Il s'enfuit, vit dans la forêt. Signy qui, seule, connaît sa

retraite, lui envoie les fils qu'elle a eus de Siggeir, pour qu'il

les associe à son œuvre de vengeance, ou qu'il les tue, s'ils ne

sont pas assez braves. Comme ils se montrent sensibles à la peur

(détail utilisé par Wagner), Siegmundr les massacre bientôt.

Signy, alors, s'aide du pouvoir d'une jeune sorcière, dont la

forme peut être échangée contre la sienne; cette sorcière la

remplace, la nuit, auprès de Siggeir, tandis qu'elle-même s'en va

trouver Siegmundr dans la forêt.

Le fils de cet inceste est le fort Sinfjölti (sur lequel

il se trouve, dans l'_Edda-Sœmundar_, un chant héroïque,

incompréhensible sans cette saga, et maintes allusions dans divers

chants du même recueil); sa mère l'envoie, dès qu'il a dix ans, à

Siegmundr, qui lui impose la même épreuve que jadis aux fils de

Siggeir: pétrir une pâte où est cachée une vipère. Sinfjölti s'en

tire, sans peur, et son père l'emmène avec lui dans son existence

de guerre et de rapines, par les bois.

A la porte d'une maison où dorment deux fils de roi, ils

aperçoivent, un jour, deux peaux de loups, appendues; ils les

prennent, s'en revêtent. Or, ceux qui se couvraient de ces peaux

ne les pouvaient quitter de neuf jours, mués en loups durant ce

laps. Ainsi, sous forme de loups, tous les deux errent, traqués.

Enfin, Sinfjölti devenu homme, son père et lui se rendent chez

Siggeir; ils sont saisis, enterrés vifs. Mais Signy leur avait

remis le glaive de Siegmundr, à l'aide duquel ils creusent le sol

et se font libres. Ils mettent le feu à la maison de Siggeir, avec

qui Signy périt, volontairement, satisfaite d'être vengée de lui.

Siegmundr regagne son ancien héritage; là, puissant, il épouse

Borghild, laquelle lui donne un fils, Helgi (c'est un héros encore

des Chants de l'Edda, Chant III, 2me partie). Plus tard, veuf,

il épouse Hjördis, fille du roi Eylimi. Or, Helgi a tué un autre

chef, Hunding; et le fils de Hunding, Lyngwi, avait vainement aimé

Hjördis; Lyngwi déclare donc la guerre à Siegmundr et à Eylimi;

armé de son glaive mystérieux, le premier fait des exploits rares;

mais, enveloppé d'un manteau bleu et l'œil unique caché sous un

large chapeau, un homme (Wotan) surgit devant lui, oppose son

épieu au glaive de Siegmundr, qu'avaient protégé, jusque-là, ses

_Déesses protectrices_. Le glaive se brise, le héros désarmé est

tué; Eylimi aussi.

Hjördis, la nuit tombée, vient sur le champ de bataille; elle

trouve Siegmundr encore vivant, veut panser ses plaies; il

l'arrête: «Odin ne veut plus que je brandisse mon Glaive;

gardes-en les tronçons avec soin; car tu vas mettre au monde un

fils qui sera le plus glorieux héros de notre lignée; il portera

triomphalement le Glaive,--qu'on reforgera de ces débris et qui

sera nommé _Gram_ (Angoisse, fureur).»--Siegmundr meurt au point

du jour. Hjördis enfante Sigurd, puis elle se remarie avec Alf,

fils du roi de Danemark, Hjalprek.--La suite est conforme à

l'_Edda_.

Wagner a étudié cette saga sur la traduction de Von der Hagen.

On peut voir par quel procédé de concentration il est parvenu

à établir le sujet de la _Walküre_, lequel est le pivot du

Drame.--Dans la _Völsunga_, ce n'est que de sa troisième femme,

Hjördis, que Siegmundr a Siegfried, et cette naissance n'est

point incestueuse. Wagner a transposé Hjördis en Borgny, sœur

incestueuse de Siegmundr, et dont il a fait Sieglinde. Hunding

est substitué au roi Siggeir. Dans la _Völsunga_, Siegmund ne

se rencontre pas avec Hunding; seulement, les fils de celui-ci

déclarent la guerre au Völsung, mais bien longtemps après son

inceste avec Borgny (Sieglinde) et pour un tout autre motif.

C'est dans cette guerre qu'il meurt,--par la volonté de Wotan.

(Peut-être, au fond, est-ce de son inceste qu'il porte alors

la peine?). Wagner a donc résumé tout le cycle des drames

de la _Völsunga_ dans ces trois figures: Siegmund, Borgny

(Sieglinde), et Hunding, figures éparses là, réunies ici.--Quant

à l'intervention de la Walküre, la légende se borne à dire que

les «Déesses protectrices» de Siegmundr le protégeaient durant

le combat contre les fils de Hunding.--Mais on lit ailleurs

que la Walküre avait été endormie par Odin, pour avoir, malgré

sa défense, protégé le jeune héros Agnar contre le farouche

Hialmgunnar, et causé, ainsi, la mort de ce dernier. Ailleurs

encore, une autre Walküre, Swawa, protège Helgi, fils de Siegmund

et de sa seconde femme, Borghild, contre Hunding; elle est, de

même, endormie sur une montagne.

Cette Swawa qui s'appelle aussi Sigrune, paraît être, en somme,

la même que Brünnhild, comme le fait supposer ce passage de la

_Prophétie de Gripir_: «Elle dort encore (la Walküre) dans la

montagne, _depuis la mort de Helgi_. Tu coupes sa cotte de mailles

du tranchant de ta bonne épée qui a tué Fafnir.»]

[Note 204-1: Ceci encore, l'_Edda_ ne le dit pas positivement;

elle dit, tout juste, que cet Or porte malheur à quiconque le

possède. Pourquoi? Parce qu'il y a, sans doute, sacrilège à se

l'approprier. Mais pour trouver ce motif, il faut quitter l'_Edda_

proprement dite, et se reporter au Mythe de Erda (voy. page 183,

note) tel qu'il fut connu des anciens Germains (plus spécialement

connu d'eux, semble-t-il, que des Scandinaves eddiques) et

qu'exprime le culte abstrait de l'Or.]

[Note 204-2: Tout ceci n'est qu'implicitement indiqué dans

l'_Edda_.]

[Note 204-3: Strictement, la _Völsunga-saga_ ne fait pas partie

des _Eddas_ proprement dites. J'entends seulement qu'on peut

l'incorporer dans la «littérature eddique».]

[Note 205-1: Fafnir, mourant: «--Compagnon, compagnon, quel

compagnon t'a donné le jour? De quel homme es-tu le fils, toi qui

as osé teindre ton arme brillante dans le sang de Fafnir?

Sigurd: «--Je m'appelle un prodige, et je marche ci et là, sans

avoir connu de mère. Je n'ai point non plus connu de père, comme

les autres hommes. Je m'avance solitaire.»]

[Note 205-2: _Deuxième Chant de Sigurd, vainqueur de Fafnir._]

[Note 206-1: Nous prions qu'on se reporte à l'examen des éléments

historiques du _Nibelunge-nôt_.]

[Note 210-1: Gunther évoque Attila; Attila évoque la Chute de

l'empire romain, prépare le Moyen Age.]

[Note 211-1: Je ne veux pas dire, par là, qu'en eux-mêmes

les événements de la _Völsunga_ sont postérieurs à ceux des

_Nibelungen_; ce serait difficile, attendu que ce sont les

mêmes événements, et pris même, par la _Völsunga_, dans des

origines plus anciennes. Mais le récit norvégien de la _Völsunga_

(définitivement compilé au XIIe siècle) _leur donne une couleur

plus récente_, la couleur de l'époque des Rois-de-Mer. C'est comme

l'histoire de la Norvège, au IXe siècle, transposée hiératiquement

dans ces légendes. Ce n'est plus le Ve siècle barbare dont on ne

peut se résoudre à séparer Siegfried. Siegfried a été _germanique_

avant d'être _scandinave_.]

[Note 212-1: Mahomet, Dante, Shakespeare, Luther, Knox, Cromwell,

Johnson, Rousseau, Burns, Napoléon.]

[Note 214-1: Mythe de Fenris _enchaîné_:

«Sois sage, ô _ma_ Douleur, et tiens-toi plus tranquille.»

]

[Note 216-1: Il y a, dans la théogonie scandinave, un Dieu peu

connu, le Dieu _Désir_, que l'on voudrait bien pouvoir identifier

avec Wotan.--«Peut-être le dieu le plus remarquable dont nous

entendions parler est-il un de ceux dont Grimm trouve trace: le

dieu Wunsch, ou Wish (_to wish_, désirer). Ceci n'est-il pas la

plus sincère et pourtant la plus rudimentaire voix de l'esprit

de l'homme? le plus rudimentaire idéal que l'homme ait jamais

formé.»--CARLYLE.]

[Note 216-2: «--Le mot _Wuotan_, qui est la forme originelle

d'Odin, mot répandu comme nom de leur principale divinité, d'un

bout à l'autre des nations teutoniques, partout, ce mot, qui se

rattache, d'après Grimm, au latin _vadere_, à l'anglais _wade_

et autres semblables,--signifie, primitivement, _Mouvement_,

source de mouvement, Puissance, et est le digne nom du plus haut

dieu... Le mot signifie Divinité, dit-il, parmi les vieilles

nations saxonnes, germaines, et toutes les nations teutoniques;

les adjectifs formés de lui signifient tous _divin_, suprême, ou

quelque chose appartenant au principal Dieu.»--CARLYLE.]

[Note 216-3: Brünnhilde serait, dans le Drame, même avant

Siegfried, la plus précise de ces «figures platoniciennes».

C'est elle qui est le plus nommément, le plus immédiatement,

l'incarnation de la Volonté de Wotan; c'est en elle que cette

Volonté se satisfait le mieux; en elle, victorieuse, un instant,

du Destin. Elle est la plus large _naissance_ de Wotan dans

la vie concrète,--la plus profonde substance vitale où il

s'hypostasie.--Ce n'est pas tout fait ainsi que sont, que

_demeurent_, les Walküres dans les _Eddas_. Certes, elles y

accomplissent bien les volontés célestes, mais sans jamais se

départir, elles-mêmes, de leur divinité, leur mission étant,

en quelque sorte, d'absorber le concret dans l'abstrait, de

transplanter la vie dans l'éternité (Héros _conduits_ au Walhall).

Ici, au contraire, la Walküre, penchée, de plus en plus, vers

l'Humanité, s'y solidarise, enfin, y reste attachée par le

lien de son amour pour Siegfried. C'est que Wagner a voulu une

incarnation tout à fait humaine de Wotan, afin de mieux faire

saisir les luttes de cette âme. D'où, à la place de Balder:

Siegmund-Sieglinde, Siegfried,--et Brünnhilde. Je n'oublie

point toutefois, malgré ce qui précède, que la Brünnhilde de la

_Tétralogie_ est, à peu de chose près, la Brünnhild des _Eddas_;

mais dans les _Eddas_ Brünnhild agit beaucoup moins comme Walküre

que comme amante de Siegfried, et cet amour détruit sa nature de

Walkyrie. Elle est, justement, une exception parmi les Walküres.

On voit bien d'autres Walküres aimer aussi des Héros; mais tôt ou

tard, les vierges-cygnes s'envolent (je pourrais citer plus d'une

saga) et il faut, précisément, que, pour les fixer auprès d'eux,

les Héros leur enlèvent leur symbolique plumage. Dans les chants

eddiques, Brünnhild est endormie par Wotan, pour avoir, malgré

la défense du dieu, protégé le jeune Agnar contre le farouche

Hialmgunnar (Voir la note relative à la _Völsunga-saga_). Mais,

naturellement, la psychologie des _Eddas_ n'atteint pas jusqu'à

dire si, faisant cela, la Walküre accomplit un désir secrètement

cher au Dieu. L'idée est toute à Wagner; elle est belle.]

[Note 217-1: De même, Wotan est impuissant à sauver Balder.]

[Note 223-1: Ou: «Premier _Tableau_».--_Voir_ la note (1) de la p.

27.]

[Note 223-2: Sur _Weia! Waga!_ on lirait avec fruit un intéressant

article philologique (en allemand), compris, sous ce titre, parmi

les _Wagneriana_ de M. Hans von Wolzogen.]

[Note 223-3: Littéralement: «Vogue, [ô] toi vague,--Ondoie au

berceau!» _Vibre en la vive!_ traduit M. Édouard Dujardin. C'est

un de ces passages qui, n'ayant aucune importance au point de vue

du sens général de l'œuvre, peuvent être, sans crime, transposés,

de leur beauté phonétique allemande, suivant une harmonieuse

combinaison de syllabes françaises. Il ne faudrait, évidemment,

ni multiplier ces transpositions, ni, surtout, leur prêter plus

de valeur qu'elles n'en ont: plus fidèles, à la beauté spéciale

des passages transposés, que la simple et sèche littéralité,

elles contribuent, rien de plus, rien de moins, à encadrer, d'un

style davantage adéquat, l'immense majorité des passages pour

lesquels la littéralité suffit, regagne, en vigueur dramatique ou

en profondeur de sens général, ce qu'elle peut perdre en vaine

sonorité de syllabes. Au sujet de ces intermittentes et fidèles

infidélités, que je ne m'astreindrai guère à signaler chaque fois,

mais dont j'ai tenu à notifier la première parmi les premières,

consulter ci-dessus mon Avant-Propos.]

[Note 223-A: Le motif de la Nature (_Ur-Melodie_, ou,

plus exactement, _Motiv des Urelementes_, motif des

Eléments-primordiaux) qu'expose le prélude de l'Or-du-Rhin,

joue un rôle capital dans le système thématique de la

_Tétralogie_. Il revient exprimer,--toutes les fois que le Drame

l'implique,--l'innocence première, la paix ancienne des choses.

Il s'étale comme le large fond physique, végétal, harmonieusement

lointain, sur lequel se détachent, violentes et actuelles,

les apparitions du Drame.--Nous avons attentivement noté tous

les passages de la _Tétralogie_ qui ramènent l'Ur-Melodie.

En général, presque toutes les fois qu'une idée de nature

est émise, ou sous-entendue (et c'est souvent), ce thème

revient, berceuse immense qui baigne tout le Drame (Erda;--les

Nornes;--l'Arc-en-Ciel;--le Rhin;--la chute des Dieux, lisez: le

retour à la Nature, au creuset primordial).

Quant à la technique et au pittoresque de ce grand thème, nulles

lignes ne seraient plus suggestives que les lignes suivantes de

MM. Alfred Ernst et Catulle Mendès:

«--Une immense tenue sur l'accord de _mi-bémol_ majeur, au

grave,--dit M. Alfred Ernst (Richard Wagner et le Drame

contemporain, p. 203[223-A-a]) ouvre le prélude de _Rheingold_.

Un cor échelonne, _pianissimo_, les notes constitutives de

l'_Ur-Melodie_; un deuxième les répète, jusqu'à ce qu'ils se

répondent, et qu'enfin la mélodie se dégage, dite d'abord par

les bassons, sur un murmure imitatif des violoncelles. C'est le

motif de la Nature, représentée, en son innocence et sa simplicité

primordiales, par les eaux du grand fleuve légendaire, le Rhin.

La mélodie progresse, passe aux voix élevées de l'orchestre, se

développe, sans cesse recommencée, avec un bercement rythmique qui

reproduit le mouvement même des vagues...»

Sur le développement (thématique) de l'_Ur-Melodie_, M. Ernst dit

ceci[223-A-b]: «Cette mélodie se compose, _essentiellement_, des

notes d'un accord parfait majeur, la tonique, la médiante, la

dominante. Ces trois notes distinctes sont d'abord données par

les cors, dans un certain ordre, _seules_. Puis, lorsque la ligne

mélodique se complète et s'anime, des notes de passage viennent

lier entre eux ces degrés fondamentaux, qui, d'ailleurs, restent

seuls accentués. La forme _éclatante_ de ce _Thème de la nature_

sera très rationnellement le motif proclamé un peu plus tard

par la trompette, celui qu'on appelle d'habitude _la Fanfare de

l'Or-du-Rhin_.

Cette fanfare est encore formée des mêmes notes, mais groupées

suivant une figure différente.

Quand Wotan voudra opposer à l'Or une force neuve, celle du

Fer,--c'est-à-dire créer les héros qui doivent reconquérir

l'Anneau, et libérer le monde de la malédiction,--c'est une autre

figure mélodique, toujours faite des mêmes notes, et d'ordinaire

aussi confiée à la trompette, qui s'associera maintenant à cette

idée. Ce motif est surtout connu sous le nom de _thème de l'Epée_,

parce que le glaive qu'ont oublié les géants, relevé par le dieu,

donné par lui au héros, est le symbole visible de la puissance

nouvelle.

Si à présent on écrit la mélodie primitive dans le mode mineur,

on aura le thème qui accompagne l'apparition d'_Erda_, et qui,

rythmé d'une façon plus saccadée, se transforme dans le thème

de la _Götternoth_ (le _Péril_ ou la _Détresse des dieux_). Si,

revenant à la forme majeure du motif, on inverse en quelque sorte

sa marche, on voit de suite quelles modifications très simples

suffisent pour créer le thème dit du _Crépuscule_ et de la _Fin

des dieux_. Nous retrouverons les accords parfaits majeur et

mineur, brisés, arpégés tour à tour sur un fier mouvement de

galop, dans les deux motifs essentiels de la _Chevauchée_: celui

qui est spécial aux Walkyries et à leur fonction guerrière, et la

figure, plus simplement descriptive, qui rythme la fantastique

cavalcade par l'échevèlement des nuées. Deux des motifs

orchestraux qui se développent dans la scène des Nornes, au début

de la _Götterdämmerung_, dérivent visiblement aussi de la mélodie

primitive, et voilà donc une dizaine de thèmes faciles à rattacher

à un principe commun...»

--«D'on ne sait quelle profondeur[223-A-c] émane sourdement un

son. Il semble que l'on entende, à peine perceptible, informe, le

bruit premier d'un monde qui va vivre. Le son insiste, s'efforce,

se dégage, il s'y mêle un désir de montée, de développement.

Il se multiplie en sonorités d'abord confuses, l'une à l'autre

enchaînées dans une vague ligne déjà de déroulement, et se hausse,

et s'enfle, et, moins obscurément, avec une expansion lente qui se

dilate de plus en plus, veut atteindre le plein épanouissement de

soi-même dans une grande onde mélodique. Une onde, en effet. Le

son, émané des profondeurs, n'était-ce pas la plainte souterraine

d'une source qui bientôt se répand par un bâillement de la terre

et s'élargit et devient sous le ciel l'harmonieux ruissellement

d'un fleuve? Les rythmes, dans les mystères de l'orchestre, se

déroulent l'un sur l'autre, s'accompagnent, se poussent. Parmi la

fluidité de tous, quelques-uns, plus précis, semblent tendre vers

une expression plus palpable de leur essence. On dirait que le

remuement de l'onde va prendre une forme nouvelle, vivante, mais

toujours fugace et courbe comme lui...»

On consultera avec fruit la partition réduite au Piano par

Kleinmichel (Paris, P. Schott et Cie). Prélude de l'_Or-du-Rhin_

pages 1 à 5. Toutes les références indiquées au cours de notre

travail se rapportent à cette Partition.]

[Note 223-A-a: 1 volume.--Paris, 1887.--Librairie Moderne.]

[Note 223-A-b: _Ibid._, pages 132 et suivantes.]

[Note 223-A-c: Catulle Mendès: _Richard Wagner_, 1 volume. Paris,

Charpentier, 1886.]

[Note 225-1: Littéralement: «Sûre contre toi», c'est-à-dire: Ici

je suis en sûreté contre toi.--Le caractère résolûment DRAMATIQUE

de cette traduction de la _Tétralogie_ m'impose de semblables

changements, que je ne me serais et ne me suis permis, j'y

insiste, dans aucun des passages ressortissant au sens général

de l'œuvre (_voir_ la précédente note et mon Avant-Propos), et

que je me suis efforcé toujours d'adapter, suivant la logique, à

l'intonation de l'original--poème, partition,--et au naturel des

personnages. Je ressasse dès à présent ces remarques, afin d'y

moins revenir ensuite. Quoi qu'on en pense,--peut-être encore,

pour le passage qui nous occupe, préférera-t-on ma traduction

à celle de MM. Dujardin et Houston Stewart Chamberlain: «Sûre

de toi»; comme on voit, c'est un pur contre-sens. J'admets qu'à

la rigueur, étymologiquement, «Sûre de toi» demeure défendable

au (vrai) sens de: «Sûre contre toi»; même, quiconque sait la

compétence, la presque infaillibilité, en toutes les questions

wagnériennes, de ces deux parfaits wagnéristes, doit, au cas

présent, comme en d'autres cas, rendre justice aux intentions

dont il critique les résultats, et non, critiquable lui-même,

triompher en pédant d'une faute que pas un des deux n'a pu faire

(je l'affirme, en toute sincérité). Mais on conviendra bien

que s'il est une circonstance où s'insurger contre l'usage est

évidemment inutile, c'est avant tout celle où un traducteur, trop

soucieux de tournures étymologiques, altère le sens... pour le

mieux rendre!--Encore telles étymologies sont-elles peut-être

contestables?]

[Note 227-1: Littéralement: «la fluante», «la coulante»; ce qui,

sans doute, est plus expressif et poétique, et ce que moi-même

j'imprimerais, si...--Du moins donnerai-je souvent, en des cas

analogues, le sens littéral en une note, car c'est évidemment

celui que choisiront artiste et lettré. Mais j'ai dû, pour

faciliter la lecture courante de la traduction, tenir un certain

compte, sans m'y asservir, des accoutumances du public français,

parmi la masse duquel la présente édition, propagandiste s'il en

fut, doit, non certes «vulgariser», mais répandre la connaissance

et l'admiration de la _Tétralogie_.]

[Note 228-1: _Nibelheim_; «Région-» (ou «Pays», «Séjour», «Monde»,

«Patrie») «-des-vapeurs-obscures», habitée par les _Nibelungen_,

ou nains.--Le Drame et des Notes préciseront.]

[Note 229-1: _Nibelung_, [nain] «issu-des-vapeurs-obscures» (Cf.

la Note précédente).--Le sens _dualiste_ du mythe (primitif) sera

ultérieurement expliqué. Mais il est d'autres sens, d'aucuns

géologiques, on pourrait même dire: volcaniques, d'origine

islandaise, peut-être; Wagner avait bien mieux à faire que de les

adopter et d'y insister: il les a suggérés, du moins (Alberich

sera ci-après le «nain-du-soufre»; un «brandon de soufre dans le

flux des vagues»; enfin, c'est par la «Faille-du-Soufre» qu'on

descend à Nibelheim).--Cf. aussi la note sur le mot «Alfe», p.

233.]

[Note 231-1: Littéralement: «[C'est] en éternuant [qu']approche la

magnificence de mon amant!» Je ne résiste point au désir de donner

ainsi, çà et là, de telles citations à titre d'exemples: qu'elles

justifient, s'il en est besoin, les libertés que j'ai prises avec

l'original, en cette traduction _dramatique_. Car enfin, c'est

très bien, la littéralité: mais quoi! déjà privée de musique,

privée de ses allitérations, comme elle deviendrait infidèle

aux plastiques beautés de la langue de Wagner! Le mot sous le

mot, ce n'est point traduction, c'est trahison. J'ajouterai que

c'est souvent paresse, car pareil labeur mécanique n'exige aucune

intelligence, aucun effort d'intelligence, et pourrait même se

faire, horreur! à coups de lexique.]

[Note 232-1: Littéralement: «Bien plus belle es-tu--que cette

sauvage-là,--cette moins brillante--et trop fort glissante.»]

[Note 232-2: On pourra comparer ce passage, d'une si chaude

sensualité, avec certaines phrases des chants dialogués des

Bayadéres, notamment l'_Entretien d'un Homme et d'une Femme en

route_ (_Chants populaires du Sud de l'Inde_, traduction et

notices par E. Lamairesse, 1868).]

[Note 233-1: Cette traduction explicative s'autorise de dictons

allemands.--Littéralement: «épineux poisson»; ou plutôt: «poisson

plein d'arêtes.»]

[Note 233-2: _«Alp»._--Les anciens poèmes scandinaves divisent les

Alfes (_âlfr, alfar_) en _Alfes-de-Lumière_ et en _Alfes-Noirs_.

C'est des derniers (qu'on a souvent comparés, à tort ou à raison,

avec les arbhas de la mythologie védique, et qu'il faut se

garder de confondre avec les «Elfes» d'Irlande, d'Écosse, etc.)

c'est des Alfes-Noirs, donc, qu'Alberich fait partie.--On l'a

vu ci-dessus nommé: «gnome». Là, ainsi que dans tout le poème,

le terme exact eût été «dvergue» (_Zwerg_): mais ces nuances

mythographiques étaient d'un intérêt trop mince pour me retenir de

préférer le vocable «gnome», plus rythmique, et, d'ailleurs, moins

déconcertant.--Cf. la note (1) de la p. 434.]

[Note 234-1: Voici la version littérale de M. Edouard Dujardin:

«littéraire» aussi, dit-il; qu'on en juge: «Comme est bon, que

vous--Une seule ne soyez!--De maintes, je plais bien à une...»

etc. Ce qui, d'ailleurs, doit être inexact, le présent ayant chez

Wagner, souvent et ici, le sens futur: «De maintes, je plairai

bien à une.» Mais n'eus-je point raison d'avancer que de pareilles

littéralités, pour littéraires qu'on les prétende, justifient

trop, s'il en est besoin, le système de traduction que j'ai cru

devoir adopter comme plus fidèle à la beauté, aux réelles beautés

du poème?]

[Note 234-2: Suivant l'inexorable littéralité de MM. Edouard

Dujardin et Houston Stewart Chamberlain: «O chante encore--si doux

et fin;--comme saint ce séduit mon oreille!» Il serait facile, en

vérité, de critiquer un pareil système de traduction: il prend

le sens le plus général pour chaque vocable, et ne tient guère

compte d'aucune nuance; il rend (germanisme licite) l'adjectif,

pris adverbialement, par le simple adjectif français, ce qui

est absolument contraire au présent génie de notre langue....

Mais ces erreurs, encore un coup, laissent intacte l'autorité

qu'il faut reconnaître à ces messieurs dans toutes les questions

wagnériennes: et j'ai dit plus haut (p. 121) pour quelle cause

unique je m'attaque à leur vieil essai de traduction.]

La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung · 第 33 / 48 段