NOTE 10, _pages_ 18-19. [p.285]

Vers 253-254. _Prudhomme_, homme sage, prudent, honnête.

_Prude_ est resté dans la langue et _prudhomme_ également, mais avec une

acception toute spéciale.

NOTE II, _pages_ 24-25.

Vers 345-349. _Karoler_, danser la karole.

Cette danse, qui s'exécutait en rond et que Jacques Yver appelle pour

cela la ronde carole, avait donné naissance au mot _karoleur_, qui se

trouve dans le _Roman de la Rose_, et à _caroler_, qui se lit dans les

poésies de Froissard. On la dansait beaucoup à Paris, où se trouvait

même un carrefour qui lui devait son nom de Notre-Dame-de-la-Carole.

(Edouard Fournier, _Variétés historiques et littéraires_, t. II, p. 16.)

NOTE 12, _pages_ 30-31.

Vers 457-459.

Je cuit qu'ele acorast de froit.

_De froidure elle serait morte_.

_Acorer_. M. Francisque Michel traduit ce mot par _avoir mal au coeur_.

De sorte que ce vers se traduirait ainsi: «Je crois que de froid elle

aurait mal au coeur.» Lantin de Damerey et Méon traduisent ce mot par

_mourir_. Nous partageons cet avis. En effet, _acorer_, verbe actif,

veut dire: arracher le coeur, les entrailles (_corailles_), d'où notre

moderne _écoeurer_. Dans [p.286] la suite, ce mot perdit de sa force;

mais le sens le plus faible fut _affliger, percer le coeur_. (Voyez le

Glossaire de Du Cange.)

Du reste, ce mot se retrouve souvent dans le _Roman de la Rose_. Ainsi,

au vers 7652, on lit:

Male-Bouche et tout son linage,

S'il vous devoient acorer,

Vous lo servir et honorer.

Au vers 10905:

Por qui mort ma mère plora

Tant, que presque ne s'acora.

Évidemment on ne saurait traduire ce verbe que par _éventrer_, dans le

premier exemple, et _s'arracher le coeur_, la vie, dans le second.

NOTE 13, _pages_ 32-33.

Vers 475-477.

Furent à or et à asur

De toutes pars paintes où mur.

Telles étaient pourtraites au moyen âge les peintures murales et les

miniatures des manuscrits.

NOTE 14, _pages_ 36-37.

Vers 539-541.

Cheveus ot blons cum uns bacine.

_Bacin_, casque rond en acier poli.

Dans le moyen âge, ni homme, ni femme n'était réputé beau s'il n'avait

les cheveux blonds. Les cheveux [p.287] noirs étaient rares à la fin du

XIIIe siècle. Cependant il est question de combattants blonds et mors,

_de personnes noires et blondes_, dans la branche des royaux lignages de

Guillaume Guiard, poète Orléanais du XIIIe siècle, vers 2576 et 6925.

(Francisque Michel.)

NOTE 15, _pages_ 36-37.

Vers 542-546.

Son entr'oil ne fu pas petis,

_L'entrecil net et bien marqué_.

_Entr'oil, entrecil_ ou _entr'oeil_, du latin _intercilium_, l'espace

compris entre les deux yeux ou plutôt entre les sourcils.

Ce mot n'a pas d'équivalent dans notre langue moderne; c'est, somme

toute, une lacune fort regrettable.

NOTE 16, _pages_ 36-37.

Vers 545-549. _Vair, yeux vairs_.

Les yex ot plus vairs c'uns faucons.

_Vair, vairon, vairs, varons, vayron, veiron, veirs, ver, verz_; au

féminin _vaire, vert_: mots appliqués à tout ce qui était de couleurs

différentes ou changeantes; d'où le nom de vairons, donné à de petits

poissons que l'on voit sur le bord des rivières, parce qu'ils sont de

différentes couleurs et changeantes; fourrure de couleur gris blanc

mêlé, et fort recherchée des anciens Français, qui fut ainsi nommée de

_varius_, qui signifie _varié_, et non pas de _variola_, [p.288] comme

le dit Borel. On dit aussi: yeux vairs, pour: yeux bleus, parce que,

comme dans la fourrure vaire, ils sont parsemés de petits points blancs.

On appelle encore des yeux de différentes couleurs des _yeux vairons_.

La Ravallière, dans les _Chansons du Roy de Navarre_, tome I, page 451,

trompé par l'orthographe, a cru que le mot _vair_ signifiait couleur

verte, _viridis_; il s'étonne de ce qu'on ne trouve plus d'yeux verts,

et comment la nature peut en avoir formé de pareils; il invite les

philosophes à examiner pourquoi ce phénomène n'arrive plus. Ronsard, qui

florissait sous Charles IX et Henri III, est tombé dans la même erreur.

Voyez son ode à M. Peltier.

«Mestre Robert ... me dit: Je vous veil demander se le Roy se séoit

en cest prael, et vous vous aliez séoir sur son banc plus haut que

li, se on vous en devroit bien blasmer, et je li dis que oil; et il

me dit: Dont faites-vous bien à blasmer, quant vous estes plus

noblement vestu que le Roy; car vous vous vestez de vair et de

vert, ce que le Roy ne fait pas; et je li diz: Mestre Robert, salve

vostre grace, je ne foiz mie à blasmer, se je me vest de vert et de

vair, car cest abit me lessa mon pere et ma mere; mais vous faites

à blasmer, car vous estes filz de vilain et de vilaine, et avez

lessié l'abit vostre pere et vostre mere, et estes vestu de plus

riche camelin que le Roy n'est.» (Joinville, _Histoire de saint

Louis_.)

On voit par cette citation que Joinville fait la distinction de l'étoffe

vaire et de la couleur verte; le _Roman de la Rose_, cité au mot _Pers_,

l'a faite aussi; lé _Reclus de Moliens_, cité au mot _Aversaire_,

compare [p.289] le diable à un geai _vair_: tout le monde connaît cet

oiseau, et l'on sait qu'il n'en fut jamais de couleur verte. Dans les

citations suivantes, on verra quelles étaient les qualités qu'il fallait

posséder pour être mis au rang des belles:

Ot vairs iex, rians et fendus,

Les bras bien fès et estendus,

Blanches mains longues et ouvertes,

Aux templieres que vi apertes

Apparut qu'ele ot teste blonde.

(_Fabliau_, ms. n° 7218, f° 280 v°, col. I.)

Les iex ot vairs corne cristal.

(_Fabliau de Gombert et des deux clercs_.)

Vairs ot les leux, et les crins blois.

(_Roman de la Violette_.)

Le palefroy vair était un cheval gris pommelé, ou de différentes

couleurs. Huon le Roy, poète du XIIIe siècle, a fait un lay intitulé:

_Le vair Palefroy_; il fait partie de la nouvelle édition des _Fabliaux

de Barbazan_ qu'on vient de publier. On ne présumera pas qu'un cheval

ait jamais été de couleur verte, à moins qu'on ne l'ait peint. Dans le

_Fabliau des chevaliers, des clercs et des vilains_, l'un des chevaliers

est monté sur un _dextrier vairon_, parce qu'il était de couleurs

différentes, et non pas, comme le dit le Père Joubert, parce qu'il avait

un oeil de couleur différente de l'autre. _Penne vaire_, plume tachée de

noir et de blanc ou d'autre couleur; _menu vair_, étoffe ou fourrure

dont les taches étaient très-petites, de façon que l'on avait peine à

distinguer laquelle des couleurs était la plus dominante. (_Glossaire de

la langue romane_, par Roquefort, t. II, p. 680.)

Le roman de la rose - Tome I · 第 121 / 150 题