«Les motifs qui m'ont dirigé en cherchant à vous donner une
compagne digne de Votre Excellence lui sont trop connus pour
que j'aie besoin d'en faire l'apologie. Je n'examinerai pas
ceux qu'on a pu avoir pour embarrasser la conclusion d'une
alliance honorable et convenable à tous égards. Ce qu'il y a de
certain, c'est que les doutes élevés, les lenteurs dont je vous
ai vu si affligé et les discours de vos envieux étant revenus à
Mlle de Rochefort, ses parents, peu accoutumés à ce qui s'est
passé, lui ont permis de refuser une union que le personnel
de Votre Excellence leur fait regretter. Ils m'ont chargé de
vous exprimer combien vos procédés vous les avaient attachés
et de vous témoigner le chagrin qu'ils ressentent à ne pouvoir
correspondre à vos vues. J'ose partager leurs sentiments par une
suite du vif intérêt, que je prendrai toujours à tout ce qui
vous affectera.
«J'ai l'honneur d'être, etc...»
Les longues négociations restées stériles avaient attristé le séjour
des Bombelles à Lisbonne. Ils attendaient avec une impatience non
dissimulée le moment où l'ambassadeur pourrait quitter son poste
en vertu d'un congé régulier. Angélique partit la première avec
ses enfants, heureuse de retrouver à Versailles toute sa famille
maternelle, surtout sa chère princesse dont elle était séparée depuis
si longtemps. L'absence n'avait nullement amoindri l'enveloppante
tendresse de Madame Élisabeth pour son amie: nous en trouverons
mainte preuve dans les feuilles d'un Journal écrit par le marquis
à son retour en France. Entremêlant les notes intimes avec les
réflexions politiques, il déroulera sous nos yeux le suggestif
tableau de la Cour de Versailles à cette heure déjà angoissante où
s'entrecroisent les vents précurseurs de la tempête.....