littéralement, M. Edouard Dujardin. Mais si le sens général,
ordinaire, des mots est ainsi transcrit,--ni le sens particulier
de ces mots quant au passage, ni l'intonation dramatique de ce
passage, ni la symétrie des répliques allitérées ne se trouvent
rendus: «Seligster Mann!--süssesste Maid!» Entre une pareille
traduction morte et la traduction que j'ai rêvée (je ne dis pas:
«que j'ai réalisée»), il y a juste autant de différence qu'entre
une photographie servile d'un paysage,--et l'interprétation
vivante de ce paysage par un artiste épris de nature.]
[Note 235-2: On verra plus loin qu'Alberich se métamorphose en
crapaud. Je sais des personnes, et voire des Wagnériens fervents
(aussi fervents que fermés d'ailleurs à toute intelligence des
mythes, des symboles, des âmes non-françaises), qui en sont encore
à reprocher à Wagner ce malheureux crapaud. A ceux-là,--les mêmes
qui réclament contre le «bétail» fantastique de la _Tétralogie_
entière, nous refuserons toute explication. Qu'ils continuent de
parler de «féeries» ou de «contes de fées»: nous hausserons les
épaules et les plaindrons vivement. Mais tout au moins devront-ils
constater, dès maintenant, qu'assez longtemps d'avance Wagner
les prépare à voir, sur la scène, et ce crapaud, et, plus tard,
chacune, sans exception, des bêtes de sa _Tétralogie_.--Touchant
la vraisemblance scénique de tels détails, dans les conditions
toutes spéciales du _Festspiel-Haus_ de Bayreuth, cf.
l'_Avant-Propos_, p. 132, note (2).]
[Note 236-A: Il faut noter ici la _naissance_ du thème de la
servitude (Partition, page 24, 5me portée). Ce thème, qui exprime
la tyrannie des choses, surgit logiquement pour caractériser la
farouche passion impuissante d'Alberich. Non moins logiquement,
il servira, partiellement, à symboliser l'Epieu de Wotan, l'Epieu
sacré couvert des Runes des traités (Pactes, Conventions,
Nécessité, Servitudes) et, partiellement aussi, le travail des
Nibelungen.]
[Note 237-1: «Comme dans mes membres--chaude ardeur--me brûle
et ard!--Fureur et amour--sauvage et puissant--me boule l'âme!»
Telle est la version littérale (littéraire aussi, paraît-il) de
MM. Edouard Dujardin et Chamberlain. La commenter serait trop
cruel! Si Wagner avait _voulu_ dire «chaude ardeur» (ailleurs:
«humide mouille») il ne serait point le poète qu'il est, mais
le plus librettiste des librettistes, le plus scribiste des
scribistes. Voilà où mène l'abus d'une littéralité qui repousse
jusqu'au sens figuré des mots. Vrai! jamais les ennemis de Wagner
n'eussent porté, à sa gloire d'impeccable et d'immense poète, un
plus funeste coup qu'une pareille traduction, étendue à toute la
_Tétralogie_.]
[Note 238-1: «L'éveilleuse», c'est, ou la lumière, ou bien le
soleil (qui, dans la langue allemande, est du genre féminin).]
[Note 238-2: Littéralement: «son œil.»]
[Note 238-3: «Or-du-Rhein», selon M. Dujardin. Je n'insiste point.]
[Note 238-4: Il y a ici, dans le texte, deux vers, dont j'ai
transposé la valeur ci-dessous, par l'addition des mots «doré» et
«sacré»: «Le flot doré scintille, le fleuve sacré flamboie.» Les
deux vers dont je parle sont ainsi rendus par M. Edouard Dujardin:
«L'ardent brillement--Brille hors toi sacré en l'onde!»]
[Note 238-A: C'est ici que surgit la Fanfare de l'Or du-Rhin,
forme éclatante du Thème originel. (Partition, pages 30 et
suivantes.)
--«Une frémissante montée de harpe traverse le tourbillonnement
des instruments à cordes. Lancée par la voix dominatrice de la
trompette, la fanfare de l'Or-du-Rhin éclate, cingle l'orchestre
de ses notes triomphales, et, sur le _Sol_ aigu qui la termine,
sur cette note éblouissante qui sonne et glorieusement se
prolonge, comme un cri d'universelle royauté, les trois ondines
entonnent leur hymne d'allégresse...» (Alfred Ernst, _ibid._, p.
205.)]
[Note 239-1: Littéralement: «[ô] vous, lisses»; ou: «[ô] vous,
glissantes.»]
[Note 239-2: «La joyeuse étoile en le gouffre aqueux, qui, saint,
transclaire les vagues» (Traduction Edouard Dujardin).]
[Note 239-3: «Sauve maintenant ta tête des rets de Hel et
livre-moi _la flamme des eaux, l'or brillant_.» (_Sigurdakvidha
Fáfnisbana önnur_)--Voir l'étude de Edmond Barthélemy (p.193-194).]
[Note 239-4: Littéralement: «[C'est] seulement à votre
jeu-de-plonge [que] serait bon l'Or?»]
[Note 240-A: Ici le Thème du _Renoncement à l'Amour_; accords,
au grave, _pianissimo_; à quoi succède le _Thème de l'Anneau_,
déjà esquissé à la page précédente de la partition. Ces deux
thèmes sont ici très logiquement juxtaposés, en ce sens que,
pour posséder l'Or, l'Anneau, par conséquent, qui sera forgé de
l'Or, il faut qu'Alberich renonce à l'Amour. Prophétiques, gros
d'un monde d'idées, ces deux motifs passent ici, obscurs, comme
tout ce qui est prophétique, perdus en l'éclat de la fanfare de
l'Or-du-Rhin, dont rayonne toute cette scène; le chant même des
ondines procède partiellement du motif de l'Or-du-Rhin. Voir la
partition, pages 42 et suivantes. On verra, dans ce même passage,
comment le thème du Walhall se dégage du thème de l'Anneau. Tous
deux, symbolisent, en effet, deux modes d'ambition: les dieux
veulent régner par la force et la gloire, le Nibelung cherche à
conquérir la domination universelle par la ruse, les entreprises
ténébreuses, la mystérieuse séduction des richesses.]
[Note 242-1: «C'est ce renoncement à l'Amour qui engendre le Drame
entier jusqu'à la mort de Siegfried.» (Richard Wagner.)]
[Note 242-2: Au lieu de: «Malheur!», «Douleur!» (qui est l'un des
sens de «Wehe! Wehe!»), M. Dujardin traduit: «Aïe! Aïe!» C'est
sur ce mot,--un vrai _mot de la fin_, en effet, que s'arrête
son malheureux essai. J'ai développé plus haut quelles bonnes
raisons j'ai eues pour m'acharner sur cet essai. Il n'est que
juste de dire ici combien M. Dujardin fut, vers la même époque,
infiniment mieux inspiré dans ses traductions, littérales aussi,
de deux autres scènes capitales: l'_Evocation d'Erda_, et la
_Mort de Brünnhilde_. Nous ne saurions oublier d'ailleurs maintes
vaillantes pages de polémique, maintes précieuses pages fluides de
rêve, dues à la plume du même poète, et pleines d'une belle foi
wagnérienne, c'est-à-dire d'une altière foi d'Art. Il lui sera
beaucoup pardonné, parce qu'il aima beaucoup Wagner et l'a compris
presque toujours. Quant à M. Stewart Chamberlain, dont j'admire
depuis bien longtemps le pur zèle désintéressé, je le prie de
trouver ici, nonobstant telles critiques, l'expression du profond
respect d'un homme libre, à la bouche sincère.]
[Note 243-1: Littéralement: «Wotan! époux!»]
[Note 243-A: Le grand thème du Walhall, dont une très douce
ébauche a paru à la fin de la première scène, s'affirme ici
solennellement, tandis que l'aurore se lève au loin sur le Burg
divin. (Partition, page 55.)]
[Note 244-1: Ce passage, le premier parmi d'autres, suffit pour
prouver à quel point Wotan peut, d'un bout à l'autre du rôle, être
considéré, surnaturel à part, comme une personnification de notre
Pensée _humaine_, de nos Désirs _humains_ d'agir et de posséder.
Certes, il y a dans son personnage bien d'autres choses, mais il
y a notamment celles-là. L'_Edda_ de Snorro ne rapporte-t-elle
pas: «Nous croyons qu'Odin et ses frères gouvernent le ciel et
la terre? Nous donnons le nom d'Odin au maître de l'univers,
parce que ce nom est celui _du plus grand homme_ que nous
connaissons?--il faut que les hommes l'appellent ainsi.»]
[Note 244-2: Il importe de bien saisir que ce «Burg», plus tard
nommé Walhall, _a déjà un sens symbolique_.--Je laisse au Drame
de le suggérer, et à ces paroles de Brünnhilde (conclusion de la
Deuxième «Journée»): «Passe donc, _monde_ (ou: «_âge_») brillant du
Walhall! Qu'en poussière s'écroule ton Burg orgueilleux! Adieu,
resplendissante magnificence des Dieux!» etc.--Au surplus, le
mot «éternel» (_ewig_), fréquemment employé dans l'_Anneau du
Nibelung_, n'y désigne-t-il, presque toujours, qu'une «éternité»
tout artificielle,--et, non plus que le mot hébreu correspondant,
n'a nulle valeur mathématique.]
[Note 244-3: Littéralement: «comme ma Volonté l'a déterminé.»
_Wille_ peut signifier d'ailleurs aussi Désir, et, si j'ai choisi
ce dernier mot, ce n'est pas sans avoir médité. Je ne puis
malheureusement me livrer, pour motiver l'emploi de chaque terme,
à des dissertations d'ordre philosophique. Qu'il me suffise de
redire ici, une fois pour toutes, que cette traduction, tout
entière, repose sur une première traduction littérale que je
compte bien publier un jour, à part ou jointe à la présente,
mais qui, _actuellement_, n'eût point rempli mon but. Inutile
de faire remarquer que si je m'étais contenté de cette première
traduction, j'aurais eu à me donner, en moins, tout le mal que m'a
coûté celle-ci, et sans doute j'aurais assumé des responsabilités
moindres. Mais j'ai expliqué quelles raisons m'ont poussé à
considérer tel infidèlement fidèle mot-à-mot comme la pire des
caricatures d'un poème dramatique aussi parfait que possible.]
[Note 245-1: Sur Freya, consulter la note mythographique qui lui
est consacrée, p. 253, et aussi les notes (2) de la page 251, (2)
de la page 255, etc.]
[Note 245-2: «Dans le commencement du premier âge des Dieux,....
un architecte vint les trouver, et offrit de construire en
trois ans un château tellement fort, qu'il serait impossible
aux Géants des montagnes... de s'en emparer... Mais il demanda
pour récompense Freya, ainsi que le soleil et la lune. Les
Ases s'assemblèrent pour délibérer sur cet objet, et dirent
à l'architecte que ses demandes lui seraient accordées s'il
bâtissait ce château dans l'espace d'un hiver; mais si le premier
jour de l'été il restait quelque chose à faire à cet édifice, la
convention serait nulle.» (_Edda_ de Snorro, _Gylfaginning_.) Pour
les transformations du mythe de la mise en gage de Freya, déesse
de l'Amour et de la Jeunesse, se reporter à l'Etude d'Edmond
Barthélemy, qui fournit le _commentaire_ des sources dont je ne
puis donner ci-dessous que les _extraits_.] [Note 246-1: «ODIN:
Frigga, donne-moi un avis. J'ai le désir de voyager et d'aller
trouver Vafthrudner; j'ai une envie extrême de causer de la
sagesse antique avec ce géant si savant. FRIGGA: Je conseille au
père des armées de rester dans son palais divin... ODIN: J'ai
beaucoup voyagé, j'ai mis à l'épreuve bien des intelligences,
maintenant je désire connaître les usages établis dans les salles
de Vafthrudner.» (_Vafthrudnismal._)--Cf. p. 431, notes.]
[Note 246-A:
«Il me faut bien, hélas...»
Nous n'insisterons pas sur le Thème de l'_Enchaînement d'Amour_,
qui apparaît, ici, à ces paroles de Fricka (Voy. partition, page
60); par contre, nous aimerions examiner plus longuement le _Motif
de Freya_ qui lui succède, dès l'arrivée de la jeune déesse,
et qui a une bien autre importance, au point de vue général de
la _Tétralogie_. Ce Motif se lie bientôt à un autre, dit le
_Motif de la Fuite_, et qui, exprimant, d'une façon immédiate,
l'enlèvement de Freya par les Géants, évoque, en même temps, tout
ce qu'il y a de précaire, de mélancoliquement aventureux dans le
bonheur des Dieux voués à la Chute, dans l'idéal qui couve au
front tourmenté de Wotan.--Désormais, d'un bout à l'autre de la
_Tétralogie_, ces deux idées d'Amour et d'Angoisse reviendront
toujours simultanément: de même que le Motif de la Fuite scande,
dans l'_Or-du-Rhin_, l'apparition de Freya, bientôt ravie par les
Géants, de même dans la _Walkyrie_, il précède l'amour persécuté
de Siegmund et de Sieglinde: enfin dans la formidable Marche
funèbre du _Crépuscule-des-Dieux_, lorsque s'éloigne dans la nuit
le cortège de Siegfried assassiné,--un trait rapide, saccadé, très
sourd, qui s'obstine, gémit lugubrement, à travers le glorieux
thème de la Race de Wälse, déployé aux cuivres, semble rappeler
les phrases heurtées de ce Motif-de-la-Fuite.]
[Note 247-1: C'est ainsi que le génie de Wagner a su, synthétiste
entre tous, indiquer la mission de la femme dans celles des
sociétés non fondées, comme à Rome, sur le sacerdoce paternel
sanctificateur du foyer. Constatons la teinte germanique intime
de l'indication wagnérienne. Et que de siècles sont résumés par
les plaintes de Fricka déçue! Mais qu'importe? cette déception fut
passagère...--Et dire que tous ces développements du sens humain
des personnages sont suggérés en quelques mots! dire qu'ils ne
nuisent nullement à ceux, simultanés, du sens symbolique spécial
à toute l'œuvre! dire surtout--car là est le miracle!--que,
suggérant réellement cela, et destinés à le suggérer, ces
personnages n'en vivent pas moins, d'une vie dramatique si
puissante, qu'en somme chacune de leurs paroles peut sembler se
rapporter au drame seul, en tant que drame! J'ai grand'peine à
me retenir de (naïvement!) rappeler: qu'après toutes ces choses
admirées, il reste à admirer...--Quoi?--Si peu: la musique! Toute
cette merveille de cette musique!]
[Note 248-1: Littéralement: «l'Amour» (d'une part) «et» (d'autre
part) «la précieuse valeur de la Femme» (_Weibes_). C'est de
Freya qu'il s'agit ici: la musique et, un peu plus loin, presque
textuellement pareilles, les paroles prononcées par Loge, ne
laissent nul doute. Mais comme la réponse de Wotan se réfère à
ce même vocable _Weib_, qu'il applique alors à Fricka; comme
d'ailleurs la phrase de Fricka peut à la rigueur, dans l'original,
prêter à l'amphibologie, j'ai adopté ici la signification la plus
directement dramatique. Aussi bien le choix de Wotan (entre la
Puissance et l'Amour) n'est-il pas encore arrêté, sa réplique
suffit à le prouver.--On pourra néanmoins remarquer que (Freya
étant un symbole de Beauté, de Jeunesse,--et d'Amour) le sens
intégral reste sauf, grâce aux mots: «l'Amour», suivis d'une
virgule.--Je profite de cette occasion pour déclarer: que je ne
m'astreindrai plus, par la suite, à des justifications de cette
espèce. Que celle-ci serve à démontrer qu'en chacun des cas
analogues, tous les sens de tous les passages furent étudiés,
approfondis, et toutes les traductions, de tous les mots, décidées
par de scrupuleux raisonnements.]
[Note 248-2: Wotan, dans la _Tétralogie_, comme dans les sources
norraines du drame, est en effet un dieu borgne: «Je sais, Odin,
où tu as caché ton œil; c'est dans le puits limpide de Mimer,»
lit-on dans l'_Edda_ de Sœmund, qui nomme cet œil, un peu plus
loin, «le gage du Père-des-Prédestinés» (c'est-à-dire Odin ou
Wotan). Snorro dans son _Edda_, citant ces vers, ajoute: que
«la Raison et la Sagesse sont cachées dans le puits de Mimer.
Mimer est plein de science, parce qu'il boit de l'eau de ce
puits.... Odin y vint un jour et demanda une gorgée, qu'il ne
put obtenir avant d'avoir mis l'un de ses yeux en gage.» Et
Wagner fait dire par la Première Norne, en la première des
scènes du _Crépuscule-des-Dieux_: «... sous le frais ombrage
bruissait une source, dont les flots, en courant, chuchotaient
la sagesse....--Un Dieu hardi vint pour boire à la source: d'un
de ses yeux, pour jamais abandonné, il acheta ce droit.» Donc
Fricka est, personnifiée, cette gorgée d'eau de la source de
sapience; elle est la «Sagesse» acquise par Wotan, incarnée
par Wagner pour faire _vivre à nos yeux les dramatiques luttes
intérieures_ de cette sublime âme de Wotan, de cette immense âme
d'Homme divinisé; c'est ainsi que s'incarnera plus loin, en cette
admirable Brünnhilde, la vivante Volonté d'aimer révoltée, dans
le cœur du Dieu, contre la froide sagesse, contre l'étroite
coutume,--contre Fricka. Nous aurons, et dans la _Walküre_,
et dans tel passage de _Siegfried_, l'occasion d'insister sur
ces sens symboliques.--Quant à «l'œil de Wotan», d'après les
mythographes, cet œil est simplement le soleil. Wagner, on s'en
apercevra, s'est servi çà et là de cette interprétation: mais il
l'a, suivant l'habitude de son génie, enrichie d'un nouvel et
profond sens philosophique dont s'éclaire son quadruple drame, et
que nous montrerons en temps opportun (à propos de _Siegfried_,
acte III).--Cf. p. 491, note 1.]
[Note 249-1: Littéralement: «Et Freya, la bonne, je ne
l'abandonne[rai] point.»]
[Note 249-2: Littéralement: «beau-frère!»]
[Note 250-1: Rappelons, pour les personnes curieuses de ces
questions, que, dans la _Deutsche Mythologie_ de Grimm, 4e
édition, Berlin, 1873, tome 1er, page 329, Fasolt est mentionné
comme un Géant de l'Orage (_Riese des Sturms_) et que l'étymologie
de son nom y est fixée. Aussi bien, si je donne cette indication,
c'est qu'elle me fournit l'occasion de signaler l'œuvre utile,
de Grimm, comme l'une des sources principales de la _Tétralogie_
entière, particulièrement au point de vue des épithètes
caractéristiques. Ainsi le type du Géant est spécifié, par Grimm,
«gutmütig, plump, wild, tückisch und heftig»; il insiste sur
leurs qualités de bâtisseurs (tout le monde songe immédiatement
aux constructions dites cyclopéennes), etc., etc. Je ne puis ici
prouver mon dire par plus d'exemples; je me contente, _pour les
initiés_, de choisir, entre dix mille, une phrase sur laquelle je
reviendrai plus loin; résumant tout un développement relatif aux
Walküres, il conclut: «die Walküre ist ein Wunschkint, Wunsches
Kint» (édition citée, I, 347): c'est la conception même adoptée
par Wagner.]
[Note 250-2: En un autre mythe de l'Edda, le marteau de Thor ayant
été volé, Loke, chargé de le recouvrer, déclare que le coupable
est le Géant Thrymer. «Pas un homme ne pourra le lui reprendre,
s'il ne lui amène Freya pour épouse... Freya! couvre-toi du lin
des fiancées, et nous irons ensemble à Jœtenhem» (séjour des
Jotes ou Géants).--«Freya se mit en colère, et sa respiration
en fut accélérée; tout le palais des Ases trembla, et le
collier Brising bondit sur le sein de l'Asesse: «On me croirait
folle d'hommes, si j'allais avec toi à Jœtenhem.» (_Edda_ de
Snorro:--_La Recherche du Marteau_.)--Pour ce symbole et ses
analogies avec le symbole de l'Anneau, se reporter à l'Etude
d'Edmond Barthélemy, p. 192.]
[Note 250-3: Ou: «au Malin.»]
[Note 250-4: C'est sans doute la mort de Balder à quoi Fricka fait
allusion. Entre autres choses sur Loke, l'_Edda_ de Snorro dit:
«C'est l'auteur des perfidies, de tout ce qui déshonore les dieux
et les hommes... Son caractère est méchant et fort léger. Il a
entraîné les Dieux dans plus d'une aventure dont il les a souvent
tirés par son esprit inventif...» Et l'_Edda_ de Sœmund: «LOKE
_chanta_:... Je porterai le bruit et le trouble parmi les Ases, et
je mélangerai leur hydromel d'amertume.» (_Le Festin d'Æger._)]
[Note 251-1: Voir d'abord la note (2) de la p. 245. «Ce mauvais
conseil avait été donne par Loke...--Loke... jura d'arranger
les choses de manière à ce que l'architecte ne reçût point la
récompense promise.» (_Edda_ de Snorro.)]
[Note 251-2: Grimm fait remarquer avec justesse que la mythologie
norraine apparie toujours Freyr (Froh) avec Freya. Voir, sur
ces deux divinités, les notes mythographiques qui leur sont
consacrées, p. 251, 253, 255, 258, 270, 308.]
[Note 252-1: Dans la mythologie du Nord, les Géants craignent le
jour, ou même, sont, durant le jour, changés en pierres. Dans
_Siegfried_, l'Antre de Fafner demeure, même le soleil levé, tout
enveloppé d'épaisses ténèbres, etc.]
[Note 252-2: Voir d'abord la note (2) de la p.
245.--«L'architecte... demanda la permission de se servir de son
cheval Svadelfœre. Il commença dès le premier jour de l'hiver la
construction du château, et _toutes les nuits il apportait des
pierres_ avec le secours de son cheval. Les Ases étaient surpris
de voir _les grandes montagnes_ que Svadelfœre traînait... Vers
la fin de l'hiver, le château était très avancé; ...trois jours
avant l'été, l'architecte n'avait plus que la porte à faire...»
(_Edda_ de Snorro.)]
[Note 252-A: Les Géants sont musicalement décrits par un thème
aux cadences lourdes liées par des traits rapides; il donne,
ainsi l'impression d'une énorme force qui va roulant. (_Voy._ un
exemple, page 68.) Précédemment, l'orchestre a émis le thème de la
Lance (ou des Conventions) qui _dérive_, comme on a vu, du thème
de la servitude.]
[Note 253-1:
Freia, die holde,
Holda, die freie...
Il y a dans le texte un exemple de _Wortspiel_ (jeu de mots)
wagnérien, procédé que d'ailleurs le poète emploie sans cesse avec
bonheur. Ici le Géant dit: «l'adorable» et en fait ensuite un
nom propre. Cet échange est intraduisible, et c'est regrettable
d'autant plus, qu'il montre deux aspects symboliques de Freya.
Je ne me suis attaché qu'à garder l'antithèse, pâle reflet
de la beauté du texte. Des grincheux pourront critiquer mon
interprétation de _freie_; c'est pourtant la plus synthétique que
j'aie trouvée pour ce passage (trois principales de mes raisons,
pour affirmer une fois encore le scrupuleux choix de tous mes
termes: Freya est la déesse aux chats, emblèmes des frénésies
sensuelles de l'amour; c'est certainement comme telle que la
désire Fasolt, brute loyale, mais brute, en définitive; Grimm, du
reste, entre autres racines, propose _frei_, mais avec le sens de
_protervus_ et d'_impudens_. J'aurais bien traduit: «luxurieuse»,
mais Fasolt ne connaît ni ce mot, ni même la chose: puissance
élémentaire comme les Ondines du Rhin, à qui leur ignorance a
fait perdre leur Or, il confondrait comme elles, abandonné à soi,
_Lust et Liebe_, le Plaisir et l'Amour).--Quant à ce nom de Holda
(cf. _Tannhäuser_), il reparaît plus loin, Freya se l'attribuant
elle-même. Je crois utile de rappeler qu'il y a, dans la
mythologie germanique, une Holda; ce n'est pas le lieu d'expliquer
en quoi elle s'y différencie de Freya, à laquelle l'assimile
Wagner volontairement. Les curieux qui ne pourront lire Grimm
trouveront sur ce point quelque chose dans le travail (vieilli)
d'Ozanam touchant les religions septentrionales. Notons seulement
qu'avant Wagner, Grimm (édition citée, I, 251) s'était livré à
d'analogues identifications de Déesses, et avait dit, entre autres
choses: Holda, von _hold_ (lieb, _propitius_),» etc.]
[Note 253-2: Voir d'abord les notes (2) de la p. 245, et (2) de
la p. 252.--«Les dieux s'assirent alors sur leurs trônes pour
délibérer, et s'entredemandèrent qui avait donné le conseil de
marier Freya en Jœtenhem.» (_Edda_ de Snorro.)]
[Note 254-1: «Les _Runes_ d'Odin sont un trait significatif de sa
physionomie. Les Runes et les miracles de «magie» qu'il opérait
par elles, constituent un trait considérable dans la tradition.
Les Runes sont l'Alphabet scandinave, supposent qu'Odin fut
l'inventeur des Lettres, aussi bien que de la «magie,» parmi ce
peuple! C'est la plus grande invention que l'homme ait jamais
faite, ce fait de noter la pensée invisible qui est en lui à
l'aide de caractères écrits...» etc. (Carlyle, _Les Héros_,
traduction Izoulet-Loubatières, p. 44.) L'occasion se présentera
plus loin d'en dire davantage sur les Runes.]
[Note 254-2: On verra suffisamment par la suite ce qu'est cette
Lance, et comment Wotan la possède: «Puis, sur le Frêne-du-Monde»
(sur le Frêne symbolique du Monde, Yggdrasil chez les Scandinaves)
«Wotan rompit une branche: le Puissant se tailla sur le tronc la
hampe d'une Lance». (_Crépuscule-des-Dieux_, scène 1.) Elle est
le signe de son pouvoir: «Les Runes des conventions loyalement
débattues» (avec les grandes forces naturelles, les dieux, les
géants, les nains et les hommes; conventions par lesquelles il
a donc non créé, mais organisé l'univers), «Wotan les inscrivit
sur la hampe de la Lance: il la tint au poing, c'était tenir le
Monde.» (_Id._, _ibid._)]
[Note 254-3: «La convention, arrêtée entre les Ases et
l'architecte, avait été confirmée en présence de bons témoins et
avec beaucoup de serments. Car le géant trouvait peu sûr pour lui
d'habiter parmi les Ases sans une bonne garantie.» (_Edda_ de
Snorro.)]
[Note 254-4: «Fils-de-la-Lumière» ou: «Fils-de-Lumière.»]
[Note 255-1: Littéralement: «[Notre] gain (salaire), [ce] n'[est]
pas en mariage [que] nous [le] recherchons».]