Cependant _Nature_ forgeait une à une les pièces qui doivent continuer
les espèces. Désolée de la perversité des hommes qui méprisent et
avilissent l'amour au point d'en faire un crime et d'emprisonner
_Bel-Accueil_ parce qu'il veut s'unir à l'_Amant_, elle songe, dans un
moment de découragement, à laisser périr la race humaine. Le serment de
_Vénus, d'Amour_ et des _barons_ la rassure. Mais elle a un péché sur la
conscience, et elle vient trouver son bon prêtre _Génius_ pour se
confesser à lui. Ce péché, c'est d'avoir été injuste envers tous les
êtres qui peuplent [p. LXXVI] la terre, et les avoir asservis à
l'homme. «Malheureuse! s'écrie-t-elle, qu'ai-je fait? Comment réparer ma
faute? Hélas! j'ai rabaissé mes amis pour exalter mes ennemis; j'ai tout
perdu par ma bonté!»
L'auteur, mettant _Nature_ en scène, en profite pour faire l'exposé
complet de ses théories philosophiques, et pousse peut-être un peu loin
l'étalage de sa vaste érudition. Il compare la nature à l'art, et prouve
la supériorité de celle-là, qui transforme incessamment la matière et
lui fait revêtir de si belles formes, au point de tirer la vie de la
corruption même, témoin le phénix. L'art, au contraire, loin de créer,
ne saurait même dépeindre la nature. Tous ceux qui l'ont tenté, _Zeuxis_
lui-même, ont échoué misérablement; aussi Jehan de Meung renonce à telle
entreprise et revient à son sujet.