Petit Pierre n'aimait pas du tout Brest, lui; il trouvait que c'était
vilain et que c'était noir.
Il y demeurait seulement depuis quatre mois, et déjà ses joues rondes
avaient un peu pâli sous leur teinte brune. Avant, elles étaient
pareilles à ces brugnons très mûrs des pays du Midi, qui sont d'une
couleur chaude et dorée, d'un rouge taché de soleil.
Ses yeux étaient noirs et brillaient d'un éclat de jais, comme ceux de
sa mère, entre de très longs cils charmants. Dans ses petits sourcils,
il y avait déjà quelque chose de grave, qui était d'Yves.
Il était beau à peindre, avec son expression réfléchie, et ce petit air
mâle et décidé qu'il prenait déjà comme un grand garçon.
De temps en temps, il avait bien encore des moments de gaieté très
bruyante; il sautait, sautait tout autour de la chambre triste, en
faisant beaucoup de tapage. Mais cela ne lui venait plus aussi souvent
qu'à Toulven.
Il regrettait, dans son petit souvenir encore vague, il regrettait les
petits camarades du sentier de hêtres, et les cajoleries de ses
grands-parents, et les chansons de sa vieille grand-mère. Là-bas, tout
le monde s'occupait de lui, tandis qu'ici il était presque toujours tout
seul.
Non, il n'aimait pas la ville. Et puis il avait toujours froid, dans
cette chambre nue et dans ces vieux escaliers de pierre.