[Note 255-2: «Elle conserve, dans une boîte, des Pommes dont

les Dieux se nourrissent quand ils se sentent vieillir;

elles leur rendent la jeunesse; il en sera de même jusqu'à

Ragnarœcker (Crépuscule-des-Dieux)... Il est essentiel pour

les Dieux qu'Iduna veille avec soin sur ce dépôt.» (_Edda_ de

Snorro:--_Gylfaginning_.) Le symbole des Pommes est assez clair

pour qu'on me dispense de l'expliquer. On voit d'ailleurs que,

dans la mythologie norse, elles sont gardées par _Iduna_, avec

laquelle Richard Wagner a donc identifié Freya. Or disons, en

passant, qu'il l'assimile encore à Sjœfn, une autre Asesse, qui

«a le pouvoir de disposer les cœurs à l'amour.» On a constaté

d'autre part qu'au moyen d'un jeu de mots génial il la confond

volontairement avec la Holda des anciens Germains.--Je me borne

à signaler ici ces synthétisations conscientes; c'est un peu

plus loin que je les apprécie, p. 308, dans une note relative à

Froh.--Pour le rapt d'Iduna et de ses Pommes par le géant Thjasse

(_Edda_ de Snorro.) se reporter à l'étude d'Edmond Barthélemy, p.

191, et à la note (1), ci-dessous, p. 272.]

[Note 256-1: Littéralement: «[C'est] Froh [qui] protège[ra] la

Belle.»]

[Note 257-1: «Thor» (Donner), résume l'_Edda_ de Snorro,

«...possède trois objets précieux: le Marteau Mjœllner, connu...

des Géants de Montagne, car il a brisé bien des têtes parmi

eux...» Les chants de l'_Edda_ de Sœmund sont remplis, en effet,

de passages pareils à celui-ci... : «Il (Thor), lança Mjœllner,

et tua toutes les baleines des montagnes,» c'est-à-dire les Géants

(_Le Poème de Hymer_, 35.) Le même chant surnomme Thor «la douleur

des Géantes» (14), etc.--«Le carreau de feu jaillissant du ciel,»

commente Carlyle, «c'est le Marteau, brisant tout, lancé de la

main de Thor.» (_Les Héros_, trad. Izoulet-Loubatières, p. 30.)]

[Note 257-2: «Les Ases ayant acquis la certitude qu'ils avaient

reçu chez eux un géant de montagne, n'eurent plus aucun égard aux

serments qu'ils avaient faits. Ils appelèrent _Thor_ qui vint de

suite, _et acquitta la dette contractée pour la construction du

château_: le géant ne retourna point à Jœtenhem. Du premier coup,

Thor lui brisa le crâne.» (_Edda_ de Snorro.)]

[Note 257-3: Ou: «Sauvage!»]

[Note 258-1: Loge est, en effet, le Dieu du Feu.]

[Note 258-2: Allusion au poème du _Voyage de Skirner_, qui

raconte, en l'_Edda_ de Sœmund, l'épisode, repris par Snorro, de

l'amour de Frey pour la géante Gerd.]

[Note 258-3: Thor (ou Donner) et Frey (ou Froh) ont, dans

les _Eddas_, chacun une demeure: celle du premier s'appelle

Bilskirner; «c'est le plus vaste édifice élevé par la main des

hommes» (_Edda_ de Snorro; _Poème de Grimner_.) Celle de Frey a

pour nom Alfheim (séjour des Alfes lumineux).]

[Note 258-A: On peut considérer le thème de Loge, qui paraît ici

(partition, page 77), comme appartenant au groupe des Motifs

_élémentaires_. Son dessin chromatique, félin, sifflant, et, avec

cela, torrentiel, donne une idée de végétation, mais de végétation

à la fois pétillante et sournoise.]

[Note 259-1: «Le château était très avancé, tellement élevé et si

fort, que personne n'aurait pu l'attaquer.» (_Edda_ de Snorro.)]

[Note 259-2: «Il y a... un Ase, nommé, par quelques Skaldes, le

_détracteur_ des dieux... On le nomme Loke.» (_Edda_ de Snorro,)

Loke (ou Loki) présente en effet ce caractère dans l'un des poèmes

de l'_Edda_ de Sœmund intitulé _Le Festin d'Æger_, ou _Chant

diffamatoire de Loke_ (_Lokasenna_), œuvre, dit Léouzon-le-Duc,

de quelque païen à demi converti, ou de quelque sceptique de

mauvaise humeur, et l'une des pages les plus apocryphes de ce

recueil.--Wagner, dont l'une des fins (secondaire) a été de

synthétiser sans omission, par tel détail de mise en scène,

telle parole du texte, tel geste parfois, toute la mythologie

cosmogonique et théogonique septentrionale des Germains et des

Scandinaves, s'est gardé de négliger cet aspect du personnage.]

[Note 259-3: «Alors les Ases secouèrent leurs boucliers, coururent

sur Loke en criant, et le chassèrent vers la forêt; puis ils

revinrent au festin. Loke retourna également sur ses pas...

Loke entra dans la salle; quand tous ceux qui s'y trouvaient

l'aperçurent, ils gardèrent le silence. LOKE _chanta_: Lopter est

altéré; il vient de loin pour demander aux Ases une rasade du

limpide hydromel. Comment se fait-il, dieux, que vous vous taisez

si tristement? vous ne pouvez plus parler? Indiquez-moi un siège

et une place au festin, ou chassez-moi. BRAGE _chanta_: Jamais les

Ases ne te donneront un siège ni une place au festin: ils savent

quels sont les hôtes qu'on peut inviter à la fête joyeuse. LOKE

_chanta_: Odin, te souviens-tu des temps anciens? nous avons alors

mêlé notre sang: tu juras de ne jamais boire une rasade, s'il n'y

en avait pas autant pour moi. ODIN _chanta_:... Le père du loup

(c'est-à-dire Loke) aura une place au festin, afin qu'il ne nous

adresse point d'invectives dans la demeure d'Æger.» (_Le Festin

d'Æger_, dans l'_Edda_ de Sœmund.)]

[Note 260-1: Il y a ici un double sens: «constructeurs» et

«rustres,» en allemand, s'exprimant par le même vocable.]

[Note 260-2: «Tous s'accordèrent à dire que ce mauvais conseil

avait été donné par Loke, source du mal. Ils le menacèrent d'une

mort ignominieuse, s'il ne trouvait pas un expédient pour empêcher

l'architecte de terminer son travail à l'époque fixée. Loke eut

peur et jura d'arranger les choses de manière que l'architecte

ne reçût point la récompense promise.» (_Edda_ de Snorro,

_Gylfaginning_.) Il en est exactement de même dans le mythe

relatif au rapt d'Iduna (Voir la note (1) de la p. 272): les Dieux

«se réunirent en conseil,... pour savoir lequel d'entre eux avait

eu le dernier des nouvelles d'Iduna. On se rappela l'avoir vue

sortir d'Asgôrd avec Loke. Celui-ci fut donc arrêté, conduit dans

l'assemblée des Ases, menacé de mort et de rudes traitements s'il

ne ramenait pas Iduna. Loke eut peur, et promit de chercher Iduna

dans Jœtenhem...» etc. (_Id._, _Bragarodur_.)]

[Note 260-3:

_Loge_ heisst du,

doch nenn'ich dich _Lüge_!

Par ce jeu de mots, fondé sur l'allitération, Wagner établit

un rapport entre Loge, principe destructeur comme Dieu du Feu,

et Loge esprit de _Mensonge_ (Lüge). On peut suivre, à travers

les quatre drames du _Ring_, les beaux développements de ce

rapport.--La réplique suivante, de Donner («Maudite flamme,»

Verfluchte _Loke_), est encore un autre jeu de mots sur le nom

de Loge.--Qu'on ne se méprenne en rien sur l'expression «jeu de

mots»: il s'agit de rapprochements typiques, philosophiquement

justifiés, entre des racines différentes de sens, analogues

de sons; il s'agit de beautés plus que phonétiques, dont pas

une traduction ne peut suggérer l'au-delà; et je plaindrais

sincèrement quiconque les taxerait de puérilités, ou n'y

verrait qu'une question de «forme.» Comme si, pour tout Artiste

complet,--pour Wagner,--forme et fond! n'étaient pas tout un!]

[Note 261-1: «THOR (Donner) _entra, et chanta_: Tais-toi, hideux

démon! Mjœllner, l'agile marteau, imposera silence à ta langue.

Il t'imposera silence et tu auras vécu. LOKE _chanta_: Te voilà,

fils de la terre! pourquoi crier ainsi, Thor? Tu n'oseras point

me frapper quand il s'agira de combattre le loup qui doit avaler

Odin...» etc. (_Le Festin d'Æger._)]

[Note 261-2: «FREY (Froh) _chanta_:... Tais-toi maintenant, Loke,

si tu ne veux être enchaîné sous peu.» (_Le Festin d'Æger._)]

[Note 261-3: Sur cette «amitié» de Loke et d'Odin, voir la note

(3) de la p. 259.]

[Note 261-4: Sur l'ingéniosité de Loke, voir la note (4) de la p.

250.]

[Note 261-5: Littéralement: «Plus richement pèse le prix de

son conseil,--[plus c'est] en tardant [qu']il le paye.» Par

lui-même, ce mot-à-mot simple est assez clair, et l'on voit que

je l'ai, non suivi, mais adapté _dramatiquement_. C'est l'une des

dernières fois que je m'imposerai la peine de souligner de pareils

changements, sans aucune importance foncière.]

[Note 262-1: Voir d'abord la note (2) de la p. 250.--«Freya,

prête-moi ta forme emplumée pour retrouver le marteau»... Loke

s'envola donc, et la forme emplumée siffla dans les airs.» (_La

Recherche du Marteau._) A son retour, «Thor le rencontra... et

lui adressa de suite ces paroles: As-tu réussi à remplir ton

importante commission? Raconte-moi les nouvelles de l'air.»

(_Id._)]

[Note 262-2: Je rappellerai cette indication dans l'annotation

de _La Walküre_: au moment où Brünnhilde y trahira, d'abord, son

ignorance et sa stupeur des tendresses de l'Humanité.]

[Note 262-A: La Fanfare de l'Or-du-Rhin, forme éclatante du Thème

originel, thème essentiellement _élémentaire_ (Loge, comme le

Rhin, est le symbole d'un élément), monte et descend à l'Orchestre

pendant ce récit de Loge. (Partition, page 85, en bas, et

suivantes.)]

[Note 263-1: L'Or, dans tous les vieux chants épiques des

Scandinaves et des Germains, est constamment ainsi qualifié

de «rouge.» Et des Gens se récrient: «L'or est jaune!»--A vos

Chimies, à vos Physiques, Gens de notre bel âge «de progrès!» Ces

poètes, dont les œuvres rudes survivront, encore que «barbares,»

à toutes les actuelles erreurs de votre «science,» de votre

«civilisation,» auraient-ils donc su avant vous, par leurs yeux et

non par vos livres, que les couleurs que nous «connaissons» aux

métaux se modifient quand la lumière a subi plusieurs réflexions

à leur surface?--Oui certes, ils n'eurent pas besoin d'un Bénédic

Prévost pour intuitivement dire et chanter: «l'Or ROUGE!»]

[Note 263-2: C'est-à-dire: Alberich-de-la-Nuit. Etymologiquement:

Roi-des-Alfes-de-la-Nuit.--Cf. p. 434, note.]

[Note 263-3: J'ai presque toujours, dans les quatre drames, donné

au mot _Noth_, comme ici, sa signification la plus compréhensive:

celle de «_détresse_». Mais je tiens à dire, une fois pour toutes,

qu'étymologiquement comme en composition, ce vocable implique

une idée de contrainte ou de nécessité. Pour plus d'une raison,

qu'on sentira bien lorsqu'apparaîtra le mot «détresse», cette

observation est utile. Qu'elle me soit l'occasion de redire à quel

point Wagner, philologue, et philologue des plus remarquables, a,

autant que possible, ramené tous les mots, employés par lui, à

l'étymologique pureté de leur sens.]

[Note 263-A: Le Thème de Walhall, ironiquement combiné avec le

thème de Loge, (combinaison frappante d'où se dégage une idée

d'Ordre, de Bonheur menacé; on sait que Loge, le Feu, détruira

le Monde) accompagne la précédente mélodie de Loge. Le thème de

Servitude y est aussi donné nettement.]

[Note 264-1: «Dans le Trésor se trouvait une petite verge

d'or, la baguette du souhait. Celui qui l'aurait su, aurait

pu être le maître de tous les hommes, dans l'univers entier.»

(_Nibelunge-nôt_, XIX, trad. Laveleye, p. 169.)]

[Note 264-2: De même Gunther, dans le _Crépuscule-des-Dieux_,

dit, lorsque Hagen le tâte et le tente: «Du Trésor des Nibelungen

j'ai entendu parler: il contiendrait lui-même le plus enviable

bien?» Ces correspondances extérieures fortifient l'interne

unité des quatre drames; ne pouvant les signaler toutes, je

signale ici l'une des plus frappantes; le lecteur verra bien les

autres.--Étant donné le but poursuivi, consciemment, par Richard

Wagner,--adapter au génie de sa race et appliquer, germanisées,

les formules dramatiques de l'Art complet des Grecs,--il est

intéressant d'emprunter dès maintenant, à l'excellent _Manuel de

Philologie classique_, par Salomon Reinach (tome Ier, pp. 210 et

211), quelques trop peu nombreux extraits. Résumant un article

substantiel de Weil, relatif à la symétrie dans les tragédies des

anciens, il constate qu' «à des développements symétriques de

l'idée, répondent des suites de vers d'une longueur égale»; il

cite des exemples, et observe: «La raison de cette symétrie...

n'est autre que la tendance... à mettre d'accord la forme et le

fond.»--«Si,» du reste, «de l'examen des tirades, on s'élève

à celui des épisodes, des scènes et des actes, on reconnaîtra

partout la même tendance à la symétrie. La tragédie grecque

est un tout organique qui se développe autour d'un centre, et

dont les parties, formées d'unités symétriquement disposées,

sont symétriques entre elles et par rapport à l'ensemble...»

Au surplus, cette loi du parallélisme, comme toutes les lois

de l'Art, est un _idéal_, et les poètes s'en rapprochent par

instinct, plutôt qu'ils ne s'y asservissent par système.]

[Note 265-1: De même Fricka fut la première à témoigner le désir

d'un Burg,--quitte à récriminer plus tard.]

[Note 266-1: Se reporter à l'Etude d'Edmond Barthélemy (p. 192):

analogies du mythe relatif à l'Anneau, et du mythe relatif au vol

du Marteau de Thor.--«Vingthor (Donner) se mit en colère, lorsque,

en se réveillant, il ne retrouva plus son marteau auprès de lui;

sa barbe trembla, sa tête se troubla, et le fils de la Terre

tâtonna autour de lui.» (_La Recherche du Marteau._) «Loke, fils

de Lœfœ, chanta: Ne parle pas ainsi, Thor! Les Géants _bâtiront

bientôt dans Asgôrd, si tu ne vas point quérir ton marteau_.»

(_Id._) Et encore: «_Cela va mal pour les Ases, cela va mal pour

les Alfes_: tu as caché le marteau de Hloride.» (_Id._)]

[Note 267-1: Ou: «moins chèrement acquis.»]

[Note 267-2: «Odin est le premier et le plus ancien des Ases; il

règne sur toutes choses, et les autres dieux le servent comme des

enfants servent leur père.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.)

«Odin s'appelle encore Haptagud, le dieu des dieux.» (_Id._)

Mais ces sources n'expliqueraient pas, comme il convient,

l'indication plastique du texte de Wagner. L'attitude des Dieux

est, ici, autrement significative. Dans la première esquisse de la

_Tétralogie_, Wotan n'était nommé qu'à peine: le Maître des Dieux,

sans doute, mais rien autre. Dans la version dernière il est le

_seul_ dieu, pourrait-on dire. Les autres ne sont guère, sauf

Loge, que les personnifications de certaines parmi les facultés

de Wotan. Tout rayonne de lui comme d'un centre; les autres

personnages agissent, mais leurs actes _n'ont de sens que par

rapport à lui_, et le quadruple drame n'est, en son entier, que la

figuration de sa pensée, de sa volonté, de son renoncement, et de

son sacrifice.]

[Note 268-1: Littéralement: «Écoute, Wotan, la parole des

attendants.»]

[Note 269-1: Pour le rapt d'Iduna (Freya) dans l'_Edda_ de Snorro

(_Bragarodur_), se reporter à l'Etude d'Edmond Barthélemy, p.

191.--«Le Géant Thjasse arriva sous la forme d'un aigle, prit

Iduna et s'envola avec elle,» etc.]

[Note 269-2: Voir la note (2) de la p. 267.]

[Note 269-A: Lorsque les Géants emmènent Freya, Gardienne des

Pommes de Jeunesse, l'Orchestre émet le thème de la Déchéance

des Dieux. Ce thème est antithétique au thème des _Pommes d'Or_

(c'est-à-dire de la Jeunesse des Dieux); il a paru, auparavant,

à ces paroles de Fafner: «S'il s'agit de dépouiller les dieux

de Freya, c'est à cause des Pommes d'Or qui croissent dans son

verger.» (Partition, page 74.)]

[Note 270-1: _Riesenheim_, «Séjour-des-Géants».--C'est le

_Jötunheim_ des _Eddas_; les Scandinaves avaient partagé l'univers

en neuf mondes: trois au-dessus de la terre; trois sous la terre;

et trois sur la terre. _Jötunheim_ était de ces derniers: «Sur

l'échine de la Terre pèse la race des Géants; Riesenheim, tel est

leur pays», dit plus loin le Voyageur dans le drame de _Siegfried_

(acte Ier, scène avec Mime).]

[Note 270-2: «THRYMER _chanta_: Comment vont les Ases, comment

vont les Alfes?... LOKE _chanta_: Cela va mal pour les Ases, cela

va mal pour les Alfes; tu as caché le marteau de Hloride.» (_La

Recherche du Marteau_).--Voir la note (2) de la p. 250, et l'Étude

d'Edmond Barthélemy, p. 192.]

[Note 270-3: Littéralement: «Allons, courage, mon Froh,--il est

encore matin!»

_Frisch_, mein _Froh_,

noch ist's ja _früh_!

C'est un jeu de mots fondé, comme ceux précédemment cités par moi,

sur d'heureuses allitérations. Il est d'ailleurs si suggestif, en

sa richesse de sens possibles et variés, qu'on ne peut même songer

à le traduire. Pour aider à l'intelligence de l'un de ces sens,

rappelons seulement qu'à la rigueur Froh peut être et a pu être

considéré comme une divinité solaire.]

[Note 271-1: «FREYA _chanta_: Tu es fou, Loke, de raconter

tes méfaits... LOKE _chanta_: Tais-toi, Freya! je te connais

parfaitement; tu n'es pas exempte de fautes: les Ases et les

Alfes assis dans cette salle ont tous joui de tes faveurs. FREYA

_chanta_: Ta langue est chargée de mensonges; elle occasionnera ta

perte. Les Ases et les Asesses sont irrités contre toi. Le retour

dans ta demeure te sera triste. LOKE _chanta_: Tais-toi, Freya! tu

es une empoisonneuse et tu pratiques la magie...» etc., etc. (_Le

Festin d'Æger._--Dans ce poème, Loke échange d'autres aménités

avec Iduna ou Idun, gardienne des Pommes suivant l'_Edda_).]

[Note 271-2: Comparez (je signale ces rapprochements sans

commentaires) les correspondances des présents sous-entendus de

ce rôle de Loge, avec telles répliques de Hagen, au drame du

_Crépuscule-des-Dieux_: «Mon sang vous eût gâté ce breuvage! Il ne

circule pas, en mes veines, authentique, légitime et noble comme

le vôtre... Je me tiens donc à l'écart de votre ardente alliance.»

Dans les _Eddas_ non plus, Loke ne fait point partie de la race

proprement dite des Dieux: puissance élémentaire, il est un de ces

géants (Jötuns), en lesquels sont personnifiées les grandes forces

brutes naturelles, hostiles aux Ases ordonnateurs.]

[Note 272-1: «Le Géant Thjasse arriva sous la forme d'un aigle,

prit Iduna» (gardienne des Pommes-de-Jeunesse; ici: Freya) «et

s'envola avec elle. Les Ases souffrirent beaucoup de l'absence de

cette Asesse: ils grisonnaient et vieillissaient...» (_Edda_ de

Snorro). Se reporter à l'Étude d'Edmond Barthélemy, p. 191, et à

la note (2) de la p. 255.]

[Note 272-2: Sur _Nibelheim_, voir la note (1) de la p. 228.]

[Note 273-1: «FRIGGA: Honneur à ton départ! Honneur à ton retour!

Honneur à toi quand les Asesses te salueront de nouveau!»

(_Vafthrudnismal._)]

[Note 273-A: Durant tout ce temps l'orchestre martèle le Motif

rythmique de la Forge. A mesure que les Dieux plongent dans

les entrailles de la Terre, le motif se précise. Des enclumes

retentissent.--Tout s'ébranle: et, sur un dernier _forte_, à

quoi succède le rugissement d'un violent _allegro_, Alberich

apparaît dans son royaume souterrain (partition, 111 à 115). Le

Motif rythmique de la Forge est très important, il reparaîtra,

élargi, dans le premier acte de _Siegfried_, où il souligne le

rôle de Mime. Nous signalerons là, de ce motif, une bien curieuse

application.

Le _thème du Trésor_; la _Plainte de Mime_; le _Commandement

d'Alberich_ (ou _thème de la Servitude_); et, enfin, le _Motif du

Tarnhelm_ sont les principaux passages orchestraux de cette scène.]

[Note 274-1: Ce cri familier d'Alberich est, dans maintes légendes

germaniques, prêté aux nains. Ainsi, dans sa condensation de la

mythologie nationale (mieux: des mythologies de sa race), le génie

de Wagner n'a rien oublié, rien négligé.]

[Note 275-1: Ce heaume magique n'est autre chose que la

_Tarnkappe_, le capuchon ou chaperon magique, investi de

semblables vertus, et dont maintes légendes, maints poèmes, y

compris le _Nibelunge-nôt_, attribuent à des nains, des dvergues,

etc., la précieuse possession plus ou moins provisoire: «J'ai

entendu parler de nains sauvages qui habitent les cavernes et qui

portent pour leur défense une chose merveilleuse, la Tarnkappe.

Celui qui la porte sur lui est parfaitement à l'abri des coups

et des blessures. Nul ne voit la personne qui en est revêtue;

elle peut entendre et voir, mais nul ne l'aperçoit. Sa force

aussi en devient beaucoup plus grande. Ainsi nous le disent les

traditions.» (_Nibelunge-nôt_, trad. Laveleye, VI, p. 57)]

[Note 276-1: «Alberich portait cotte de mailles et heaume, et,

dans sa main, un pesant fouet d'or.» (_Nibelung-nôt_, VIII, 78.)]

[Note 277-1: On pense à la _baguette divinatoire_ de coudrier. Au

sujet de cette vertu de l'Anneau, voir ci-dessous p. 289. note

(1).]

[Note 278-1: C'est surtout en ce passage que Wagner s'est souvenu

des paroles prêtées par Raupach à Eugel, roi des Nibelungen, dans

le drame du _Trésor des Nibelungs_ (1834). Je ne crois pourtant

pas que ces réminiscences aient jusqu'ici frappé personne.

«EUGEL: On nous appelle les Nibelungs; depuis les premiers temps

nous habitons au sein de ces rochers; toujours nous avons pris

plaisir à porter ici, dans la nuit, tout ce qui brille, métal ou

pierrerie, et à en façonner des objets précieux. C'est ainsi que

fut amassé ce trésor. Le géant Hreidmar en eut connaissance; il

passa la mer et vint ici se rendre maître de nos richesses et

nous réduire nous-mêmes en servitude. Dès lors esclaves, nous

fûmes obligés de faire, avec effort, ce qui, jusque-là, avait été

un plaisir, et jour et nuit, souvent maltraités, il nous força

d'augmenter incessamment ce funeste trésor.» (Prologue, scène III)

Peut-être signalerai-je ailleurs d'autres analogies frappantes.

Mais du reste, il n'est pas inutile d'ajouter que Raupach lui-même

s'est servi de maintes sources, notamment du _Hœrner Siegfried_

(ou _Lied vom hürnen Siegfried_, ou _Siegfriedslied_), etc.]

[Note 279-1: Les Dieux germaniques, comme les Dieux d'Homère, ont

un rire tout particulier dont parle Grimm, _Deutsche Mythologie_,

article _Lachen_. On pourra voir ce rire, plus loin, bafouer la

plainte éplorée des Filles-du-Rhin. Qu'on se rappelle plus tard,

lisant _la Walküre_, cette cruauté presque ingénue. Dans la

_Tétralogie_, rien qui ne s'enchaîne ainsi.]

[Note 279-2: _Voir_ la note ci-dessus.]

[Note 280-1: Je ne puis pas m'empêcher de m'imaginer que

Wagner, spécialement à l'époque où fut écrit ce poème (fin de

1852), songeait à la misère sociale des mineurs d'Allemagne--et

d'ailleurs. Le Nibelung, qui renonce à l'Amour pour avoir

l'Or, n'est-il pas vrai que nous le connaissions,--ainsi que

son nocturne troupeau,--avant d'avoir lu _L'Or-du-Rhin_? Sans

doute, il y a bien d'autres choses, et de plus grandioses, et de

plus terribles, et surtout de moins particulières, dans ce rôle

synthétique d'Alberich. Mais j'ai de bonnes raisons de croire

qu'il s'y trouve _aussi_ cela.]

[Note 281-1: J'ai déjà rappelé que Loge est le Dieu du Feu.]

[Note 281-2: «Sur les cimes nébuleuses, les Dieux habitent

Walhall. Ce sont des Alfes-de-Lumière,» dit à Mime, dans le drame

de _Siegfried_, Le Voyageur (acte Ier).--Sur les Alfes en général,

voir la note (1) de la p. 434.--Cf. aussi p. 233, note (2).]

[Note 283-1: Littéralement: «De même que moi j'[ai] renoncé à

l'Amour,--Tout ce qui vit» (ou: «vivra»)--«Devra y renoncer.»

On saisit la nuance qu'implique ce mot-à-mot, et pourquoi il me

faut le noter.--En effet, tous les personnages, _consciemment ou

inconsciemment_, jusqu'à l'Acte libérateur qui conclut _L'Anneau

du Nibelung_, subiront cette fatalité, bientôt corroborée (dans la

«Scène» quatrième) par la Malédiction supplémentaire du nain.--Cf.

ci-dessus la note (1) de la p. 242.]

[Note 283-2: Littéralement: «l'armée de la Nuit.»]

[Note 285-1: Dans _Siegfried_ paraît sur la scène Fafner,

métamorphosé en Dragon. Si l'on veut bien ne pas oublier que la

_Tétralogie_ fut écrite pour être jouée en quatre «journées», sans

doute estimera-t-on moins «antidramatique» cette mise-à-la-scène

d'un dragon--qui n'est ni «de la Reine» ni même «de Villars»,

comme s'épanchait, en ma présence, l'un de nos plus nationaux

entrepreneurs de mots de la fin. Car on sera forcé de reconnaître

avec quel soin spécial Wagner y a, dès ici, préparé. Je ne

répéterai point à ce propos les observations présentées, dans

une de mes précédentes notes, quant au crapaud dont Alberich va

prendre ci-dessous l'apparence. Mais, non sans un secret espoir

d'être injurié par ces infirmes,--je ressasserai, mille fois s'il

le faut, combien sont à plaindre ceux-là qui osent prononcer, tout

haut ou tout bas, l'absurde blasphème: «Une féerie!»--Touchant la

vraisemblance scénique de tels détails, dans les conditions toutes

spéciales du _Festspiel-Haus_ de Bayreuth, cf. l'_Avant-Propos_,

p. 132, note (2).]

[Note 286-1: _Voir_ la note (2) de la p. 235]

[Note 286-2: Quelque inopportunes qu'elles paraissent peut-être,

j'ai mes raisons d'écrire ici, simplement, ces mots suggestifs:

Saint Michel terrassant le démon.]

La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung · 第 35 / 48 段