Le général me donna l'assurance qu'il m'aiderait de tout son pouvoir.

Il me conseilla d'aller trouver le gouverneur général de la Sibérie

orientale, et me remit une lettre pour le directeur des postes.

Dans cette lettre, il priait ce fonctionnaire de me procurer un

interprète. Il me fit ensuite le récit de quelques-uns de ses voyages

en Sibérie, pendant l'hiver. Sa conversation fut fort intéressante,

car le général est un beau conteur, qui s'entretient volontiers avec

les correspondants de journaux sur toutes sortes de sujets autres

que ceux qui touchent à la politique. Il me raconta que dans une

circonstance il avait fait le trajet d'Irkoutsk à Orenbourg en

quatorze jours, soit cent soixante dix milles par jour. Il est vrai

que dans cette occasion il était mandé par le czar, pour affaires

urgentes, et qu'il voyagea jour et nuit sans s'arrêter autrement que

pour renouveler son attelage.

J'eus à m'applaudir de m'être rendu chez le général Ignatieff dès la

première heure, car avant onze heures, les salons d'attente étaient

encombrés d'officiers aux brillants uniformes, et de députations

envoyées de villes éloignées, qui attendaient patiemment leur tour

d'audience.

Ma seconde visite fut pour le général Anoutchine, gouverneur

général de la Sibérie orientale. Celui-ci doit passer l'hiver à

Saint-Pétersbourg, et n'a l'intention de retourner à Irkoutsk,

siège de son gouvernement, qu'au mois de mai. Le but de ma visite

était d'obtenir une _podoroschnaya_, ou laisser-passer pour la

route d'Orenbourg à Irkoutsk et de demander au général, quelques

indications pour la suite de mon voyage. Après avoir lu le récit

captivant des aventures de Michel Strogoff, dans le roman de Jules

Verne, qui, j'ai le regret de l'avouer, est le guide le plus connu

et le plus suivi des voyageurs en Sibérie, je m'étais imaginé

qu'Ekaterinbourg, tête de ligne du chemin de fer qui traverse

l'Oural, était le point de départ ordinaire de ceux qui visitent la

Russie d'Asie. Ce qui venait encore corroborer cette idée; je savais

que la mission géographique, envoyée récemment de Saint-Pétersbourg

pour étudier le cours de la Léna, suivait cette route. Mais le

général Anoutchine m'apprit que cette voie n'était d'ordinaire

suivie qu'en été. On laisse alors le chemin de fer à Nijni Novgorod

pour prendre le bateau à vapeur jusqu'à Perm; là, on reprend la ligne

ferrée d'Ekaterinbourg. En hiver, les voyageurs sont obligés de faire

en traîneau la route de Kazan à Perm, et de suivre le lit du fleuve,

ce dernier étant toujours glacé en cette saison. La voie ferrée qui

doit relier ces deux villes et que les cartes portent indiquée par

des lignes pointées n'est pas encore terminée. Le général Anoutchine

m'expliqua en outre, que la mission géographique avait pris la

ligne d'Ekaterinbourg de préférence à celle d'Orenbourg uniquement

parce qu'elle devait rencontrer à Nijni Novgorod des facilités pour

se procurer les traîneaux dont elle avait besoin pour transporter

ses nombreux bagages, qu'elle n'eût pas rencontrés ailleurs. Il

me conseilla donc de me faire préparer, pour le lundi suivant, un

laisser-passer et tous les papiers dont je pouvais avoir besoin.

Fidèle à sa promesse, il tenait à ma disposition, un passeport avec

le sceau de la couronne, et quand j'y retournai le lundi, il me

remit, en outre, une lettre dans laquelle il me recommandait aux

autorités de toutes les stations que je devais traverser; enfin, il

me dit qu'il avait télégraphié aux gouverneurs d'Orenbourg, de Tomsk

et de Tobolsk pour les prévenir du jour probable de mon arrivée,

et pour les prier d'inviter leurs subalternes à me rendre tous les

services que je pourrais leur demander. Mais sa bienveillance ne

devait pas s'arrêter là, comme vous le verrez tout à l'heure.

Le général Anoutchine semble, en vérité, avoir diminué de moitié

les fatigues et les ennuis de mon voyage. Son télégramme à mis à mon

service une véritable armée de hauts fonctionnaires et sa lettre

finira d'aplanir la majeure partie des difficultés que je peux

rencontrer dans mon voyage au delà d'Irkoutsk.

En face de tant de prévenances, vis-à-vis de moi, simple représentant

du _Herald_, de la part du général Anoutchine, vous seriez sans doute

tentés de croire que celui-ci aurait pu s'en prévaloir pour exiger

de moi un tribut quelconque de reconnaissance; cependant il n'en fut

rien, car il me déclara qu'en agissant ainsi il ne faisait qu'aller

au-devant des désirs du czar, son maître. Le czar avait, en effet,

donné l'exemple, car aussitôt l'arrivée de la nouvelle du désastre de

_la Jeannette_, il avait fait télégraphier à Irkoutsk, et à Yakoutsk

pour que tout soit mis en œuvre, afin de porter secours aux gens de

l'équipage.

Peut-être me saura-t-on gré, de dire quelques mots du passeport

ou _podoroschnaya_, qui me fut remis par le général et d'en

donner la traduction. D'abord, je dirai qu'il y a trois sortes de

_podoroschnaya_: la _podoroschnaya_ des courriers, la _podoroschnaya_

de la couronne avec deux sceaux, et la _podoroschnaya_ ordinaire avec

un sceau unique. Celle qui me fut remise, était une _podoroschnaya_

de la couronne, c'est-à-dire avec deux sceaux; c'est celle qu'on

donne aux hauts fonctionnaires qui voyagent sur les routes postales

de l'Empire. Cette pièce m'octroyait le droit d'exiger des chevaux

et d'en obtenir de préférence à tous autres voyageurs; sauf, bien

entendu, les courriers du czar et les hauts fonctionnaires appelés

à Saint-Pétersbourg pour affaires urgentes, comme dans le cas du

général Ignatieff, cité plus haut. Ce passeport me permet donc

d'exiger des chevaux dans toutes les stations de poste, et, au

besoin, d'imiter l'exemple d'Ivan Ogareff, en faisant dételer ceux

des traîneaux de personne n'ayant qu'un laisser-passer de troisième

classe. Au nombre des avantages multiples attachés à ce précieux

papier, se trouve, je crois, celui de réduire de moitié les frais

de transport, réduction dont jouissent tous les heureux possesseurs

d'une _podoroschnaya_ de la couronne et les employés du gouvernement.

Voici maintenant la traduction de cet inestimable document:

PODOROSCHNAYA DE LA COURONNE

»Au nom de Sa Majesté impériale le czar

Alexandre Alexandrovitch, souverain de toutes

les Russies, etc., etc., etc.

»De Saint-Pétersbourg à Irkoutsk, on fournira, sans le moindre délai,

à M. ***, correspondant spécial du _New-York Herald_, les chevaux

dont il aura besoin, jusqu'au nombre maximum de cinq, pour lesquels

il paiera le prix porté au tarif.

»Fait à Saint-Pétersbourg, le 4 janvier (16 janvier) 1882.

»Pour le chef de chancellerie et le gouvernement

d'Irkoutsk,

»GOREW.»

Je joins à cette pièce la copie de la lettre que me remit le

gouverneur général:

«Le porteur de la présente, M. ***, quitte Saint-Pétersbourg pour

se rendre dans la Sibérie orientale, où il va secourir des gens de

l'équipage du navire envoyé à la découverte du pôle, le steamer

_Jeannette_, naufragé dans l'Océan Arctique.

»En conséquence, toutes autorités locales de la Sibérie orientale

sont invitées à fournir, dans les limites de la loi et de leurs

attributions, toute l'aide dont M. *** peut avoir besoin; elles

devront spécialement faciliter, par tous les moyens, la rapidité de

son voyage aller et retour; elles devront, en outre, satisfaire à

tous ses désirs légitimes dans les conditions ci-dessus énoncées.

»Saint-Pétersbourg, 4 janvier 1882.

»Le gouverneur général de la Sibérie orientale,

membre du conseil de l'état-major impérial,

»Général-lieutenant ANOUTCHINE.

»Contre-signé: A. URSAFF, membre du conseil impérial

et chef de la chancellerie des voyages.»

L'espace me manque pour vous donner la traduction d'une autre pièce

que je crus aussi m'être absolument nécessaire pour acheter des

armes à Saint-Pétersbourg. Depuis l'apparition du nihilisme, il est

obligatoire d'avoir une permission spéciale du chef de la police

pour acheter, se servir ou porter des armes. En sortant de chez

le général Anoutchine, je me rendis donc, avec sa lettre, chez le

général Kotsoff, qui occupe actuellement le poste de chef de la

police. Celui-ci fut un peu surpris de se voir déranger ce jour-là,

qui était un jour de fête, celui de la bénédiction des eaux de la

Néva. Mais, au premier coup d'œil jeté sur ma lettre, il s'empressa

de désigner un employé pour libeller le permis de port d'armes que je

sollicitais. C'est en vertu de ce permis que je pus devenir l'heureux

possesseur de deux revolvers, l'un pour moi et l'autre pour mon

interprète; d'un fusil de chasse, pour le cas où je me trouverais en

péril de mourir de faim, et d'une carabine à répétition Winchester,

spécialement destinée à recevoir les loups affamés en quête de leur

pâture ou les maraudeurs Kirghiz, si ces derniers s'avisaient de

jouer le rôle de détrousseurs de grand chemin sur notre passage.

Je n'ai point encore parlé des mille attentions dont je fus

l'objet de la part de M. Hoffman, notre chargé d'affaires à

Saint-Pétersbourg. Il avait déjà expédié des lettres adressées aux

gens de _la Jeannette_, en les recommandant au gouverneur intérimaire

d'Irkoutsk; il m'en remit encore un paquet qui m'était expédié de

Paris, ainsi que d'autres, et des télégrammes adressés à de Long, à

Collins, etc. M. Hoffman a toujours montré le plus vif intérêt pour

tout ce qui concerne _la Jeannette_. C'est par son intermédiaire

qu'est entretenue l'active correspondance télégraphique, relative

aux naufragés de ce navire, qui existe entre Saint-Pétersbourg

et Washington. D'un autre côté, les autorités russes, m'a dit

M. Hoffman, ont, en toutes circonstances et par tous les moyens

possibles, montré les sentiments les plus cordiaux et la plus grande

courtoisie dans tout ce qu'elles ont fait pour l'équipage de _la

Jeannette_.

Lord Loftus était venu personnellement m'inviter à l'aller voir avant

mon départ pour la Sibérie; mais, au milieu de la confusion causée

par mes préparatifs, je n'ai pu, malheureusement, me rendre à cette

aimable invitation.

J'ai reçu également la visite du chevalier Obreskoff, chef du cabinet

particulier du général Ignatieff, qui venait, au nom du général et au

sien, me souhaiter un heureux voyage.

M. Alexandre Weikoff, un des membres les plus connus de la Société

impériale de géographie russe, est aussi venu à l'hôtel pour me

donner de précieux renseignements sur la route que j'allais suivre et

me remettre une lettre de recommandation pour ses confrères envoyés

par le gouvernement pour étudier, au point de vue topographique, le

cours de la Léna.

Je devais, pensait-il, rejoindre ces messieurs à Irkoutsk, et, à son

avis, j'aurais pu continuer mon voyage en leur compagnie et descendre

avec eux, en suivant le cours de la Léna, jusqu'à l'embouchure de ce

fleuve. Mais je crains que ces savants ne marchent trop lentement.

D'ailleurs, avant d'arriver à Irkoutsk, je ne peux dire ce que je

ferai. Pour établir un plan, il me faut d'abord connaître le sort de

la troupe du lieutenant de Long, que Noros et Ninderman ont laissé

derrière eux; et ensuite il me faut également avoir un entretien

avec Danenhower. D'après une dépêche que j'ai reçue aujourd'hui de

Saint-Pétersbourg, celui-ci est attendu à Irkoutsk pour mercredi

prochain. Il ramène avec lui neuf des survivants de _la Jeannette_.

Comme je partirai mercredi également d'Orenbourg, il est probable

que je rencontrerai le lieutenant Danenhower à Tomsk. Je lui ai

d'ailleurs déjà télégraphié dans cette ville.

Enfin, je dois vous signaler la bienveillance des directeurs de la

Banque privée de commerce de Saint-Pétersbourg. Ces messieurs ont

bien voulu m'ouvrir des crédits dans leurs succursales d'Irkoutsk et

d'Yakoutsk.

Le jour de la bénédiction des eaux de la Néva étant un jour de fête

pendant lequel toutes les affaires sont suspendues, je fus obligé de

surseoir à mes préparatifs pendant cette journée, qui fut presque

entièrement perdue pour moi; je ne partis donc que le 19 au soir de

Saint-Pétersbourg pour me rendre à Moscou. La distance entre ces deux

villes est de 403 milles; comme nous étions partis à sept heures un

quart du soir et que nous ne sommes arrivés qu'à dix heures du matin;

nous avons donc mis quinze heures pour faire ce trajet. Le train pour

Orenbourg part de Moscou à trois heures de l'après-midi; mais, bien

que la distance entre ces deux dernières villes n'est que le double

de la première, nous ne sommes arrivés que le lundi matin à une

heure. Il est vrai, nous fûmes un peu retardés par la neige, mais le

trajet aurait dû néanmoins être beaucoup moins long, et quarante-huit

heures eussent suffi; mais les directeurs des chemins de fer russes,

bien qu'ils aient adopté dans une certaine mesure le système

des wagons américains, ne se rendent pas compte des avantages

d'une marche rapide. Cependant, quelques-unes des modifications

apportées par eux à l'agencement des wagons-lits sont excellentes

et mériteraient d'être imitées, même en Amérique. Le fait que les

Compagnies ne fournissent de garniture de lit autre que les matelas,

ne mérite certes pas qu'on s'en plaigne, dans ces régions limitrophes

de l'Asie, domicile et paradis des mouches et de la vermine que les

marchands soignent amoureusement et emportent partout où ils vont. En

vertu de cette sage mesure, chaque voyageur est donc forcé d'emporter

sa garniture de lit; or, comme entre Moscou et Orenbourg les voitures

sont chauffées à une température presque insupportable, on n'a guère

besoin d'autre couverture qu'un shawl ou une couverture de voyage. Le

plus grand désagrément qu'on rencontre sur cette ligne est d'avoir

affaire à environ une demi-douzaine de compagnies différentes, de

sorte que l'infortuné voyageur est obligé de changer de voiture à

peu près toutes les huit ou neuf heures, assez souvent au milieu de

la nuit, au moment où, dormant du sommeil du juste, son imagination

l'emportait au milieu de rêves dorés. La chaleur est souvent

tropicale dans les voitures, 17° Réaumur étant la température qu'on

y entretient d'ordinaire, sans se préoccuper de celle du dehors, et

justement la température est extraordinairement basse en Russie en

ce moment: pendant tout le temps du voyage, le thermomètre était à

peine au-dessus de 0°; cependant nous avons eu un léger commencement

de dégel. Il est vrai qu'il a tombé beaucoup de neige, mais l'hiver a

été exceptionnellement doux. A Saint-Pétersbourg, tout le monde se

plaignait de ne pouvoir aller en traîneau. Les nouvelles venues du

nord de la Sibérie y signalent également un hiver très doux.

En arrivant à Orenbourg, je me rendis, avec mon interprète, à l'hôtel

de l'Europe, que je trouvai illuminé comme s'il n'eût été que neuf

heures du soir. Le cuisinier était encore debout, et le propriétaire

avait eu soin de faire chauffer ses meilleures chambres à la

température réglementaire en Russie. Celui-ci, après avoir gourmandé

ses garçons, qui, à son gré, ne montraient pas assez de diligence

dans le service, vint nous donner quelques détails confidentiels

sur son origine et sur les raisons qui l'ont amené à s'établir dans

une ville comme Orenbourg. Il nous énuméra ensuite les nombreux

avantages que présentait son hôtel sur un établissement rival, et

tout cela, j'en suis certain, pour arriver à me faire accepter un

bain qu'il me proposa pour le lendemain matin. J'acceptai volontiers

sa proposition, mais quand arriva le matin, je n'avais pas encore

terminé ma toilette que je fus surpris de voir entrer dans ma chambre

un personnage ayant belle prestance et la tournure militaire. Après

la courbette réglementaire, il s'annonça comme le maître de police,

Ustimovitch,--c'est le chef de la police d'Orenbourg,--ajoutant qu'il

avait reçu l'ordre de Son Excellence le gouverneur de se tenir à mes

ordres et de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour me rendre

agréable mon séjour en cette ville. Il me dit, en outre, que la

veille au soir il s'était rendu à la gare pour me recevoir et m'y

avait attendu pendant une heure. Je dois dire tout de suite que le

colonel Ustimovitch ne cessa de me combler d'attentions, et que plus

tard, pendant la journée, il nous accompagna (en personne) dans les

différents magasins où nous désirions acheter des vêtements et des

fourrures pour le voyage. Après le départ du colonel, on m'annonça

un second visiteur: c'était un officier subalterne de la police

militaire qui était placé à ma disposition. A onze heures, je me fis

conduire chez le gouverneur afin de lui présenter mes hommages.

Je fus à l'instant introduit dans le cabinet particulier du général

Ostiafaff, qui me souhaita cordialement la bienvenue. Il me dit qu'il

avait reçu le télégramme du gouverneur général, et qu'il serait

heureux de me rendre tous les services dont j'aurais besoin. Il me

demanda si je désirais une podoroschnaya; mais, comme vous le savez,

j'en avais une que m'avait remise le gouverneur général lui-même.

Nous nous entretînmes quelques instants du sort de l'infortunée

_Jeannette_, puis je fus fort surpris d'apprendre que le gouverneur

général mettait à ma disposition, pour faire le voyage d'Irkoutsk,

son propre traîneau, qu'il avait laissé à Orenbourg, et qu'il avait

écrit au général Ostafiaff à ce sujet. Je m'empressai naturellement

d'accepter cette offre. Ce traîneau, comme je pus m'en convaincre

plus tard, était un spacieux et confortable véhicule construit avec

soin et parfaitement aménagé pour nous protéger contre les atteintes

du froid rigoureux que nous devions sans doute rencontrer. De plus,

nous pouvions nous y étendre complétement pour dormir à notre aise

pendant la nuit. Il eût été impossible de trouver un pareil traîneau

à acheter à Orenbourg, et ceux que nous aurions pu trouver, quoique

bien inférieurs, nous auraient coûté au moins de 200 à 400 roubles.

Certes, les faveurs du gouverneur général ne s'arrêtaient pas aux

paroles aimables ou aux lettres de recommandation. Au moment où

j'allai prendre congé de lui, le gouverneur m'exprima le désir d'être

tenu au courant des progrès de mon voyage, afin de me faire parvenir

les lettres ou télégrammes à mon adresse qui pourraient arriver après

mon départ.

J'ai télégraphié aujourd'hui au lieutenant Danenhower, à Irkoutsk,

pour lui annoncer mon arrivée ici et le jour probable de mon départ.

Je l'ai prévenu en même temps que je le rencontrerais probablement à

Krasnoyarsk, qui se trouve à deux mille cinq cents verstes environ

d'Orenbourg et à mille verstes d'Irkoutsk. Comme il a une troupe

nombreuse avec lui, il ne voyagera sans doute que pendant la journée,

tandis que, seul avec mon compagnon, je voyagerai jour et nuit; nous

nous rencontrerons donc vraisemblablement au point que j'indique.

J'espère qu'il ne me faudra guère plus de trois semaines pour arriver

à Irkoutsk, et de seize jours, à raison d'environ deux cents verstes

par jour, pour atteindre Krasnoyarsk. En mesures anglaises, la

distance à franchir entre Orenbourg et Irkoutsk est approximativement

de 2,300 milles. Si je dois me rendre à Yakoutsk, la distance

totale entre Orenbourg et cette dernière ville est d'environ 4,500

milles; un autre millier de milles me conduirait aux bords de

l'Océan Pacifique. J'emporte avec moi, outre des télégrammes et

des communications confidentielles pour le capitaine de Long et le

correspondant du _Herald_, les lettres suivantes:

_Noms des destinataires._ _Lieux d'envoi._

Lieutenant DE LONG, Rondant.

Jérôme J. COLLINS, New-York.

Lieutenant CHIPP, Brooklyn, Kingston, New-York (2).

Lieutenant DANENHOWER, New-York, Washington (2), Carlisle,

P. A; Georgetown, D. C.

Raymond L. NEWCOMB, Salem (8), Boston (3), East,

Glouces, Nenbury port.

Dr AMBLER, Baltimore.

Capitaine DUNBAR, New London com. (2).

Herbert LEACH, Boston, Penobscot (7).

James BARTLETT, Laona, New-York.

Henry D. WARREN, Philadelphia.

Louis NOROS, New-York (3).

Henry WILSON, New-York.

Ingénieur MELVILLE. New-York, Phil. (2), Washington.

CHAPITRE XIII.

Suite du voyage de M. Jackson.--De Orenbourg à Omsk[9].

Arrivée à Omsk.--Nourriture des voyageurs pendant le

trajet.--Équipement d'un voyageur partant pour la

Sibérie.--Provisions de bouche.--Attelage du traîneau.--Les

petits chevaux sibériens.--Les routes sibériennes au mois de

janvier.--La goëlette des steppes.--Ses allures.--Les traîneaux

russes.--Leurs qualités.--Cinq heures d'immobilité au milieu

des neiges sur la crête de l'Oural.--Efforts de notre attelage

pour nous tirer de là.--Des loups, vrais ou imaginaires.--De la

prétendue férocité des loups sibériens.--Notre mésaventure sur

le sommet de l'Oural, n'est que le premier de trois châtiments

que nous devions subir pour être partis un vendredi.--Second

châtiment.--Les médecins tartares.--Cure merveilleuse.--Plaisir

d'un voyage au milieu des steppes.--Curieux effets de

neige.--Le roi Burran, dieu des tempêtes en Sibérie.--Malices

de ce dieu.--L'époque des mariages.--Les maîtres de poste.--Une

station d'hiver Kirghize.--La maison d'école.--Omsk et ses

habitants.

[9] Deuxième lettre de M. Jackson.

Omsk (Sibérie occidentale), 6 février 1882.

L'expédition de la Jeannette au pôle Nord, racontée par tous les membres de l'expédition - volume 1 ouvrage composé des documents reçus par le "New-York Herald" de 1878 à 1882 · 第 14 / 22 段