Paris, ce 29 juin.
Je suis retourné chez Adèle; on m'a dit que sa mère étant très-mal,
elle ne recevait personne. Voilà donc encore un malheur qui la menace,
et elle n'aura pas près d'elle un ami qui la console, un coeur qui
l'entende. Sans ma ridicule sévérité, peut-être ses yeux m'auraient-ils
cherché: j'avais vu couler ses larmes, elle m'avaient attendri;
n'était-ce pas assez pour qu'elle crût à mon intérêt? A son âge, l'ame
s'ouvre si facilement à la confiance! la moindre marque de compassion
paraît de l'amitié; la plus légère promesse semble un engagement sacré;
le premier bonheur de la jeunesse est de tout embellir. Avant de me
revoir, je suis sûr que, dans ses peines, la pensée d'Adèle s'est
toujours reportée vers moi. Lorsque je l'ai retrouvée, ses brillaient
de joie; son coeur venait au-devant du mien; pourquoi l'ai-je repoussé!
-- Je crois bien qu'il n'entrait dans ses sentimens, que le souvenir de
ses religieuses, de son couvent, du premier moment où elle en est
sortie. Elle me voyait encore le témoin, le consolateur de son premier
chagrin. Enfin elle me recevait comme un ami; et j'ai glacé, jusqu'au
fond de son coeur, ces douces émotions qu'elle ressentait avec tant
d'innocence et de plaisir! -- Cette idée me fait mal. -- Si je pouvais
la voir, lui dire combien elle m'avait occupé; lui apprendre les
projets que j'avais formés, tout le bonheur qu'ils m'avaient fait
entrevoir, je crois que la paix renaîtrait dans mon ame, que le calme
me reviendrait à mesure que je lui parlerais. Il ne m'est plus permis
de paraître indifférent: l'intérêt vif qu'elle m'avait inspiré peut
seul m'excuser et faire naître son indulgence.
Lorsqu'elle m'aura pardonné, qu'elle ne me croira plus ni injuste, ni
trop sévère, je serai tranquille; et alors je verrai si je dois
continuer mes voyages, ou céder au désir que j'ai d'aller vous
retrouver.