OBJECTION.

Persuadée que je ne manquerois pas de lui opposer ce moyen, ma femme a

essayé d'y répondre d'avance. Elle prétend que la cohabitation ne couvre

les mauvais traitemens que quand ils n'ont point été suivis d'autres

survenus depuis. »Or mon mari, dit-elle, ne s'est pas contenté de me

maltraiter il y a 25 ans, il a toujours continué depuis, & notamment fort

peu de jours avant ma demande: _ces faits nouveaux font revivre les

anciens_.»

_RÉPONSE._

Que j'aie maltraité ma femme pendant 25 ans sans qu'elle ait osé s'en

plaindre, c'est ce qui paroîtra incroyable à tous ceux qui la

connoissent. Naturellement vive & impérieuse, elle n'avoit ni assez de

douceur ni assez de patience pour ménager pendant si long-tems un mari

qui l'auroit si peu mérité. L'aigreur qu'elle met aujourd'hui dans ses

reproches, annonce assez clairement qu'elle n'étoit pas femme à négliger

les occasions d'en faire, si elle les avoit eues plutôt.

Elle est forcée d'avouer que la plupart des faits qu'elle allegue sont

passés il y a déjà long-tems; elle ne veut les faire revivre qu'à la

faveur des faits nouveaux: mais où sont ces faits nouveaux? c'est d'avoir

voulu la faire sortir d'une maison où elle n'avoit ni droit ni raison de

demeurer; c'est de l'avoir menacé de coups de bûche, menace qui, de son

propre aveu, n'a point eu d'effet.

Je suppose ces faits vrais, comment ose-t-on proposer sérieusement à la

Justice de pareilles miseres pour fonder une demande en séparation? Si

on écoutoit des plaintes de cette espece, les Tribunaux ne retentiroient

plus que des criailleries de femmes qui accuseroient leurs maris. Une

menace, une injure, ou quelqu'autre vivacité, (arrachées souvent au mari

le plus tranquille par une femme de mauvaise humeur qui l'excede)

deviendroient autant de crimes qui ne pourroient être réparés que par une

séparation. Quel danger pour la société, si on ouvroit la porte à de tels

abus!

Heureusement la sagesse des Magistrats me rassure contre ces allarmes.

Combien de femmes, à qui la mienne n'osera se comparer ni pour le rang ni

pour la naissance, & qui ont échoué dans leurs demandes en séparation,

quoiqu'elles alléguassent, qu'elles prouvassent même des faits

extrêmement graves! Ici au contraire, de quoi s'agit-il? D'une querelle

de ménage, entre de petits bourgeois; de prétendus excès passés il y a

25 ans, qui n'ont point été suivis de plainte, & qui ont été couverts par

une cohabitation continuelle; de faits nouveaux qui, de même que les

anciens, ne sont ni vrais ni vraisemblables; & tout cela présenté dans la

circonstance la moins favorable pour ma femme.

Si j'avois voulu la laisser en possession des effets qu'elle m'a enlevés,

j'eusse été le meilleur mari du monde; mais je les revendique, parce

qu'ils montent à près de 7 à 8000 livres; & je deviens tout d'un coup un

furieux, un homme avec lequel on ne peut plus vivre. Ce n'est donc que

pour éviter la restitution de mon bien qu'on veut se séparer d'avec moi.

Mais c'est trop de perdre tout à la fois ma femme & mes meubles.

Peut-être à ma place bien des maris, contens de r'avoir leurs effets,

regarderaient la perte du surplus comme un gain. Cette façon de penser

n'est pas faite pour moi; & quels que soient les torts de ma femme, je

n'oublierai jamais mes premiers engagemens.

Me. JABINEAU DELAVOUTE, Avocat.

[Illustration: ornement]

[Illustration: ornement]

Causes amusantes et connues · 第 32 / 54 题