15 décembre.

Décidément, je n’aime pas les messes de Paris, celle du moins où nous

allons... J’ai beau faire de mon mieux pour avoir toujours les yeux sur

mon livre ou vers l’autel, je n’arrive pas à les empêcher d’envoyer des

regards de tous les côtés,--Guy prétend que je vais les user à

Paris!--et ensuite, j’ai une masse de remords!

Nous assistons toujours à la messe d’onze heures. Avant le mariage,

Pierre venait régulièrement nous y rejoindre; Guy vient aussi. Mais je

ne sais trop quand il y arrive, puisqu’il ne se met pas près de nous.

Je suppose que Pierre faisait des quantités de prières pour sa

Charlotte... Mais lui, mon cousin Guy, à quoi pense-t-il?

Je crains qu’il ne soit pas pieux du tout. Ma tante l’avait bien déclaré

au Pardon de Kergoat. Sauf qu’il ne sourit ni ne cause, il a, dans

l’église, tout à fait son air de salon, et, comme presque tous les

messieurs que je vois à cette messe, il n’a pas de livre. Tous, ils

paraissent être là simplement pour escorter les dames très élégantes qui

viennent, pomponnées, frisées, habillées comme pour faire des visites.

Ils se tiennent très correctement, ils s’assoient, ils se lèvent quand

il le faut... Et cependant!...

Je repensais à cela ce matin à la sortie de la messe, après avoir fait

une foule de saluts; tout le monde se connaît à cette messe! Nous

remontions à pied la rue de Courcelles, Guy et moi en avant, car nous

trottons beaucoup plus vite que ma tante et Madeleine. J’étais plongée

dans mes réflexions; lui s’en est aperçu, et m’a dit:

--Comme vous êtes silencieuse, petite Arlette! Qu’avez-vous donc?

Avant d’avoir pu me reconnaître, je m’étais écriée déjà:

--Guy, pourquoi venez-vous à la messe?

--Pourquoi j’y vais? Comment, c’est une bonne chrétienne comme vous qui

me demande pareille chose?

--Alors, vous n’y venez pas seulement pour nous retrouver? Ah! tant

mieux!

--Décidément, petite Arlette, vous avez une triste opinion de mes

sentiments religieux. Déjà, à Kergoat, vous me l’avez montré. Savez-vous

que je suis peu flatté de me voir si sévèrement jugé?... Et pourquoi?

Puis-je vous le demander?

Je lui ai dit toutes les idées qui trottaient dans mon cerveau à ce

sujet. Il m’écoutait sans répondre, mais très attentif, n’ayant pas du

tout l’air moqueur; je l’ai seulement entendu murmurer, en mordant sa

moustache:

--Qui aurait imaginé tant de perspicacité dans un cerveau de fillette!

Puis, toujours sans se moquer, je suis sûre, avec ce sourire que j’aime

bien lui voir, il a fini tout haut:

--Eh bien, Arlette, puisque vous jugez que j’aurais fortement besoin de

me convertir, faites-moi, de temps en temps, la charité d’un bout de

prière, et, grâce à vous, je deviendrai peut-être un peu moins mécréant.

Est-ce trop demander?

--Oh! non! ai-je dit avec tant d’ardeur qu’il s’est mis à rire

franchement, cette fois.

--Ne croirait-on pas entendre Monique et Augustin! Aussi, grâce à vous,

petite Arlette, me voilà peut-être en passe de devenir un saint.

--Oh! Guy, ne devenez pas un saint tout de suite. Les saints ne dansent

pas, et, dans le monde, j’aime mieux danser avec vous qu’avec n’importe

quel autre!

--Soyez tranquille, jeune personne frivole, l’heure de ma conversion

absolue n’est, sans doute, pas encore sonnée.

Là-dessus, nous nous sommes dit adieu. Nous étions malheureusement

arrivés... Guy nous quittait pour tout l’après-midi, car il allait à son

cher concert du Conservatoire.

Mon cousin Guy · 第 23 / 36 题