MÉMOIRE

_POUR les Coëffeurs des Dames de Paris._

Nous sommes par essence des Coëffeurs des Dames, & des fonctions

pareilles ont dû nous assurer de la protection, mais cette protection a

fait des envieux; tel est l'ordre des choses. Les Maîtres

Barbiers-Perruquiers sont accourus avec _des têtes de bois_ à la main;

ils ont eu l'indiscrétion de prétendre que c'étoit à eux de coëffer

celles des Dames. Ils ont abusé d'Arrêts qui nous sont étrangers, pour

faire emprisonner plusieurs d'entre nous; ils nous tiennent en quelque

sorte le _rasoir_ sur la gorge, & c'est contre cette tyrannie que nous

nous trouvons aujourd'hui forcés d'implorer le secours de la Justice.

Nous avons commencé par consulter un Jurisconsulte, qui nous a dit, que

les Loix Romaines ne statuoient rien sur les droits que nous réclamons;

qu'il y a grande apparence que nous n'existions pas, lors des

capitulaires de Charlemagne; qu'il est possible que nous ayons eu l'être

civil à Athenes, dans ses jours de délices; qu'au surplus, depuis cette

époque jusqu'à nous, il s'étoit écoulé plus de deux mille ans de tems,

utile pour la prescription.

Ce langage nous a d'abord donné de l'inquiétude; nous avons cherché

d'autres secours, & nous les avons trouvés. La science des Jurisconsultes

n'est pas celle qui convient à l'exposition de nos moyens; la question

dont il s'agit ici exige des détails étrangers à leur doctrine.

Les Perruquiers prétendent que c'est à eux seuls qu'il appartient de

coëffer les Dames.

Pour renverser leur prétention nous établirons; 1º. que l'Art de coëffer

les Dames, est un Art libre, étranger à la Profession des Maîtres

Perruquiers; 2º. que les Statuts des Perruquiers ne leur donnent pas le

droit exclusif qu'ils prétendent avoir; 3º. qu'ils ont abusé des Arrêts

de la Cour pour exercer des vexations contre nous, & qu'ils nous doivent

des dommages & intérêts considérables.

Causes amusantes et connues · 第 47 / 54 题