CHAPITRES XLIV A XLVII.

L'_Amant_, à ces mots, s'indigne et refuse de s'abaisser jusqu'à

l'hypocrisie pour obtenir les faveurs de _Bel-Accueil_. «Alors, lui

répond _Ami_, vous n'avez plus qu'un moyen pour conquérir le

château-fort: c'est de suivre ce chemin qui est là sur la droite. Mais

ce sentier a nom _Trop-Donner_, et il est bien dangereux aux pauvres

gens. Vous ne l'aurez pas suivi longtemps, que soudain vous verrez les

murs chanceler et crouler, et la garnison tout entière se rendre. Mais

pour y passer, il faut être riche, et plus d'un qui partit joyeux et

brave en revint pauvre et désespéré, moi tout le premier. Or _Pauvreté_

ne le put jamais franchir; elle reste en arrière; tout le monde la

repousse; il n'est pas d'amour pour elle. Mais si vous avez de grands

biens amassés, vous cueillerez boutons et roses. Il n'y en aurait pas

d'assez closes [p. LVI] si vous pouviez donner autant que vous voudriez

promettre. Toutefois, sans jeter l'or à pleines mains, si vous étiez

assez riche pour pouvoir offrir de temps en temps quelques beaux petits

présents, peut-être avez-vous encore chance de réussir.--Pourtant,

_Ami_, je déteste et méprise la femme qui se vend, et pour moi l'amour

perd tout son charme quand on l'achète à beaux deniers comptants. Il

n'en était pas ainsi du temps de nos premiers pères.»

Suit un tableau de l'âge d'or, où les hommes vivaient simplement, sans

avarice et sans envie. Chacun, sans rapine et sans convoitise,

s'accolait et baisait à qui le jeu d'amour plaisait. Il n'y avait alors

ni rois pour ravir le bien d'autrui, ni seigneurs pour accaparer la

terre; tous étaient égaux ici-bas, heureux et sans inquiétude, de toutes

peines affranchis, sauf de mener joyeuse vie et loyale folâtrerie.

Le roman de la rose - Tome I · 第 39 / 150 题