5 décembre.

Tout bas, j’avais toujours pensé qu’après le mariage de Charlotte, je

reprendrais la route de Douarnenez. Mais personne ici n’a l’air de

songer à rien de pareil... Et vous non plus, papa... vous ne paraissez

pas attendre «votre petite». Pourquoi? Est-ce donc qu’elle ne vous

manque pas du tout; ou bien la traitez-vous en ingrate, parce qu’elle se

plaît à Paris quand vous n’y êtes pas?...

Père chéri, le cœur de votre Arlette est à vous tout entier... Vous le

savez bien, n’est-ce pas?... Seulement, c’est pour elle si délicieux et

si nouveau d’être gâtée par d’autres que par vous, par le capitaine ou

Mlle Catherine, et c’est si amusant de mener une vie toute pleine de

surprises, d’apprendre ainsi une masse de choses, aperçues aux quatre

coins de l’horizon!

Je fais, depuis mon arrivée à Paris, une prodigieuse dépense de regards.

Tous ces regards se métamorphosent ensuite en idées qui, ensemble,

prétendent s’installer dans mon esprit, où je ne demande pas mieux que

de les accueillir. Elles s’y précipitent, s’y pressent, les unes ne

faisant qu’y passer,--celles-là ne méritent pas d’attention,--les autres

y élisant domicile,--soit avec discrétion, soit en souveraines

maîtresses,--sûres de leur importance. De celles-là, père, nous

causerons tous les deux quand votre Arlette sera de nouveau blottie à

vos pieds, entendant votre chère voix. Rien que de penser à ce

moment-là, mon cœur bondit de joie!

Seulement, quand je vous retrouverai, je retrouverai aussi Mme

Morgane... Hum! hum!... Pour l’instant, je tâche d’oublier le plus

possible son existence, car, dès que je pense à elle, j’ai l’impression

qu’une averse de reproches va tomber sur moi.

Si vous étiez ici, père, votre enfant serait dans un ravissement

complet. Mais loin de vous, ce ne peut être ça, même avec vos lettres...

N’est-ce pas que, vous aussi, vous regrettez un peu votre Arlette qui

vous adore?

Mon cousin Guy · 第 21 / 36 题