst; tu l'as vu,
et tu lui donnes peut-être le nom d'arc-en-ciel. Il est de trois
couleurs. On a employé pour le construire plus d'art et de force
que pour tout le reste.» (_Edda_ de Snorro.) «Bæfrœst, qu'on
appelle encore le pont des Ases...» (_Id._) «La couleur rouge
de l'arc-en-ciel est du feu. Les Hrimthursars et les géants des
montagnes escaladeraient le ciel, s'ils pouvaient passer par le
pont des Ases quand ils le veulent.»(_Id._)]
[Note 309-A: L'Harmonie de l'Arc-en-ciel, qui apparaît ici
(partition, pages 208 et suivantes), est constituée par un trille
immense, déjà entendu lors de l'éveil de l'Or, mais qui revient
ici, plus riche, plus lumineux, et dont l'éblouissante palpitation
enveloppe un pur dessin mélodique où se retrouve la ligne
fondamentale du Thème-de-la-Nature.]
[Note 310-1: Grimm (_Deutsche Mythologie_, éd. citée, article
_Wuotan_), traduit le mot _Valhöll_ par «_aula optionis_»; et
(observation qui sera bien comprise par quiconque aura lu les
Drames avant ces Notes, ainsi qu'il sied) ajoute que _Valhöll_
et _Valkyrja_ vont bien avec l'idée de _Désir_ et de _Choix_
(_Wunsch_ et _Wahl_).--Cf. ci-dessous, pp. 345, n. (1); 353, n.
(3); 354, n. (1); 363, n. (2).]
[Note 310-A: L'on trouvera ici (partition, page 209, en bas,
et seq.) une magnifique forme du thème de Walhall, solennelle
harmonie pacifiée, où le ruissellement des thèmes précédents
se fond comme une rouge fin d'orage dans un vaste soleil
couchant.--Vêpres flamboyantes: telle est bien l'impression
que dégagent, pour nous, ces irradiées harmonies finales de
_Rheingold_.]
[Note 310-B: Ici, pour la première fois, surgit à deux reprises le
très important _Thème de l'Épée_, qui reviendra souvent dans la
suite (partition, page 212), et qui représentera, désormais, la
pensée de Wotan, pensée d'où sortiront les Walkyries et les Héros.
Insistons pour faire sentir combien cette fanfare de l'Épée est
dans le pittoresque des mythes évoqués ici. Non seulement Siegmund
et Siegfried, mais tous les Héros surgiraient à cette clameur
fulgurante, pour défendre, amenés au Walhall par les Walkyries,
le Burg divin à la fin du Monde, lorsque les Géants du Feu
l'envahiront. Le thème de l'Épée est, en partie, contenu dans le
thème de la Nature. Il dérive des notes essentielles de ce dernier
thème et il est précédé de deux notes supplémentaires.--Elle
est, cette affinité du thème de l'Épée avec celui de la Nature,
remarquablement logique, selon nous. En effet, la Nature, c'est la
pureté; le Glaive, c'est la Rédemption. Le pur entre les purs, tel
doit être le Héros rédempteur. Sa pureté, son ingénuité, profonde
et radieuse comme l'inconscience sereine de la Nature même, voilà
la radicale condition de sa force. Saisit-on le rapprochement?]
[Note 311-1: «LOKE _chanta_: «J'ai chanté devant les Ases et
devant leurs fils tout ce qui m'est venu à l'esprit... Tu as
brassé de la bière forte, Æger, mais tu ne donneras plus de
festins: le feu dévorera tout ce qui est ici, il te brûle le dos.»
(_Le Festin d'Æger_, 63.)]
[Note 311-2: _Rheingold!--Reines Gold!_--(Or-du-Rhin!--Pur Or!)
C'est un de ces jeux de syllabes dont j'ai déjà parlé, dont
plus souvent, hélas! j'ai bien dû me taire, puisqu'ils ne sont
point traduisibles. Mais d'autant plus génial est celui-ci que
le Rhin demeure, par toute la _Tétralogie_, la symbolisation de
l'Originelle Pureté, comme le formulent expressément les derniers
vers du présent drame (voir ci-dessous, note 1), et, surtout, le
dénoûment du _Crépuscule-des-Dieux_.]
[Note 313-1: Qu'une remarque s'inscrive, cette fois pour toutes,
ici: nombre de locutions allemandes, de phrases entières, ont
dans l'original une élasticité, une _suggestivité_ dues au
_vague_ de l'idiome, et dont nulle traduction ne peut rendre
l'on-ne-sait-quoi.--Le sens tout à fait littéral de ces paroles
des Filles-du-Rhin (que j'adapte pour la lecture) est beaucoup
plus riche, comme le prouve ce passage des émouvants _Souvenirs_
de M. Hans Von Wolzogen: «Le soir qui précéda sa mort» (c'est
de Richard Wagner qu'il s'agit), «... encore une fois, pour la
dernière, il se mit au piano et entonna les dernières paroles
de ce chant mélancolique des Filles-du-Rhin: «_Dans l'abîme
seulement existe l'intimité et la loyauté._»--«Oui, l'intimité
et la loyauté,--seulement dans l'abîme,» répéta-t-il doucement
pour lui-même.» (_Mercure de France_, série moderne, tome X, p.
310,--Avril 1894: excellente traduction de M. David Roget.)]
[Note 313-A: Les dernières harmonies du _Rheingold_ se
répartissent en groupes symphoniques si nets, si bien indiqués par
la marche même du Drame, qu'il devient inutile de les noter au fur
et à mesure, séparément. Citons, tout ensemble, sans crainte de
voir le lecteur ne pouvoir leur assigner leur place respective:
le Chant des filles du Rhin, la mélodie de Loge, enfin la Marche
triomphale, issue du motif de l'Arc-en-ciel, aux sons de laquelle
les Dieux ascendent vers le Walhall.]
[Note 317-A: Prélude de la _Walkyrie_. (Partition, pages 1 à 3.)
Après une trentaine de mesures où halette un farouche hagard
rythme de fuite, et où se traînent de lamentables appels,--le
thème de l'Incantation de la foudre, entendu vers la fin de
_Rheingold_ (partition de _Rheingold_, page 203, _in fine_, 204 et
seq; voy. aussi notre note de la page 307), reparaît par deux fois
(prélude, page 3, en bas). Rien ne pourrait dire l'épouvante dont
tressaillent ces rythmes de fuite cinglée par des déchirements
d'orage. Dès les premières mesures, c'est comme le surgissement
cyclopéen d'un tragique Réprouvé; le motif caractéristique de
Siegmund fugitif est donné: fuir, errer, voilà la destinée du
Héros. (_Voy._ note de la page 246.) Incarnation de l'idéal d'un
Dieu, toutes les persécutions s'acharnent après lui. A-t-on bien
réfléchi à toute la fureur, à tout le désespoir que Wagner a mis
dans ce terrible prélude?
C'est, pourtant, la volonté de Wotan qui chasse ainsi le Héros
sous la tempête. Ce qu'exprime le thème de l'Incantation de la
Foudre. L'idée des Walküres se rattache aussi peut-être à cette
idée d'orage. Brünnhilde apparaîtra au Héros et lui annoncera sa
mort.]
[Note 318-A: L'orchestre, cependant, s'est apaisé. Une phrase de
compassion, maintenant se déroule. (Partition, pages 8 et 9.)]
[Note 320-1: Littéralement: «Me l'as-tu goûté?» ou: «Me le
goûterais-tu?»]
[Note 320-A: N'oublions pas de noter ici le délicieux thème
d'amour qui, sur une réminiscence angoissée du prélude
(combinaison significative, _Voy._ page 246, note déjà citée),
apparaît, lentement soupiré par un violoncelle solo, puis par
quatre autres qui viennent prolonger cette caresse. (Partition, à
la page 11: d'abord le motif de la Fuite de Siegmund; puis pages
12 et 13: Mélodie du Regard.)]
[Note 321-1: _Wehwalt_ est un nom symbolique:
«Celui-qui-agit-dans-la-douleur.»]