Marie-Antoinette à la Conciergerie. Le concierge Richard.--Impatience de
la Révolution.--Vaine recherche de pièces contre la Reine.--Espérance du
parti royaliste.--L'œillet du chevalier de Rougeville.--Le concierge
Bault.--Discours de Billaud-Varennes.--Lettre de Fouquier-Tinville.
Le 2 août 1793, la Reine couchait à la Conciergerie.
Il n'y avait plus eu qu'outrages pour les derniers jours de la Reine au
Temple. À mesure qu'elle approchait du Tribunal révolutionnaire,
l'insulte autour d'elle était devenue plus grossière, plus sauvage, et
l'injure avait atteint bientôt les extrêmes limites de la brutalité. Le
municipal Bernard, retirant le siége d'un des enfants de la Reine,
disait: «Je n'ai jamais vu donner ni table ni chaise à des prisonniers,
la paille est assez bonne pour eux;» ou bien un poëte, couvert encore de
la livrée et des bienfaits de la cour, Dorat-Cubières, commandait
d'acheter à la Reine un peigne de corne: «Le buis serait trop bon[597]!»
Dans la bouche des derniers visiteurs, la parole n'était plus que
jurons[598].
Le 1er août, à 2 heures du matin, la Commune, arrachant les trois femmes
au sommeil, signifiait à Marie-Antoinette le décret de la Convention:
«Marie-Antoinette est envoyée au Tribunal extraordinaire; elle sera
transportée sur-le-champ à la Conciergerie.»
La Reine se tait, et se met à faire un paquet de ses vêtements. Madame
Élisabeth et Madame implorent, mais en vain, la grâce de la suivre. La
Reine s'habille sans que les municipaux s'écartent. Ils lui demandent
ses poches. La Reine les leur donne[599]; c'est tout ce qu'elle a de
ceux qu'elle prie au ciel; c'est tout ce qui lui reste de ceux qu'elle
aime sur la terre! un paquet de cheveux de son mari et de ses enfants,
la petite table de chiffres où elle apprenait à compter à son fils, un
portefeuille où est l'adresse du médecin de ses enfants, des portraits
des princesses de Hesse et de Mecklembourg, les amies de son enfance, un
portrait de madame de Lamballe, une prière au sacré cœur de Jésus, une
prière à l'Immaculée Conception[600]. Il ne lui est laissé qu'un
mouchoir et un flacon, pour le cas où elle se trouverait mal. La Reine
embrasse sa fille, l'exhorte au courage, lui demande d'avoir bien soin
de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère, et finit en lui
répétant les instructions de pardon que lui a données son père. Madame
reste muette de saisissement et de frayeur. La Reine se jette alors dans
les bras de Madame Élisabeth, et lui recommande ses enfants. Madame
Élisabeth, la tenant embrassée, lui murmure quelques mots à l'oreille.
La Reine part sans retourner la tête, sans jeter un dernier regard à sa
sœur, à sa fille, craignant que sa fermeté ne l'abandonne[601]. Elle est
partie, laissant aux murs de sa prison son cœur dans cette inscription,
la taille de ses deux enfants:
_27 mars 1793, quatre pieds dix pouces trois lignes.
Trois pieds deux pouces_[602].
Comme la Reine sortait de la tour sans se baisser, elle se frappa la
tête au guichet. On lui demanda si elle s'était fait du mal. «_Oh!
non_,--dit-elle,--_rien à présent ne peut plus me faire de mal_[603]...»
Les municipaux, parmi lesquels était Michonis, accompagnent
Marie-Antoinette du Temple à la Conciergerie. Marie-Antoinette obtient
de passer la nuit dans la chambre du concierge Richard.
Le lendemain, la miséricorde de Richard, soutenue, enhardie par
l'approbation muette et l'appui secret de quelques officiers de la
municipalité, trompait les ordres de Fouquier, et la Reine était
installée, non dans un cachot, mais dans une chambre dont les deux
fenêtres donnaient sur la cour des femmes. C'était une assez grande
pièce carrelée, l'ancienne salle du Conseil, où les magistrats des cours
souveraines venaient, avant la Révolution, recevoir, à certains jours de
l'année, les réclamations des prisonniers. Au mur, comme si les choses
avaient autour de la Reine une âme et une parole, le vieux papier
montrait des fleurs de lis s'en allant en lambeaux et s'effaçant sous le
salpêtre. Une cloison, au milieu de laquelle s'ouvrait une grande baie,
séparait la pièce dans toute sa largeur en deux chambres presque égales,
éclairées chacune par une fenêtre sur la cour. La chambre du fond fut la
chambre de la Reine; l'autre chambre, dans laquelle ouvrait la porte,
devint la chambre des deux gendarmes qui y passaient le jour et la nuit,
séparés seulement de la Reine par un paravent déplié en travers de la
baie[604].
Tout le mobilier de la chambre de Marie-Antoinette était une couchette
de bois, à droite, en entrant, en face de la fenêtre; et une chaise de
paille, dans l'embrasure de la fenêtre, sur laquelle la Reine passait
presque toute la journée assise à regarder, dans la cour, des vivants
aller et venir, à saisir au passage, dans les conversations à haute voix
près de sa fenêtre, les nouvelles que lui jetaient les prisonnières. On
lui laissa une méchante corbeille d'osier pour mettre son ouvrage, une
boîte de bois pour la poudre dont elle poudrait encore ses cheveux
blancs, une boîte de fer-blanc pour sa pommade[605].
La Reine à la Conciergerie, voisine de Fouquier, promise au bourreau,
les tortures honteuses et misérables ne la respectaient point encore. La
Reine n'avait pu emporter son linge mis sous scellé au Temple; et
Michonis écrivait, le 19 août, aux officiers municipaux composant le
service du Temple: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de
lui faire passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés,
dont elle a un pressant besoin[606].» Ces quatre malheureuses chemises
demandées par Michonis, bientôt réduites à trois, ne seront délivrées à
la Reine que de dix jours en dix jours[607]. La Reine n'a plus que deux
robes, qu'elle met de deux jours l'un: sa pauvre robe noire, sa pauvre
robe blanche, pourries toutes deux par l'humidité de sa chambre[608]...
Il faut s'arrêter ici, les mots manquent.
Longs jours, longs mois, les jours et les mois qui s'écoulèrent entre
l'entrée de la Reine à la Conciergerie et son procès; attente
douloureuse où la Reine, hors de la vie, toute à la mort, ne se reposait
pas encore dans la mort! Elle priait. Elle lisait. Elle tenait son
courage prêt. Elle occupait son imagination. Elle demandait à Dieu de ne
pas la faire attendre, aux livres de la faire patienter. Mais quels
livres dont la fable ne soit petite et l'intérêt médiocre, auprès du
roman de ses infortunes? Quelles lectures pourront, à force d'horreur,
arracher un moment à son présent la Reine de France à la Conciergerie?
«_Les aventures les plus épouvantables!_» c'est l'expression même de
Marie-Antoinette lorsque, par Richard, elle demande des livres à
Montjoye; et rien n'est capable de distraire son agonie que l'histoire
de Cook, les voyages, les naufrages[609], les horreurs de l'inconnu, les
tragédies de l'immensité, les batailles poignantes de la mer et de
l'homme.
Une déception, un retard arrêtaient bientôt l'impatience de la
Révolution, «la grande joie du père Duchêne de voir que la Louve
autrichienne va être à la fin raccourcie[610].» L'accusation avait beau
chercher, il lui était impossible de trouver une preuve écrite contre la
Reine. Longtemps avant la journée du 10 août, la Reine, plus prudente
que le Roi, ne s'était jamais couchée sans avoir brûlé tous les papiers
capables de compromettre ses amis[611]. Les seuls papiers qui eussent pu
la compromettre avaient été détruits ou perdus à la suite de la
suppression du tribunal du 17 août, chargé de l'instruction des procès
d'Affry et Cazotte. Cependant les rêves de Marat ne pouvaient suffire.
Héron, l'espion à tout faire du Comité de Sûreté générale, promettait
d'accabler l'accusée de preuves par écrit. Le Comité attendait et
espérait. Héron ne lui apportait que cette dénonciation: «Je déclare que
Vaudreuil, grand fauconnier du ci-devant roi, en 1784 et 1785, a tiré
pour cinq cent quatre-vingt mille livres de lettres de change sur
Pascaud, lorsqu'il jouait à la banque que tenait la Reine au château de
Versailles. Ce Pascaud et la Reine, ainsi que Vaudreuil, ont coopéré au
plan de la banqueroute générale, dans lequel plan a entré le massacre
des citoyens à la maison de Réveillon[612].» Aussitôt reçue, la
dénonciation était adressée au citoyen Laignelot, «chargé de la
direction de l'accusation de la ci-devant Reine.» Laignelot, malgré tous
ses désirs, n'en pouvait rien faire. Héron tirait alors de son
imagination un ramas d'atrocités, et le soumettait à Marat. Marat,
quoique indulgent en pareille matière, trouvait le travail de Héron
d'une absurdité telle qu'il ne cachait pas à Héron que le Comité le
jetterait au feu. Il consentait pourtant à le reprendre, à lui donner
une nouvelle forme. Son factum retravaillé par Marat, Héron le présente
au Comité de Sûreté générale: le Comité croit qu'il y a des pièces
derrière des affirmations si positives; il arrête sur-le-champ «que le
citoyen Héron remettra à l'instant au citoyen Bayle, l'un de ses
membres, toutes les pièces qui ont servi à la rédaction de son Mémoire.»
Héron avait inventé ses calomnies: il n'avait pas une pièce, et le
Comité était obligé de renoncer au Mémoire de Héron et Marat, de
chercher ailleurs, et d'attendre encore, malgré les clameurs et les
colères enragées qui gourmandaient ses lenteurs: «L'on cherche midi à
quatorze heures pour juger la tigresse d'Autriche, et l'on demande des
pièces pour la condamner, tandis que si on rendait justice, _elle
devrait être hachée comme chair à pâté_[613]...
Tandis que tous ces hommes travaillaient à sa mort, la Reine respirait
un moment, et il y avait autour d'elle comme un adoucissement des cœurs
et des choses. Elle était entourée de soins, de prévenances,
d'attentions, par le citoyen et la citoyenne Richard, braves gens qui
ôtaient tout ce qu'ils pouvaient d'inhumain et d'atroce aux consignes de
Fouquier. Par eux, la Reine avait un bon lit; ils apportaient à son
petit appétit des mets qui ne lui répugnaient pas; ils essayaient de lui
faire des surprises et de petits plaisirs, courant les marchés, les
halles, la Vallée, pour lui trouver un mets, un fruit, un rien qu'elle
aimât; avouant parfois, pour être mieux servis, pour qui ils achetaient,
et trouvant des marchandes comme cette marchande de la halle qui,
là-dessus, renverse toute sa boutique, choisit son plus beau melon et le
donne à Richard pour sa prisonnière[614]. Les gendarmes même ne
pouvaient échapper à la pitié; l'un d'eux renonçait à fumer, voyant, le
matin d'une nuit où il n'avait pas quitté sa pipe, la Reine se lever les
yeux rouges, et se plaignant doucement d'un grand mal de tête sans lui
rien reprocher. D'autres, entrés soudain dans les plus délicates
commisérations, et voulant éviter la Reine le retour de ces crises qui
avaient failli la sauver de la guillotine, disaient aux commissaires:
«Surtout, gardez-vous bien de lui parler de ses enfants![615]»
Ce repos de la Reine, cette pitié de ses gardiens, rassuraient les
amitiés du dehors et les encourageaient à espérer. La princesse
Lubormiska écrivait vers ce temps à madame du Barry: «La Reine est
encore à la Conciergerie; il est faux qu'on ait le projet de la ramener
au Temple; cependant, je suis tranquille sur son sort[616].» Le million
de la comtesse de Janson tentait l'incorruptibilité du capucin
Chabot[617]. Aux émissaires, à l'argent envoyés de Bruxelles par le
comte de Mercy, Danton répondait orgueilleusement que la mort de la
reine de France n'était jamais entrée dans ses calculs, et qu'il
consentait à la protéger sans aucune vue d'intérêt personnel[618]. Batz
tournait autour de la Conciergerie. Un officier de grenadiers des
Filles-de-Saint-Thomas, resté toute la journée du 20 juin aux côtés de
la Reine, un fidèle du 10 août, un audacieux incorrigible, échappé, avec
de la témérité et de l'or, aux massacres de Septembre, échappé de prison
une seconde fois et de la même façon après le 31 mai, un de ces fous de
dévouement qui ne manqueront jamais en France, le chevalier de
Rougeville[619], venait de s'aboucher avec Michonis, l'introducteur de
Batz au Temple. À la suite de plusieurs entrevues chez Fontaine,
marchand de bois, et chez la femme Dutilleul, à Vaugirard, Rougeville
est introduit à la Conciergerie par Michonis. Michonis[620], pour
dérober aux gendarmes l'émotion de la Reine, lui parle de ses enfants
qu'il a vus au Temple. Derrière lui, Rougeville fait à la Reine des
signes qu'elle ne paraît pas comprendre; il s'approche alors et lui dit
à voix basse de ramasser l'œillet qu'il a laissé tomber auprès du poêle.
La Reine le ramasse, Rougeville demande à la Reine: «Le cœur vous
manque-t-il?--_Il ne me manque jamais_,» répondit la Reine. Michonis et
Rougeville sortent. La Reine lit le billet. «_Il contenait_, a déclaré
la Reine, _des phrases vagues_: Que prétendez-vous faire? Que
comptez-vous faire? J'ai été en prison; je m'en suis tiré par un
miracle. Je viendrai vendredi... Il y avait une offre d'argent.» Le
billet déchiré en mille morceaux, la Reine essaya d'y répondre, en
marquant avec une épingle sur un morceau de papier: _Je suis gardée à
vue, je ne parle ni n'écris_[621]. Un gendarme la surprit, saisit le
papier, et le remit à la citoyenne Richard. Des mains de celle-ci il
passa dans les mains de Michonis; mais le complot était ébruité, et
Rougeville ne put revenir.
Hélas! tout manquait. L'heure de Danton était passée; Chabot finissait
par avoir peur de se vendre, et dénonçait la comtesse de Janson. Batz ne
pouvait réussir à faire parvenir à la Reine une redingote, sous laquelle
elle eût quitté la Conciergerie au moment du renouvellement des postes.
Il y eut un dernier projet d'évasion; mais les deux gendarmes de garde
chez la Reine devaient être tués: la Reine ne voulut jamais y consentir:
la vie, à ce prix, lui eût semblé trop chère[622]. Richard avait été
destitué; mais par l'entremise de Dangé, l'administrateur de police
agissant de concert avec Hüe et Cléry, Marie-Antoinette retrouvait dans
le concierge Bault un autre Richard, des soins pareils; et la seule
chose pour laquelle elle fût difficile, l'eau qu'elle buvait, lui était
encore servie bien pure dans une tasse bien propre. Une vieille
tapisserie, clouée par Bault contre le mur, la défendait un peu contre
l'humidité. Bault se chargeait de transmettre à Fouquier la demande
d'une couverture de laine: «Tu mériterais d'être envoyé à la
guillotine!» était la réponse de Fouquier. Mais l'industrie de Bault
remplaçait la couverture par un matelas de la plus fine laine; et Bault
mettait bientôt la Reine à l'abri de la fumée, des rires et des jurons
des gendarmes. Prétextant sa responsabilité, Bault mettait dans sa poche
la clef de sa chambre, et renvoyait les deux gendarmes à la porte
extérieure[623].
La Reine eut l'idée de léguer un dernier souvenir à ses enfants. Elle
n'avait pas d'aiguille; mais une mère peut ce qu'elle veut: arrachant
quelques fils à la tapisserie du mur, elle tressa, avec deux cure-dents,
une espèce de jarretière; et quand Bault entra, elle la laissa glisser à
terre. Bault la ramassa: il avait compris[624].
Autour de la Conciergerie les cris de mort allaient croissant. Les vœux
des clubs, des sections, des municipalités, des départements,
assaillaient et harcelaient chaque jour le Comité du Salut public,
honteux d'être encouragé à répandre le sang. Du camp de Belehema, le
représentant Garrau, en mission à l'armée des Pyrénées occidentales,
mandait à la Convention son indignation de voir Marie-Antoinette vivre
encore; et à propos d'une semblable demande de la tête de
Marie-Antoinette formulée dans la même séance, 5 septembre, par la
section de l'Université, le représentant Drouet disait: «Eh bien! soyons
_brigands_, s'il le faut[625]!...»
Le Comité de Salut public n'avait pas besoin de ces aiguillons. Cette
série de tentatives pour l'évasion de la mère de Louis XVII, ces
complots renaissants, ce parti décimé auquel il reste des héros, ne le
laissaient pas sans un certain effroi. Il suivait en frémissant cette
longue liste d'espions, de tortionnaires, de bourreaux gagnés aux
victimes et complices de leurs douleurs. Il murmurait en rougissant
quelques grands noms révolutionnaires compromis tout bas dans des rôles
de pitié, et descendus à la clémence[626]... Comment garder la
Conciergerie mieux que le Temple? Où trouver des geôliers et des
municipaux inébranlables? S'il n'avait la certitude, il avait le soupçon
de mystérieuses correspondances entre la Conciergerie et le dehors, et
il tremblait à tout moment que la corruption ou le dévouement ne lui
enlevât cette grande proie. Il fallait en finir et répondre aux
dernières victoires de l'Autriche en mettant, selon l'expression de
Saint-Just, «l'infamie et l'échafaud dans la famille».
Le 3 octobre, Billaud-Varennes montait à la tribune. Il restait,
disait-il, un décret solennel à rendre: «La femme Capet n'est pas punie;
il est temps enfin que la Convention fasse appesantir le glaive de la
loi sur cette tête coupable. Déjà la malveillance, abusant de votre
silence, fait courir le bruit que Marie-Antoinette, jugée secrètement
par le Tribunal révolutionnaire et innocentée, a été reconduite au
Temple; comme s'il était possible qu'une femme couverte du sang du
peuple français pût être blanchie par un tribunal _populaire_, un
tribunal _révolutionnaire!_ Je demande que la Convention décrète
expressément que le Tribunal révolutionnaire s'occupera _immédiatement_
du procès et du jugement de la femme _Capet_[627].»
La proposition de Billaud, «vivement applaudie,» était décrétée à
l'unanimité; et Fouquier recevait l'ordre de poursuivre. Mais la
conscience, oui, la conscience de Fouquier lui-même reculait devant une
pareille poursuite sans une seule pièce; et Fouquier écrivait, le 5
octobre, au président de la Convention:
«Paris, ce 5 octobre 1793, l'an IIe de la République une et
indivisible.
«Citoyen président,
«J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu le
3 de ce mois, portant que le Tribunal révolutionnaire s'occupera sans
délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été
transmis hier soir; mais, jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis
aucunes pièces relatives à _Marie-Antoinette_; de sorte que, quelque
désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il se
trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura pas
de pièces[628].»
Fouquier dut passer outre; il dut poursuivre sans pièces: je me trompe,
sur les pièces monstrueuses qu'Hébert était allé, le 4 et 7 octobre,
arracher dans la tour du Temple à un enfant contre sa mère!
X
Premier interrogatoire de Marie-Antoinette.--Chauveau-Lagarde et
Tronçon-Ducoudray, ses défenseurs.--La Reine devant le Tribunal criminel
extraordinaire.--Acte d'accusation.--Les témoins, les dépositions, les
demandes du président, les réponses de la Reine.--Réponse de la Reine à
l'accusation d'Hébert.--Épuisement physique de la Reine.--Clôture des
débats.--Le procès de la Reine par _le Père Duchêne_.--Marie-Antoinette
condamnée et ramenée à la Conciergerie.
Tout à coup Marie-Antoinette est amenée au Palais de Justice et
interrogée. C'est un interrogatoire secret, qui n'a pour témoins
qu'Herman, président du Tribunal criminel extraordinaire, l'accusateur
public Fouquier, le greffier Fabricius[629]. Cependant cette question
soudaine n'arrache à la Reine rien d'indigne pour elle-même, rien de
compromettant pour les autres. Attaquée à l'improviste, sans conseil,
elle ne s'abaisse ni ne se livre; et de cet interrogatoire, il ne reste
aux questionneurs que la colère et la honte de n'avoir pu la surprendre,
de n'avoir pu l'intimider.
C'est vainement qu'ils ont fait de leur interrogatoire l'écho stupide
des stupidités d'un peuple en enfance; vainement qu'ils ont été ramasser
leurs accusations parmi les fables et les commérages du marché aux
herbes; vainement qu'ils ont promené leurs demandes sur tout ce _Credo_
de la sottise et de la peur, des milliards envoyés par Marie-Antoinette
à l'empereur d'Autriche, des balles mâchées par Marie-Antoinette le
matin du 10 août! Ils n'ont fait que préparer de nobles réponses à la
victime qu'ils tiennent sur la sellette.
Herman et Fouquier accusaient Marie-Antoinette «d'avoir appris à Louis
Capet cet art de profonde dissimulation avec laquelle il a trompé trop
longtemps le bon peuple français.»
À quoi Marie-Antoinette répondait: «_Oui! le peuple a été trompé; il l'a
été cruellement, mais ce n'est ni par mon mari, ni par moi._»
Herman et Fouquier l'accusaient «d'avoir voulu remonter au trône sur les
cadavres des patriotes».
À quoi Marie-Antoinette répondait «_qu'elle n'avait jamais désiré que le
bonheur de la France_,» ajoutant: «_Qu'elle soit heureuse! mais qu'elle
le soit! je serai contente_.»
Il fallait pourtant que ce premier interrogatoire apportât à
l'interrogatoire public, à l'accusation, à la condamnation, un fait, une
preuve, ou au moins une parole. Bientôt Herman et Fouquier essayaient de
faire cette femme coupable, non d'actes, mais d'intentions; non de
conspiration, mais de regret, mais de sentiment, mais de pensée; et
puisqu'il faut ici l'énergie d'une langue plus forte que la nôtre,
disons, avec l'orateur grec, qu'ils tordirent sa conscience pour en
tirer des crimes.
Herman et Fouquier demandèrent à cette reine: «Pensez-vous que les rois
soient nécessaires au bonheur du peuple?» Mais la Reine répondait:
«_qu'un individu ne peut absolument décider telle chose._»
Ils demandèrent ensuite à cette mère de roi: «Vous regrettez sans doute
que votre fils ait perdu un trône?» Mais la Reine répondait: «_qu'elle
ne regrettera rien pour son fils, tant que son pays sera heureux._»
Ils lui demandaient encore, l'interrogeant comme les Pharisiens
interrogeaient le Christ: «quel intérêt elle mettait au succès des armes
de la République?» Mais la Reine répondait: «_que le bonheur de la
France est toujours celui qu'elle désire par-dessus tout._»
L'interrogatoire fini, Herman et Fouquier reculèrent devant les désirs
de la révolution. Ils n'osèrent satisfaire à ces voix, à ces vœux,
bientôt déchaînés dans un journal, et demandant à la justice de ne plus
faire attendre le bourreau; demandant des jugements semblables à ces
jugements de Rome, où l'on passait du Capitole à la roche Tarpéienne;
appelant l'exécration publique sur les défenseurs officieux, afin que
l'agonie «des assassins du peuple» n'eût plus ni secours, ni pitié, ni
longueurs[630]. Herman et Fouquier demandèrent à la Reine si elle avait
un conseil, et sur sa réponse «_qu'elle n'en avait pas et qu'elle ne
connaissait personne_» Herman et Fouquier lui désignèrent pour conseils
et défenseurs les citoyens Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray[631].
Le lendemain, à 9 heures du matin, à l'audience publique, dans la salle
du Palais où siégeait le ci-devant tribunal de cassation, une foule
immense s'empresse; la halle emplit les tribunes[632]. Herman président;
Coffinhal, Verteuil et Deliége, juges; Antoine Quentin, accusateur
public; Fabricius, greffier, sont à leurs siéges.
Entrent les citoyens Antonelle, Renaudin, Souberbielle, Fievé, Bernard,
Thoumin, Chrétien, Gamey, Sambaz et Devèze, jurés de jugement, lesquels
se placent dans l'intérieur de l'auditoire, aux places indiquées et
désignées. Vadier, Amar, Vouland, Moyse Bayle sont derrière
Fouquier[633], qui feuillette et interroge encore à l'audience les
pièces tardives de ce procès au pas de course, à peine entrées dans son
cabinet depuis une heure[634]!
Alors est introduite la Reine Marie-Antoinette, «libre et sans fers,»
pour parler la langue du procès-verbal de la séance du vingt-troisième
jour du premier mois de l'an II de la République[635]. La Reine est
placée sur le fauteuil ordinaire des accusés, de façon à ce que tous la
voient. Puis entrent les deux défenseurs officieux de l'accusée.
Tout l'auditoire présent, le président fait prêter individuellement à
chaque juré le serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez
d'examiner avec l'attention la plus scrupuleuse les charges portées
contre Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, de ne communiquez avec
personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter ni la haine, ni la
méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous décider d'après les
charges et moyens de défense, et suivant votre conscience et votre
intime conviction, avec l'impartialité et la fermeté qui convient à un
homme libre[636].» Le serment prêté, le président dit à l'accusée
qu'elle peut s'asseoir.
La Reine est en robe de deuil; elle est assise, attentive et calme.
Parfois, comme échappant au présent et berçant sa pensée, elle laisse
courir ses doigts sur les bras de son fauteuil, ainsi que sur un
forte-piano[637]. Son regard,--c'est tout ce qu'elle a gardé de la
couronne,--fait dire aux femmes du peuple: «Vois-tu, comme elle est
fière[638]!»
La Reine a déclaré se nommer «Marie-Antoinette de Lorraine d'Autriche,
âgée d'environ 38 ans, veuve du Roi de France, née à Vienne, se
trouvant, lors de son arrestation, dans le lieu des séances de
l'Assemblée nationale[639].»
Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation[640]:
«Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public près le Tribunal criminel
révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention nationale du
10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au
tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article 2
d'un autre décret de la Convention de 5 avril suivant, portant que
l'accusateur public dudit tribunal est autorisé à faire arrêter,
poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités constituées ou
des citoyens;
«Expose que, suivant un décret de la Convention du 1er août dernier,
Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été traduite au Tribunal
révolutionnaire comme prévenue d'avoir conspiré contre la France; que,
par autre décret de la Convention du 3 octobre, il a été décrété que le
tribunal révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du
jugement; que l'accusateur public a reçu les pièces concernant la veuve
Capet, les 19 et 20 du premier mois de la seconde année, vulgairement
dits 11 et 12 octobre courant mois; qu'il a été aussitôt procédé, par
l'un des juges du Tribunal, à l'interrogatoire de la veuve Capet;
qu'examen fait de toutes les pièces transmises par l'accusateur public,
il en résulte qu'à l'instar des Messalines Brunehaut, Frédégonde et
Médicis, que l'on qualifioit autrefois de reines de France, et dont les
noms, à jamais odieux, ne s'effaceront pas des fastes de l'histoire,
Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été, depuis son séjour en
France, le fléau et la sangsue des François; qu'avant même l'heureuse
Révolution qui a rendu au peuple françois sa souveraineté, elle avoit
des rapports politiques avec l'homme qualifié de roi de Bohême et de
Hongrie; que ces rapports étoient contraires aux intérêts de la France;
que, non contente, de concert avec les frères de Louis Capet et l'infâme
et exécrable Calonne, lors ministre des finances, d'avoir dilapidé d'une
manière effroyable les finances de la France (fruit des sueurs du
peuple) pour satisfaire à des plaisirs désordonnés et payer les agents
de ces intrigues criminelles, il est notoire qu'elle a fait passer, à
différentes époques, à l'empereur, des millions qui lui ont servi et lui
servent encore à soutenir la guerre contre la République, et que c'est
par ces dilapidations excessives qu'elle est parvenue à épuiser le
Trésor national:
«Que, depuis la Révolution, la veuve Capet n'a cessé un seul instant
d'entretenir des intelligences et des correspondances criminelles et
nuisibles à la France, avec les puissances étrangères et dans
l'intérieur de la République, par des agens à elle affidés, qu'elle
soudoyoit et faisoit soudoyer par le ci-devant trésorier de la liste
ci-devant civile; qu'à différentes époques elle a usé de toutes les
manœuvres qu'elle croyoit propres à ses vues perfides, pour opérer une
contre-révolution: d'abord ayant sous prétexte d'une réunion nécessaire
entre les ci-devant gardes du corps et les officiers et soldats du
régiment de Flandres, ménagé un repas entre ces deux corps, le 1er
octobre 1789, lequel est dégénéré en une véritable orgie, ainsi qu'elle
le désiroit, et pendant le cours de laquelle les agents de la veuve
Capet, secondant parfaitement ses projets contre-révolutionnaires, ont
amené la plupart des convives à chanter, dans l'épanchement de
l'ivresse, des chansons exprimant le plus entier dévouement pour le
trône et l'aversion la plus caractérisée pour le peuple, et de les avoir
insensiblement amenés à arborer la cocarde blanche et à fouler aux pieds
la cocarde nationale, et d'avoir, par sa présence, autorisé tous ces
excès contre-révolutionnaires, surtout en encourageant les femmes qui
l'accompagnoient à distribuer les cocardes blanches aux convives;
d'avoir, le 4 du mois d'octobre, témoigné la joie la plus immodérée de
ce qui s'étoit passé à cette orgie;
«En second lieu, d'avoir, conjointement avec Louis Capet, fait imprimer
et distribuer avec profusion, dans toute l'étendue de la République, des
ouvrages contre-révolutionnaires, de ceux mêmes adressés aux
conspirateurs d'outre-Rhin, ou publiés en leur nom, tels que les
_Pétitions aux émigrans_, la _Réponse des émigrans, Les émigrans au
peuple, Les plus courtes folies sont les meilleures, Le journal à deux
liards, L'ordre, la marche et l'entrée des émigrans_; d'avoir même
poussé la perfidie et la dissimulation au point d'avoir fait imprimer et
distribuer avec la même profusion des ouvrages dans lesquels elle étoit
dépeinte sous des couleurs peu avantageuses qu'elle ne méritoit déjà que
trop en ce temps, et ce, pour donner le change et persuader aux
puissances étrangères qu'elle étoit maltraitée des François, et les
animer de plus en plus contre la France; que, pour réussir plus
promptement dans ses projets contre-révolutionnaires, elle avoit, par
ses agens, occasionné dans Paris et les environs, les premiers jours
d'octobre 1789, une disette qui a donné lieu à une nouvelle insurrection
à la suite de laquelle une foule innombrable de citoyens et de
citoyennes s'est portée à Versailles le 5 du même mois; que ce fait est
prouvé d'une manière sans réplique par l'abondance qui a régné le
lendemain même de l'arrivée de la veuve Capet à Paris et de sa famille;
«Qu'à peine arrivée à Paris, la veuve Capet, féconde en intrigues de
tout genre, a formé des conciliabules dans son habitation; que ces
conciliabules, composés de tous les contre-révolutionnaires et intrigans
des Assemblées constituante et législative, se tenoient dans les
ténèbres de la nuit; que l'on y avisoit aux moyens d'anéantir les droits
de l'homme et les décrets déjà rendus, qui dévoient faire la base de la
Constitution; que c'est dans ces conciliabules qu'il a été délibéré sur
les mesures à prendre pour faire décréter la révision des décrets qui
étoient favorables au peuple; qu'on a arrêté la fuite de Louis Capet, de
la veuve Capet et de toute la famille, sous des noms supposés, au mois
de juin 1791, tentée tant de fois et sans succès, à différentes époques;
que la veuve Capet convient dans son interrogatoire que c'est elle qui a
tout ménagé et tout préparé pour effectuer cette évasion, et que c'est
elle qui a ouvert et fermé les portes de l'appartement par où les
fugitifs sont passés; qu'indépendamment de l'aveu de la veuve Capet à
cet égard, il est constant, d'après les déclarations de Louis-Charles
Capet et de la fille Capet, que la Fayette, favori, sous tous les
rapports, de la veuve Capet, et Bailly, lors maire de Paris, étoient
présens au moment de cette évasion, et qu'ils l'ont favorisée de tout
leur pouvoir; que la veuve Capet, après son retour de Varennes, a
recommencé ses conciliabules; qu'elle les présidoit elle-même, et que,
d'intelligence avec son favori la Fayette, l'on a fermé les Thuileries
et privé par ce moyen les citoyens d'aller et venir librement dans les
cours du ci-devant château des Thuileries; qu'il n'y avoit que les
personnes munies de cartes qui eussent leur entrée; que cette clôture,
présentée avec emphase par le traître la Fayette comme ayant pour objet
de punir les fugitifs de Varennes, étoit une ruse imaginée et concertée
dans ces conciliabules ténébreux pour priver les citoyens des moyens de
découvrir ce qui se tramoit contre la liberté dans ce lieu infâme; que
c'est dans ces mêmes conciliabules qu'a été déterminé l'horrible
massacre, qui a eu lieu le 17 juillet 1791, des plus zélés patriotes qui
se sont trouvés au Champ-de-Mars; que le massacre qui avoit eu lieu
précédemment à Nancy, et ceux qui ont eu lieu depuis dans les divers
autres points de la République, ont été arrêtés et déterminés dans ces
mêmes conciliabules; que ces mouvemens, qui ont fait couler le sang
d'une foule immense de patriotes, ont été imaginés pour arriver plus tôt
et plus sûrement à la révision des décrets rendus et fondés sur les
droits de l'homme, et qui par là étoient nuisibles aux vues ambitieuses
et contre-révolutionnaires de Louis Capet et de Marie-Antoinette; que,
la Constitution de 1791 une fois acceptée, la veuve Capet s'est occupée
de la détruire insensiblement par toutes les manœuvres qu'elle et ses
agens ont employées dans les divers points de la République; que toutes
ses démarches ont toujours eu pour but d'anéantir la liberté, et de
faire rentrer les François sous le joug tyrannique sous lequel ils n'ont
langui que trop de siècles; qu'à cet effet, la veuve Capet a imaginé de
faire discuter dans ces conciliabules ténébreux, et qualifiés depuis
longtemps avec raison de cabinet autrichien, toutes les loix qui étoient
portées par l'Assemblée législative; que c'est elle, et par suite de la
détermination prise dans ces conciliabules, qui a décidé Louis Capet à
apposer son _veto_ au fameux et salutaire décret rendu par l'Assemblée
législative contre les ci-devant princes, frères de Louis Capet, et les
émigrés, et contre cette horde de prêtres réfractaires et fanatiques
répandus dans toute la France: _veto_ qui a été l'une des principales
causes des maux qu'a depuis éprouvés la France;
«Que c'est la veuve Capet qui faisoit nommer les ministres pervers, et
aux places dans les armées et dans les bureaux, des hommes connus de la
nation entière pour des conspirateurs contre la liberté; que c'est par
ses manœuvres et celles de ses agens, aussi adroits que perfides,
qu'elle est parvenue à composer la nouvelle garde de Louis Capet
d'anciens officiers qui avoient quitté leurs corps lors du serment
exigé, de prêtres réfractaires et d'étrangers, enfin de tous hommes
réprouvés pour la plupart de la nation, et dignes de servir dans l'armée
de Coblents, où un très-grand nombre est en effet passé depuis le
licenciement;
«Que c'est la veuve Capet, d'intelligence avec la faction liberticide,
qui dominoit alors l'Assemblée législative, et pendant un temps la
Convention, qui a fait déclarer la guerre au roi de Bohême et de
Hongrie, son frère; que c'est par ses manœuvres et ses intrigues,
toujours funestes à la France, que s'est opérée la première retraite des
François du territoire de la Belgique;
«Que c'est la veuve Capet qui a fait parvenir aux puissances étrangères
les plans de campagne et d'attaque qui étoient convenus dans le conseil,
de manière que, par cette double trahison, les ennemis étoient toujours
instruits à l'avance des mouvemens que dévoient faire les armées de la
République; d'où suit la conséquence que la veuve Capet est l'auteur des
revers qu'ont éprouvés, en différens temps, les armées françoises;
«Que la veuve Capet a médité et combiné avec ses perfides agens
l'horrible conspiration qui a éclaté dans la journée du 10 août,
laquelle n'a échoué que par les efforts courageux et incroyables des
patriotes, qu'à cette fin elle a réuni dans son habitation, aux
Thuileries, jusque dans des souterrains, les Suisses qui, aux termes des
décrets, ne doivent plus composer la garde de Louis Capet, qu'elle les a
entretenus dans un état d'ivresse, depuis le 9 jusqu'au 10 matin, jour
convenu pour l'exécution de cette horrible conspiration; qu'elle a réuni
également, et dans le même dessein, dès le 9, une foule de ces êtres
qualifiés de chevaliers du poignard, qui avoient figuré déjà dans ce
même lieu, le 23 février 1791, et depuis, à l'époque du 20 juin 1792;
«Que la veuve Capet, craignant sans doute que cette conspiration n'eût
pas tout l'effet qu'elle s'en étoit promis, a été, dans la soirée du 9
août, vers les neuf heures et demie du soir, dans la salle où les
Suisses et autres à elle dévoués travailloient à des cartouches; qu'en
même temps qu'elle les encourageoit à hâter la confection de ces
cartouches, pour les exciter de plus en plus, elle a pris des cartouches
et a mordu des balles (les expressions manquent pour rendre un trait
aussi atroce); que le lendemain 10, il est notoire qu'elle a pressé et
sollicité Louis Capet à aller dans les Thuileries vers les cinq heures
et demie du matin, passer la revue des véritables Suisses et autres
scélérats qui en avoient pris l'habit, et qu'à son retour elle lui
présenta un pistolet, en disant: «Voilà le moment de vous montrer!» et
qu'à son refus elle l'a traité de lâche; que, quoique dans son
interrogatoire la veuve Capet ait persévéré à dénier qu'il ait été donné
aucun ordre de tirer sur le peuple, la conduite qu'elle a tenue, le
dimanche 9, dans la salle des Suisses, les conciliabules qui ont eu lieu
toute la nuit et auxquels elle a assisté, l'article du pistolet et son
propos à Louis Capet, leur retraite subite des Thuileries et les coups
de fusil tirés au moment même de leur entrée dans la salle de
l'Assemblée législative, toutes ces circonstances réunies ne permettent
pas de douter qu'il n'ait été convenu, dans le conciliabule qui a eu
lieu pendant toute la nuit, qu'il falloit tirer sur le peuple, et que
Louis Capet et Marie-Antoinette, qui étoit la grande directrice de cette
conspiration, n'ait elle-même donné l'ordre de tirer;
«Que c'est aux intrigues et manœuvres perfides de la veuve Capet,
d'intelligence avec cette faction liberticide dont il a déjà été parlé,
et tous les ennemis de la République, que la France est redevable de
cette guerre intestine qui la dévore depuis si longtems, et dont
heureusement la fin n'est pas plus éloignée que celle des auteurs;
«Que, dans tous les tems, c'est la veuve Capet qui, par cette influence
qu'elle avoit acquise sur l'esprit de Louis Capet, lui avoit insinué cet
art profond et dangereux de dissimuler et d'agir, et promettre par des
actes publics le contraire de ce qu'il pensoit et tramoit, conjointement
avec elle, dans les ténèbres, pour détruire cette liberté si chère aux
François et qu'ils sauront conserver, et recouvrer ce qu'ils appeloient
«la plénitude des prérogatives royales»;
«Qu'enfin la veuve Capet, immorale sous tous les rapports, et nouvelle
Agrippine, est si perverse et si familière avec tous les crimes,
qu'oubliant sa qualité de mère et la démarcation prescrite par les loix
de la nature, elle n'a pas craint...»
L'acte d'accusation est lu. Le président a recommandé à l'accusée
d'écouter d'une oreille attentive. Les dépositions commencent, ou plutôt
commence une histoire de la Révolution qui, par la bouche des Lecointre
et des Hébert, des Silly et des Terrasson, des Gointre et des Garnerin,
impute à la Reine les crimes, le sang, la banqueroute, les massacres, la
guerre, la famine, les trahisons, les ruines, les veuves, les orphelins,
les défaites, les perfidies, les complots, les hontes, les misères, les
deuils,--la Révolution! Ce jour et le lendemain, ils font ainsi remonter
le temps à la Reine, la souffletant avec chacun de ses malheurs, avec
chacune de leurs victoires, l'arrêtant longuement, comme en des stations
de douleur, aux journées d'octobre, à Varennes, au _veto_, au 10 août,
au Temple[641].
Mais dans ce flux de déclamations et de niaiseries, ne cherchez point un
fait, ne cherchez point une preuve. Ces deux bons de 80,000 livres
signés _Marie-Antoinette_, vus par Tisset chez Septeuil, signés, dit
Tisset, du 10 août; ces deux bons dont Olivier Garnerin fait un bon de
80,000 livres en faveur de la Polignac; ces deux bons qui étaient, au
rapport de Valazé, une quittance de 15,000 livres, où sont-ils? On ne
les présente pas! Cette lettre de Marie-Antoinette, que Didier Jourdeuil
affirme avoir vue chez d'Affry: _Peut-on compter sur vos Suisses?
feront-ils bonne contenance lorsqu'il en sera temps?_ où est-elle? On ne
la représente pas! Et ainsi de tout.
Passez donc, témoins de vérité et de courage! Passez, gentilshommes qui
vous inclinez devant le martyre et devant votre drapeau! Passez, nobles
cœurs, fils de 89, auxquels 93 n'imposera pas une lâcheté! Qu'importe,
la Tour du Pin, que vous retrouviez pour la ci-devant Reine un salut de
Versailles, et que vous la défendiez au péril de votre vie contre
l'accusation des massacres de Nancy? Que font, Bailly, votre ferme
parole et votre déclaration sans peur, que «les faits contenus dans
l'acte d'accusation sont absolument faux»? Et vous, Manuel, dont la
Reine a craint un moment la déposition[642], que sert votre silence? Que
sert, d'Estaing, que vous n'accusiez pas cette Reine, dont tous déclarez
avoir à vous plaindre?... Il ne s'agit pas de l'innocence de la Reine,
et ce n'est pas vous que le Tribunal écoute. Les complaisances de ses
oreilles sont pour les dépositions qui accusent la Reine d'accaparement
de denrées, ou encore de complicité dans une fabrique de faux assignats;
pour la déposition de cette ancienne femme de service de la Reine, à qui
M. de Coigny aurait dit à Versailles, à propos des fonds envoyés par la
Reine à son frère pour faire la guerre aux Turcs; «Il en coûte déjà plus
de deux cents millions, et nous ne sommes pas au bout!» Le murmure de
faveur de l'auditoire encouragera cette déposition; que la Reine,
voulant assassiner le duc d'Orléans, a été fouillée, trouvée nantie de
deux pistolets, et condamnée par son mari à quinze jours d'arrêts. Ce
murmure encouragera encore Labenette, ce singe de Marat, affirmant
sérieusement que la Reine a successivement envoyé trois hommes pour
l'assassiner!
Et qu'étaient les questions posées à la Reine? «Si elle n'avait pas
voulu faire assassiner la moitié des représentants du peuple? Si elle
n'avait pas voulu, une autre fois, avec d'Artois, faire sauter
l'Assemblée?»
La Reine fut admirable de patience et de sang-froid: elle força sa
dignité à l'humilité; elle défendit l'indignation à sa fermeté; elle
répondit à la calomnie par une syllabe de dénégation, à l'absurde par le
silence, au monstrueux par le sublime. La Reine ne consentit à se
justifier que pour justifier les autres, et, dans ces longs débats, pas
une parole ne lui échappa qui pût mettre un dévouement en péril ou la
conscience de ses juges en repos.
Quand le président lui demande: Si elle a visité les trois corps armés
qui se trouvaient à Versailles pour défendre les prérogatives royales?
_Je n'ai rien à répondre_, dit Marie-Antoinette.
Quand le président l'accuse d'avoir fait payer à la France des sommes
énormes pour le Petit-Trianon, pour ce Petit-Trianon dont Soulavie
lui-même avoue que la dépense ne dépassait pas 72,000 livres par an en
1788[643], Marie-Antoinette répond, parlant, au delà de ce tribunal, à
la France: _Il est possible que le Petit-Trianon ait coûté des sommes
immenses, peut-être plus que je n'aurais désiré; on avait été entraîné
dans les dépenses peu à peu; du reste, je désire, plus que personne, que
l'on soit instruit de ce qui s'y est passé._
Quand le président l'accuse de nier ses rapports avec la femme la Motte:
_Mon plan n'est pas la dénégation_, répond Marie-Antoinette, _c'est la
vérité que j'ai dite et que je persisterai à dire_[644].
Le président n'avait pas osé toucher à l'accusation sans nom qu'Hébert
était allé chercher, le 7 octobre, dans la tour du Temple. Un juré la
releva: «Citoyen président, je vous invite de vouloir bien observer à
l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé le citoyen
Hébert, à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son fils.»
_Si je n'ai pas répondu_, dit la Reine, _c'est que la nature se refuse à
répondre à une pareille question faite à une mère_; et se tournant vers
les mères qui remplissent les tribunes: J'EN APPELLE À TOUTES CELLES QUI
PEUVENT SE TROUVER ICI[645]!
Immortelle Postérité! souviens-toi du misérable qui arracha du cœur de
Marie-Antoinette ces mots devant lesquels s'agenouillera la mémoire des
hommes! Souviens-toi de cet homme, que blâma Robespierre, et dont rougit
Septembre! Souviens-toi que, violant l'innocence d'une jeune fille, et
ses pleurs et ses hontes, Hébert a essayé de lui apprendre à déshonorer
sa mère! Souviens-toi que, menant avec sa main la main d'un enfant de
huit ans, il lui a fait signer contre sa mère de quoi calomnier
Messaline! Qu'Hébert te soit voué! ferme à son nom le refuge de tes
gémonies, et que l'immortalité le punisse!
Les séances du Tribunal commencent à 9 heures du matin et ne finissent
que bien avant dans la nuit. Quelle Passion surhumaine! Malade,
affaiblie par une perte continuelle, sans nourriture, sans repos, la
Reine doit se vaincre, se dominer, ne pas s'abandonner un instant,
roidir à tout moment ses forces défaillantes, contraindre jusqu'à son
visage et surmonter la nature! Le peuple demandant à tout moment qu'elle
se levât du tabouret pour mieux la voir: _Le peuple sera-t-il bientôt
las de mes fatigues?_ murmurait Marie-Antoinette épuisée[646]. Un
moment, agonisante, à bout de souffrance, elle laissa tomber de ses
lèvres, comme une lamentation: _J'ai soif!_ Ceux qui étaient à côté
d'elle se regardèrent; nul n'osait porter à boire à la veuve Capet! Un
gendarme, à la fin, eut la pitié d'aller lui chercher un verre d'eau et
le courage de le lui offrir. La Reine sortait du Tribunal brisée,
anéantie. Rentrant dans la prison, elle dit dans la cour de la
Conciergerie: _Je n'y vois plus; je n'en peux plus; je ne saurais
marcher;_ et, sans le bras d'un gendarme, elle n'eût pu descendre sans
tomber les trois marches de pierre qui conduisaient au corridor de sa
chambre[647]. A 5 heures, cependant, elle retrouvait à l'audience
l'énergie morale, l'énergie physique, de nouvelles forces, de nouvelles
grâces pour de nouvelles tortures.
La Reine est seule contre les accusateurs; elle n'a qu'elle pour se
conduire et se défendre. Les défenseurs d'office qui lui ont été nommés
n'ont été prévenus que le dimanche 13 octobre, à minuit. Du lundi matin
au mardi dans la nuit, ils n'ont avec elle que trois courtes entrevues
d'un quart d'heure, entrevues dérisoires, écoutées, surveillées par
trois ou quatre personnes[648], et qui n'ont point permis à la Reine de
concerter la moindre défense, une réponse même! La Reine, d'ailleurs, ne
pouvait, de premier coup, donner toute sa confiance à des conseils
choisis par le Tribunal. Elle se rendit pourtant à la convenance de leur
intérêt, à la commisération de leurs paroles; et tourmentée par eux, au
nom de ses enfants, pour demander un sursis qui leur donnât le temps
d'élaborer leur défense, elle finissait par leur céder, et écrivait au
président de la Convention:
«_Citoyen président, les citoyens Tronçon et Chauveau, que le tribunal
m'a donnés pour défenseurs, m'observent qu'ils n'ont été instruits
qu'aujourd'hui de leur mission; je dois être jugée demain, et il leur
est impossible de s'instruire dans un aussi court délai des pièces du
procès et même d'en prendre lecture. Je dois à mes enfants de n'omettre
aucun moyen nécessaire pour l'entière justification de leur mère. Mes
défenseurs demandent trois jours de délai, j'espère que la Convention
les leur accordera._
«MARIE-ANTOINETTE[649].»
Le délai ne fut pas accordé; mais, le mardi 15 octobre, à minuit, le
président du tribunal dit aux défenseurs: «Sous un quart d'heure les
débats finiront; préparez votre défense pour l'accusée.»
Un quart d'heure pour préparer leur défense! Chauveau-Lagarde convint de
défendre la Reine de l'accusation d'intelligences avec les ennemis de
l'extérieur; Tronçon-Ducoudray, d'intelligences avec les ennemis de
l'intérieur[650].
L'interrogatoire est terminé.
La Reine répond au président, qui lui demande s'il ne lui reste rien à
ajouter pour sa défense:
_Hier, je ne connaissais pas les témoins; j'ignorais ce qu'ils allaient
déposer contre moi. Eh bien! personne n'a articulé aucun fait positif.
Je finis en observant que je n'étais que la femme de Louis XVI, et qu'il
fallait bien que je me conformasse à ses volontés_[651].
Les débats étaient clos.
Fouquier-Tinville prenait la parole, et répétait son acte d'accusation.
Cependant il n'osait répéter l'accusation d'Hébert.
Les défenseurs parlaient, et Chauveau-Lagarde osait dans son exorde
juger le procès de la Reine: «Je ne suis dans cette affaire embarrassé
que d'une seule chose, disait-il: ce n'est pas de trouver des
objections[652].»
Les défenseurs rassis, le président Herman prononce ce que la justice
révolutionnaire appelait un résumé. Il évoque contre Marie-Antoinette
les mânes de tous les morts, il la charge de toutes les allégations sans
preuve, et il finit par déclarer que «c'est tout le peuple français qui
accuse Marie-Antoinette[653].»
Herman n'a pas osé tout dire. Un autre a mieux et plus crûment résumé
l'affaire. Et ce n'est point dans l'acte d'accusation, dans le
réquisitoire, dans le résumé du tribunal criminel extraordinaire, qu'il
faut aller chercher le dernier mot de ce procès et le dernier mot de la
Révolution; c'est dans ce numéro du _Père Duchêne_, qu'Hébert écrit
pendant le ballottage de la tête de la Reine:
«Je suppose... qu'elle ne fût pas coupable de tous ces crimes;
n'a-t-elle pas été reine? Ce crime-là suffit pour la faire raccourcir;
car... qu'est-ce qu'un roi ou une reine? N'est-ce pas ce qu'il y a dans
le monde de plus impur, de plus scélérat? Régner, n'est-ce pas être le
plus mortel ennemi de l'humanité? Les contre-révolutionnaires, que nous
étouffons comme des chiens enragés, ne sont nos ennemis que de bricole;
mais les rois et leur race sont nés pour nous nuire: en naissant ils
sont destinés au crime, comme telle plante à nous empoisonner; il est
aussi naturel aux empereurs, aux rois, aux princes et à tous les
despotes, d'opprimer les hommes et de les dévorer, qu'aux tigres et aux
ours de déchirer la proie qui tombe sous leurs griffes; ils regardent le
peuple comme un vil bétail dont le sang et les sueurs leur
appartiennent; ils ne font pas plus de cas de ceux qu'ils appellent
leurs sujets que des insectes sur lesquels nous marchons et que nous
écrasons sans nous en apercevoir. Ils jouent aux hommes comme nous
jouons aux quilles, et, quand un monstre couronné est las de la chasse,
il déclare une guerre sanglante à un autre brigand de son acabit, sans
sujet et souvent contre ses propres intérêts, mais pour avoir un nouveau
passe-temps pour se désennuyer: il entend de sang-froid la perte d'une
bataille; il regarde d'un œil sec les monceaux de cadavres qui viennent
de périr pour lui, et il est moins affecté que moi... quand je perds une
partie de piquet, et qu'un de mes compères m'a fait pic, et repic et
capot. C'est un devoir à tout homme libre de tuer un roi, ou ceux qui
sont destinés à être rois, ou qui ont partagé les crimes des rois. Une
autorité qui est assez puissante pour détrôner un roi commet un crime
contre l'humanité si elle ne profite pas du moment pour l'exterminer,
lui et sa b... de famille. Que diroit-on d'un benêt qui, en labourant
son champ, viendroit à découvrir une nichée de serpents, s'il se
contentoit d'écraser la tête du père et qu'il fût assez poule mouillée
pour avoir compassion du reste; s'il disoit en lui-même: C'est dommage
de tuer une pauvre mère au milieu de ses enfants; tout ce qui est petit
est si gentil! Emportons ce joli nid à la maison pour divertir mes
petits marmots. Ne commettroit-il pas, par bêtise, un très-grand
crime?... Point de grâce! Autant qu'il nous tombera sous la main
d'empereurs, de rois, de reines, d'impératrices, délivrons-en la
terre[654].»
* * * * *
Les questions soumises au jury sont celles-ci:
«1° Est-il constant qu'il ait existé des manœuvres et intelligences avec
les Puissances étrangères et autres ennemis extérieurs de la République;
lesdites manœuvres et intelligences tendant à leur fournir des secours
en argent, à leur donner l'entrée du territoire français et à y
faciliter le progrès de leurs armes?
«2° Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle
convaincue d'avoir coopéré aux manœuvres et d'avoir entretenu ces
intelligences?
«3° Est-il constant qu'il a existé un complot et conspiration tendant à
allumer la guerre civile dans l'intérieur de la République?
«4° Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle
convaincue d'avoir participé à ce complot et conspiration[655]?»
Les jurés restent une heure aux opinions. Ils rentrent à l'audience avec
une déclaration affirmative sur toutes les questions qui leur ont été
soumises. La déclaration est affirmative à l'_unanimité_[656].
Après un discours du président au peuple pour lui défendre tout signe
d'approbation, Marie-Antoinette est ramenée.
La déclaration du jury lui est lue.
Fouquier se lève et requiert la peine de mort contre l'accusée,
conformément à l'article 1er de la première section du titre Ier de la
deuxième partie du Code pénal, et encore à l'article 2 de la première
section du titre Ier de la deuxième partie du même Code.
Le président interpelle l'accusée de déclarer si elle a quelques
réclamations à faire sur l'application des lois invoquées par
l'accusateur.
Marie-Antoinette dit non d'un signe de tête.
Le président recueille les opinions de ses collègues, «et, d'après la
déclaration unanime du jury, faisant droit sur le réquisitoire de
l'accusateur public, d'après les lois par lui citées, condamne ladite
Marie-Antoinette, dite Lorraine-d'Autriche, veuve de Louis Capet, à la
peine de mort; déclare, conformément à la loi du 10 mars dernier, ses
biens, si aucuns elle a dans l'étendue du territoire français, acquis et
confisqués au profit de la République; ordonne qu'à la requête de
l'accusateur public le présent jugement sera exécuté sur la place de la
Révolution et affiché dans toute l'étendue de la République.»
La Reine demeure impassible[657]. Elle descend du banc le front haut, et
ouvre elle-même la balustrade[658].
Il est 4 heures du matin. On reconduit la condamnée à la Conciergerie.