_Vénus_ somme _Peur_ et _Honte_ de se rendre. Elles refusent. Alors la
déesse courroucée saisit son brandon, et vise une étroite meurtrière
entre deux piliers d'ivoire assise. Ces deux piliers soutenaient une
figure admirable de formes et blanche comme l'argent. C'était la châsse
de _Nature_ où se trouve le sanctuaire couvert d'un précieux suaire, qui
contient le bouton parfumé. Autour de cette statue s'accomplissent
miracles autrement extraordinaires que devant la tête de _Méduse_.
Celle-ci détruisait tout et changeait en roches les êtres vivants qui la
regardaient. Le sanctuaire de la _Rose_, au contraire, anime tout ce qui
l'approche; il animerait la matière elle-même.
L'auteur ne peut mieux la comparer qu'à la statue de _Pygmalion_, [p. LXXXIII]
ce statuaire fameux qui sentit son coeur, jusqu'alors insensible,
s'embraser en contemplant son oeuvre. Le malheureux, dévoré d'un amour
sans espoir, allait mourir, lorsque _Venus_, touchée de ses feux, à son
tour anima la statue. De leurs amours naquit _Paphus_, qui lui-même
engendra _Cynyras,_ père d'_Adonis_.
Tel le brandon de _Vénus_ vole porter l'incendie dans la tour. A cette
vue toute la garnison s'enfuit. La tour consumée s'écroule pièce à pièce,
sans pourtant endommager le sanctuaire.
L'_Amant_ alors, en pèlerin, muni du bourdon et de l'écharpe, pénètre
jusqu'à _Bel-Accueil_ sous la conduite de _Courtoisie, Franchise_ et
_Pitié_. «Daignez, disent-elles à _Bel-Accueil_, octroyer à ce loyal
_Amant_ la _Rose_ qu'il désire depuis si longtemps.
«Dames, fait _Bel-Accueil_, de bon coeur je la lui abandonne; qu'il me
pardonne ses longs ennuis, et qu'il vienne ici la cueillir, à nous deux
seuls tout à loisir, car il aime loyalement.»
L'auteur finit en racontant comment, pour arriver jusqu'à la _Rose_, il
lui fallut forcer la porte du sanctuaire avec son bourdon et comment,
après de longs efforts, il parvint enfin à cueillir le délicieux bouton.
Il était jour; il se réveille.