IV

Liaisons de la Dauphine.--Madame de Picquigny.--Madame de

Saint-Mégrin.--Madame de Cossé.--Madame de Lamballe.--Entrée du Dauphin

et de la Dauphine dans leur bonne ville de Paris.--Popularité de la

Dauphine.--Intrigues du _parti français_ contre la Dauphine et

l'alliance qu'elle représente.--M. d'Aiguillon.--La Dauphine appelée

l'_Autrichienne_.

Poursuivie de ces ennuis, ainsi entourée de malveillances et

d'espionnages, sans appui, sans amis, sans épanchement, seule dans cette

cour de scandale, étrangère dans sa famille, mariée et sans mari, cette

jeune femme se laissa aller à des liaisons qu'elle devait croire sans

danger: forcée d'amuser son cœur, c'est ainsi que madame de Motteville

parle d'une autre reine de France, elle le donna, comme l'avait donné

Anne d'Autriche, à des amies. Marie-Antoinette chercha des compagnes

pour s'étourdir, pour échapper aux larmes, à l'avenir, à elle-même. Elle

se lia comme une jeune fille, ou mieux comme une pensionnaire punie,

dont les grandes vengeances--de petites malices--veulent une confidente

et une complice. La première amitié de la Dauphine fut une camaraderie,

et la camarade, la plus jeune tête de la cour: la duchesse de Picquigny.

Madame de Picquigny était la digne belle-fille de madame la duchesse de

Chaulnes. Elle avait de sa belle-mère l'abondance d'idées, le flux de

saillies, les fusées, les éclairs et les feux de paille. Elle était tout

esprit comme elle, et son esprit était cet esprit à la diable, «le char

du Soleil abandonné à Phaéton.» Elle prenait, en se jouant, son parti de

toutes choses, et de son mariage, et de son mari, ce fou d'histoire

naturelle qui, disait-elle, avait voulu la disséquer pour l'anatomiser.

Quelles distractions pour la Dauphine dans cette compagnie, dans cette

causerie, qui ne respectait rien, pas même l'insolence de la fortune,

pas même la couronne de la du Barry! Et le dangereux maître, cette

madame de Picquigny, qui, derrière son éventail, enhardit, émancipe la

langue de la Dauphine[52]! C'est d'elle que Marie-Antoinette apprend à

rendre les railleries pour les injures, et la moquerie pour la calomnie.

Madame de Picquigny la sollicite et la lance aux espiègleries contre les

figures bizarres, les ajustements gothiques, les prétentions, les

gaucheries, les ridicules et les hypocrisies; et c'est dans sa

familiarité que s'ébauchent ces traits, ces mots, ce partage des femmes

de la cour en trois classes, les femmes sur l'âge, les prudes faisant

métier de dévotion, et les colporteuses de nouvelles empoisonnées: les

_siècles_, les _collets montés_ et les _paquets_[53], sobriquets

innocents dont s'amusait la jeune Dauphine, et qui préparaient tant de

haines à la Reine de France!

Mais M. de la Vauguyon tenait encore alors le Dauphin sous la tutelle de

ses avertissements et de ses représentations. Quelles suites,

murmurait-il à son oreille, si jamais le Roi était instruit de cette

ligue de la Dauphine avec madame de Picquigny contre la _grande

sauteuse!_ Il faisait d'un autre côté insinuer à la Dauphine que les

personnes faites et tournées comme madame de Picquigny, spirituelles de

nature, font esprit de tout; qu'elles sont entraînées à n'épargner

personne, pas même une bienfaitrice et qu'il leur arrive de s'acquitter

de la reconnaissance par des brocards. De la confiance et de l'abandon,

la Dauphine passait à la réserve avec madame de Picquigny, et de la

réserve à l'indifférence. C'était le moment attendu par M. de la

Vauguyon. Il poussait aussitôt dans les bonnes grâces de la Dauphine une

favorite nouvelle et à sa dévotion, sa bru, madame de Saint-Mégrin.

Celle-ci était plaisante, à peu près autant que madame de Picquigny,

mais sans étourderie, avec choix, avec discernement, avec prudence. Elle

plaisantait aussi, mais bas, et de certaines personnes. Formée par M. de

la Vauguyon, elle s'avançait sans éclats et par glissades dans la faveur

de la Dauphine, essayant de lui plaire sans déplaire, gardant pied à la

cour de Louis XV, habile à se ménager, à se prêter et à se reprendre, à

se compromettre à demi, et à faire la révérence sans tourner le dos à

personne. La Dauphine perça vite ce jeu[54], et quand madame de

Saint-Mégrin vint à solliciter la place de dame d'atours auprès d'elle,

s'appuyant de droite et de gauche, faisant jouer par-dessous main, avec

le crédit de son mari auprès du Dauphin, la bienveillance de madame du

Barry, la Dauphine alla prier le Roi de la refuser. Le Dauphin appuyait

madame de Saint-Mégrin, le Roi l'avait déjà désignée, mais la répugnance

de la Dauphine l'emporta. Madame de Cossé fut nommée, et elle entra en

faveur en entrant en place. Madame de Cossé était une compagne plus

sérieuse, plus sage, plus mûrie par la vie. Elle avait, non l'agrément

des bons mots, mais l'agrément de la raison aimable et de l'expérience

qui pardonne; elle y joignait la patience de ce qui est maussade et la

tolérance de ce qui est ridicule. Un esprit anglais logé avec une

imagination française dans une tête de femme, telle un jugement du temps

nous peint madame de Cossé[55].

Pour détacher la Dauphine de madame de Cossé, d'un pareil guide, d'une

conseillère si sûre, il ne fallut rien moins qu'un sentiment jusqu'alors

inconnu de la Dauphine, une liaison d'une espèce nouvelle, d'une

confiance plus tendre, d'une sympathie plus émue. La Dauphine avait vu

madame de Lamballe aux petits bals de madame de Noailles: elle

connaissait l'amitié[56].

Madame de Lamballe avait l'intérêt de ses vingt ans et de ses malheurs.

Marie-Thérèse-Louise de Carignan était restée veuve, à dix-huit ans,

d'un mari mort de débauches, Louis-Alexandre-Joseph-Stanislas de

Bourbon, prince de Lamballe, grand veneur de France. Le malheureux père

de ce misérable jeune homme, M. le duc de Penthièvre, avait fait de sa

belle-fille sa fille adoptive. Madame de Lamballe fut bientôt de tous

les plaisirs de la Dauphine, de tous les bals qu'elle donnait dans son

appartement; elle y brilla singulièrement, et jusqu'à toucher Louis XV.

Un moment, madame du Barry, les valets de sa faveur, la cour,

l'imagination des nouvellistes, tout s'émut dans l'attente de grands

changements et de grandes menaces: un mariage de Louis XV avec madame de

Lamballe[57], et ce fut encore un lien entre la Dauphine et son amie que

ces alarmes données par madame de Lamballe à madame du Barry: tout

l'esprit de madame de Picquigny ne l'avait point si bien vengée.

Trois ans s'étaient écoulés depuis l'entrée en France de la Dauphine,

quand le jour fut fixé pour la première entrée du Dauphin et de la

Dauphine dans leur bonne ville de Paris. C'était un vieil usage de la

monarchie et une vieille fête de la nation que ces entrées solennelles,

marches jadis armées, changées par la paix des temps en processions

pacifiques. Grands et beaux jours, où les héritiers de la France

venaient en triomphe sourire et se faire connaître à ce peuple, leur

peuple! où un jeune couple, l'avenir du trône, rendait visite à

l'opinion publique dans son royaume même, et entrait pour la première

fois dans les applaudissements de la multitude, comme dans la flatterie

de l'histoire!

Le 8 juin 1773, le Dauphin et la Dauphine arrivaient de Versailles à

onze heures du matin, et descendaient de voiture à la porte de la

Conférence. La compagnie du guet à cheval les attendait. Le corps de

ville, le prévôt des marchands en tête, le duc de Brissac, gouverneur de

Paris, et M. de Sartines, lieutenant de police, les recevaient. La

Halle, qui était toujours un peu de la famille des rois en ces jours de

liesse, présentait à la Dauphine les belles clefs d'une ville qui se

donne: des fruits et des fleurs, des rosés et des oranges. De là, dans

les carrosses de cérémonie, par le quai des Tuileries, le Pont-Royal, le

quai des Théatins, le quai de Conti, où s'étaient rangés en escadron les

gardes de la Monnaie; le Pont-Neuf, où se trouvait sous les armes, en

face le cheval de bronze, la compagnie des gardes de robe courte; le

quai des Orfèvres, la rue Saint-Louis, le marché et la rue Notre-Dame,

le Dauphin et la Dauphine allaient à Notre-Dame. Reçus aux portes par

l'archevêque et le chapitre en chapes, leur prière faite au chœur, ils

entendaient dans la chapelle de la Vierge une messe basse dite par un

chapelain du Roi et un motet payé trois cents livres au maître de

musique de Notre-Dame. Ils montaient au Trésor, le visitaient, gagnaient

Sainte-Geneviève, tournaient, suivant l'usage, autour de la châsse de la

sainte, et revenaient aux Tuileries. Les femmes des halles dînaient dans

la salle du concert; il n'y avait d'hommes à la table que le Dauphin. Le

palais était au peuple: la foule entrait, regardait, passait; sa joie

courait autour du festin. Au dehors le jardin n'était que peuple. La

jeune Dauphine voulut y descendre au bras de son mari, et, s'aventurant

dans l'amour de cette multitude, elle commandait aux gardes de ne

pousser, de ne presser qui que ce fût. Elle avançait, charmant la foule,

charmée elle-même, entourée de vivats et comme portée par les

bénédictions de tous, les mains battaient, les chapeaux volaient en

l'air... Toutes les adulations du jour, la harangue du prévôt des

marchands, la harangue de l'archevêque, la harangue de l'abbé Coger, et

jusqu'aux trente-huit vers des écoliers du collège de Montaigu, quelles

pauvres adulations elles semblaient à la Dauphine auprès de ce grand

peuple et de cette grande voix. Elle allait, saluant et remerciant,

étourdie de bruit, de joie et de gloire. Remontée au château, elle

voulut encore se faire voir, encore ravir ce peuple; et, malgré le grand

soleil, Marie-Antoinette restait un quart d'heure sur la galerie à se

montrer, à s'entendre applaudir, retenant à peine les larmes

d'attendrissement qui lui montaient aux yeux[58].

Cette grande émotion, cette joie de l'âme d'une princesse française,

Marie-Antoinette les laisse éclater dans cette lettre à sa mère: «_J'ai

eu mardi dernier une_(fête) _que je n'oublierai de ma vie; nous avons

fait notre entrée à Paris. Pour les honneurs, nous avons reçu tous ceux

qu'on peut imaginer; tout cela, quoique fort bien, n'est pas ce qui m'a

touché le plus, mais la tendresse et l'empressement de ce pauvre peuple,

qui, malgré les impôts dont il est accablé, était transporté de joie de

nous voir. Lorsque nous avons été nous promener aux Tuileries, il y

avait une si grande foule que nous avons été trois quarts d'heure sans

pouvoir ni avancer ni reculer. M. le Dauphin et moi avons recommandé

plusieurs fois aux gardes de ne frapper personne, ce qui a fait un très

bon effet. Il y a eu un si bon ordre dans cette journée que, malgré le

monde énorme qui nous a suivis partout, il n'y a eu personne de blessé.

Au retour de la promenade, nous sommes montés sur une terrasse

découverte et y sommes restés une demi-heure. Je ne puis vous dire, ma

chère maman, les transports de joie, d'affection qu'on nous a témoignés

dans ce moment. Avant de nous retirer, nous avons salué avec la main le

peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu'on est heureux dans notre état

de gagner l'amitié d'un peuple à si bon marché! Il n'y a pourtant rien

de si précieux; je l'ai bien senti et ne l'oublierai jamais._»

Il est des jours où les peuples ont vingt ans. La France aimait; et le

vieux duc de Brissac, montrant de la main à Marie-Antoinette cette

foule, cette mer, Paris, le maréchal de Brissac disait bien: «Madame,

vous avez là, sous vos yeux, deux cent mille amoureux de vous[59]!»

Les délices de ce jour enivrèrent la Dauphine. Dès le lendemain, elle

travailla à les ressaisir. Et quelle femme ne se fût donnée comme cette

jeune femme à cette adoration de la France? Aller au-devant de tous ces

cœurs qui venaient à elle, faire son bonheur de l'amour de ce peuple, en

emplir le vide de sa pensée, en occuper sa vie sans œuvre, l'illusion

était trop belle pour qu'une princesse de dix-huit ans y résistât. Et

voilà la Dauphine à rechercher ces cris, ces vivats, cette joie,

d'autres journées du 8 juin. Elle va à l'Opéra, elle va au

Théâtre-Français[60]. Mais il ne lui suffit pas du théâtre, où le

respect enchaîne les transports du public; elle aspire à descendre de

son rang, à s'approcher plus près de ce peuple, à entrer dans le partage

de ses plaisirs, à se compromettre jusqu'au coudoiement, pour surprendre

et goûter la popularité dans le plus vif et le plus vrai de sa

familiarité. Ce sont alors, avec la famille royale qu'elle entraîne, des

promenades à pied dans le parc de Saint-Cloud. La Dauphine se mêle à la

foule; elle parcourt les bas jardins, elle regarde les eaux, elle

s'arrête à la cascade, perdue et se cachant parmi tous, dénoncée à tous

par son enjouement et son plaisir. Avec son mari et les enfants de la

famille, elle va tout le long de la fête, et de la foire des boutiques,

riant où l'on rit, jouant où l'on joue, achetant où l'on vend; bientôt

reconnue, montrée, saluée de la foule, accablée de suppliques. L'écuyer

qui la suit se fatigue de les recevoir, et refuse le placet d'une

vieille femme. La Dauphine le gronde tout haut, et la foule d'applaudir!

La Dauphine, suivant les Parisiens et la foule, entre dans la salle de

bal du portier Griel, elle se régale de regarder danser, et elle veut

que les danseurs oublient qu'elle est là, et que la joie continue[61].

Quelle nouveauté, «quelle révolution,» c'est le mot d'un spectateur du

temps, ces princes mêlés au peuple, et s'amusant de ses jeux, côte à

côte avec lui! Et quelles louanges dans toutes les bouches, quels amours

par tout le royaume de cette Dauphine chérie qui faisait le miracle de

rattacher ainsi Versailles à la France!

La France et l'avenir souriaient à la reine future; et, cependant,

contre sa popularité, dans l'ombre, sans bruit, mais sans repos, se

poursuivait l'œuvre de haine et de destruction commencée le jour même où

la Dauphine avait quitté Vienne. Au-dessus de ses ennemis,

Marie-Antoinette avait contre elle cette chose abstraite, aveugle,

impitoyable, un principe: la politique de l'ancienne France. Cette

politique, dont le père du duc de Berry avait été l'apôtre, était, la

vieille religion de la diplomatie française; elle était le prétexte et

l'arme de la haine de M. D'Aiguillon contre M. de Choiseul, disgracié

par M. d'Aiguillon et madame du Barry presque aussitôt l'installation de

la jeune princesse à la cour de France.

Les hommes du parti français, c'est ainsi que ce parti s'appelait, ne

voulaient point reconnaître que les lois d'équilibre de l'Europe

obéissent au temps et se renouvellent. Ils n'étaient pas satisfaits de

ce long effort de la France qui avait successivement rogné de l'empire

de Charles-Quint le Roussillon, la Bourgogne, l'Alsace, la

Franche-Comté, l'Artois, le Hainaut, le Cambrésis, et l'Espagne, et

Naples, et la Sicile, et la Lorraine, et le Barrois. Ils oubliaient le

présent de l'Angleterre pour ne se rappeler que le passé de l'Autriche.

Qu'était, aux yeux de ce parti, le mariage de Marie-Antoinette, sinon

une défaite? qu'était Marie-Antoinette, sinon le gage et la garde des

traités de la nouvelle politique inaugurée sous le règne de madame de

Pompadour? Le chef de ce parti, le petit-neveu du cardinal de Richelieu,

l'ennemi personnel du duc de Choiseul, M. d'Aiguillon, disposait du

clergé et du parti des Jésuites, hostiles à Marie-Thérèse, dont les

possessions avaient abrité le jansénisme, hostiles d'avance à la

protégée de M. de Choiseul, et groupés, en haine du ministres

philosophe, «cet autre Aman,» autour de la du Barry, «cette nouvelle

Esther[62].» Les ennemis de la Dauphine n'oubliaient pas d'exploiter

contre elle le partage de la Pologne, «ce partage que Choiseul n'eût pas

permis,» avouait Louis XV lui-même[63]. M. d'Aiguillon venait dire au

Roi et répétait à la cour: «Voyez quelle foi la France peut ajouter à

l'amitié de la maison d'Autriche, et ce que nous devons attendre d'une

maison, l'alliée du roi par le double lien d'un traité et d'un mariage,

qui, lorsqu'elle veut augmenter ses possessions aux dépens du roi de

Prusse, soulève la France contre lui; lorsqu'elle veut augmenter ses

domaines aux dépens de la Pologne, se rapproche de la Prusse, l'ennemie

du Roi!». C'était à la mère que le coup semblait adressé, mais c'était

la fille de Marie-Thérèse qu'il atteignait. Et quand M. d'Aiguillon

parlait encore du prince qui sera Josep II, qu'il lui prêtait des vues

lointaines sur la Bavière, la convoitise du Frioul vénitien et de la

Bosnie, le projet de l'ouverture de l'Escaut, le regret de la Lorraine

et de l'Alsace[64], il savait bien éveiller ainsi les alarmes et les

doutes sur le cœur français de la sœur de Joseph, sur la bonne foi du

dévouement de Marie-Antoinette à sa nouvelle patrie.

Les manœuvres étaient habiles, hardies, continues. Le parti ne répugnait

à rien pour donner raison à sa politique. N'allait-il pas jusqu'à mettre

aux mains de madame du Barry, à la fin d'un souper, la dépêche funeste

du cardinal de Rohan, livrée à la favorite par M. d'Aiguillon, et à la

lui faire lire ne pleine table? «... J'ai effectivement vu pleurer

Marie-Thérèse sur les malheurs de la Pologne opprimée; mais cette

princesse, exercée dans l'art de ne point se laisser pénétrer, me paraît

avoir les larmes à commandement: d'une main elle a le mouchoir pour

essuyer ses pleurs, et de l'autre elle saisit le glaive de la

négociation pour être la troisième puissance copartageante[65].» Un peu

de l'odieux de cette fausseté prêtée à Marie-Thérèse ne pouvait manquer,

le parti le savait bien, de rejaillir sur sa fille. Il fallait donner

cette croyance au public que le mensonge et la comédie sont de race; il

fallait commencer à familiariser le génie de la nation avec l'idée d'une

haine nationale contre sa souveraine.

À ce malheur, le partage de la Pologne, s'était joint contre

Marie-Antoinette, dès les premiers jours de son mariage, une faute dont

Marie-Thérèse devait porter le reproche, une faute d'apparence légère,

mais de terrible conséquence chez un peuple susceptible, dans une cour

réglée et jalouse de ses rangs. Une parente de Marie-Thérèse, la sœur du

prince de Lambesc, Mademoiselle de Lorraine, prétendit à prendre rang

dans le menuet des fêtes du mariage immédiatement après les princes du

sang; là-dessus, mille réclamations, mille colères, les ducs et pairs

soulevés, toute la noblesse menaçant très sérieusement «de quitter la

cadenette, de laisser là les violons», toutes les dames jurant «d'être

indisposées pour la fête...[66].»

M. de Choiseul en disgrâce, en exil, Marie-Antoinette était livrée sans

défense à toutes les petites rancunes, à toutes ces grandes haines

contre l'Autriche que devaient raviver encore les malheureuses

prétentions de l'archiduc Maximilien en 1775; et le jour où cette

princesse si française montait sur le trône, son crédit, sa popularité

étaient minées; déjà était trouvée, déjà courait dans le murmure de la

cour cette épithète d'_Autrichienne_ qui devait l'accompagner à

l'échafaud.

Histoire de Marie-Antoinette Nouvelle édition revue et augmentée · 第 18 / 55 题