MOYENS.

Je laisse à mon Défenseur le soin d'expliquer & de faire valoir à

l'Audience les Loix qui doivent décider dans ma cause, & je me bornerai

ici à quelques réflexions.

La demande en revendication que j'ai formée contre ma femme ne peut faire

de difficulté, si j'en crois les gens du métier. Il est de principe,

m'a-t-on dit, que le mari est maître de la communauté, conséquemment la

femme ne peut disposer des meubles, qui en font partie, sans le

consentement de son mari. Or il est certain dans le fait que ma femme a

soustrait, sans ma participation, les meubles de notre communauté, cela

est prouvé, & par son aveu, & par la saisie & revendication que j'en ai

faite. Il est vrai qu'elle prétend que ce qu'elle a fait enlever ne vaut

pas plus de 2000 liv.

Mais outre qu'il est démontré par la saisie que les meubles revendiqués

valent plus de 7 ou 8000 livres, c'est que quand ils ne vaudroient qu'une

pistole, ma femme n'ayant pu les faire enlever sans mon consentement, je

suis en droit de les prendre par-tout où je les trouve. Dès que ma femme

ne contredit pas le principe, cela me suffit: quand elle m'aura restitué

les meubles compris dans la saisie, je me pourvoirai pour me faire rendre

les autres.

En voila assez, je crois, sur un point qui n'est pas contesté: passons

maintenant à la demande en séparation.

La premiere réflexion qui se présente est que cette demande n'est qu'une

récrimination. Ma femme m'enleve pour 7 ou 8000 francs de meubles, j'en

rends plainte, je les revendique, je la fais assigner pour me les

restituer, tout cela se passe dans les mois d'Août & de Septembre, & ce

n'est que le 18 Octobre près d'un mois après, que ma femme forme sa

demande en séparation. Ne voit-on pas que c'est un subterfuge pour se

dispenser de rendre les meubles? Si j'étois un débauché, un furieux,

comme ma femme le suppose, pourquoi l'a-t-elle souffert pendant vingt ans

sans se plaindre? Falloit-il attendre qu'elle m'eût volé pour demander sa

séparation? L'accusation ne sied pas bien dans la bouche d'un coupable; &

les faits dont ma femme se plaint, fussent-ils vrais, l'instant où elle

les annonce doit les rendre fort suspects. Voyons seulement s'ils sont

vraisemblables.

Causes amusantes et connues · 第 28 / 54 题