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[Illustration: Port des Mines]

_Les chifres montrent les brasses d'eau._

A Le lieu où les vaisseaux peuvent eschouer.

B Une petite rivière.

C Une langue de terre qui est de Sable.

D Une pointe de gros cailloux qui est comme une moule.

E Le lieu où est la mine de cuivre qui couvre de mer deux fois le jour.

F Une isle qui est derrière le cap des mines.

G La rade où les vaisseaux posent l'ancre attendant la marée.

I Lachenal.

H L'isle haute qui est à une lieue & demye du Port aux mines.

L Le Petit Ruisseau.

M Costeau de montaignes le long de la coste du cap aux mines.

21/169 La mer y pert & croist de 4 à 5 brasses. Nous y mismes pied à

terre pour voir si nous verrions les mines que Preverd nous

avoit dit. Et ayant faict environ un quart de lieue le long de

certaines montagnes, nous ne trouvasmes aucune d'icelles, ny ne

recognusmes nulle apparence de la description du port selon

qu'il nous l'avoit figuré: Aussi n'y avoit il pas esté: mais

bien deux ou trois des siens guidés de quelques sauvages,

partie par terre & partie par de petites rivieres, qu'il

attendit dans sa chalouppe en la baie sainct Laurens[47], à

l'entrée d'une petite riviere: lesquels à leur retour luy

apportèrent plusieurs petits morceaux de cuivre, qu'il nous

monstra au retour de son voyage. Toutesfois nous trouvasmes en

ce port deux mines de cuivre non en nature, mais par apparence,

selon le rapport du mineur qui les jugea estre tresbonnes.

[Note 47: La plupart des géographes anciens faisaient une distinction

entre _baie Saint-Laurent_ et _golfe Saint-Laurent_. La _baie

Saint-Laurent_ comprenait toute la partie méridionale du golfe, depuis

le cap des Rosiers jusqu'au port de Canseau, avec les îles du

Prince-Edouard, du Cap-Breton, de La Madeleine et autres. (Voir Denis,

vol. I, chapitres VII et VIII.)]

Le fonds de la baye Françoise que nous traversames entre quinze

lieux dans les terres. Tout le païs que nous avons veu depuis

le petit partage de l'isle Longue rangeant la coste, ne sont

que rochers, où il n'y a aucun endroit où les vaisseaux se

puissent mettre en seureté, sinon le port Royal. Le païs est

remply de quantité de pins & boulleaux, & à mon advis n'est pas

trop bon.

Le 20 de May[48] nous partismes du port aux mines pour chercher

un lieu propre à faire une demeure arrestée afin de ne perdre

22/170 point de temps: pour puis après y revenir veoir si nous

pourrions descouvrir la mine de cuivre franc que les gens de

Preverd avoient trouvée par le moyen des sauvages. Nous fismes

l'ouest deux lieux jusques au cap des deux bayes: puis le nort

cinq ou six lieux: & traversames l'autre baye[49], où nous

jugions estre ceste mine de cuivre, dont nous avons desja

parlé: d'autant qu'il y a deux rivieres: l'une venant de devers

le cap Breton: & l'autre du costé de Gaspé ou de Tregatté,

proche de la grande riviere de sainct Laurens. Faisant l'ouest

quelques six lieues nous fusmes à une petite riviere, à

l'entrée de laquelle y a un cap assez bas, qui advance à la

mer: & un peu dans les terres une montaigne qui a la forme d'un

chappeau de Cardinal. En ce lieu nous trouvasmes une mine de

fer. Il n'y a ancrage que pour des chalouppes. A quatre lieux à

l'ouest surouest y a une pointe de rocher qui avance un peu

vers l'eau, où il y a de grandes marées, qui sont fort

dangereuses. Proche de la pointe nous vismes une ance qui a

environ demye lieue de circuit, en laquelle trouvasmes une

autre mine de fer, qui est aussi tresbonne. A quatre lieux

encore plus de l'advant y a une belle baye qui entre dans les

terres, où au fonds y a trois isles & un rocher: dont deux sont

à une lieue du cap tirant à l'ouest: & l'autre est à

l'emboucheure d'une riviere des plus grandes & profondes

qu'eussions encore veues, que nommasmes la riviere S. Jean:

pource que ce fut ce jour là que nous y arrivasmes: & des

23/171 sauvages elle est appelée Ouygoudy. Ceste riviere est

dangereuse si on ne recognoist bien certaines pointes & rochers

qui sont des deux costez. Elle est estroicte en son entrée,

puis vient à s'eslargir: & ayant doublé une pointe elle

estrecit de rechef, & fait comme un saut entre deux grands

rochers, où l'eau y court d'une si grande vitesse, que y

jettant du bois il enfonce en bas, & ne le voit on plus. Mais

attendant le pleine mer, l'on peut passer fort aisement ce

destroict: & lors elle s'eslargit comme d'une lieue par aucuns

endroicts, où il y a trois isles. Nous ne la recogneusmes pas

plus avant: Toutesfois Ralleau Secrétaire du sieur de Mons y

fut quelque temps après trouver un sauvage appellé Secondon[50]

chef de ladicte riviere, lequel nous raporta qu'elle estoit

belle, grande & spacieuse: y ayant quantité de preries & beaux

bois, comme chesnes, hestres, noyers & lambruches de vignes

sauvages. Les habitans du pays vont par icelle riviere jusques

à Tadoussac, qui est dans la grande riviere de sainct Laurens:

& ne passent que peu de terre pour y parvenir. De la riviere

sainct Jean jusques à Tadoussac y a 65 lieues [51]. A l'entrée

d'icelle, qui est par la hauteur de 45 degrez deux tiers [52],

y a une mine de fer.

[Note 48: Juin.]

[Note 49: Beau-Bassin, aujourd'hui la baie de Chignectou ou Chiganectou.

D'après Laët, elle s'est appelée aussi baie de Germes.]

[Note 50: Lescarbot l'appelle Chkoudun.]

[Note 51: Si l'auteur veut indiquer la distance qu'il peut y avoir

depuis l'endroit où l'on quitte la rivière Saint-Jean, jusqu'à

Tadoussac, ce chiffre est beaucoup trop fort. Si, au contraire, il parle

de la distance qu'il y a de l'embouchure de cette rivière jusqu'au même

lieu, le chiffre est trop faible; car, de l'embouchure de la rivière

Saint-Jean à Tadoussac, il y a, en ligne droite, à peu près cent

lieues.]

[Note 52: L'embouchure de la rivière Saint-Jean est par les 45° et un

tiers.]

Oeuvres de Champlain · 第 51 / 415 题