NOTE 17, _pages_ 38-39. [p.290]

Vers 563-565.

D'orfrois ot ung chapel mignot.

_Orfrois_, dentelle d'or ou d'argent, point d'Espagne. (F. M.)

_Chapel, chapelet, chapiaus de flors_, chapeau, couronne de fleurs.

C'était une guirlande ou couronne qu'on mettoit sur la tête. On en

couronnoit quelquefois le vainqueur, comme firent les dames, à Naples,

au roi Charles VIII, lorsqu'elles lui mirent une couronne de violettes,

et le baisèrent ensuite comme le champion de leur honneur. Les couronnes

s'introduisirent dans les festins avec la mollesse et la volupté. On en

mettoit aux bouteilles et aux verres. Les convives en prenoient à la fin

du repas, et c'étoit le symbole de la débauche.

A mesure que le luxe s'accrut, on raffina sur la matière des couronnes;

elles étoient dans les commencements de feuilles d'arbres; on les fit de

roses dans la suite, puis de fine laine, et enfin d'argent et d'or. Les

grands seigneurs en France, et les chevaliers qui avoient quelque

réputation, portoient des chapelets de perles sur la tête. Voilà

l'origine des couronnes dont on timbre aujourd'hui les armoiries,

prérogative interdite aux roturiers par les ordonnances.

C'est de la figure de ces chapelets de perles que nos rosaires et nos

chapelets ont pris leur nom, parce qu'ils ressemblent à une guirlande,

suivant la remarque de Borel.

On lit dans le _Roman de Lancelot_: «Qu'il ne fut [p.291] jour que

Lancelot, ou hiver ou été, n'eût au matin un chapeau de fresches roses

sur la tête, fors seulement au vendredi et aux vigiles des haultes

fêtes, et tant que le karême duroit.» Peu de personnes s'aviseroient

aujourd'hui de chercher le mérite de la mortification dans une pareille

abstinence.

L'auteur, un peu plus loin, parlant de Déduit, dit que:

Li ot s'amie fet chapel

De Roses qui moult li sist bel.

(Lantin de Damery.)

NOTE 18, _pages_ 60-61.

Vers 942-936. _More_. Ici deux versions se présentent: _more_ veut dire

_mûre_, fruit noir, et _more, nègre_.

MM. Méon et Francisque Michel traduisent _mûre_, M. Littré opine pour

_more_. Nous avons adopté l'opinion de ce dernier. Ici, à vrai dire, la

traduction _mûre_ nous séduisait assez à cause du voisinage du vers:

Dont li fruit iert mal savorés.

Toutefois nous ferons remarquer qu'à la page suivante, le poète dit que

le fût et le fer des flèches était plus noir que _déables d'enfer_; puis

au vers 8873 Jehan de Meung, faisant parler le Jaloux, dit:

Vous en aurés le vis pali,

Voire certes plus noir que more.

Dans ce dernier vers nous n'avons pas hésité à traduire: _more_. Enfin

remarquons en passant que Guillaume de Lorris parle plus haut deux fois

des [p.292] Sarrasins et de la Palestine, et qu'il emploie, pour

désigner le fruit, _more_ et _meure_. Nous devons dire pourtant que

Marot, dans ces deux endroits, écrit ou plutôt traduit: _meures_, Nous

ne nous appesantissons tant sur une chose si peu importante que pour

montrer avec quel soin nous avons conduit notre travail.

NOTE 19, _pages 62-63.

_ Vers 965-957.

Et cet où li meillor penon

Furent entés, Biautés ot non.

_Et le plus beau pour la couleur

Et les plumes de son enture

Était Beauté_.

_Enture_. Ce mot se trouve également au vers 1779.

M. Littré ne donne que quatre signifiations à ce mot: 1° la fente où

l'on met l'ente ou la greffe. Les trois autres sont spéciales à certains

métiers. A notre avis, le mot _enture_ dut prendre insensiblement la

place _d'ente_ dans le langage usuel et populaire, car il y est encore

beaucoup plus employé, non pas dans le sens de fente où l'on introduit

l'ente, mais pour l'ente elle-même. Ainsi, pour ne citer qu'une exemple,

dans la carrosserie, on nomme aujourd'hui _brancard_ la pièce de bois

cintré qui va d'un bout à l'autre de la voiture et lui sert de

charpente; mais on nomme _enture_ le brancard que, la voiture terminée,

on vient enter sur le devant et qui n'en fait partie qu'une fois fixé.

Nous aurions préféré abandonner ce mot, que le lecteur pourra prendre

dans ce sens ou dans celui _d'ente_. Ce dernier est très-admissible au

vers 965: [p.293] _Les plumes de son enture_, ces plumes étant fixées

dans une fente. Au vers 1783, _enture_ signifie le fût tout entier, soit

en acceptant l'interprétation ci-dessus, soit en prenant la partie pour

le tout. Que le lecteur n'oublie pas les immenses et surtout

innombrables difficultés que nous avons eues à surmonter pour terminer

une oeuvre si longue qu'elle en était parfois désespérante.

NOTE 20, _pages_ 62-63.

Vers 975-966.

Mès qui de près en vosist traire.

_Si de près on le voulait traire_.

_Traire_. Nous avons conservé ce mot pour _tirer_,

lancer.

C'est un de ces mots que nous n'avons pas cru devoir sacrifier ici pour

deux raisons: la première, c'est qu'il a permis de reproduire à peu près

absolument le vers de Guillaume de Lorris; la seconde, c'est qu'il est

facile à comprendre sans être d'un archaïsme exagéré. Le mot _trait_ en

indique suffisamment, du reste, la signification. _Traire_ signifie

tirer, lancer. On dit encore tirer de l'arc, du pistolet, etc.

_Traire_ était encore usité au XVIIe siècle. On le trouve dans Molière:

«Mon Dieu, je sais l'art de traire les hommes.» M. Littré lui donne en

cette circonstance le sens de tirer, obtenir de quelqu'un. Au XVIe

siècle, il était d'un usage continuel: «Ils s'encoururent, dit Amyot, çà

et là, les épées traictes au poing, ravir et enlever les filles des

Sabins.» Il nous reste encore les composés: soustraire, retraire,

extraire, etc.

Le roman de la rose - Tome I · 第 122 / 150 题