Ils ne voulurent rien dire davantage que ce qu'ils m'avoient
escrit; ce qui m'occasionna de faire ma protestation, & m'en
retournay à Paris. Ils font leur voyage[497], & ledit du Pont
hyverna ceste année à l'habitation, pendant que je plaide mon
droict au Conseil de sa Majesté.
[Note 497: On voit que Champlain ne vint point au Canada en 1619.]
Je presente requeste avec la copie des articles, afin de les
faire venir. Nous voila à chicaner, & Boyer qui n'en devoit
rien à personne, cecy me donna sujet de suivre le Conseil à
Tours, où je fais voir la malice de leur plaidoyé, assez
recogneuë d'un chacun. Et après avoir bien débattu, j'obtiens
326/982 un arrest de Messieurs du conseil, par lequel il estoit dit que
je commanderois tant à Québec, qu'autres lieux de la
nouvelle France, & defenses aux Associez de ne me troubler, ny
empescher en la fonction de ma charge, à peine de tous despens,
dommages & interests, & d'amende arbitraire, & hors de despens:
Lequel arrest je leur fais signifier en plaine Bourse de Rouen.
Ils s'excusent sur ledit Boyer, & disent qu'ils n'y avoient pas
consenty: mais j'estois tres-asseuré du contraire.
En ce temps Monseigneur le Prince estant mis en liberté[498],
on luy donne mille escus, desquels il en donna cinq cents aux
Pères Recollets, pour aider à faire leur Séminaire, qui ne
firent pas grand' chose. Estant r'entré en possession de sa
commission pour la nouvelle France, Monsieur le Mareschal de
Thémines hors de ses prétentions, le Sieur de Villemenon qui
dés long temps avoit desir que ceste affaire tombast entre les
mains de Monseigneur l'Admiral, pource qu'il croyoit que toutes
choses seroient mieux réglées à l'honneur de Dieu, du service
du Roy, & bien dudit pays; & qu'ayant l'intendance de
l'Admirauté, tout se feroit avec advancement; Il en parle à
Monseigneur de Montmorency, qui monstroit le desirer par les
ouvertures que led. Sieur de Villemenon luy donna. Mond.
Seigneur en parle à Monseigneur le Prince, qui remet ceste
affaire au Sieur Vignier, qui fait en sorte qu'il tire de
Monseigneur de Montmorency unze mille escus pour ses
prétentions, & promet souz le bon plaisir du Roy, luy donner la
327/983 commission de Vice-roy aud. pays de la nouvelle France, qui en
donne l'intendance à Monsieur Dolu, grand Audiancier de France,
pour y apporter quelque bon règlement: lequel s'y employe de
toute son affection, bruslant d'ardeur de faire quelque chose à
l'advancement de la gloire de Dieu, & du pays, & mettre nostre
Société en meilleur estat de bien faire qu'elle n'avoit fait.
Je le veis sur ceste affaire, & luy fis cognoistre ce qui en
estoit, & luy en donnay des memoires pour s'en instruire.
[Note 498: Le prince de Condé fut mis en liberté le 20 octobre 1619; la
lettre de grâce du roi est du 9 novembre, et elle ne fut vérifiée en
parlement que le 26 suivant. (MERC.)]
Mond. Seigneur de Montmorency me continuant en l'honneur de sa
Lieutenance en lad. nouvelle France, me commande de faire le
voyage, & d'aller à Québec m'y fortifier au mieux qu'il me
seroit possible, & luy donner advis de tout ce qui se
passeroit, pour y apporter l'ordre requis. Donc je partis de
Paris avec ma famille, équipé de tout ce qui m'estoit
necessaire. Estant à Honnefleur, il y eut encore quelque
brouillerie sur le commandement que je devois avoir audit pays,
& ceste compagnie receut un extrême desplaisir de ce
changement. J'en escris à Monseigneur, & aud. Sieur Dolu, qui
leur mandent que le Roy & Monseigneur entendoient que j'eusse
l'entier & absolu commandement en toute l'habitation, & sur
tout ce qui y seroit, horsmis pour ce qui estoit du magazin de
leurs marchandises, desquelles leurs commis ou facteurs
pouvoient disposer. Que sa Majesté avoit promis de nous donner
armes & munitions de guerre, pour la defense du fort que je
ferois bastir. Et s'ils ne vouloient obeir aux volontez de sa
328/984 Majesté, & de mond. seigneur que je fisse arrester le vaisseau,
jusques à ce que cela fust exécuté. On en r'escrit au sieur de
Brécourt, maistre d'hostel de mond. Seigneur, & Receveur de
l'Admirauté, & aux Officiers nos associez, bien faschez de tout
cecy, mais en fin ils acquiescerent à la raison. Au mesme temps
sa Majesté me fit l'honneur de m'escrire ceste lettre sur mon
partement.
CHAMPLAIN, Ayant sceu le commandement que vous aviez receu de mon
cousin le Duc de Montmorency, Admiral de France, & mon Vice-roy en la
nouvelle France, de vous acheminer audit païs, pour y estre son
Lieutenant, & avoir soin de ce qui se presentera pour le bien de mon
service, j'ay bien voulu vous escrire ceste lettre, pour vous asseurer
que j'auray bien agreables les services que me rendrez en ceste
occasion, surtout si vous maintenez led. païs en mon obeissance,
faisant vivre les peuples qui y sont, le plus conformément aux loix de
mon Royaume, que vous pourrez, & y ayant le soin qui est requis de la
Religion Catholique, afin que vous attiriez par ce moyen la
bénédiction divine sur vous, qui sera reussir vos entreprises &
actions à la gloire de Dieu, que je prie (Champlain) vous avoir en sa
saincte & digne garde. Escrit à Paris le 7e jour de May, 1620.
Signé, LOUIS. Et plus bas, BRULART.
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[Illustration]
SECONDE
PARTIE DES
VOYAGES DU SIEUR
de Champlain.