Huit jours après, c'était fini de notre frégate: désarmée au fond de
l'arsenal, son équipage dispersé, autant dire un navire mort.
Je m'en allais, et Yves venait m'accompagner au chemin de fer. La gare
était encombrée de matelots: tous ceux de la _Médée_, qui partaient
aussi; d'autres encore, en bordée, venus pour les reconduire.
Parmi eux, beaucoup d'anciennes connaissances à nous, des protégés, des
amis d'Yves. Et tous ces braves gens, un peu gris, mettaient bas leur
bonnet, nous faisant leurs adieux avec effusion. C'étaient les scènes
habituelles de tous les désarmements: un bateau qui finit, c'est
quelque chose à part; c'est l'explosion de toutes les reconnaissances et
de toutes les rancunes, de toutes les haines et de toutes les
sympathies.
...À l'entrée des salles d'attente, en serrant les mains d'Yves, je lui
disais:
«M'écriras-tu au moins?»
Et lui répondait:
«Je vais vous expliquer (et il hésitait toujours, avec un sourire doux
et intimidé). Eh bien, voilà, je vais vous expliquer: c'est que je ne
sais pas comment vous mettre au commencement.»
En effet, les appellations de _capitaine_, _cher capitaine_, et autres
du même genre, ne pourraient plus nous aller. Alors, quoi? Je répondis:
«Eh bien, mais c'est très simple...» (Et je cherche longtemps cette
chose simple, ne trouvant pas du tout.) «C'est très simple, tu
mettras.... Tu mettras: mon frère; ce sera vrai d'abord et, en style
épistolaire, ce sera très convenable.»