_Génius_ arrive, et tout le monde pousse des cris de joie, excepté
toutefois _Faux-Semblant_ et _Contrainte-Abstinence_, qui disparaissent
sans mot dire. Après les civilités d'usage, _Amour_ fait endosser une
belle chape à _Génius_, lui baille anneau, crosse et mitre, et _Vénus_
lui met au poing, pour renforcer l'anathème, un cierge ardent. _Génius_,
sur un grand échafaud monté, commence sa harangue.
Suit l'anathème de _Nature_ contre les déloyaux, les reniés qui prennent
en haine les oeuvres d'où elle [p. LXXXI] tire ses soutiens. Puis
_Génius_ accorde pardon pleinier (on ne connaissait pas encore les
indulgences) à tous ceux qui se peinent de bien aimer. «Travaillez,
dit-il, seigneurs barons, travaillez avec ardeur pour remplacer ce que
le ciseau d'_Atropos_ détruit tous les jours, et vous irez dans le
paradis fleuri où l'agneau divin conduit ses blanches brebis. Là le jour
est éternel et toujours pur, et il dépasse en splendeur même le jour qui
inondait la terre, en l'âge d'or, du temps de _Saturne_, à qui son fils
_Jupiter_ fit tant d'outrage quand il le mutila. Mais pour conquérir un
trône, il n'est crime si odieux qui vous arrête. C'est avec le meurtre,
dit _Génius_, le plus épouvantable crime; car mutiler son semblable,
c'est lui ravir toute vertu et le rabaisser au niveau de la femme. Or,
_à faire grand' diableries sont toutes les femmes trop hardies_. Mais
surtout, et c'est là le plus noir forfait, c'est lui ravir sa fécondité.
_Jupiter_, à peine sur le trône, donna soudain aux hommes l'exemple de
tous les vices, leur conseilla de se partager la terre, versa le venin
aux serpents, et fit au loup ravir sa proie. Il apprit à l'homme à se
nourrir de la chair des animaux, à tirer le feu des cailloux, et des
arts nouveaux souleva les voiles. Bref, si le désir de régner lui fit
commettre le plus hideux attentat, il essaya de le faire oublier en
changeant l'état de l'empire de bien en mal, de mal en pire. Il rompit
le printemps éternel, divisa l'année en quatre saisons, et l'âge de fer
remplaça l'âge d'or. On vit alors se réjouir les dieux infernaux, et
tendre leurs rets par toute la terre pour attirer dans leur séjour
ténébreux les brebis, qui toutes, hélas! y vont de compagnie. [p.
LXXXII] Bien peu arrivent au paradis où le bel agnelet bondissant mène
paître son blanc troupeau.»
Suit une longue et splendide description du séjour céleste, demeure des
bienheureux, et un fort beau parallèle entre ce parc et le jardin de
_Déduit_, la fontaine de _Narcisse_ et la fontaine de vie; l'auteur nous
montre combien la première est obscure et trouble au prix de la seconde.
«Or donc, s'écrie _Génius_, pensez de _Nature_ honorer, soyez honnêtes,
généreux, loyaux et charitables, et vous irez au parc merveilleux boire
à la très-belle fontaine, qui tant est douce, et claire, et saine, sur
les pas de l'agnelet divin, pendant toute l'éternité.»
Il termine en excitant l'ardeur des barons, et les engage à renouveler
l'attaque, puis il disparaît.
_Vénus_ prend le commandement des troupes, et tout le monde se prépare
au combat.