_A Monsieur le maréchal prince d’Essling, Commandant-en-chef, l’armée
de Portugal, Paris, le 4 Décembre, 1810._
Monsieur le prince d’Essling, le général Foy que vous avez expédié
est arrivé à Paris le 22 Novembre; il a fait connaître à sa majesté
et dans le plus grand détail ce qui s’est passé et votre situation.
Dès le 4 Novembre le général Gardanne était en avant d’Almeida avec
un corps de 6,000 hommes. Le compte d’Erlon avec les divisions
Claparede, Conroux, et la division Fournier a dû se trouver à Guarda
vers le 20 Novembre.
L’Empereur, prince, a vu par les journaux Anglais, que vous aviez
établi des ponts sur le Tage et que sous en avez un sur le Zézère,
défendu sur les deux rives pas de fortes têtes de pont. Sa majesté
pense que vous devez vous retrancher dans la position, que vous
occupez devant l’ennemi; qu’Abrantés se trouvant à 800 toises du
Tage, vous l’aurez isolé de son pont et bloqué pour en faire le
siège. L’Empereur vous recommande d’établir deux ponts sur le Zézère,
de défendre ces ponts par des ouvrages considérables, comme ceux du
Spitz devant Vienne. Votre ligne d’opérations et de communications
devant être établie par la route de Garda, partant du Zézère,
passant par Cardigos, suivant la crête des montagnes par Campinha et
Belmonte, vous aurez toujours la route de Castelbranco et Salvatera
pour faire des vivres.
Je viens de donner de nouveau l’ordre déjà réitéré plusieurs
fois au duc de Dalmatie, d’envoyer le 5^{me} corps sur le Tage
entre Montalveo et Villaflor, pour faire sa jonction avec vous.
L’Empereur croit qu’il serait nécessaire de s’emparer d’Alcantara,
de fortifier et de consolider tous les ponts sur le Zézère et sur le
Tage, d’assurer toutes vos communications en saississant les points
favorables que peuvent offrir les localités pour fortifier de petites
positions; des châteaux ou maisons qui, occupées par peu de troupes,
soient à l’abri des incursions des milices.
Vous sentirez, Monsieur le Prince d’Essling, l’avantage de
régulariser ainsi la guerre, ce qui vous mettra à même de profiter de
la réunion de tous les corps qui vont vous renforcer, pour marcher
sur lord Wellington et attaquer la gauche de sa position, soit pour
l’obliger à se rembarquer en marchant sur la rive gauche du Tage, ou
enfin, si tous ces moyens ne réussissaient pas, vous serez en mesure
de rester en position pendant les mois de Décembre et de Janvier,
en vous occupant d’organiser vos vivres et de bien établir vos
communications avec Madrid et Almeyda.
L’armée du centre qui est à Madrid, ayant des détachements sur
Placentia, vos communications avec cette capitale ne sont pas
difficiles.
Deux millions 500 mille francs destinés à la solde de votre armée
sont déjà à Valladolid; deux autre millions partent en ce moment de
Bayonne. Ainsi votre armée sera dans une bonne situation.
Votre position deviendra très embarrassante pour les Anglais, qui,
indépendamment d’une consommation énorme d’hommes et d’argent, se
trouveront engagés dans une guerre de système, et ayant toujours
une immensité de bâtimens à la mer pour leur rembarquement. Il faut
donc, Prince, travailler sans cesse à vous fortifier vis-à-vis de la
position des ennemis, et pouvoir garder la vôtre avec moins de monde;
ce qui rendra une partie de votre armée mobile et vous mettra à même
de faire des incursions dans le pays.
Vous trouverez ci-joint des moniteurs qui donnent des nouvelles
de Portugal, parvenues par la voie de l’Angleterre, datées du 12
Novembre.
Le Prince de Wagram et de Neuchâtel,
Major-Général,
(Signé) ALEXANDRE.