DE ROHAN, COMTESSE DE MARSAN.

«J'ajoute encore, Madame, qu'un si grand éloignement ne nous

permettant pas de prévoir tout ce qui serait le plus à propos

de dire, dans ces circonstances, nous nous en rapportons

entièrement à vous et à M. de Bombelles. Nous sacrifions

tout amour-propre et vous conjurons de prendre le parti le

plus convenable, pour vous et pour M. le duc de Cadaval.

L'ambassadrice a dit à Mme la comtesse de Brionne qu'il devait

arriver incessamment et qu'il amènerait un frère sourd et muet

pour le faire traiter par l'abbé de l'Épée. Du reste, jusqu'à

présent, on ne parle point de cette affaire.»

Voilà encore une fois l'affaire reprise, mais timidement. Le marquis

mande à la comtesse de Marsan, le 14 février:

«Madame, vous inspirez une telle vénération que, pour peu qu'on

sache rendre hommage aux vraies vertus, on doit s'estimer

heureux de faire ce qui vous est agréable. Ce sentiment

acquiert une toute autre force, dans des cœurs reconnaissants

et pénétrés de vos bontés. Jugez de notre joie en voyant celle

qu'a causé à M. le duc de Cadaval l'heureux changement dans les

dispositions de Mlle de Rochefort. Non, Madame, de ce moment, ce

n'est plus une affaire manquée, elle exigera du soin. Nous en

devons à tout ce qui vous intéresse, et nous aurons, j'espère,

la satisfaction d'avoir procuré un établissement peu commun à

une jeune personne qui vous est chère, et qui l'est devenue

davantage par la délicatesse qui la portait à se sacrifier. Nous

sommes si sûrs de M. le duc de Cadaval, de sa mère, de toute la

saine partie de sa famille que vous pouvez..., princesse, sans

perdre de temps vous procurer le consentement de M. et de Mme

la princesse de Rochefort. Plus nous voyons le gendre que nous

leur destinons et plus nous avons sujet de nous applaudir de la

conduite de ce franc et loyal seigneur. J'ai l'honneur d'être,

etc.»

Mme de Bombelles a ajouté: «Il est impossible d'être plus

sensible que je ne le suis, Madame la comtesse, à l'inquiétude

que vous avez bien voulu prendre, sur le chagrin et l'embarras

où vous jugez avec raison que nous avait jetés le refus de

Mlle de R. Grâces à Dieu, nous n'avons plus qu'à nous réjouir

de son retour à ses premiers sentiments et la satisfaction

que nous en éprouvons est surpassée par celle de M. le duc de

Cadaval, qui avait toujours conservé l'espoir de fléchir, par

sa constance et par votre appui l'opposition de Mademoiselle

votre nièce. Dès qu'un érésipèle qui retient Mme la duchesse

de Cadaval dans son lit lui permettra d'en sortir, elle ira

chez la Reine pour obtenir son consentement, et sitôt que cette

démarche sera faite, vous recevrez, ainsi que M. le prince de

Rohan, la demande ostensible de Mme la duchesse de Cadaval et

de son fils. Mon tendre attachement vous est si connu, Madame

la comtesse, qu'il m'est inutile de vous répéter à quel point

je serai heureuse, ainsi que M. de Bombelles, de la réussite

d'une négociation que nous n'avons tant désirée que par la

conviction de l'avantage dont elle serait pour une princesse de

la maison de Rohan, qui par la grandeur de sa naissance ne peut

trouver que peu de partis qui soient dignes de son attention.

Quant aux qualités personnelles je suis sûre que celles du duc

assureront la paix et la tranquillité de sa vie. Jouissez donc,

Madame la comtesse, de votre ouvrage et recevez l'assurance des

sentiments, etc., etc.»

Les choses restent en état pendant des semaines, puis des difficultés

surgissent du côté portugais.

Ces négociations énervantes ont augmenté les crises d'estomac de

l'ambassadeur, qui supporte mal le climat et déjà songe à demander un

congé de convalescence.

«J'ai été si affectée, Madame, de vos inquiétudes sur la santé de M.

le marquis de Bombelles, écrit la comtesse de Marsan, le 29 mars, et

je les ai partagées trop vivement pour ne pas désirer, avant tout,

votre retour. J'admire que vous vous soyez toujours occupée d'une

affaire, qui par la faute de mes parents rencontre des obstacles qui

sans leur incertitude n'auraient pas existé. Nous en avons encore

beaucoup à surmonter; le caractère de la mère ne permet pas de lui

parler avant d'être assurée du consentement de la Reine. On emploie

tous les moyens pour l'engager à revenir de Marmoutiers où elle est,

depuis six mois, afin qu'on soit plus à portée de la déterminer à un

sacrifice qui lui coûtera beaucoup. Je ne doute pas du succès si par

la lettre du duc à Mme la comtesse de Brionne elle s'approprie cette

négociation. Je crois pour plus d'une raison qu'elle s'en empare et,

Monsieur votre frère pense de même. Je serai bientôt à portée de vous

en dire davantage, j'attends ce moment avec bien de l'impatience. Je

souhaite le temps favorable pour une heureuse et prompte traversée.

Assurez, je vous prie, M. le marquis de Bombelles de ma sensibilité.

C'est sur quoi je ne le céderai à personne. Je me fais une vraie

fête, Madame, de vous embrasser et de vous renouveller tous mes

remerciements. Je supprime les compliments. Vous préférez sûrement

les assurances bien véritables de la plus tendre amitié.»

* * * * *

Comme c'était à présumer, les envieux de la cour de Lisbonne

profitèrent des longues hésitations des Rohan, puis de la première

rupture émanant d'eux. A son tour le duc de Cadaval hésita à

poursuivre la réalisation d'un mariage où l'autre partie témoignait

si peu de bonne grâce. La Reine se montra fort mécontente des

tergiversations et, finalement, retira son appui à l'union qu'elle

avait favorisée.

Bombelles échangea une série de lettres avec le duc de Cadaval. Dans

les premières, il se plaignait amèrement du système de dénigration

employé contre les Rohan par ceux, la comtesse de Saint-Vincent en

tête, qui voulaient faire échouer la combinaison. Dans la dernière,

écrite le 22 juin, l'ambassadeur, au nom des Rohan, rendait hommage à

la loyauté et aux procédés du duc de Cadaval.

Angélique de Mackau, Marquise de Bombelles, et la Cour de Madame Élisabeth · 第 29 / 42 题