13 février.

«Je suis bien malheureuse, Madame, de ne pouvoir jouir de toutes

les marques d'amitiés que vous me donnez; ce sentiment, si

doux, de la reconnaissance, se tourne même pour moy en amertume.

Mais il n'en est pas moins vif et n'en sera pas moins constant.

Vous reteniez encore un fil par votre dernière lettre. La

première doit m'apprendre la rupture entière et j'espère même

que vous aurez fait usage de celle où je vous faisais un aveu,

qui peut seul justifier ou excuser la conduite de mes parens.

Celle du duc ajoute infiniment à mes regrets; son caractère

s'est peint dans cette occasion de manière à faire désirer son

alliance, quand, d'ailleurs, il n'aurait pas réuni tous les

avantages possibles. La princesse Charles est aussi désolée que

moi, elle y envisageait même une ressource pour ses petites

filles. Enfin, Madame, rien ne nous échappe de ce que nous

perdons, mais ce qui nous pénètre le plus est l'inutilité de

toutes les peines et de tous les soins que vous avez prodigués,

avec un zèle qui me touche jusqu'au fond du cœur, et dont je

ne me consolerai point d'avoir abusé, quoique bien innocemment

et n'ayant, certainement, rien à me reprocher. Mme la baronne

de Mackau, qui a vu tout ce qui s'est passé, m'en sera témoin.

Vous aurez vu, par mes dernières lettres, qu'on n'ait pas à

s'en repentir si, contre toute vraisemblance, le duc persistait

dans son projet. Je crois qu'il reste encore un moyen qui

serait d'écrire à Mme la comtesse de Brionne, comme à sa tante,

et à celle de Mlle de Rohan. Je suis persuadée, qu'engagée

personnellement, elle emploierait tout son crédit sur son frère,

sa belle-sœur et sa nièce avec toute l'énergie, dont elle

est capable et à laquelle ils ne résisteraient pas. Vous êtes

bien bonne d'avoir encore paré aux méchancetés qui pourraient

retomber sur mes parents; nous n'aurions pas osé si bien dire

que la dot n'aurait souffert aucune difficulté. L'embarras que

vous cause cette malheureuse affaire n'est pas le chagrin le

moins cuisant de tous ceux dont je suis accablée, depuis si

longtemps. Ma santé s'en ressent, et il me reste à peine la

force de vous renouveller et à M. de Bombelles les assurances de

tous les sentiments que je ne puis pas exprimer et avec lesquels

je seray, Madame, jusqu'à mon dernier soupir,

Votre très humble et très obéissante servante,

Angélique de Mackau, Marquise de Bombelles, et la Cour de Madame Élisabeth · 第 28 / 42 题