De la pacotille, j'ai peu de chose à vous dire en particulier. Pour se
la procurer, il ne faut ni argent, comme dans le commerce; ni étude, ni
talent, comme il était d'usage dans les anciennes sociétés littéraires;
à cette heure, vous n'avez besoin que d'adresse: de l'adresse et encore
de l'adresse. Figurez-vous un noyer tout plein de belles noix vertes
et que le fermier soit occupé loin de là à sarcler ses betteraves ou à
battre son blé: il vous suffit d'une gaule ou d'un bâton court, ou même
d'un caillou, pour faire pleuvoir à vos pieds les belles noix vertes.
Ensuite, il ne s'agit que de les éplucher sans se salir les doigts; des
gens prétendent que cela est fort difficile, «qu'il en reste toujours
quelque chose»: oui, cela est difficile, mais si vos doigts restaient
tachés, vous en seriez quitte pour porter des gants; un autre motif m'a
déjà fait vous recommander cet usage.
Vous trouverez, disséminées dans les paragraphes suivants, quelques
autres notions touchant la pacotille,--laquelle, en somme, se composera
de tout ce que vous pourrez voler subtilement aux riches et aux pauvres,
aux arbres et aux ronces;--car je ne suppose pas que vous possédiez
naturellement autre chose qu'une intelligence pratique et rusée; en ce
cas, vous ne m'auriez pas demandé de conseils et vous n'en auriez pas
besoin.