CHAPITRES XXVIII ET XXIX.

L'_Amant_ n'avait pas vu la _Rose_ depuis quelque temps. Il est ravi de

la trouver plus belle encore que la première fois. Elle est un peu plus

_grasse_, c'est-à-dire que le bouton s'est un peu plus ouvert, et ses

feuilles au contour plus arrondi brillent d'une couleur plus vermeille.

Il reste longtemps en extase devant le rosier, et enfin, encouragé par

_Bel-Accueil_, qui ne lui refuse ni grâces ni faveurs, il se hasarde à

lui demander une chose bien téméraire, et prie _Bel-Accueil_ de lui

laisser baiser la _Rose_. Celui-ci résiste, car: _Qui peut baiser

obtenir ne saurait là s'en tenir_, et _Chasteté_ dans sa leçon lui dit

toujours qu'_à nul amant il ne donne un seul baiser_. L'_Amant_, de peur

de le courroucer, n'insiste pas, et sans doute il eût attendu longtemps

cette faveur, si _Vénus_ ne fût accourue, _Vénus_, des amants la

bienvenue, qui toujours poursuit _Chasteté_. Elle dit à _Bel-Accueil_:

«Pourquoi refuser ce baiser à l'_Amant_? Il vous aime en toute loyauté;

il est beau, gracieux, élégant, affable, doux et franc; et puis il est à

la fleur [p. XLV] de l'âge; il a, je crois, douce haleine, les lèvres

vermeillettes, les dents blanches et nettes, et sa bouche semble faite

pour les baisers.»

_Bel-Accueil_, embrasé par le brandon de _Vénus_, accorde le baiser.

Mais soudain le hideux _Malebouche_ tant fait de glose sur leur compte

qu'il éveille _Jalousie_. Celle-ci court sus à _Bel-Accueil_.

Le roman de la rose - Tome I · 第 30 / 150 题