CHAPITRE XII

Marche de la Grande Armée.--Prise de Smolensk.--Ney au défilé de

Valoutina.--Bataille de la Moskova.--Épisodes divers.

Pendant que les événements que je viens de raconter s'accomplissaient

devant Polotsk et sur les rives de la Drissa, l'Empereur était resté à

Witepsk, d'où il dirigeait l'ensemble des opérations de ses nombreux

corps d'armée. Quelques écrivains militaires ont reproché à Napoléon

d'avoir perdu beaucoup de temps, d'abord à Wilna, où il demeura dix-neuf

jours, et ensuite à Witepsk, où il en passa dix-sept, et ces écrivains

prétendent que ces trente-six jours auraient pu être mieux employés,

surtout dans un pays où l'été est fort court et où l'hiver commence à

faire sentir ses rigueurs dès la fin de septembre. Ce reproche, qui

paraît fondé jusqu'à un certain point, est néanmoins atténué, d'abord

par l'espoir qu'avait l'Empereur de voir les Russes demander un

accommodement; en second lieu, par la nécessité de ramener vers un

centre commun les divers corps détachés à la poursuite de Bagration;

enfin, parce qu'il était indispensable d'accorder quelque repos aux

troupes qui, outre les marches régulières, se trouvaient, chaque soir,

forcées d'aller chercher des vivres loin de leurs bivouacs; car, les

Russes brûlant tous les magasins en se retirant, il était impossible de

faire des distributions journalières aux soldats français. Cependant, il

exista fort longtemps une heureuse exception à ce sujet pour le corps

de Davout, parce que ce maréchal, aussi bon administrateur que grand

capitaine, avait, bien avant le passage du Niémen, organisé d'immenses

convois de petits chariots qui suivaient son armée. Ces chariots remplis

de biscuits, de salaisons et de légumes, étaient traînés par des bœufs

dont on abattait un certain nombre chaque soir, ce qui, en assurant les

vivres de la troupe, contribuait infiniment à maintenir le soldat dans

le rang.

L'Empereur quitta Witepsk le 13 août, et, s'éloignant de plus en plus

des 2e et 6e corps, qu'il laissait à Polotsk sous les ordres de

Saint-Cyr, il se porta sur Krasnoë, où une partie de sa Grande Armée se

trouvait réunie en présence de l'ennemi. On espérait une bataille; on

n'obtint qu'un léger combat contre l'arrière-garde russe, qui fut battue

et se retira lestement.

Le 15 août, anniversaire de sa fête, l'Empereur fit défiler devant lui

ses troupes, qui le reçurent avec enthousiasme. Le 16, l'armée découvre

Smolensk, place forte que les Russes ont surnommée _la Sainte_, parce

qu'ils la considèrent comme la clef de Moscou et le palladium de leur

empire. D'anciennes prophéties annonçaient de grands malheurs à la

Russie le jour où elle laisserait prendre Smolensk. Cette superstition,

entretenue avec soin par le gouvernement, date de l'époque où la ville

de Smolensk, située sur le Dniéper ou Borysthène, était l'extrême

frontière des Moscovites, qui se sont élancés de ce point pour faire

d'immenses conquêtes.

Le roi Murat et le maréchal Ney, arrivés les deux premiers devant

Smolensk, pensèrent, on ne sait trop pourquoi, que l'ennemi avait

abandonné cette place. Les rapports adressés à l'Empereur lui faisant

ajouter foi à cette croyance, il prescrivit de faire entrer

l'avant-garde dans la ville. L'impatience de Ney n'attendait que cet

ordre: il s'avance vers la porte avec une faible escorte de hussards;

mais tout à coup un régiment de Cosaques, masqué par un pli de terrain

couvert de broussailles, se précipite sur nos cavaliers, les ramène et

enveloppe le maréchal Ney, qui fut serré de si près qu'une balle de

pistolet, tirée presque à bout portant, lui déchira le collet de son

habit! Heureusement la brigade Domanget accourut et dégagea le maréchal.

Enfin, l'arrivée de l'infanterie du général Razout permit à Ney

d'approcher assez de la ville pour se convaincre que les Russes étaient

dans l'intention de se défendre.

En voyant les remparts armés d'un grand nombre de bouches à feu, le

général d'artillerie Éblé, homme des plus capables, conseilla à

l'Empereur de tourner la place, en ordonnant au corps polonais du prince

Poniatowski d'aller passer le Dniéper deux lieues au-dessus; mais

Napoléon, adoptant l'avis de Ney, qui assurait que Smolensk serait

facilement enlevé, donna l'ordre d'attaquer. Trois corps d'armée, celui

de Davout, de Ney et de Poniatowski, s'élancèrent alors de divers côtés

sur la place, dont les remparts firent un feu meurtrier, qui l'était

cependant beaucoup moins que celui des batteries établies par les Russes

sur les hauteurs de la rive opposée. Un combat des plus sanglants

s'engagea; les boulets, la mitraille et les obus décimaient nos troupes,

sans que notre artillerie parvînt à ébranler les murailles. Enfin, à

l'entrée de la nuit, les ennemis, après avoir vaillamment disputé le

terrain pied à pied, furent refoulés dans Smolensk, qu'ils se

préparèrent à abandonner; mais en se retirant ils allumèrent partout

l'incendie. L'Empereur vit ainsi s'évanouir l'espoir de posséder une

ville qu'on supposait avec raison abondamment pourvue. Ce ne fut que le

lendemain au point du jour que les Français pénétrèrent dans la place,

dont les rues étaient jonchées de cadavres russes et de débris fumants.

La prise de Smolensk nous avait coûté 12,000 hommes tués ou blessés!...

perte immense qu'on aurait pu éviter en passant le Dniéper en amont,

ainsi que l'avait proposé le général Éblé; car, sous peine d'être coupé,

le général Barclay de Tolly, chef de l'armée ennemie, eût évacué la

place pour se retirer vers Moscou.

Les Russes, après avoir brûlé le pont, s'établirent momentanément sur

les hauteurs de la rive droite et se mirent bientôt en retraite sur la

route de Moscou. Le maréchal Ney les y poursuivit avec son corps

d'armée, renforcé par la division Gudin, détachée du corps du maréchal

Davout.

À peu de distance de Smolensk, le maréchal Ney atteignit, à Valoutina,

l'armée russe engagée avec tous ses bagages dans un défilé. L'action

devint très sérieuse; ce fut une véritable bataille, qui serait devenue

très funeste aux ennemis si le général Junot, chef du 8e corps d'armée,

qui avait effectué trop tardivement le passage du Dniéper à

Pronditchewo, à deux lieues au-dessus de Smolensk, et s'y était reposé

quarante-huit heures, fût accouru au canon de Ney dont il n'était plus

qu'à une lieue! Mais, bien qu'averti par Ney, Junot ne bougea pas! En

vain l'aide de camp Chabot lui porta au nom de l'Empereur l'ordre

d'aller se joindre à Ney; en vain l'officier d'ordonnance Gourgaud vint

confirmer le même ordre, Junot resta immobile!...

Cependant, Ney, aux prises avec des forces infiniment supérieures, ayant

successivement engagé toutes les troupes de son corps d'armée,

prescrivit à la division Gudin de s'emparer des positions formidables

occupées par les Russes. Cet ordre fut exécuté avec une rare

intrépidité; mais, dès la première attaque, le brave général tomba

mortellement blessé. Cependant, conservant toujours son admirable

sang-froid, il voulut, avant d'expirer, assurer le succès des troupes

qu'il avait si souvent conduites à la victoire, et désigna le général

Gérard pour lui succéder dans le commandement, bien que celui-ci fût le

moins ancien général de brigade de sa division.

Aussitôt Gérard se mit à la tête de la division, marcha sur l'ennemi, et

à dix heures du soir, après avoir perdu 1,800 hommes et en avoir tué

6,000, il resta maître du champ de bataille, dont les Russes se hâtèrent

de s'éloigner.

Le lendemain, l'Empereur vint visiter les troupes qui avaient si

vaillamment combattu; il les combla de récompenses et nomma Gérard

général de division. (Il devint plus tard maréchal de France.) Le

général Gudin mourut peu d'heures après.

Si Junot eût voulu prendre part au combat, il pouvait enfermer l'armée

russe dans un étroit défilé, où, placée entre deux feux, elle eût été

obligée de mettre bas les armes, ce qui aurait amené la fin de la

guerre. On regretta donc le roi Jérôme, qui, bien que médiocre général,

fût probablement venu au secours de Ney, et l'on s'attendait à voir

Junot sévèrement puni. Mais c'était le premier officier que Napoléon eût

attaché à sa personne et qui l'avait suivi dans toutes ses campagnes

depuis le siège de Toulon, en 93, jusqu'en Russie. L'Empereur l'aimait,

il pardonna. Ce fut un malheur, car un exemple devenait nécessaire.

Dès que la prise de Smolensk fut connue par les Russes, un cri de

réprobation générale s'éleva contre le général Barclay de Tolly. C'était

un _Allemand_; la nation l'accusait de ne pas mettre assez de vigueur

dans la conduite de la guerre, et pour défendre l'antique Moscovie,

elle demandait un général _moscovite_. L'empereur Alexandre, contraint

de céder, conféra le commandement en chef de toutes ses armées au

général Koutousoff, homme usé, peu capable, connu pour sa défaite à

Austerlitz, mais ayant le mérite, fort grand dans les circonstances

actuelles, d'être un Russe de vieille roche, ce qui lui donnait beaucoup

d'influence sur les troupes comme sur les masses populaires.

Cependant, l'avant-garde française, poussant toujours l'ennemi devant

elle, avait déjà dépassé Dorogobouje, lorsque, le 24 août, l'Empereur se

détermina à quitter Smolensk. La chaleur était accablante; on marchait

sur un sable mouvant; les vivres manquaient pour une aussi immense

réunion d'hommes et de chevaux, car les Russes ne laissaient derrière

eux que des villages et des fermes incendiés. Quand l'armée entra dans

Wiasma, cette jolie ville était en feu! Il en fut de même de celle de

Ghiat. Plus on approchait de Moscou, moins le pays offrait de

ressources. Il périt quelques hommes et surtout beaucoup de chevaux. Peu

de jours après, à une chaleur intolérable succédèrent des pluies froides

qui durèrent jusqu'au 4 septembre; l'automne approchait. L'armée n'était

plus qu'à six lieues de Mojaïsk, seule ville qui restât à prendre avant

d'arriver à Moscou, lorsqu'elle s'aperçut que les forces de

l'arrière-garde ennemie s'étaient considérablement accrues. Tout

indiquait qu'une grande bataille allait enfin avoir lieu.

Le 5, notre avant-garde fut un moment arrêtée par une grosse colonne

russe fortement retranchée sur un mamelon garni de douze canons. Le 57e

de ligne, que, dans les campagnes d'Italie, l'Empereur avait surnommé le

_terrible_, soutint dignement sa réputation en s'emparant de la redoute

et de l'artillerie ennemie. On était déjà sur le terrain où se donna,

quarante-huit heures après, la bataille que les Russes nomment

_Borodino_ et que les Français appellent la _Moskova_.

Le 6, l'Empereur fit annoncer par un ordre du jour qu'il y aurait

bataille le lendemain. L'armée attendait avec joie ce grand jour qu'elle

espérait devoir mettre un terme à sa misère, car il y avait un mois que

les troupes n'avaient reçu aucune distribution, chacun ayant vécu _comme

il pouvait_. On employa de part et d'autre la soirée à prendre des

dispositions définitives.

Du côté des Russes, Bagration commande l'aile gauche, forte de 62,000

hommes; au centre se trouve l'hetman Platow avec ses Cosaques et 30,000

fantassins de réserve; la droite, composée de 70,000 hommes, est aux

ordres de Barclay de Tolly, qui, après avoir déposé le commandement en

chef, en a pris un secondaire. Le vieux Koutousoff est généralissime de

toutes ces troupes, dont le chiffre s'élève à 162,000 hommes. L'empereur

Napoléon peut à peine opposer aux Russes 140,000 hommes ainsi disposés:

le prince Eugène commandait l'aile gauche; le maréchal Davout, l'aile

droite; le maréchal Ney, le centre; le roi Murat, la cavalerie; la garde

impériale était en réserve.

La bataille se donna le 7 septembre; le temps était voilé, et un vent

froid soulevait des tourbillons de poussière. L'Empereur, souffrant

d'une horrible migraine, descendit vers une espèce de ravin où il passa

la plus grande partie de la journée à se promener à pied. De ce point,

il ne pouvait découvrir qu'une partie du champ de bataille, et, pour

l'apercevoir en entier, il devait gravir un monticule voisin, ce qu'il

ne fit que deux fois pendant la bataille. On a reproché à l'Empereur son

inaction; il faut cependant reconnaître que du point central où il se

trouvait avec ses réserves, il était à même de recevoir les fréquents

rapports de ce qui se passait sur toute la ligne, tandis que s'il eût

été d'une aile à l'autre en parcourant un terrain aussi accidenté, les

aides de camp porteurs de nouvelles pressantes n'auraient pu

l'apercevoir ni su où le trouver. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que

l'Empereur était malade, et qu'un vent glacial, soufflant avec

impétuosité, l'empêchait de se tenir à cheval.

Je n'ai point assisté à la bataille de la Moskova. Je m'abstiendrai donc

d'entrer dans aucun détail sur les manœuvres exécutées pendant cette

mémorable action. Je me bornerai à dire qu'après des efforts inouïs, les

Français obtinrent la victoire sur les Russes, dont la résistance fut

des plus opiniâtres; aussi la bataille de la Moskova passe-t-elle pour

une des plus sanglantes du siècle. Les deux armées éprouvèrent des

pertes _immenses_ qu'on évalue au total à 50,000 morts ou blessés!...

Les Français eurent 49 généraux tués ou blessés et 20,000 hommes mis

hors de combat. La perte des Russes fut d'un tiers plus considérable. Le

général Bagration, le meilleur de leurs officiers, fut tué, et, chose

bizarre, il était propriétaire du terrain sur lequel la bataille eut

lieu. Douze mille chevaux restèrent dans les champs. Les Français firent

très peu de prisonniers, ce qui dénote avec quelle bravoure les vaincus

se défendirent.

Pendant l'action, il se passa plusieurs épisodes intéressants. Ainsi, la

gauche des Russes, deux fois enfoncée par les efforts inouïs de Murat,

Davout et Ney, et se ralliant constamment, revenait pour la troisième

fois à la charge, lorsque Murat chargea le général Belliard de supplier

l'Empereur d'envoyer une partie de sa garde pour achever la victoire,

sans quoi il faudrait une seconde bataille pour vaincre les Russes!

Napoléon était disposé à obtempérer à cette demande; mais le maréchal

Bessières, commandant supérieur de la garde, lui ayant dit: «Je me

permettrai de faire observer à Votre Majesté qu'elle est en ce moment à

sept cents lieues de France», soit que cette observation déterminât

l'Empereur, soit qu'il ne trouvât pas la bataille assez avancée pour

engager sa réserve, il refusa. Deux autres demandes de ce genre eurent

le même sort.

Voici un des faits les plus remarquables de cette bataille si féconde en

actions courageuses. Le front de la ligne ennemie était couvert par des

hauteurs garnies de redoutes, de redans, et surtout par un fort crénelé

armé de 80 canons. Les Français, après des pertes considérables,

s'étaient rendus maîtres de tous ces ouvrages, mais n'avaient pu se

maintenir dans le fort. S'emparer de nouveau de ce point important était

chose très difficile, même pour l'infanterie. Le général Montbrun, chef

du 2e corps de cavalerie, ayant remarqué, à l'aide de sa longue-vue, que

le fort n'était pas fermé à la _gorge_; que les troupes russes y

entraient par pelotons, et qu'en tournant la hauteur on pouvait éviter

les remparts, les ravins, les rochers, et conduire les escadrons jusqu'à

la porte, par un terrain en pente douce et praticable pour les chevaux;

le général Montbrun, dis-je, proposa de pénétrer dans le fort par

derrière avec sa cavalerie, tandis que l'infanterie l'attaquerait par

devant. Cette proposition téméraire ayant été approuvée par Murat et par

l'Empereur, Montbrun fut chargé de l'exécution; mais, tandis que cet

intrépide général prenait ses dispositions pour agir, il fut tué d'un

coup de canon: ce fut une grande perte pour l'armée!... Sa mort ne fit

cependant pas renoncer au projet qu'il avait conçu, et l'empereur envoya

le général Caulaincourt, frère du grand écuyer, pour remplacer Montbrun.

On vit alors une chose inouïe dans les fastes de la guerre: un fort

immense défendu par une nombreuse artillerie et plusieurs bataillons,

attaqué et pris par une colonne de cavalerie!... En effet, Caulaincourt,

s'élançant avec une division de cuirassiers en tête de laquelle marchait

le 5e régiment de cette arme, commandé par l'intrépide colonel

Christophe, culbute tout ce qui défend les approches du fort, arrive à

la porte, pénètre dans l'intérieur et tombe mort, frappé d'une balle à

la tête!... Le colonel Christophe et ses cavaliers vengèrent leur

général en passant une partie de la garnison au fil de leurs sabres. Le

fort resta en leur pouvoir, ce qui acheva d'assurer la victoire aux

Français.

Aujourd'hui, où la soif de l'avancement est devenue insatiable, on

s'étonnerait qu'après un aussi beau fait d'armes un colonel ne reçût pas

d'avancement; mais sous l'Empire, l'ambition était plus modérée.

Christophe ne devint général que plusieurs années après et ne témoigna

aucun mécontentement de ce retard.

Les Polonais, ordinairement si braves, et notamment ceux organisés

depuis cinq ans dans le grand-duché de Varsovie sous les ordres du

prince Poniatowski, agirent si mollement que l'Empereur leur fit

adresser des reproches par son major général. Le général Rapp reçut à la

Moskova sa vingt et unième blessure!

Bien que les Russes eussent été battus et forcés de s'éloigner du champ

de bataille, leur généralissime Koutousoff eut l'_outrecuidance_

d'écrire à l'empereur Alexandre qu'il venait de remporter une grande

victoire sur les Français! Cette fausse nouvelle étant arrivée à

Saint-Pétersbourg le jour de la fête d'Alexandre, y causa une joie des

plus vives!... On chanta le _Te Deum_; Koutousoff fut proclamé sauveur

de la patrie et nommé _feld-maréchal_. Cependant, la vérité fut bientôt

connue; l'allégresse se changea en deuil; mais Koutousoff était

feld-maréchal! C'était ce qu'il voulait. Tout autre que le timide

Alexandre eût sévèrement puni ce grossier mensonge du nouveau maréchal:

mais on avait besoin de Koutousoff; il resta donc à la tête de l'armée.

Mémoires du général baron de Marbot (3/3) · 第 52 / 84 题