[Note 112-1: Il serait trop facile de montrer, par d'innombrables

citations et, ce qui vaut mieux, par des faits, combien le but

de Wagner, largement national, fut toujours désintéressé. Loin

de viser uniquement à la représentation de la _Tétralogie_

de _l'Anneau du Nibelung_, il espéra longtemps, contre toute

espérance, une aide officielle--qui ne vint pas. Parlant de

cette représentation (dans _l'Œuvre et la Mission de ma Vie_,

corroborée par l'existence, en ses _Gesammelte Schriften_, t.

VIII, d'un «Rapport au roi Louis II» et d'autres pièces), il

résume ainsi ses premiers projets (pp. 73-74): «La répétition

probable de tels festivals formerait _la base d'une institution

dramatique et musicale_ dont l'influence aurait eu l'effet le

plus favorable sur _l'art allemand en général_, qui avait été

entièrement privé jusque là du type qu'elle aurait fourni. Pour

qu'une telle institution pût être assurée sur une fondation

réelle, j'avais à considérer d'abord ce qui était spécialement

indispensable à son succès: la capacité des artistes que je

devais appeler ensemble pour accomplir une tâche qui n'avait

jamais encore été présentée sérieusement devant eux. La chose

la plus importante était assurément la manière particulière de

traiter les voix des chanteurs qui posséderaient la puissance

dramatique nécessaire, car aucune branche de l'éducation musicale

n'est aussi négligée en Allemagne que le chant dramatique; son

développement, conformément aux vrais principes d'art, étant rendu

pratiquement impossible par la confusion de styles inévitable dans

un répertoire d'opéra ordinaire. Dans la musique instrumentale,

pour laquelle les Allemands ont un talent si original, il fallait

une réforme analogue, car, bien que nous possédions sans aucun

doute les plus grandes œuvres classiques qui existent dans cette

branche de l'art, nous n'avons pas encore de méthodes vraiment

classiques pour leur exécution. Ma première tâche, alors, fut

de préparer un plan détaillé pour la _fondation d'une école

musicale_ complète, dans laquelle seule l'institution projetée

pouvait trouver son point de départ convenable, et par laquelle

elle devait être continuellement renouvelée. C'était seulement

par une telle préparation que la musique, notre branche d'art

particulièrement allemande, et le drame, qui en est naturellement

le développement, pouvaient avoir chance de trouver leur plus

haute réalisation _pour l'exécution des œuvres des grands

maîtres_ et de ceux de leurs successeurs qui avaient conservé le

style allemand dans sa pureté; par ces moyens seuls on aurait

assuré un développement qui pourrait permettre vraiment de les

reproduire et qui devait être soustrait à tous les hasards, à

toutes les contingences et à toutes les restrictions.» Mais

lorsque, ajoute Richard Wagner, «je me présentai avec ce projet,

il sembla surgir ensemble toutes les influences représentées

dans notre presse et notre société, unies dans la plus violente

opposition à mon œuvre et _au plan que j'y avais ajouté pour

l'encouragement de l'art allemand_.» Et, _l'Anneau du Nibelung_

ayant été joué (en dépit de cette opposition), comme il fallait

qu'il fût joué, «alors, _précisément quand il me parut le plus

nécessaire de marcher sérieusement vers l'institution que j'avais

projetée pour donner des représentations modèles régulièrement

répétées_, je me trouvai moi-même chargé d'une tâche difficile,

que comme toute chose quelconque on me laissa seul achever.

J'avais personnellement à parfaire le déficit considérable qui

était resté après la représentation de la trilogie, terminée

avec de telles difficultés» (p. 80). N'importe! «_Je ne voulais

pas avoir entrepris de simples répétitions de ces festivals

dramatiques et musicaux extraordinaires_ que le public réclamait,

à moins que les garanties qui m'avaient été données ne formassent

une partie de cette institution tout organisée que j'avais en

tête et qui _non seulement rendait possibles les représentations

isolées_, mais établirait _un système régulier d'instruction

pour l'exécution des chefs-d'œuvre de notre art_. Une fois

encore, alors, je mis en avant mon plan d'une espèce d'école

d'entraînement.....» (p. 90). Ce fut en vain; et il ne resta

plus à Wagner qu'à tonner contre les pouvoirs qui refusaient «de

prendre les seules mesures propres à assurer une institution

permanente ayant son origine dans un projet vraiment artistique,

et tendant à conserver pour toujours la plus caractéristique

manifestation de l'esprit allemand, _à propager l'art si grand,

l'art incomparable de nos grands maîtres_, qui peut éveiller la

vraie appréciation de la nature et de la dignité de cet art dans

la nation qui a donné l'existence à ces maîtres!» (p. 91).]

[Note 114-1: Cette thèse a la faveur de M. Chamberlain, qui l'a

défendue avec feu dans la _Revue Wagnérienne_, t. III. J'ai

proclamé assez haut le respect que m'inspirent la compétence et

la personne de M. Chamberlain, j'ai, surtout, développé ici assez

d'idées, émises par lui, pour m'estimer en droit d'en discuter

telles autres. Aussi bien ne s'agit-il ici que d'une personnalité:

Wagner.]

[Note 117-1: Par exemple (pour ne parler que du _Ring_), dans

_Siegfried_, à l'acte troisième, tels mots du chant de Siegfried

se ruant dans les flammes (les mots traduits ci-dessous,

p. 495, par: «O joie! joie!»); et surtout, scène finale du

_Crépuscule-des-Dieux_, 30 vers entiers: «parce que c'eût

été essayer de substituer à l'impression musicale une autre

impression,» et parce que «le sens de ces vers est exprimé par la

Musique avec la plus grande précision.»--Cf. d'ailleurs la note

du _Crépuscule-des-Dieux_, p. 623, et H.-S. Chamberlain, _Revue

Wagnérienne_, t. II, pp. 134-138.]

[Note 117-2: Cf. ci-dessus, pp. 5-7.]

[Note 117-3: Par la même occasion, je tiens à faire observer

ce que l'auteur de cette _Etude_, M. Edmond Barthélemy,

ne peut évidemment faire observer lui-même: à savoir que

(étant donné le caractère tout particulier de la publication

présente) l'importance de sa part de collaboration, spécifiée

par la Couverture et par la Table des Matières, ne saurait

être mesurée au nombre des pages que remplissent et cette

indispensable _Etude_, et le non moins indispensable _Commentaire

musicographique_ du même auteur. En effet, si, malgré les liens

d'ordre privé qui nous unissent, nous avons dû tenir, tout à

fait, à ce que _notre participation respective fût explicitement

établie_, SANS AUCUNE CONFUSION POSSIBLE, si nous y avons insisté,

ce n'est ni pour faire valoir l'un de nous au préjudice moral de

l'autre, ni pour nous réserver le puéril plaisir de «voir nos

noms imprimés» à différentes reprises (nous savons trop qu'un

seul importe ici: Wagner); c'est parce que, dans une Édition de

cette nature, les responsabilités assumées étant spécialement

redoutables, il est spécialement nécessaire, aussi, que les

critiques, quelles qu'elles puissent être, adressées à l'un,

n'atteignent pas l'autre.--Mais, il faut l'ajouter bien vite,

nous n'entendons pas moins tous deux: que, _jamais confondus

dans telles critiques prévues_, nos DEUX noms demeurent _unis,

indissolublement, à l'idée_ (qui est neuve) _de l'Edition

elle-même_.--Pour mon compte, je me ferais d'autant plus un

scrupule de ne pas le désirer, que, condamné provisoirement, par

les fatalités d'une existence nomade, à vivre loin du centre de

la vie moderne, j'ai dû m'en remettre à l'amitié de M. Edmond

Barthélemy du soin d'engager, seul, et de mener à bien, d'accord

avec moi, les nombreuses négociations préliminaires obligatoires.]

[Note 119-1: Cf. ci-dessus, pp. 101-104 et 106-107.]

[Note 120-1: _Revue Wagnérienne_, t. Ier.]

[Note 120-2: Je ne puis pas transformer ces notes en un catalogue

international de noms et d'ouvrages. Toutefois, _sans me proposer

de faire une liste complète_, aux sept noms ci-dessus je voudrais

ajouter: pour la France, ceux de Mme Judith Gautier et de MM.

Arsène Alexandre, _Henry Bauer_, Camille Benoît, Raymond Bouyer,

Alphonse Combes, Ch. Darcours, _de Fourcaud_, A.-Ferdinand Hérold,

H. Lavoix, _Charles Malherbe_, _Stéphane Mallarmé_, Camille

Mauclair, _Catulle Mendès_, Charles Morice, George Noufflard,

Charles Nuitter, Adolphe Retté, Emile de Saint-Auban, _Schuré_,

_Albert Soubies_, Eugène Véron, Willy (Henry-Gauthier-Villars,

l'étonnante «Ouvreuse du Cirque d'été»), _Teodor de Wyzewa_, etc.,

etc.; pour l'Allemagne, ceux de MM. Otto Eiser, Wolfgang Golther,

Fritz Kögel, Meinck, J.-Nover, etc., etc., et, à certains points

de vue, ceux de MM. Glasenapp, Nohl, Pfohl, Tappert, etc.; pour la

Belgique, ceux de MM. Louis Hemma, Henry Maubel, Albert Mockel,

etc.; pour le Danemark, celui de M. Gjellerup; pour la Norwège,

celui de M. Gérard Schelderup; pour l'Espagne, celui de M.

Marsillach Lleonart;--pour l'Angleterre, celui de M. Dannreuther

(n'oublions pas que M. Chamberlain est Anglais, encore qu'il

écrive en allemand--et même, quelquefois, en français,--des pages

excellentes sur Richard Wagner. Ce qu'il réserve à sa patrie,

c'est le fruit de ses études botaniques, et plusieurs m'affirment

que ce n'est pas peu de chose). Je ne parle là, bien entendu, que

des _publicistes_; et, parmi les publicistes, que de ceux dont les

écrits me sont ou familiers, ou avantageusement connus. Il est

deux classes d'auteurs dont je ne pouvais mot dire: 1º ceux qui me

révoltent (ceux-là,--qui m'aura lu les reconnaîtra); 2º ceux que

je n'ai point lus.]

[Note 121-1: On trouvera, de cette traduction (philologiquement

littérale), d'autres extraits assez nombreux, dans mes Notes de

la «Scène» Première de _L'Or-du-Rhin_, pp. 223-242. Aussi suis-je

forcé de signaler ces Notes, comme un élément de critique fort

utile pour apprécier ma traduction personnelle: quiconque, ayant

à la juger, l'aura bien voulu comparer, _d'abord_, à celle de MM.

Dujardin et Houston-Stewart Chamberlain, sera _ensuite_ disposé,

j'y compte, à m'approuver.--Cf. encore, d'ailleurs, ci-dessous, la

note (1) de la p. 124.]

[Note 121-2: «Le mot-à-mot, quand il contrarie le tour naturel

de notre langue, est la pire des traductions.» (Villemain).--Cf.

ci-dessous la note (1) de la p. 124.]

[Note 122-1: Entre autres signalerai-je, _Or-du-Rhin_, «scène

IV», p. 301, la note relative à Erda. Je n'ai pas multiplié les

notes de cette nature. Je ne le pouvais sans m'exposer à encombrer

les pages de ce livre, que certains, j'en ai peur, estimeront

encombrées déjà.--Sur la méthode suivie dans mon _Annotation

philologique_ des quatre Drames, cf. ci-après, p. 128, note (1).]

[Note 123-1: _Lettre sur la Musique_, pp. LXXIII-LXXIV.--Cf.

ci-dessus p. 97, passage en italiques.]

[Note 124-1: Il m'est arrivé néanmoins, quoique parfaitement

édifié sur la différence existant entre le sens moderne de

certains mots, et le sens primitif employé par Wagner, de me

décider pour un moyen terme: lorsque j'ai cru pouvoir enrichir, de

la sorte, une phrase quelque peu vague (comme beaucoup de phrases

allemandes,--cf. p. 313, note), d'une signification supplémentaire

conforme au caractère du personnage, à la situation dans laquelle

il se trouve, à l'esprit d'un passage heureux,--intraduisible. Je

dis donc tout bas (pour ceux des écrivains spéciaux qui peuvent

être appelés à me juger) que je n'ignore en aucune façon dans

quelle stricte acception Wagner s'est servi (je cite au hasard

un certain nombre de mes fiches) de vocables ou d'expressions

tels que _sehren_, _uas_, _Wunder_, _selig_, _heilig_, _Harst_,

_die Trauten_, _Lungerer_, _Halle_, etc. Je n'ai donné que de

bien rares exemples des transpositions tentées: ce jeu, qui n'eût

intéressé que des philologues ou des linguistes, fût devenu

fatigant, bientôt, pour le public, plus que pour moi; et ma

Traduction littérale, d'ailleurs, paraîtra tôt ou tard, j'espère,

soit seule, soit en regard de celle-ci.--Autre observation qui

s'applique, non plus à des mots isolés, mais à des groupes de mots

entiers; dans le même esprit que ci-dessus, lorsque la traduction

quelque peu gauche de l'un de ces groupes, mais seulement en des

phrases d'importance secondaire, eût interrompu sans nécessité

le cours dramatique du dialogue, je me suis efforcé d'établir,

sur le fonds des mêmes mots allemands, une version d'allure plus

aisée, de sens le plus voisin possible; mais je n'y apporte

aucun amour-propre; et s'il m'est proposé pour ces phrases peu

nombreuses (très rares: quinze à vingt-cinq au plus) une version

_à la fois_ heureuse ou dramatique--et littérale, je n'hésiterai

naturellement pas, dans l'une des éditions futures, à substituer

à la mienne cette nouvelle version fragmentaire.--Que cette note

me soit l'occasion de placer une remarque essentielle, relative

à la cause profonde en vertu de laquelle le mot-à-mot strict

importe, çà et là, fort peu; cette cause profonde réside en ce

que, _à l'exception, bien entendu, des irréductibles passages

ressortissant à la symbolique générale de l'œuvre_, le texte

du poème eût admis des variantes (et il en existe, en effet).

M. Chamberlain, l'un des deux auteurs de l'essai de littéralité

philologique à quoi j'ai dû faire allusion, M. Chamberlain

ne pense-t-il pas lui-même, et n'a-t-il pas écrit lui-même,

qu'abstraction faite, il faut le redire, des passages plus haut

mentionnés, le poème, en un certain sens, est plus «fortuit» que

la musique? car celle-ci est tout expressive (étant principe

d'émotion pure) d'une vérité d'ordre plus vague, ou plutôt moins

particulier, pour lequel peut changer la «fable»,--mais d'une

vérité, par là même, plus certaine et plus absolue; c'est ce

que signifie cet axiome, le plus wagnérien des axiomes (contenu

dans _Oper und Drama_): «La Musique, au lieu d'exprimer, comme

la Parole, ce qui n'est que pensé, exprime la Réalité.» Pour

être en même temps musical, il suffit, en effet, qu'un sujet

soit _humain_, à la condition qu'on entende ce terme en son

acception esthétique la plus intime et la plus large. Ainsi pensa

Schopenhauer, ainsi Wagner, ainsi Carlyle--et du dernier me

revient à la mémoire l'idée, providentiellement à propos, l'idée

qui lui faisait trouver, dans la substance des deux _Eddas_, une

«_Mythologie_ MUSICALE».]

[Note 126-1: Hans von WOLZOGEN: _Die Sprache in Richard Wagners

Dichtungen_ (Leipzig, Reinboth, éd.).]

[Note 127-1: Cf. _Gesammelte Schriften und Dichtungen_: «Le

Drame n'a qu'un seul but,--_agir sur le sentiment_» (tome IV, p.

253.--Cf. aussi dans le même volume, pp. 97, 246, etc., etc., des

affirmations analogues).--Se reporter d'autre part aux citations,

plus haut, pp. 97, 123, de la _Lettre sur la Musique_.]

[Note 128-1: DE MON ANNOTATION PHILOLOGIQUE DES DRAMES.--Il

importe de dire ici, pour mes juges, comment je l'ai conçue.

Les remarques dont elle se compose sont tour à tour: les

unes «philologiques» (au sens restreint du mot); d'autres,

mythographiques; d'autres, herméneutiques; d'autres, comparatives

des textes et des sources.

1º «Philologiques» (au sens le plus restreint de ce mot), les

Notes donnent le sens littéral, soit d'après tels prédécesseurs,

pour légitimer une transposition,--soit, plus souvent, d'après

moi-même: tantôt pour préparer l'esprit à l'idée d'une future

Traduction littérale, tantôt pour lui permettre d'entrevoir,

au moins, des beautés que rendent intraduisibles la différence

de génie des deux langues et les particularités de la Métrique

wagnérienne. Ce sens littéral, au surplus, je ne l'ai noté que

peu fréquemment: j'ai plutôt essayé de choisir des exemples très

expressifs du dramatique de ma méthode. Assez nombreux pour

_L'Or-du-Rhin_, plus rares déjà pour _La Walküre_, de plus en

plus rares pour _Siegfried_, ces exemples sont presque absents du

Crépuscule. C'est qu'à mesure que, de Drame en Drame, le lecteur

me semblait devoir s'accoutumer mieux à la Pensée de Richard

Wagner, non seulement toute explication devenait de moins en moins

nécessaire, mais moi-même, insensiblement, graduellement, je

tentais de _rapprocher_ mon style de la littéralité pure.

2º Mythographiques, les Notes visent à livrer, flagrants, des

éléments de comparaison entre l'Œuvre traduite, d'une part, et,

d'autre part, les Mythes germains et scandinaves dont elle est à

titre _secondaire_, mais à titre réel, pourtant, une synthèse,

un panorama; elles montreront qu'avant d'être un grand Musicien,

Wagner fut un très grand Poète, rendant aux vieilles Légendes

mieux qu'il ne leur a pris, faisant arriver ces Légendes profondes

à la «définitive conscience de leur signification propre». Je

conseille du reste aux lecteurs peu familiarisés avec ces mêmes

Légendes (qui sont moins connues en France qu'en Allemagne) de

_s'en faire une idée, d'abord_, par les articles consacrés, dans

toutes les encyclopédies, aux personnages mythiques (Odin, etc.)

mis en scène par Wagner dans _L'Anneau du Nibelung_. Je me suis

borné à dire, ici, ce qu'on n'aurait peut-être pas toujours trouvé

partout: on comprendra que le reste eût encombré ces pages.

3º Herméneutiques, éxégétiques, loin de prétendre à tout

expliquer, les Notes se contentent de fournir des exemples de la

manière dont il importe de chercher le sens symbolique et profond

des Drames, sous la surabondante vie extérieure, concrète, qui

toujours y suffit à l'intérêt de l'action (Cf. les notes (2)

de la p. 248, et (1) de la p. 494). L'étude de mon ami Edmond

Barthélemy, et le livre de M. Ernst: _L'Art de Richard Wagner:

l'Œuvre Poétique_, achèveront d'éclairer quiconque serait peu

familiarisé avec de telles méditations.

4º Comparatives, les Notes sont avant tout _choisies:_ un second

volume comme celui-ci n'eût pas suffi à tout contenir. Au reste

l'essentiel, en ce cas, n'était nullement d'être complet: à quoi

bon tant d'érudition? les Drames de Wagner, en eux-mêmes, ne

doivent agir sur notre esprit que par l'intermédiaire du cœur,

sur notre cœur que par l'intermédiaire des sens. Seulement, à

un point de vue critique, il peut être attachant, démonstratif,

utile, de suivre, presque vers par vers, ce qu'a su faire des

sources cet immense Poète. Elles sont de deux familles, ces

sources: les Scandinaves, les germaniques. De celles-là, les

plus importantes sont les _Eddas_ (et même la _Völsunga-Saga_);

de celles-ci, le _Nibelunge-nôt_, l'épopée nationale allemande.

Sans doute en est-il d'autres que j'ai dû citer, mais d'une

manière fortuite et brève: presqu'aucune d'elles n'étant

traduite, je n'aurais pu faire de rapprochements qu'au prix

d'une foule de commentaires qui auraient rebuté le lecteur, la

place ne m'eût-elle pas manqué. D'autre part, une difficulté

m'embarrassait: Wagner, évidemment, n'a pas lu les Eddas dans

leur vieil idiome islandais, mais dans leurs traductions

allemandes (celle d'Ettmüller (1837); celle de Simrock (1851),

qui, remarque assez importante, offrent l'une et l'autre un

système, déjà très heureux, d'allitération; pour la _Völsunga_,

voir ci-dessous pp.201-204, l'_Etude Critique_. Or mes Notes

font presque toujours, pour ainsi dire, _toucher du doigt_:

le travail personnel accompli, par Wagner, sur ces précieux

poèmes par lui transfigurés; mais elles le feraient sentir bien

davantage encore, si j'avais pu citer les textes. Si j'avais pu?

je pouvais! mais à quoi bon? pour qui? Encore une fois, notre

œuvre s'adresse au Public, à celui qui ne sait pas l'allemand:

car, pour quiconque le sait, qu'a-t-il besoin de notre aide?

Telles quelles, mes Notes comparatives, empruntées aux versions

françaises (dont j'indiquerai plus loin la bibliographie), sont

suffisamment concluantes, grâce à la sélection sévère que j'en

ai faite,--puisqu'elles se rapportent, en somme, aux mêmes

passages scandinaviques que les traductions feuilletées par

Wagner. L'avouerai-je? un de mes secrets désirs serait que le

lecteur, par une étude des vieux poèmes, complétât les notions

qu'aura pu lui donner, sur la profonde Ame septentrionale,

la prise de connaissance de _L'Anneau du Nibelung_. Moi-même

travaille depuis deux ans, en ce qui concerne les _Eddas_, à

une Traduction-Édition française: mais sans doute faudra-t-il

beaucoup plus de temps encore pour «mettre au point» cette tâche

ardue. Aussi me suis-je effacé (provisoirement, au moins) devant

les interprètes antérieurs de ces sources, quitte à rectifier

leur version, parfois, d'une manière qui ne la rendît point

méconnaissable. Toutes mes citations des _Eddas_ appartiennent à

la traduction, introuvable et défectueuse, mais seule complète,

de Mlle R. du Puget (Paris, Bibliothèque Etrangère, 1838), ou

à celle, déjà bien meilleure mais fragmentaire, de M. Emile de

Laveleye (_La Saga des Nibelungen dans les Eddas et dans le Nord

scandinave_; Paris, Librairie Internationale, 1866. Quant à mes

citations du _Nibelunge-nôt_, j'ai pris soin de les faire suivre

de l'indication des pages de la version française, par le même

M. Emile de Laveleye (_Les Nibelungen_, nouvelle édition; Paris,

C. Marpon et E. Flammarion; s. d.).--Un dernier mot pour ceux

qui, n'ayant pas présente la chronographie que j'ai donnée (pp.

65-66, 67-68, 71-76) de la composition poétique de _L'Anneau_,

se demanderaient pourquoi ces extraits des sources, rares pour

le _Rheingold_ comme pour _La Walküre_, sont multipliés pour

_Siegfried_ et pour le _Crépuscule-des-Dieux_. A ces oublieux

je répéterai: que _Le Crépuscule-des-Dieux_ est le Drame,

D'ABORD UNIQUE, duquel est issue la _Tétralogie_ (il s'appelait

alors _Siegfried's Tod_): un intérêt spécial s'attache donc à

la genèse d'un semblable générateur! N'en est-il pas de même

pour _Siegfried_, qui, sous le nom du «_Jeune Siegfried_» fut

dramatisé après le _Crépuscule_, afin que fussent montrés,

sur la scène, certains épisodes, seulement racontés dans la

conception primitive? Et ainsi de suite: Wagner, parti de la

légende nationale du _Nibelunge-nôt_, qui, nécessairement,

devait le frapper d'abord, s'est avancé peu à peu dans les

origines mythologiques de cette légende, pour _aboutir_, enfin,

à _L'Or-du-Rhin_.--On comprend, dans ces conditions, que les

Notes, relatives à la genèse de l'œuvre, soient infiniment moins

nombreuses et pour le Prologue, et pour _La Walküre_.]

[Note 131-1: Cf. la note (1) de la p. 31 et, _passim_, toute

l'Annotation de _l'Avant-Propos du Traducteur_.]

[Note 132-1: Wagner lui-même disait que sa musique dramatique

n'aurait, sur l'Art français, d'influence salutaire qu'à la

condition péremptoire qu'on ne tenterait point de la franciser.]

La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung · 第 31 / 48 段